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  • : Les libraires se cachent pour mourir
  • : Un libraire se livre (oui bon...). Les doutes, les joies, les peines et les découvertes sans cesse renouvelées dans ce milieu merveilleux. Ou alors c'est simplement le quotidien d'un mec qui lit des Bds et qui est payé pour ça
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19 mai 2011 4 19 /05 /mai /2011 00:21

 

Comme j’ai eu des parents plutôt bons – entendre par là qu’ils ne m’ont jamais envoyé au catéchisme, chez les scouts ou en colo (enfin si, quand j’avais 6 ans, j’ai eu mon cœur brisé, je n’y retournerai plus jamais, JAMAIS), qu’ils ne m’ont jamais forcé à écouter du Tino Rossi (j’ai été éduqué par Clapton du côté de mon père et Phil Collins du côté de ma mère (j’ai pas dit non plus que j’avais eu une enfance parfaite)) et qu’en plus ils m’ont emmené à Disney World – comme ils ont été plutôt coolos avec moi, je tente vaguement de leur rendre la pareille de temps à autres, notamment quand ils me demandent si tiens tu pourrais pas nous amener à l’aéroport histoire qu’on profite de notre retraite bien méritée, et tant que t’y es tu donneras des croquettes aux chats, nous on t’a nourri pendant bien trop longtemps, rends-toi utile deux minutes et puis c’est quand que tu nous fais des petits-enfants d’ailleurs, ils vont pas se pondre tout seuls (mes parents sont très vulgaires quand ils savent qu’ils vont prendre l’avion et laisser des chats derrière eux).

 

Je suis donc allé nourrir ceux qui à présent occupent ma chambre, mon sanctuaire, le théâtre de mes exploits passés (rien de sexuel là dedans, c’est surtout que j’avais un mini panier de basket et qu’il en a vu, des exploits (rien de sexuel là dedans, je le répète (je sais rester modeste))), et j’en ai profité pour boire un verre de grenadine parce que je pense jamais à en acheter pour chez moi et aussi pour fouiller un peu dans mon placard à la recherche de vestiges passés. Parce que oui, je suis un peu du genre à n’absolument rien jeter. Et depuis que j’ai fait un scandale à 13 ans parce qu’ils avaient profité que j’étais en vacances parmi les vaches et les poules pour jeter tous mes cours de la maternelle à la 5ème (je ne jette rien) ainsi qu’un cahier dans lequel j’écrivais des histoires formidables, ils font un peu plus attention et me demandent avant.

 

Et entre deux cartons de choses inavouables et autres peluches Yogi Bear et Muppet Babies, trônait un objet que j’avais complètement effacé de ma mémoire collective individuelle à moi. Un objet que je ne pensais pas revoir un jour, qui m’avait fait beaucoup de mal, et à qui j’avais pardonné mais pas tout à fait, comme on pardonne à une femme adultère car on sait qu’on y est aussi un peu pour quelque chose (par contre il ne faut pas pardonner aux hommes qui trompent leurs femmes, les hommes sont tous des porcs, tâchons de ne pas l’oublier, même si les médias sont là en ce moment pour nous le marteler inlassablement tel l’oisillon qui attend sa becquée).

L’objet en question, c’est un chapeau. Un pauvre chapeau tout noir tout sobre qui ne paie pas de mine et qui prend la poussière facilement, un pauvre chapeau qui aurait pu appartenir à Michael Jackson (avant sa mort, évidemment, ne soyez pas si macabres), un pauvre chapeau qui m’a été offert par ma mère quand j’avais 13 ans (à croire que tout s’est joué là pile là) parce-que, et vous allez rire, parce-que je le trouvais chouette.

 

Ha !

Il avait raison Rimbaud, on est complètement débile quand on a 17 ans, et par extension à 13 ans c’est pas beaucoup mieux. Je ne sais pas ce qui passe par le crâne des adolescents d’un point de vue vestimentaire (probablement pas grand-chose au-delà de la griffe du vêtement), et quelle joyeuse chimie mène à ces résultats plutôt improbables de couleurs bariolées, d’habits soi-disant ethniques et de miroir qui leur fait dire que oh bah oui tiens c’est une bonne idée ce foulard, oh et cette écharpe rouge aussi  m’ira bien, ça me donnera un côté Mitterrand-Onassis. Ça doit être les hormones qui brouillent leur vision et leur jugement et leurs goûts musicaux. Et donc moi devant ce chapeau, pour une raison qui m’échappe au 36ème degré, je me suis imaginé ayant la classe, un peu, oui parfaitement je pourrais le porter sans qu’on me jette des carambars et roudoudous (je trouve qu’on ne dit pas assez roudoudou au quotidien) dans la cour de récré, allez, je la tente, soyons fous et intrépides, en plus c’est du Cacharel, c’est de la marque, et si c’est de la marque c’est forcément cool, et comme je suis un adolescent, je n’aspire qu’à être cool, finalement, même si je la joue genre mec détaché de tout ça.

 

Ô insouciante et délirante jeunesse, qu’ai-je donc fait pour mériter d’être moi aussi un crétin d’adolescent ? ça doit être ma punition pour ne pas être allé au catéchisme alors même que je suis baptisé, Il a du croire que je l’abandonnais alors que généralement c’est le contraire, et du coup Il a pas apprécié et a jeté ce chapeau dans mes pieds et sur ma tête pour se la payer.

 

Car autant dire que ce fut un désastre. Et pas uniquement parce que j’avais la tête d’un mec qui veut ressembler à Michael Jackson et qui au final a la classe d’un Joey Jeremiah. Aussi parce que le collège entier avait décidé de me faire ma fête. Les moqueries d’un côté, mais que j’assumais facilement car je partais du principe que si je me fondais pas dans la masse c’est que j’étais sur la bonne voie et que oui, faites vos malins avec vos doudounes Chevignon et vos Pump, n’empêche que moi j’aurai mon brevet fastoche du premier coup et qu’après la vie m’appartiendra, alors que vous vous irez droit vers un BEP chaudronnerie ou, pire que ça, vers des études de droit à la fac. Et la cantine d’un autre côté, dont les employés n’acceptaient pas que je leur vole la vedette de ma classe étincelante et qui m’ont donc demandé avec force et verve et sans un brin de politesse de bien vouloir enlever ce chapeau, que c’est malpoli, bordel, qu’ils vont me mater etc etc. Sauf que moi je voulais bien être poli et respectueux des convenances (je sais juste qu’il faut lever le chapeau quand on croise une demoiselle dans un saloon et qu’il ne faut jamais laisser un chapeau sur un lit. J’ignorais pour la cantoche), sauf qu’il n’y a pas assez de place sur le plateau et que je refuse de choisir entre un excellent œuf dur épinards et mon chapeau. J’ai vaguement tenté de le leur expliquer par la rhétorique, mais ils n’y ont pas été sensibles, curieusement (et ma rhétorique à 13 ans était pas des plus compliquées, je pense surtout qu’ils en avaient rien à carrer de ce que pouvait bien leur raconter un gamin malpoli qui n’avait pas fait son catéchisme). Une des surveillantes est venue jusqu’à ma table, m’a pris le chapeau sur la tête et l’a lancé loin, très loin, façon domestique de Goldfinger, et j’ai ressenti comme une profonde injustice, une blessure indélébile, et plutôt que de me battre, je me suis contenté d’une quelconque insolence qui m’a valu à moi un voyage chez la proviseure et à mon chapeau d’être banni de l’enceinte du collège. Bon, ceci étant, heureusement que c'est arrivé il y a 20 ans, sinon la video serait déjà sur youtube avec un groupe spécial à mon nom sur facebook et la révolution enfin en marche.

 

Et c’est alors que j’ai juré d’être libraire, afin de me venger de tant d’abus de pouvoir. Quel est le rapport ? Ma foi, aucun. Il fallait juste que je justifie ces lignes dans ce blog, et j’ai rien trouvé de mieux. Je sais…

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Published by Le libraire en question
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e 24/05/2011 06:55



mon premier petit copain, m appelait Roudoudou, j avais 16 ans, et cela m'agaçait beaucoup, pourtant il me reste de cette belle histoire beaucoup de joie, et je dois bien le dire une grand
tendresse pour les roudoudou.Et s il m arrive d'en voir dans certaines boulangeries, un petit sourire se forme sur mes lèvres sans que j intervienne,comme une fenêtre de l âme qui s'ouvrirait
soudain, alors  parfois j achète un carambar  (je ne peux pas résister au carambar) et le mange avec délectation, avant de replonger dans la réalité que je regarde alors avec
indulgence.



Le libraire en question 24/05/2011 09:29



c'est mignon roudoudou.


ca m'aurait pas trop plu que ma petite amie à 16 ans m'appelle carambar, par exemple, j'aurais ete vexé



Grimmy 24/05/2011 00:32



Arf... On a tous eu des lubies étranges, mais aussi bien, le chapeau était véritablement trop classe (c'est le problème du "trop"). J'ai eu des amis qui portaient très bien le chapeau à 13-17 ans
(ou même après). Pour ma part, j'osais même au collège le petit foulard léopard (absolument pas à la mode). Je n'ai jamais vraiment été emmerdée (pas frontalement du moins) alors que
rétrospectivement y'a de quoi se marrer : la totale revival pattes d'éph-tunique en dentelle (mais j'avoue j'aime encore), la couleur ratée qui donne des reflets roses, les hauts courts
montre-le-nombril avec des jupes courtes en été (mmmm, j'étais poupouf sans maquillage), les jeans troués, pulls informes. Mais bon, rassurons-nous : dans 5 ans, nous rirons bien de nos looks
actuels.


Mais bon, respect pour l'exclusion du chapeau, la classe, c'est la différence, finalement. (dixit celle qui avait des chapeaux ou bérets mais n'osait pas les porter)



maud 21/05/2011 13:00



Ca me rappelle les magnifiques boucles d'oreille en argent, très longues, que je portais en term. Je les trouvais franchement géniales et originales... jusqu'à ce que mes gentils camarades me
demandent où j'avais trouvé ces superbes massues en argent..


Du coup, elles se sont noircies dans ma boîte à bijoux et je crois que j'ai fini par les balancer/donner. Des annecdotes de fringues originales aussi j'en ai, en passant par le délicat pull
vert/jupe plissée rouge (ouais mais c'était en sixième, hein). Mais un jour je me suis vengée et j'ai eu des docs vertes, personnes n'avaient les mêmes. D'ailleurs, à cette époque, la mode
c'était les docs et la gageur était de savoir qui aurait les plus originales.



la souris blonde 20/05/2011 09:25



Hey, moi aussi je me suis fait tancer du chapeau (le célèbre chapeau de la souris, d'ailleurs tu n'es plus à la mode, à présent on ne parle plus d'un chapeau style Mickael Jackson, mais d'un
chapeau style la souris) à la cantine cette année !


Mais comme je suis plus élève, on s'est contenté de me demander poliment de l'enlever parce que vous comprenez, on le demande aux élèves alors bon.


Truc pour la prochaine fois que tu auras 14 ans et un chapeau et un plateau à tenir en même temps : tenir le chapeau par le bord, sous le plateau, avec la même main qui tient le bord du plateau
(je sais pas si c'est clair). Pas hyper pratique mais ça dépanne.



Le libraire en question 21/05/2011 09:27



ah c'est rigolo.


j'etais sur que nous menions des vies paralleles toi et moi avec 20 années d'ecart. Tu vas donc bientot avoir les cheveux longs et redoubler la seconde, je te l'annonce



Patty 19/05/2011 17:31



J'imagine que si la robe n'avait été faite que de sequins, j'aurai été, non pas seulement ridicule (mais ça ne tue pas, ce qu'on ne sait pas forcément quand on est ado), mais aussi accusée
d'attentat à la pudeur... donc, il y avait du tissu sous les sequins.