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  • : Les libraires se cachent pour mourir
  • : Un libraire se livre (oui bon...). Les doutes, les joies, les peines et les découvertes sans cesse renouvelées dans ce milieu merveilleux. Ou alors c'est simplement le quotidien d'un mec qui lit des Bds et qui est payé pour ça
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24 juin 2009 3 24 /06 /juin /2009 01:22

C’est une technique qui en vaut une autre.

 

Agacés de me trouver constamment occupé avec d’autres clients et ne réussissant à dégager que quelques minutes avec moi (on ne se voit plus, on ne se parle plus, tu ne m’écoutes plus, j’étouffe tu comprends, j’ai besoin de sentir que tu es là pour moi, mais non, tu te disperses, tu en vois d’autres, tu me trompes j’en suis sûr(e)), et constatant que je suis d’un professionnalisme sans bornes, ils savent que je vais pas me barrer comme ça en éteignant les néons sur leurs mines déconfites sous prétexte qu’il est 19h pile et que le journal régional va pas m’attendre. Et donc, afin d’avoir la boutique pour eux tout seuls, ne pas buter dans les cartons de nouveautés (quoique s’ils veulent donner des coups dans ma pile d’Atalante, ils peuvent, ça me donnera une bonne raison de les retourner) ni dans les sacs laissés par les collégiens surchargés, voire les collégiens délestés eux-mêmes, eh bien ils débarquent fraîchement à 18h59. Comme ça ils sont sûrs de trouver de la lumière, de la chaleur et le grand soir.

 

Seulement, tout comme les grandes inventions arrivent simultanément à plusieurs endroits dans le monde, l’évolution de l’espèce est telle qu’ils sont plusieurs à y avoir pensé en même temps (honnêtement, avec une capacité d’adaptation pareille de la nature, je comprends super pas qu’on ne puisse plus avoir de Dodos domestiques, ils devaient vraiment avoir une cervelle de piaf). Et ce ne sont pas des clients que je peux vite expédier en leur expliquant que j’ai de la mousseline à faire chauffer et un psychopathe à la maison qui est probablement en train d’élaborer un plan pour attaquer les lapins du champ adjacent (j’ai rangé les outils bien à l’abri, mais on sait jamais). Ils demandent et méritent mon attention, d’autant plus que y’a eu plein de sorties cette semaine, je peux leur conseiller…heu…voyons…des agendas pour la rentrée, ça j’en ai plein. Les éditeurs se sont rendus compte que la papeterie marchait aussi en librairie spécialisée, et que le fan de fées, de mangas, de moto, du chat, des simpsons, encore de mangas, encore de fées était prêt à investir une dizaine d’euros afin d’afficher sa passion aux yeux d’une nouvelle année scolaire qui s’annonce et de ceux des camarades de classe qui si ça se trouve n’écriront même pas un mot dedans à la fin de l’année ou pendant les cours de maths de madame xxxx, ces ingrats (je me demande si, à l’ère du sms où chacun peut s’envoyer ‘t sup r jtd’ en plein cours, l’art du mot laissé dans l’agenda ne suivrait pas les traces bancales du Dodo (c’était peut-être con un Dodo, mais parmi les milliers d’espèces disparues, c’est la plus connue à égalité avec le Diplodocus, c’est toujours ça de pris, une petite victoire amère sur Darwin). Ce serait triste).

 

Alors me voilà à 19h45 à encaisser le dernier d’entre ces génies tactiques. Et plutôt que de me dire que tiens, je mangerais bien des pâtes aux courgettes ce soir, mes pensées vont vers la boule de poils noirs et blancs qui joue probablement en ce moment même à faire la tornade dans le salon, ou du surf sur le canapé à l’aide du couvercle de la poubelle (il a une imagination débordante).

 

Je fais la caisse rapidement et fonce chez moi (tout en respectant scrupuleusement le code de la route car je suis un conducteur modèle et que ma voiture ne me permet pas de faire autrement). Je m’attends à ce qu’il me saute dessus, ou à ce qu’il m’attende au moins à la fenêtre à défaut d’avoir préparé le dîner (l’imagination, c’est vraiment quand ça l’arrange), mais non, rien du tout, je suis vraiment pas apprécié à ma juste valeur dans ce ménage, de toute façon on ne se voit plus, on ne s’ entend plus etc etc. Et donc je l’appelle :

 

‘le chaaaaat, t’es ouuuuuuù ?’

Oui, je l’appelle vraiment ‘le chat’. Ça lui va très bien par ailleurs

‘ouais quesque tu veux, c’est l’heure de manger ?’

(elle est crétine sa question, pour lui c’est toujours l’heure de manger, mais je préfère ne pas répondre, il me cherche, je ne joue pas à ce pain là)

‘heu tu fais quoi là ?’

 

Parce que là, en fait, il est en train de se balader sur les chiottes. Et le problème quand on est un mâle vivant relativement seul, c’est qu’on ne baisse pas la lunette des W.C.. Et le problème quand on est un félin qui se la raconte, c’est qu’on a tendance à prendre un peu trop confiance et se croire le maître du monde sous prétexte qu’on est l’autre seul être vivant à 40m² à la ronde, sauf si on compte les araignées. D’ailleurs, s’il pouvait s’en charger, ça me rendrait service. J’ai pour habitude de ne jamais tuer les insectes et autres arachnomachins, mais d’un autre côté ça me gonfle de les pourchasser, de les attraper et de les mettre dehors où l’air frais leur ferait le plus grand bien et où ils pourront se faire bouffer par les oiseaux où les vers de terre, me souviens plus trop du schéma de la chaîne alimentaire.

 

Je sais juste que tout en haut de la chaîne se trouve le chat. Bien au dessus de l’homme. Qui en plus ramasse ses crottes et lui apporte un endroit frais où uriner. Je me demande vraiment qui est le maître de qui.


Le palais de l'amour (Vance)

Un dernier verre avant la guerre (Lehane)

Le dernier Homme (Atwood)

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Published by Le libraire en question
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commentaires

Excentrique 28/06/2009 12:42

Merci pour la référence au do x 3 mestique : Je vais refaire un tour dans Jasper Fforde...

Black Girl 28/06/2009 10:07

Tes chiottes font 40m2 ???(bon je sais, c'est nul. J'essaierai de faire mieux la prochaine fois...)

Matilou 25/06/2009 23:46

Un peu que c'est moi le maître! Mettez-vous à ma place: on me colle 15 jours à une espèce de type dont le pedigree n'est pas garanti, du genre de gouttière qui ne se nourrit que de bananes et de pâtes.  J'ai essayé de passer le temps à lire les bds qu'il cache dans les toilettes mais il est rentré plus tôt que prévu et il m'a vite repéré; pas un instant de répit. Sans compter les croquettes qu'il me file au compte-gouttes, j'ai hâte que mes maîtres reviennent. Au moins, eux, ne se promènent pas avec une loutre. Remarquez, elle a un côté sympa: comme elle passe une bonne partie de la journée dans l'appart (la sort pas souvent l'autre), elle s'installe dans la baignoire. Elle avait l'air de bien s'amuser, il faisait chaud (y'a même pas la clim...), j'ai cru mourir déshydraté; me suis dit qu'après tout, moi aussi je pouvais dompter ma peur de l'eau. Et si l'évier n'avait pas été utilisé pour les chaussettes, vous ne m'auriez pas retrouvé suspendu à la chasse d'eau. Laissez-moi me cacher maintenant, inspecteur, je veux mourir...

Le libraire en question 25/06/2009 23:49


tu ne crois pas si bien dire (je te soupconne d'etre super forte en psychologie du felin): il squatte régulierement la baignoire apres que j'ai pris ma douche. Ca doit etre une forme de fétichisme


Antoine 25/06/2009 19:56

Ta loutre ne fais rien contre ce tyran ? Ca m'étonne, je la croyais bien dressée !

Le libraire en question 25/06/2009 19:59


ils sont de meche

tous les memes


Bebeche 25/06/2009 11:24

Tu as tort, tu ne sais pas ce que tu loupes...