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  • : Les libraires se cachent pour mourir
  • : Un libraire se livre (oui bon...). Les doutes, les joies, les peines et les découvertes sans cesse renouvelées dans ce milieu merveilleux. Ou alors c'est simplement le quotidien d'un mec qui lit des Bds et qui est payé pour ça
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28 janvier 2009 3 28 /01 /janvier /2009 00:12

Ça doit être frustrant, en tant qu’auteur, de se dire que oui, certes, grâce à la surproduction en Bd il a pu sortir la sienne (de Bd, j’entends), mais qu’à cause de toutes ces sorties (auxquelles il contribue, vous voyez le dilemme…), eh bien la durée de vie de son œuvre est pour le moins amoindrie.

 

Je précise avant toute chose que les données que je vais mettre en avant ne sont pas scientifiques et prouvées (je suis pas expert en la matière, je rappelle que je suis un imposteur qui vend des livres au coin de la rue, je suis loin de toutes ces histoires de libraires qui s’impliquent, font des réunions, décident de l’avenir de l’univers, bref, je suis rien qu’un sale vendeur. Un sale vendeur qui aime ses clients et ses livres, mais qui s’en fiche un peu de savoir si le grammage du papier à une incidence sur le type de colle à utiliser pour améliorer la trame du vert sur la page de garde), mais plutôt empiriques à l’échelle de ma librairie.

 

Avant qu’il ne sorte 3 500 nouveautés par an (je ne compte pas les rééditions et autres), tout le monde vivait paisiblement, le papa (les vieilles séries), la maman (les nouvelles séries intégrées) et les quelques enfants (les tomes un qui tentent de survivre dans la jungle). Les prédateurs (les clients) n’avaient pas trop faim et tout n’était qu’harmonie et joie de vivre autour du point d’eau (ma librairie). Seulement voilà, là où avant le gamin avait quelques mois pour se développer, pour que ses pattes poussent (c’est rigolo à dire, ‘patpous’) et qu’il puisse devenir grand et devenir lui-même une maman (ou un papa, si vraiment il a de la chance), eh bien aujourd’hui ce n’est plus que quelques semaines. La mortalité infantile en Bd est très impressionnante de nos jours, c’est pas beau à voir. Ou alors, il faut que les parents envoient le gamin en école payante et privée (le marketing et la communication), et encore c’est pas toujours gage de succès, j’ai moi-même connu des imbéciles qui ont foiré leur bac en étant dans une boîte à bac. Donc bon.

 

Tout ça pour dire que je ne peux plus laisser un livre en facing plus de trois ou quatre semaines s’il ne trouve pas son public. Je ne parle évidemment pas des livres pour lesquels j’ai un coup de cœur, ceux là je les défends même s’il me faut 2 ans pour vendre mon stock. Non, je pense plutôt au livre moyen, ni bon ni mauvais, mais qui pourrait trouver un foyer accueillant si on lui laissait un minimum sa chance, si le client qui l’avait repéré une première fois sans être vraiment convaincu et en se disant ‘peut être la fois d’après, quand y’aura moins de sorties qui m’intéresseront parmi les papas et les mamans’ (elle est très dérangeante en fait cette analogie) pouvait avoir l’occasion de retomber dessus quelques semaines après.

 

Sauf que non.

Parce qu’il faut bien que je fasse de la place pour le dernier Arleston.

Va falloir que j’aille noyer un petit. C’est dommage, il avait un peu de charme celui là, avec ses oreilles tombantes et sa cicatrice sur le museau. Tant pis pour lui, il avait qu’à avoir un regard attendrissant, ça lui apprendra à ne pas être commercial (ou avoir un talent quelconque).

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Published by Le libraire en question
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commentaires

lamouette 24/02/2009 19:52

Je te comprends ça me fait pareil...
Ton blog est super ! Moi je me contente de recenser toutes les perles des clients (et les miennes mais pour l'instant je n'en fais qu'une (petite pensée pour Constantin le crabe jamais écrit par Max Gallo)). Je pense que je reviendrai lire tes aventures assez souvent !
Bises

L'Enfoiré 29/01/2009 12:07

Bonjour, J'ai écouté lundi votre intervention à la radio. Je suis en "piste" depuis 4 ans sur mon site. J'aime beaucoup lire. Sur papier ou sur écran, pas de problème. Un blog déjà ancien "Éloge à la lecture" http://vanrinsg.hautetfort.com/archive/2006/12/31/eloge-a-la-lecture.html
J'ai écrit mes différences de vue chez Coumarine. Bonne émission qui montrait les points de vue différents.

Coumarine 28/01/2009 23:04

héhé..lelibraire qui se cache...
Moi je l'ai entendu du studio...j'étais une des deux invitées (la blogueuse)lundi à la radio belge (ça va? vous y êtes???) J'ai entendu votre voix chaude (hum!) et vous avez entendu la mienne...oups!
Bonne chance dans la blogosphère!

Le libraire en question 28/01/2009 23:15


eh bien Coumarine, merci d'avoir eu la curiosité de venir faire un tour du coté de chez moi !


erf 28/01/2009 22:38

Si le problème de suproduction existe réellement et que l'on a effectivement l'impression de se retrouver noyer dans la masse, il n'empêche que l'un des travails du libraire est de faire ce déblayage et de conseiller coûte que coûte des ouvrages intéressants. Après tout, les best-sellers n'ont pas besoin des libraires pour se vendre!

Claire_C 28/01/2009 22:26

Le fond du problème est la croyance fondamentale du "livre vu, livre vendu".
Une fois un monsieur qui avait écrit et publié un livre à compte d'auteur (j'ai du mal à ne pas mettre des guillemets partout) m'a soutenu qu'il suffisait de mettre son livre en vitrine pour que j'en vende des valises.
Alors oui le facing est important, être vu c'est une des raisons pour lesquelles les livres trouvent leur foyer, mais qui fait partir les piles ? Qui est la valeur ajoutée ? Qui fait briller les yeux, et dire « oh mais j’aime beaucoup vos conseils et je prends ce petit batard là parce que vous l’avez simplement mis dans mes bras ».
Et cela multiplié par le nombre de personne qui font le noyau de la clientèle d’un libraire.
Ce qui rend plus vraie cette sentence : "livre conseillé, livre bien adopté."