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It's a new sheriff in town and it ain't Reggie Hammond

Publié le 08/04/2018 à 07:18 Par Le libraire se cache

Ce week-end avaient lieu les 48h de la bd.

Une bonne partie d'entre vous va répondre 'les quoi?' (intérieurement hein, je me doute bien que vous ne parlez pas à voix haute devant votre écran pour m'interpeler. Je risquerais de ne pas répondre), et je m'en vais donc vous raconter l'histoire des 48h de la bd.

Alors.

Il était une fois, il y a quelques années, des éditeurs qui se sont réunis et qui ont décidé que pour relancer l'intérêt du grand public envers la bd et recruter de futurs lecteurs, il serait joyeux de leur en offrir, des Bds. Car obligé, si le grand public il ne lit plus de bds, c'est parce qu'il a oublié à quel point c'était chouette, ou alors qu'il en a une vision erronée. Allez, zou, c'est cadeau, on imprime des tomes 1 de séries déjà aux catalogues et des compiles et on fait participer les librairies indépendantes comme ça c'est vraiment la fête et ça amène du monde en librairie. On est sur de l'une pierre deux coups fastoche là.

J'ai sûrement fait une note de blog là-dessus (j'ai la flemme de chercher), mais je sais que j'étais quelque peu circonspect. Non pas par le concept, car je trouve ça bien d'offrir des livres et de faire rentrer des gens dans des librairies et de promouvoir la bande dessinée, mais plutôt par ses retombées. Il est parfaitement illusoire de s'imaginer un instant que ça va faire venir des gens à la lecture. J'aimerais beaucoup que ça fonctionne comme ça (que les parents n'achètent pas de livres à leurs enfants parce qu'il faut choisir entre se chauffer et lire), mais ce n'est pas le cas. Ca n'a pas loupé, d'ailleurs, et ceux qui venaient réclamer des livres gratuits ne s'intéressaient qu'à peine au produit et encore moins au lieu où il était distribué (les grandes surfaces ayant finalement été invitées au dernier moment à participer). Des gens qui ne sont pas du tout revenus après et qui se sont rués là où on leur promettait un produit (peu importe quoi, finalement) en échange de rien du tout., et qui faisaient une remarque quand on leur indiquait qu'ils ne pouvaient en avoir qu'une par famille, que sinon y'en aurait pas assez pour tout le monde.

L'année suivante, les éditeurs se sont réunis après avoir entendu les doléances de certains (perso à titre personnel rien que de mon point de vue à moi, ça c'était plutôt bien passé. J'ai distribué 80 livres à peu près sans que ça ne déclenche une seule vente complémentaire en magasin. Je ne suis même pas sûr d'avoir créé une carte de fidélité pour qui que ce soit, alors que je la proposais systématiquement. Mais ils étaient tous polis et compréhensifs et ne sont pas allés revendre le livre au coin de la rue comme certains confrères l'ont rapporté), et ont décidé de mettre les bds à 1€. Ce n'est rien, 1€, mais ce n'est pas gratuit. Et c'était assez amusant de voir que du coup on se coupait complètement  de la population de l'année précédente et finalement on ne s'adressait plus qu'à nos clients déjà existant qui souhaitaient, à peu de frais, acquérir des Bds supplémentaires. Mais rien qui sorte de leur zone de confort, rien qui titille leur curiosité. Rien que des choses qu'ils auraient sûrement achetées plein pot (attention, je caricature, il y a bien entendu des exceptions. Bien entendu). Je ne limitais plus à une bd par famille (j'en aurais eu trop sur les bras, sinon, après 48h) et le nombre de personnes qui venaient spontanément me demander les livres pour les 48h a dû facilement être divisé par deux.

Cette année, ils ont décidé de passer les bds à 2€. Bon. C'est clairement de moins en moins gratuit. Le but étant de financer des événements en lien avec la bd, après dossier déposé par les librairies intéressées. Pourquoi pas. Ca montre en tout cas qu'ils ont jeté l'éponge du grand public (fallait me demander, je leur aurais dit, moi) pour se focaliser sur une sorte de fête sur deux jours autour de la bd. Sauf que.

Sauf que cette année, de mon côté tout du moins, rien ne s'est passé comme prévu. Je me suis rendu compte en début de semaine que ma commande, pourtant passée verbalement 6 semaines plus tôt, n'avait pas été prise en compte. Autrement dit, je n'apparaissais pas sur la carte interactive indiquant les librairies partenaires. Et je n'avais pas de livres à vendre, accessoirement, pour ceux qui allaient passer par habitude. J'avertis ma commerciale. Faute de réponse, je vois directement avec le distributeur (Hachette) qui me dit que oh bah allez-y, passez les directement, on en a en stock, foncez, ce sera bon pour après demain. Ouf. La fête est sauvée. Je les reçois le vendredi à midi. L'événement était commencé depuis deux bonnes heures. Et personne n'était venu me réclamer de livres. Personne n'était venu tout court, d'ailleurs. C'était la fête de pas grand-chose sinon du rangement de la boutique et du pointage des factures. Ça manquait clairement de cotillons.

Au final, sur tout le week-end, j'ai eu 4 personnes qui sont venues exprès, sur une totalité d'une centaine de clients en tout. C'est peut-être lié à notre absence de la carte (le Cultura local y était, lui, en revanche. C'est bien. Ça fait sérieux), ou à la sélection vraiment orientée jeunesse (et l'absence de comics, ce qui est toujours dommage), ou au prix trop élevé (2€, ce n'est plus symbolique) mais ça a été un fiasco.

Cerise sur le gâteau un peu pourri, j'ai vu que j'allais recevoir dès mardi ma commande initiale, vraisemblablement passée dans l'urgence en fin de semaine, mais sans demander une livraison express.  80 ouvrages à traiter et à ajouter à la pile d'invendus, et à proposer à mes clients en dehors de la période indiquée. Non, vraiment, une réussite totale.

Je participerai de nouveau l'an prochain car ça reste un moyen d'inciter mes clients habituels à offrir des livres à leurs enfants et que j'aime bien l'idée d'un événement centré autour de la bd. Mais je suis de moins en moins convaincu. Je me demande, quand même, comment ça s'est passé ailleurs.

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Commentaires

Thibault 09/04/2018 12:10

Nous il nous en restait de l'année dernière, et il nous en est resté encore plus cette année (je crois avoir vendu 1 Pilo...) J'ai vu beaucoup de gens qui venaient pour les 48H, pas mal de remarques sur la sélection très jeunesse cette année

Claire 08/04/2018 22:56

Nous on devait être sur la carte, on a eu le temps de rien en comm (contrairement aux annees precedentes où on faisait au minimum une mise en avant dans la librairie ou une vitrine et un post facebook) et des clients jamais vu jusqu'à présents étaient là dès 10h15 !
Samedi midi on avait plus rien ! (On a pris la meme quantité que l'année derniere mais comme il y avait moins d'exemplaire par titre c'est parti bcp plus vite)
La selection axée jeunesse a du jouer aussi car nous sommes plus connus pour notre fonds jeunesse que BD. Et pour info les autres lib participantes etaient à au moins 20 km de chez nous. Donc on peut dire que ça a marché mais c'etait pas vraiment la fête. Je suis frustrée de n'avoir pas pu faire la moindre mise en avant BD alors que c'est pour nous l'occasion de faire connaitre notre modeste rayon BD.
On se rattrapera avec le FCBD ! :D

Le libraire se cache 08/04/2018 23:13

si des gens inconnus au bataillon ont fait le déplacement pour acheter des livres, alors c'etait deja un peu la fete, tant mieux !

Dernier bar 08/04/2018 21:40

Tiens, je me pose une question en passant : pourquoi ce titre "Les libraires se cachent pour mourir ?". Pourquoi avoir choisi l'allusion au fameux roman de Colleen Mc Cullough ? Cela dit, pour un roman censé être à l'eau de rose, c'était plutôt une belle idée d'histoire...

Le libraire se cache 08/04/2018 23:12

oh bah y'a pas vraiment d'anecdote à raconter sur le sujet...je réflechissais à un titre, je cherchais des combinaisons avec un film ou une serie (j'ai pas pensé au livre, en fait, en vrai) et j'ai trouvé celui-là marrant. ça s'est fait en 30 secondes max

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