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  • : Les libraires se cachent pour mourir
  • : Un libraire se livre (oui bon...). Les doutes, les joies, les peines et les découvertes sans cesse renouvelées dans ce milieu merveilleux. Ou alors c'est simplement le quotidien d'un mec qui lit des Bds et qui est payé pour ça
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28 novembre 2013 4 28 /11 /novembre /2013 19:40

Dans le cadre de mes fonctions de super libraire reconnu et labellisé (je fais même partie des libraires choisis à la main par média participation (ceux qui diffusent dargaud/dupuis/lombard/kana/urban) pour leur qualité globale et leur teint frais. Ils nous ont affublés du sobriquet ridicule mais choupinou de Supers libraires qu’on caresse dans le sens du poil soyeux et à qui on répète sans cesse que sans nous point de salut, que nous sommes la colonne vertébrale de leur empire etc etc. Et à côté de ça ils créent un site internet qui se propose de faire du conseil à notre place. Je trouve ça rigolo. C’est un site qui n’a aucun avenir commercial et qui sert plus de vitrine qu’autre chose, mais je trouve amusant qu’on nous foute une cape sur le dos en espérant qu’on volera face au vent et qu’elle nous cachera les yeux), dans le cadre de mes fonctions, donc, il m’est demandé, de temps à autres, de prêcher la bonne parole et d’étaler mon maigre savoir à la face de gens qui en savent encore moins que moi. C’est vertigineux.

 

Toujours est-il que mon confrère, qui lui est libraire de vrais livres, m’a demandé de co-intervenir devant un parterre de lycéens membres d’un jury littéraire afin d’expliquer ce que c’est, au juste, que la bd de reportage.

Les lycéens m’inspirent rarement (et inversement), mais ma foi, s’ils font partie d’un jury, c’est qu’ils sont un minimum motivés et intéressés, allez, ça peut être sympa, je prépare un truc rapidos hier (le processus est le même que lors de ma présentation spéciale mangas du début d’année : je suis prévenu 1 mois en avance et je prépare tout 24 heures avant, histoire que…heu…que tout soit bien frais dans ma tête, allez, on va dire ça), et zou, on se lance.

 

Je laisse mon collègue mener la danse (il danse bien mieux que moi, il faut dire, et connait la rumba, la salsa et la macarena là où moi j’attends toujours qu’on m’invite pendant le quart d’heure américain ) et leur conter l’histoire passionnante de l’écriture (enfin moi, je trouve ça passionnant, mais de toute évidence les 17 lycéens assis face à nous pensent plutôt aux statuts qu’ils pourraient publier pendant ce temps sur facebook), avant d’intervenir à mon tour sur la partie Bd.

 

J’ai parlé de Maus, de Davodeau, de Kris, de Marion Montaigne (d’ailleurs, c’était assez fascinant sociologiquement que d’observer que tous les garçons étaient d’un côté de la salle et les filles de l’autre. Ça se mélange pas trop, en seconde, faut croire. Ça viendra), de Squarzoni, de Sacco, du Prix France Info, de La Revue dessinée, de Lepage, de Tardi, de From Hell, de Persepolis, de Delisle, de Guibert. J’ai oublié de parler de Tatsumi mais c’est pas grave, suis sûr qu’ils auront plein de questions à poser et qu’on pourra y revenir.

 

‘Est-ce que vous avez des questions ? ‘ demande-t-on alors

Déjà une main qui se lève. Youpi, ils ont ouvert leur esprit, leur curiosité est titillée, c’est parti pour des échanges enrichissants.

‘Pourquoi est-ce que vous avec décidé d’être libraire ?’

Je sais jamais quoi répondre à cette question, vu que je suis libraire complètement par hasard et que j’ai jamais vraiment décidé de devenir libraire. C’est juste arrivé. Pouf. Un jour, j’ai commencé à vendre des livres. Après, j’ai commencé à m’intéresser au métier de près. Maintenant (et seulement maintenant, 7 ans après), je me considère comme à peu près libraire. Mais ça tombe bien, j’ai pas eu à répondre, mon collègue (dont le déhanchement sur une piste de square dance me rendra toujours jaloux) a parfaitement répondu pour nous deux.

‘autre chose ?’

‘oui, livre numérique, vrais livres blablablabla, non ?’

S’en suit un semi-débat sur l’intérêt du livre numérique, dont je vais vous épargner la teneur ici parce que ça me fatigue rien qu’à y repenser.

Et ma foi, c’est à peu près tout.

Bon.

Ils seront curieux une autre fois, c’est pas grave.

 

Chaque élève, pour récompenser ses efforts de juré, s’est vu remettre un chèque lire d’un montant de près de 20€. Ce qui est très généreux de la part du Conseil Régional, merci à lui de permettre l’accès à la culture à des élèves qui en sont de toute évidence complètement démunis, si j’en crois le vide intersidéral dans leur regard quand on leur parle d’événements qui ont plus de 2 jours (j’exagère à peine). Ils se sont donc précipités dans les deux librairies (surtout dans la mienne, d’ailleurs, et toc, la Bd c’est toujours plus cool que la Bitlit). J’avais laissé la pile de tout ce que j’avais présenté sur le comptoir, en me disant qu’ils seraient forcément attirés, que j’avais transmis la flamme de l’information et du reportage, qu’ils auraient soif d’apprendre et de découvertes.

 

Résultat des courses : 3 Naruto, 3 One piece, un Carnets de Cerise, 3 Batman et un Asterix vendus.

 

Oui voilà, ils seront curieux une autre fois. C’est pas grave, mais ça me déprime un peu. ‘fin bon, comme on dit un peu hypocritement dans ces cas-là : au moins ils lisent.

 

 

(renseignements pris, ils sont membres d’un jury, certes, mais c’est un cursus qui leur est plus ou moins imposé, il s’agit pas de volontaires. Je comprends mieux. Je n’ai finalement pas à me remettre en question. Ouf. Je déteste ça)

 

 

Ps : rien à voir, mais comme chaque année à la même époque, la sélection Angoulême a été dévoilée. Comme chaque année, je râle un peu, j’applaudis à peine plus et pointe du doigt des oublis flagrants. Toujours est-il que je rappelle que mes listes sont sur Sens Critique dorénavant, avec notamment ce que moi je retiens moi dans mon coin à titre personnel (et professionnel, en fait, surtout, sinon y’aurait 2 livres). Donc si vous, vous êtes curieux….

 

 

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Published by Le libraire en question
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commentaires

Jorg McKie 29/11/2013 09:51


Rien de mieux qu'un vigoureux déhanchement pour se remettre d'aplomb, mais en matière de danse y préférer valse ou tango, voire mazurka ou polka si vrai talent gymnaste. Pourquoi ? Parce qu'au
bout du compte ce qui importe c'est le partenaire, et comment on l'entraîne dans sa danse. Une danse de groupe avec troupeau d'ados ? A moins de se mettre tous nus (avec des peintures
corporelles) et d'entrer en transe (avec des substances illicites aujourd'hui mais historiquement accompagnatrices de l'évolution de l'humanité), je ne suis pas certain que ces danses de groupe
ou de tribu aient quelque effet... ;-)

Roxane 28/11/2013 19:52


Mais non, mais non, qu'ont-ils dit sur le livre numérique ? 


(je signale petite coquille au passage "avec" au lieu "d'avez" (pourquoi avez-vous décidé d'être libraire)


/// moi j'aurais bien aimé qu'on vienne me parler de la BD de reportage quand j'étais lycéenne (de la BD tout court d'ailleurs), et puis, ils font semblant, mais au fond, peut-être avez-vous créé
des vocations de reporter, dessinateur ou de libraire. Ça tient à rien ces p'tites choses-là.