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  • : Les libraires se cachent pour mourir
  • : Un libraire se livre (oui bon...). Les doutes, les joies, les peines et les découvertes sans cesse renouvelées dans ce milieu merveilleux. Ou alors c'est simplement le quotidien d'un mec qui lit des Bds et qui est payé pour ça
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11 mars 2009 3 11 /03 /mars /2009 00:48

Depuis le temps, vous me connaissez, vous savez que je ne suis qu’amour et tolérance (contentez-vous de répondre oui de la tête le moins sarcastiquement possible). Cependant, il m’arrive parfois de mettre les gens dans des cases et les étiqueter ‘stéréotype en vue’. Faut dire que y’en a qui cherchent. Ça va du grand benêt un peu gauche et dégarni qui me demande si j’ai pas la saison censurée de Goldorak, celle avec le chausson gauche jaune et Actarus en petite culotte (chacun son truc) à la jeune fille un peu moche (mais belle à l’intérieur -enfin j’espère pour elle-) et complexée qui se cache derrière des histoires d’amour sirupeuses, en passant par (et c’est mon groupe préféré), le jeune gothique, tout habillé en noir qui va me demander, une main sur son porte feuille Death note et l’autre dans son gant, si le dernier Requiem ne serait pas sorti, par hasard.

 

J’ai toujours été fasciné par la propension qu’ont les jeunes rebelles à vouloir à tout prix faire partie d’un groupe afin de montrer qu’ils sont uniques. Choisir de mettre en avant sa singularité en faisant comme tout le monde, avec ses codes vestimentaires et autres est pour moi une source d’amusement répété. Suis bien content de ne jamais avoir fait ma crise d’adolescence, tiens. Mais ça ne saurait tarder. Heureusement que moi j’ai l’âge pour m’acheter des cigarettes et de l’alcool.

 

Et là, donc, arrive un vieux garçon, la trentaine et la moustache bien tassées, l’air égaré, comme un écureuil qu’on aurait sorti de sa forêt pour le mettre dans ma boutique avec pour instruction d’acheter un livre, alors que lui tout ce qu’il veut c’est grimper aux arbres en colimaçon et être tout mignon avec ses petites pattes de devant (ça vaut pas une loutre (oui, nous sommes réconciliés), on est d’accord, mais quand même, c’est pas mal un écureuil). A tous les coups c’est un lecteur tatillon obsédé par sa collection. Ne me demandez pas comment je sais qu’il est vieux garçon, ça fait partie de ces stéréotypes que je cultive depuis le début de cette note. Il est des signes qui ne trompent pas. Les bretelles en sont un. Le fait qu’il est accompagné par sa mère en est un autre.

 

Elle lui explique qu’il doit se dépêcher, qu’elle a pas que ça à faire, qu’en plus faut qu’elle aille aux toilettes (j’aurais pu jurer qu’elle était vieille fille, mais ça me parait en contradiction avec toute notion de reproduction). Il s’affaire dans la boutique, reniflant l’air ambiant à la recherche de noisettes, et fonce vers la partie Comics, qui visiblement fleure bon l’humus. Mais je sens que quelque chose cloche. Ses yeux émettent des signaux très distincts qu’il m’est arrivé de croiser de temps à autres : il ne trouve pas ce qu’il veut, et c’est très contrariant, et il ne comprend pas pourquoi ce ne serait pas là alors qu’il a planifié sa journée autour de cette acquisition. Il y a forcément une autre explication.

 

Il prend son courage et son absence de noisettes à deux mains, vient me voir, et me demande si je n’ai pas les fascicules X-men de ce mois-ci.

‘Ah non, désolé, je ne les fais pas, pour ça il faut aller au bureau de tabac au coin de la rue’

Il s’est liquéfié sur place, j’étais de toute évidence sa dernière chance, il cherchait un numéro très précis que quelqu’un lui a emprunté et abîmé (entendre par là qu’il a pas mis des gants pour le lire (j’aurais dû lui suggérer d’avoir que des amis gothiques)), qu’ils n’en avaient plus au coin de la rue, que c’est une catastrophe.

 

‘Je peux voir avec un de mes fournisseurs pour tenter de vous l’avoir, cela dit’

Son visage s’est décontracté, la rage s’est évaporée de ses yeux, j’ai vu ce jour là renaître l’espoir de ses cendres franchement super carbonisées.

 

‘Bon, Grégoire, ramène-toi, faut absolument que j’aille pisser, et je vais pas faire ça dans les cartons vides de la boutique’, lui dit, rompant cette magie éphémère, la mère quelque peu acariâtre.

 

Et il est parti.

Suivant sa mère.

Oubliant de me donner le titre de ce qu’il voulait.

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Published by Le libraire en question
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commentaires

Shine 13/03/2009 09:32

J'adore la comparaison avec l'écureuil...
Si on passe outre l'aisance relationnelle de ce garçon qui laisse présager que du bien en matière d'amûûûr et de communication dans un couple...
La belle mère qui va avec ça ne donne pas tellement envie!

Ecureuil solitaire il a de grandes chances de le rester... Alors tu aurais pu faire un effort pour son X-Men et sortir ta baguette magique de Super Libraire!

tofy 13/03/2009 09:30

juste merci, je viens de m'en payer une bonne tranche (de rire)...j'ai les mêmes à la maison; je ne sais pas si ça doit te rassurer remarque...

Hesperide 11/03/2009 17:33

Ah, toi non plus t'as pas fait de crise d'ado ? Moi ça perturbait tellement mes parents que dès que je gueulais pour un truc ils espéraient que c'était ça (ça se voyait dans leur regard, et dans le Femme Actuelle ouvert à la rubrique "Vos ados" qui traînait dans un coin).
Ceci dit, j'ai quand même eu une sorte de période rebelle qui consistait à tellement assumer de ne pas être "dans un groupe, même que les groupes c'est pour les débiles" que j'enculais (au sens figuré, évidemment) la terre entière. J'en ai lu des bouquins à cette période :D

Le libraire en question 11/03/2009 18:07


moi j'etais tellement fumiste que j'avais pas l'energie d'enculer la terre entiere

mais c'est l'idée


Matilou 11/03/2009 15:50

Sois heureux que la mère ait rappelé son rejeton: il semblait à deux doigts de se jeter dans tes bras pour te croquer le coin de l'oreille...on dirait que (pour une fois) tu as évité le pire...


Autre chose: il y a quelques temps, tu nous faisais entendre ta voix. J'ai laissé traîner la mienne sur le répondeur de Là-bas si j'y suis sur France Inter. Message diffusé aujourd'hui, réécoutable sur le net.
indice: je prête ma voix à Ionesco. Et elle est moins importante finalement que ce que disait ce bon vieux rebelle ...

Sarah 11/03/2009 13:18

C'est marrant, le début de la description c'est Ak.

Le libraire en question 11/03/2009 14:11


sauf qu'ak porte la moustache avec classe