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  • : Les libraires se cachent pour mourir
  • : Un libraire se livre (oui bon...). Les doutes, les joies, les peines et les découvertes sans cesse renouvelées dans ce milieu merveilleux. Ou alors c'est simplement le quotidien d'un mec qui lit des Bds et qui est payé pour ça
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17 juin 2009 3 17 /06 /juin /2009 00:50

Ah bah d’accord, il manquait plus que ça.

 

J’ai déménagé. J’ai fui. Je ne sors plus. Tous mes amis m’ont renié (bon ok, ça c’est faux, mes amis m’aiment, même s’ils ne savent pas toujours bien pourquoi, mais c’est pour appuyer mon propos). Je n’ai pas de page Facebook (enfin pas de page à mon vrai nom), pas de page myspace (idem), j’ai une page Copains d’avant, mais je fais très attention à ne jamais faire de recherches et ne jamais répondre aux requêtes, c’était une erreur de jeunesse, à l’époque j’étais ignorant, je sautais à pieds joints dans le monde virtuel, c’était la fête, tout était gratuit, Infonie existait toujours, l’adsl à peine, bref, l’insouciance. De toute façon je pars du principe que les gens que je ne vois plus, eh bien généralement il y a une raison pour ça et que ma foi c’est pas plus mal. Je suis un grizzly moi, j’ai besoin de calme, et quand j’hiberne j’ai pas le temps de répondre aux mails de ceux avec qui j’étais en cours d’Espagnol en seconde.

 

D’ailleurs, je fais une parenthèse rapide, mais en parlant de ça, j’ai en ce moment une stagiaire qui est en seconde. Et comme je suis super fort en maths, j’ai fait un calcul rapide et me suis rendu compte que moi-même j’entrais en seconde au moment même où elle entrait dans ce monde fabuleux. Je vais vraiment morfler moi pour ma crise de la quarantaine, surtout que j’ai les moyens de m’acheter ni une décapotable ni une blonde siliconée. Autant que je la fasse à 30 ans, ça me fera des soucis en moins pour plus tard, ça fait partie de mes résolutions de printemps : anticiper un peu plus.

 

Et pourtant la voilà qui vient d’entrer dans la boutique, de pénétrer mon sanctuaire ouvert à tous (faut vraiment que j’en fasse un club VIP), et malgré les années écoulées, je la reconnais sans difficultés. Oh certes, elle n’est plus de première fraîcheur, la trentaine ne peut pas aller à tout le monde, on sent que le nouveau millénaire à été lourd de conséquences, mais ce visage, dans son ensemble, est le même aujourd’hui qu’à 12 ans. Tous ces efforts en vain, et je suis pris en cage, je n’ai nulle part où aller, je peux pas mettre la stagiaire derrière la caisse, il est trop tôt et puis bon, on ne devient pas crédible en tant que libraire d’un claquement de doigts, la cliente se douterait que quelque chose cloche, elle serait sur ses gardes, exigerait des explications, demanderait à voir le directeur, et là je serais confondu et bien dans l’embarras. Le roi de l’anticipation, vous dis-je.

 

Il ne reste qu’une solution, confronter celle qui était, et c’est tout à fait légitime, je peux difficilement l’en blâmer, totalement folle de moi au collège : Virginie Pr****er. Mais il ne pouvait rien y avoir entre nous, car outre le fait que j’étais, déjà à l’époque, bassement intéressé par le physique avant tout et qu’elle ne répondait pas à mon cahier des charges, eh bien mon cœur (le corps ne répondait pas encore) appartenait à trois créatures de rêve. Pas de place pour une quatrième. Je sais, c’est cruel, mais c’était les années 90s, la menace liée au sexe à plusieurs pointait et Balavoine était mort depuis plusieurs années, on avait plus le cœur à rire et à batifoler. Ça ne l’a pas empêchée de m’envoyer une carte de la Saint valentin me demandant expressément si ça me dirait pas, par hasard, de sortir avec elle (j’adore cette expression, je trouve très dommage qu’on ne l’utilise plus après 18 ans, elle a un côté récré près du chêne avec l’appareil dentaire), carte qui fut interceptée par mes parents et lue à voix haute le jour de Pâques devant la paroisse réunie à l’église (bon ok c’est pas vrai, mais c’est l’impression que j’ai eue). J’ai rougi. Et je n’aime pas rougir, j’ai un grain de peau qui ne supporte pas cette couleur.

 

Je ne lui ai jamais répondu. Je l’ai tout simplement ignorée, car oui, déjà à l’époque pointait en moi ce talent psychologique délicat qui m’est tellement utile aujourd’hui. Oui, j’ai joué les ptits cons, mais les ptits cons avec une sensibilité exacerbée, la preuve, je m’en souviens encore.

 

Et donc elle se tient devant moi, la petite Virginie a bien grandi, ça va lui faire un choc de se retrouver devant moi, mais j’espère qu’elle a tourné la page, qu’elle a réussi à aller de l’avant malgré le handicap de ne m’avoir jamais eu.

‘Bonjour’

‘Bonjour Virginie’, réponds-je de ma voix grave qui en a séduit plus d’une au téléphone (et au téléphone uniquement)

Elle est toute interloquée, la pauvre, complètement choquée, j’y suis allé trop fort, j’aurais dû y aller plus doucement, faire le coup des mains sur les yeux, par derrière (si j’ose dire) suivi du ‘devine qui c’est !’. Mais là elle est de toute évidence rejetée vingt ans en arrière, une craie dans la main, à cloche pied jouant à la marelle, m’observant de loin tandis que je me la joue mec super cool contre le muret, discutant avec des amis qui ne me chercheront jamais sur facebook plus tard.

‘Heu on se connaît ?’

 

C’est le choc subconscient qui la rend partiellement amnésique, c’est typique, j’aurais dû m’y attendre

‘mais oui c’est moi, **** *******, on jouait à la marelle ensemble, sur un muret, avant facebook’

‘Ah bah oui tiens, je t’aurais jamais reconnu sans tes cheveux longs. T’as grandi, finalement?’

 

La double vengeance, la double monnaie de ma pièce.

J’ai mal, un peu.

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Published by Le libraire en question
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commentaires

Ann 28/10/2015 16:45

C'est ce qui s'appelle un vent !

Amandine 24/08/2009 17:12

voilà ma petite liste!-la route / Mc Carthy-la peau froide / Sanchez Pinol-Rêves de garçons / laura kasischke-Copenhague / Michael Frayn-American darling / Russel Banks-Les soldats de Salamine / Javier Cercas-Coulez mes larmes dit le policier / Philipp K. Dick-Spin / Robert Charles Wilson

Le libraire en question 24/08/2009 17:24


je vois que nous avons des gouts en commun: j'ai beaucoup aimé le Russel Banks ainsi que le Dick. Spin et La route etaiend deja sur ma liste


Gulby 19/06/2009 17:21

Ah bah voilà, maintenant je sais ce à quoi penserait Vincent, s'il était libraire et que j'entrais dans sa librairie un jour.Ma lettre de Saint-Valentin, pour mon histoire, a fini à la poubelle même pas ouverte, elle. Et devant mes yeux. J'ai mis *calcule* 6 ou 7 ans à l'oublier... XDMais maintenant je suis une prédatrice qui choisit ses proies avec minutie, MOUAHAHAHAHAHA !!! *part se cacher*

Matilou 18/06/2009 22:51

"ma mère m'avait prévenu: méfie-toi des ampoules nues, ne t'approche pas de ces globes qui mettront le feu à ta robe,les papillons insomniaquesy trouvent un aphrodisiaquela mort est au rendez-vousau mieux tu deviendras fou (...)"voilà pourquoi l'ombre...

V 18/06/2009 15:43

Je m'insurge: Le libraire qui dit "ha ca y est, je vois qui est BBK".Genre, il a 1000 amis, tss... :p

Le libraire en question 18/06/2009 16:46


et encore bien plus de fans qui m'adorent dans l'ombre