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  • : Les libraires se cachent pour mourir
  • : Un libraire se livre (oui bon...). Les doutes, les joies, les peines et les découvertes sans cesse renouvelées dans ce milieu merveilleux. Ou alors c'est simplement le quotidien d'un mec qui lit des Bds et qui est payé pour ça
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6 avril 2011 3 06 /04 /avril /2011 00:45

 

Une des premières choses que j’ai apprises à mon cher apprenti, c’est d’être attentif et concentré. Pas uniquement sur ce que je dis, même si ça ne peut que lui servir dans la vie (et dans son boulot, mais surtout dans la vie, car je suis d’une sagesse exemplaire et que je mène la mienne tel Sancho sur son âne), mais surtout sur ce qui se passe autour de lui. Ne jamais se précipiter, y’a pas le feu, les clients ils vont pas se volatiliser, c’est bon, ils sont habitués à attendre, les clients, ils vont à La poste et la sous-préfecture comme tout le monde, ils sont plus à ça près, prends ton temps mon lapin, te laisse pas avoir par la précipitation, et tu m’expliques pourquoi tu rends comme monnaie un billet de 50 sur un billet de 20 ?

 

Attentif et concentré. Parfaitement. C’est la meilleure façon de pas faire de conneries. Enfin d’en faire le moins possible.

 

- C’est en apprenant à bien regarder de chaque coté de la route avant de traverser que tu passeras d’un petit canard boiteux tout noir tout pas beau à un beau cygne pas écrasé de l’autre coté de la route, lui ai-je dit en ce beau matin d’été tandis que nous observions deux papillons en construisant des châteaux de sable, les pieds sur des nénuphars.

 

Bon par contre, c’est évidemment en faisant des étourderies qu’on apprend. Le tout étant de ne pas les répéter, sinon je me fâche, je deviens tout rouge, je fais la toupie, et ça on veut pas, c’est mauvais pour ma tension.

 

Dans un souci de transparence ultime, de paume ouverte sur mes défauts, de regard baissé sur mes chaussures, voici un état des lieux probablement pas exhaustif de mes petits moments d’inattention à moi, qui me rendent donc expert en la matière :

 

- L’encaissement de chèque pas signé. Et allez retrouver la personne si elle a pas de carte de fidélité et si elle est sur liste rouge, surtout pour un chèque de 8€ qu’elle a fait alors qu’elle n’en a plus l’habitude, uniquement pour une histoire de frais trop élevés de carte bleue.

 

- Le chèque signé mais laissé dans le chéquier, tellement laissé que je dois courir après la dame encore plus tête en l’air que moi pour exiger qu’elle l’arrache (le chèque) et me le donne immédiatement sinon je crie.

 

- La mauvaise somme tapée sur le clavier du TPE (pour la carte bleue). Donc toujours avoir un œil sur l’écran et sur le ticket imprimé. Surtout si vous faites une carte de 6€ au lieu de 60€.  J’en ai fait une de 77€ au lieu de 17€, une fois. C’était pas mal. C’était mieux, même.

 

- Donner la mauvaise Bd commandée. Faut dire qu’un type me commande le tome 5, un autre le tome 3, forcément je fais pas attention avec les fiches de réservation, forcément chacun se retrouve avec la Bd de l’autre, ça fait désordre, des insultes ont fusé ainsi que des menaces, mais tout est rentré dans l’ordre. C’est un peu comme si un bébé avait été échangé avec un autre à la maternité, je peux comprendre que le débat devienne passionné.

 

- Mettre une Bd dans un sac en oubliant de le passer à la douchette (le bidule qui scanne les codes barre). C’est pour ça qu’il faut toujours recompter les livres et vérifier que ça correspond avec celui affiché par le superbe logiciel de gestion qui est là pour ça.

 

- Compter une Bd en double parce qu’on l’a fait une première fois, qu’on a raconté sa vie et son rapport aux papillons l’été, et que du coup, déconcentration, et hop on le refait. C’est pas sérieux. Surtout que c’est rare qu’on refile un ticket de caisse, les clients n’ont que notre bonne foi et cette étrange sensation que décidément, le prix des livres ne cesse d’augmenter.

 

- Mettre une Bd en plus dans le sac tout simplement parce qu’elle était sous la pile et qu’elle avait rien à faire là, faut apprendre à débarrasser le plan de travail, on est pas des porcs quand même, c’est pas si difficile de ramasser les miettes, les traces de café et de ne pas y laisser trainer des livres.

 

- Dire bonjour madame à un jeune homme, tout simplement parce qu’on est pas bien réveillé. Ni attentif. Et ça m’arrivait tout le temps, ça, quand j’étais gamin. Avant que j’aie des poils. Maintenant ça va. Enfin j’espère.

 

- Demander son âge à une jeune femme qui pourtant ne m’avait rien fait et qui curieusement l’a pas pris comme un compliment d’hommage. Je comprends pas grand-chose aux femmes. Ça explique beaucoup de choses. Bon, ça c’est pas une étourderie, c’est une gaffe, pourtant je la connais la règle en la matière, bougre d’âne.

 

- Dire tout fièrement à un client que oui, j’ai tout fait pour mais j’ai eu votre commande rapidement, voyez mon efficacité, le voilà votre exemplaire du tome 25 de Yoko Tsuno, haha que dites vous de ça ? Et qu’il réponde un peu fâché qu’il voulait 25 exemplaires du tome 1, crétin des îles australes.

 

- Et celle qui m’est encore arrivé tout à l’heure, avec un client/lecteur de ce blog, d’ailleurs et qui sera tout frétillant à l’idée de se reconnaître enfin revanchard : ne mettre que la moitié des livres dans le sac, dire voilà, merci, au revoir, au plaisir, bonjour à madame hein, ne marche pas sur les asticots etc etc., tendre le sac, et le laisser partir. Et qu’il revienne après une longue course contre la montre contre lui-même pour réclamer son dû qu’il a payé de la sueur de son front.

 

Voilà, tout ça m’est arrivé. M’arrive de moins en moins, mais on est jamais à l’abri, même moi ne suis pas infaillible, mais j’évite que ça se sache de trop. Et puis bon, ce qui me rassure un peu c’est que les clients le sont au moins tout autant que moi, et je ne compte plus le nombre de fois où ils paient, me disent merci ! au revoir ! dieu que vous êtes beau ! prennent leurs affaires, s’apprêtent à franchir la porte ouverte sur un univers de désolation et de papillons, et au moment où ils se retournent une dernière fois pour mieux s’imprégner de mon visage, mon sourire, ma barbe de mec qu’on prend pour un mec, mon regard bienveillant, je leur demande :

‘heu mais vous prenez pas vos livres ?’

 

ps: j'en ai oublié un qui était pourtant assez évident: oublier de rendre la monnaie, ou mal la rendre, et passer pour un escroc. ça c'est mal. Surtout quand on oublie carrément de la rendre. Comme ça vient de m'arriver.

 

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Published by Le libraire en question
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commentaires

Clairette 08/04/2011 13:15



Cette chanson, chacune de ses lignes pourrait servir de titre à un post. Joli choix...



maud 07/04/2011 19:12



Ben tu vois que tu en as, de l'inspiration. Il te fallait encore un peu de soleil, là, tu es mûr. Euh, je veux dire, mature, enfin... Mais qu'est-ce que j'raconte??


C'est la poudre de chocolat blanc!!!



Le libraire en question 09/04/2011 09:25



ca va ca vient comme ils disent



Stella J. 06/04/2011 17:36



tout frais et tout drole comme d'habitude :)) 


et dans le titre tu as oublié "coquillages et crustacés"



Le libraire en question 06/04/2011 18:37



merci merci


nan, c'est pas dans la chanson ça, c'est de la triche



Marc-Edouard 06/04/2011 16:39



Ouais ,sur ce coup là j'ai du bol ,je ne sais même plus pourquoi j'ai vérifié mon sac de BD ( enfin ,si, je ne savais plus où j'avais foutu mon portefeuille ; tu ne le répéteras à personne ,je
compte sur toi ) car d'habitude je te fais confiance ; imagine si j'étais rentré chez moi et qu' il aurait fallu que je me retape 15 bornes juste pour récupérer 2 albums .


De plus sache que je ne frétille pas pour si peu et que je ne suis pas du genre revanchard ( je vous avais bien dit que je finirai par le prendre en faute ), quant à la course je dois bien reconnaître que j'ai failli claquer devant la boutique ( comment çà il faut que je perde du
poids ) ;rien que pour çà je mériterai 2 albums gratos .


A+ le libraire



mlpie 06/04/2011 10:55



j'ai aussi la douchette qui déraille, le tapage de tpe avec des mouffles, le mélange des titres (ouf, je fais parti du club des oubliettes dans la boîte aux lettres !)


pis, le pire du pire, ne pas se souvenir de quelqu'un qui vous dit bonjour très chaleureusement (est-ce un client? un auteur? un représentant?)


ou un client qui vous dit " alors, le livre que vous m'avez conseillé la dernière fois était très bien, j'en veux un dans le même genre" sans vous redonner le titre... (ça me laisse dans des
abîmes de solitude pour rebondir et poser les bonnes questions)


 



Le libraire en question 06/04/2011 10:59



tihi


boh moi j'ai pas trop de scrupules a demander 'heu oui c'etait quoi deja?', ils le prennent pas personnellement (ou alors je vais regarder discretement sur la carte de fidelité de la personne,
pour l'epater)