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  • : Les libraires se cachent pour mourir
  • : Un libraire se livre (oui bon...). Les doutes, les joies, les peines et les découvertes sans cesse renouvelées dans ce milieu merveilleux. Ou alors c'est simplement le quotidien d'un mec qui lit des Bds et qui est payé pour ça
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16 février 2009 1 16 /02 /février /2009 00:56

Vendredi je suis retourné à l’école.

 

J’adore le mot ‘école’, qui est tout beau tout sensible, qui n’a pas la froideur des mots ‘collège’ et ‘lycée’ et ‘faculté’ (beurk), qui sent bon le pot de colle amande et les marelles.

 

Pour commencer, le matin, j’ai joué à 1,2, 3 Soleil avec la fille (adorable) d’une cliente (probablement aussi, mais j’en suis pas sûr, elle elle jouait pas). Je me souvenais plus trop des règles, mais franchement c’est comme le vélo, on oublie pas malgré les années. Je profite de l’écrire tant qu’elle ne sait pas encore lire, mais en vrai je l’ai laissée gagner. C’est mon côté cœur gros comme ça ami des enfants dont l’innocence enchante mes journées tant qu’ils ne font pas tomber mes piles de livres (oh ce n’est rien madame, ce sont des choses qui arrivent, pas de problème (grmbl)).

 

Et pendant ma pause déjeuner, je suis allé prêcher la bonne parole bédé auprès du club Bd du lycée qui m’y avait convié (eh beh). C’est ce même lycée qui m’a vu éclore il y a quinze ans de cela, sortant de ma chrysalide préadolescente et prêt à affronter le monde et les conseillers d’orientation. J’y suis resté une année de trop (comme quoi on peut redoubler sa seconde et être tout de même super intelligent-génial, c’est un message d’espoir pour tous ceux qui me lisent et qui s’apprêtent à entrer en plein échec scolaire plus ou moins permanent), j’ai bravé et vaincu tous les dangers, j’ai regardé d’un œil amusé mes camarades crier Balladur Or-dure, j’ai préparé un sac de riz pour les Somaliens, j’ai réagi comme un homme à l’annonce de la mort de Mitterrand (quelqu’un est venu exprès déranger notre cours d’Histoire, ma voisine a pleuré, je n’ai pas repris deux fois des pâtes, mais c’était un peu l’idée), j’ai passé mon permis, et il faut reconnaître que passer son code est bien plus stressant que passer le bac, qui fut aussi coché sur ma liste de choses à faire impérativement dans sa vie car c’est comme ça quand on est sur des rails.

 

Bref, j’ai tout plein de souvenirs moi dans cet établissement, je n’y ai pas remis les pieds depuis ma visite, tout décontracté, pour voir mon nom noté sur les affiches de résultat du bac (je voudrais pas faire mon crâneur, mais je m’y attendais un peu à vrai dire), je me demande si les portes sont de la même couleur qu’avant, si les terrains de sport existent encore, s’ils ont laissé le distributeur de préservatifs et s’ils ont enfin mis des casiers, qui semblaient être le fantasme absolu des collégiens et lycéens gavés de séries télé Américaines (que ce soit dans Les années collège, Sauvés par le Gong ou Parker Lewis…, les casiers jouent un rôle fondamental, et nous étions persuadés que le bonheur scolaire passait par là).

 

Je fonce tête baissée délivrée de l’acné vers ce chemin maintes fois emprunté, j’hume l’air à la recherche d’odeurs oubliées, et suis dérangé dans ma concentration par tous les clients que je croise et qui m’interpellent (on est copains après tout, je suis le vendeur de mangas) et qui me demandent ce que je fais là (ouais ben on a beau être copains, ça te regarde pas, va faire la queue à la cantine).

 

En tout cas, je suis surpris d’à quel point rien n’a changé. Peut-être un banc par ci par là, mais dans l’ensemble c’est tout pareil qu’il y a quinze ans. Bon, en même temps, je ne m’attendais pas non plus à ce que tout le monde apprenne sur des tableaux transparents (comme dans Minority report) ou que les élèves se déplacent dans des tubes en verre sous prétexte qu’on est au XXIème siècle, ni à ce que les profs fassent cours dehors et qu’ils ressemblent tous à Robin Williams. De toute façon c’est pas plus mal, je me sens moins vieux comme ça. De mon temps aussi il y avait les faux rebelles qui fumaient leur clope en ayant l’air faussement rebelle, j’ai retrouvé les même sigles anarchistes écrits au tipp ex sur les sacs, et je suis sûr que si on était en plein été, il y aurait des T-shirt à l’effigie du Che (sans vouloir passer pour le vieux con de service, cela va de soi. J’ai pas attendu d’avoir trente ans pour être vieux con de toute façon, je les méprisais déjà à l’époque). Les mêmes codes vestimentaires, les mêmes groupes, le même langage générationnel (‘non mais Kevin c’est juste trop un no life. J’avoue’) la seule chose qui change c’est que les portables ont remplacé les mousquetons, qui de toute façon étaient une mode parfaitement ridicule.

 

Bon allez, on se réveille, j’arrive à l a bibliothèque, on inspire profondément, je n’ai plus quinze ans, ni même dix-huit, je suis là pour parler de livres, je suis un prof, j’ai un public à conquérir.

J’espère que j’aurai pas à manger à la cantine.

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Published by Le libraire en question
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commentaires

PankkypH 16/02/2009 22:37

Merde, merde, où ça une référence desprogienne ? Si c'est à propos de Tino Rossi, il s'agit de moules en version originale ! sinon... zut. (au fait c'est qui Mitterand ?)

En tout cas, pareil que pas mal de gens ici, j'adhère bien à la façon de penser (malgré mon jeune âge (relativement à la moyenne ici, en vrai ça fait quelques années que je me sens beaucoup trop proche du jugement dernier)). Jeune vieux con powa.

Le libraire en question 16/02/2009 22:49


ouaip, le texte original mentionne des moules, mais moi j'aime pas ça, ça n'aurait pas ete credible. bon cela dit la citation est tellement connue que j'ai (presque) un peu honte de m'en etre servi


ororuK 16/02/2009 22:23

La suite, la suite !

Hesperide 16/02/2009 22:08

A succès, à succès, comme tu y vas. Je suis sure que j'aurais moins de fans que toi sur Facebook ;)

Hesperide 16/02/2009 20:56

On a les mêmes références (Desproges powa !) et on a réagit à peu près pareil aux mêmes évènements.
Mais moi dans mon lycée on avait des casiers (lycée tout moderne... huhu ! Par contre fallait qu'on les partage donc fallait pas être un sans-ami... ou alors un sans-ami confiant). Tout ça pour dire que c'était bien pratique quand même, les casiers.

Le libraire en question 16/02/2009 21:00


etrangement, je prefere qu'on relève ma référence Desprogienne plutot qu'on me compare a Delerm, donc merci!

tu es auteur a succes en ayant eu un casier, et moi je suis semi auteur a semi succes sans casier. Je pense que la clef est bel et bien là


EADULF 16/02/2009 17:32

que 'cest bon de revivre les années college.......