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  • : Les libraires se cachent pour mourir
  • : Un libraire se livre (oui bon...). Les doutes, les joies, les peines et les découvertes sans cesse renouvelées dans ce milieu merveilleux. Ou alors c'est simplement le quotidien d'un mec qui lit des Bds et qui est payé pour ça
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14 avril 2009 2 14 /04 /avril /2009 23:54

J’ai déjà couvert toute cette histoire de journée mondiale du boulet de compétition, mais j’ai oublié le principal : la journée du Libraire.

 

Je ne parle pas de la journée mondiale du moi (mon égocentrisme est généralement satisfait le jour de mon anniversaire, je reçois quelques coups de fil, quelques sms, et cette année je mise tout sur facebook pour me sentir particulièrement aimé), mais bien de tous les libraires de France et du monde (enfin les bons libraires, bien entendu, ceux qui ont une âme, qui sentent bon à la fois la poussière et le livre neuf). Une journée où, tel le gamin ingrat le jour de la fête des mères, les clients viendraient nous voir simplement pour nous dire merci. Pas la peine de nous faire un collier de nouilles (quoique franchement, j’adorerais qu’on m’offre un collier de nouilles, c’est le symbole de tout ce que j’aime : l’inutile et les pâtes), pas la peine de nous écrire un poème, même pas la peine de nous apporter le petit déjeuner au lit (surtout que je saurais pas où mettre la peau de banane, c’est pas très malin).

 

Un simple merci. Gratuit. En fait, la journée du libraire devrait être aléatoire, histoire qu’on s’y attende pas trop et que les clients ne se disent pas, les 364 autres jours ¼, que c’est bon, il l’a eu son merci, il veut pas non plus qu’on lui cire sa boutique ?

 

Ceci étant, toute mégalomanie printanière mise à part, il n’y a rien de plus gratifiant dans ce métier qu’un merci spontané. Il y a le merci poli et automatique, le merci de m’avoir rendu la monnaie et de me tendre mes livres avec ou sans sac (je laisse le choix à l’acheteur, je ne lui impose pas le plastique, aussi biodégradable soit-il), le merci de m’avoir renseigné quant à la disparition de l’armurerie (‘vous êtes vraiment sûr qu’elle n’est plus là ?’). Et il y a l’autre. Le Merci. Le demi Cambronne avec une majuscule. Le Merci de m’avoir conseillé ce livre, j’ai passé un très bon moment, je suis toute chose, j’en veux plus, pour qui sont ces serpents qui sifflent? c’est pour bibi. Oui, on peut vous apprendre que, de manière totalement illogique, Ferrero et par la même Nutella ont fait faillite à cause de la CRISE, ne laissant en rayon plus que des imitations de pâtes à tartiner (l’horreur sur terre. Car oui, n’en déplaise à certains, le Nutella c’est super bon), eh bien un seul Merci sorti de nulle part suffira à faire oublier tout ça. Bon, une heure après, la réalité refait surface, mais au moins pendant cette heure j’ai été drogué au Merci, je me suis senti bien, ma vocation s’est faite encore plus resplendissante, je distribue le bonheur autour de moi d’un coup de baguette magique faite de conseils avisés, bon sang que c’est exaltant.

 

Les Merci taciturnes sont pas mal non plus. Oui je sais, ça semble abstrait. Mais un Merci taciturne, ce sont des clients qui reviennent, des clients qui me font confiance, qui vont prendre un livre sous le prétexte quelque peu naïf que j’y ai collé un coup de cœur, des clients qui viennent prendre leur dose et qui n’ont jusque là pas (trop) été déçus de la qualité, même si elle est parfois coupée avec du plâtre (mais ça j’y peux rien).

 

‘Je suis content que ça vous ait plu’ est ma réponse officielle. Sobre. Alors qu’intérieurement je me dandine comme Jesus dans The Big Lebowski s’apprêtant à lancer sa boule de bowling, tout fier, rajoutant une encoche sur le bureau dans la colonne ‘clients satisfaits’ (over 1 Billion served).

 

L’autre jour je suis passé de l’autre côté du miroir et de la rue. Je suis allé voir mon libraire (car oui, j’ai un libraire. Autant en Bd ça va, j’en ai lu quelques unes, autant en littérature j’ai quelques lacunes (vous noterez la rime, on dirait du Bruel)) pour mettre en pratique ma bonne humeur vertueuse. Je lui ai dit Merci. Je lui ai fait un bisou sur le nez et dansé autour comme Snoopy, le nez en l’air et les bras écartés. Je vous laisse visualiser. Et faire de même autour de vous.

Le tueur aveugle (Atwood)

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Published by Le libraire en question
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commentaires

Caro. 18/04/2009 17:31

Moi, je suis en train de visualiser le Libraire dansant comme Snoopy autour de son libraire... Et la tête de chacun ! XD
Je n'en suis pas encore remise !
La journée commence bien ! J'aime... Merci ^^

Le libraire en question 18/04/2009 19:48


c'est vrai que c'est tres visuel, finalement


Claire_C 18/04/2009 10:54

Cette note était d'un lyrisme très touchant!
Et vivement la San Jordi que l'on offre des roses aux vrais clients qui nous aiment, les mercis ont une saveur particulière ce jour-là.
Un supplément de petites étoiles dans les yeux.

Jerry 16/04/2009 23:46

Et personne ne pose la bonne question : c'était quoi, le bouquin que t'avait conseillé ton libraire ?

Le libraire en question 16/04/2009 23:51


c'etait pour l'ensemble de son oeuvre (surtout de la SF, par ailleurs (et c'est vrai que Diderot c'est coolos(merci)))


Machiu 16/04/2009 17:13

Un problème de merci? Je vous conseille "Merci" de Daniel Pennac. Ca fait relativiser...
Et un véritable merci pour les minutes quotidiennes passées à lire vos notes (entre deux clients)!

PankkypH 16/04/2009 12:30

Hey, ça me fait remarquer qu'il n'y a plus la citation à propos de l'armurerie sur la gauche. Je trouve que ça rendait bien.

Et puis tant qu'on est dans les remerciements, merci pour ton blog, c'est toujours un plaisir.

Le libraire en question 16/04/2009 15:07


zut, ca va finir par se voir que j'ai ecrit cett enote juste pour qu'on me dise merci, t'es beau