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  • : Les libraires se cachent pour mourir
  • : Un libraire se livre (oui bon...). Les doutes, les joies, les peines et les découvertes sans cesse renouvelées dans ce milieu merveilleux. Ou alors c'est simplement le quotidien d'un mec qui lit des Bds et qui est payé pour ça
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2 janvier 2014 4 02 /01 /janvier /2014 20:20

Nous y voilà.

Nouvelle année, donc fin de période de Noël, à y’est, on peut passer à autre chose, retour à la routine, le quotidien, les piles de retours, les commandes de début d’année et, le plus important, LES STATS A GOGO.

 

Wooohoooo.

 

Je vous ai gavés de chiffres pendant ces quelques semaines intenses, et c’est pas fini (youpi, je sais). Car c’est bien gentil, les chiffres, mais si on ne les explique pas, ça sert à rien. Je vais faire vite, vous en faites pas.

Le plus important, en fait, c’est de comprendre que même si on brasse des milliers d’euros, ce qui reste au final dans la poche, c’est quelques centaines d’euros, au mieux. Et pas pour des raisons de salaires mirobolants des libraires et gérants, loin de là (2 000€  nets pour ceux qui gèrent une librairie en moyenne, 1 300€ pour les libraires qui ont de l’expérience). Plutôt pour des raisons de marges moyennes très faibles sur le livre. Concrètement, une Bd que je vends 15€, je l’achète un peu moins de 10€ (9,45€ pour être précis). Il n’y a donc que 5€ qui vont directement payer les charges fixes (et variables). Donc quand vous me voyez fanfaronner car j’ai fait 10 000€ en deux jours, ça peut sembler beaucoup d’argent, mais en vrai ce qu’il reste après avoir payé les fournisseurs, c’est 3 700€. Ce qui reste beaucoup d’argent. Gagner en deux jours plus de deux fois le salaire médian en France, c’est même indécent en temps de crise. Sauf que ça permet généralement de combler un trou que l’on creuse comme des grands depuis le mois de février (janvier est assez tranquille, et fin janvier et fin février on paie les livres commandés en Novembre et Décembre, et là ça fait mal. De l’intérêt d’avoir négocié de l’échéance pour ces commandes-là qui sont plus importantes que la moyenne, par définition), attendant justement avec impatience que le cycle se cyclise et qu’on arrive enfin au mois d’Octobre, que le banquier nous lâche un peu la grappe et qu’on ne se ronge pas les ongles en permanence avec un œil sur le compte. Le mois de Décembre permet d’équilibrer les comptes, pas de se gargariser à coups de pièces de 2€ dans un bain de billets de 500€.

 

En gros, je surveille de prêt 3 indicateurs qui me permettent de gérer grosso modo le monde qui m’entoure.

 

1/ Le chiffre d’affaires

 

Le fric, quoi. Alors sachez que je suis pile à l’objectif que je m’étais fixé au mois de mars (ah, la magie des chiffres et des tendances). Ce ne sont pas des objectifs le doigt levé au vent, mais qui s’appuient sur ce que j’observe. On n’est jamais à l’abri de bonnes surprises et de reprises soudaines de consommation, mais une courbe est une courbe, il faut s’y fier. C’est très pratique pour, par définition, prévoir un minimum où on sera à un instant T. J’ai tendance à être plutôt réservé et pessimiste, donc je m’enflamme rarement, ce qui fait que les surprises sont plus souvent bonnes que mauvaises. Là, j’ai fait 800€ de plus que l’objectif prévu. Pas dégueu.

 

Je m’étais d’ailleurs fixé un objectif sur les intégrales et les coffrets. J’ai injecté 30% de stock en plus (les Calvin & Hobbes ont joué dans la balance, évidemment) et partais donc du principe qu’il fallait vendre 30% en plus. Logique (j’ai une tendance normale sur le livre neuf à + 1%, pour info, c’était donc par forcément gagné d’avance). Objectif atteint, avec même 10% de plus. Donc chouette. Ce qui veut surtout dire que si l’offre est là, les ventes suivent. L’implantation est primordiale.

 

30% de mon CA a été réalisé les 5 jours avant Noël. 40% sur 8 jours (donc sur 25% du temps, pour ceux qui suivent et se sont pas encore endormis la bave et la dinde aux lèvres). Autrement dit, faut pas se rater à ce moment-là. D’où ma légère angoisse qui, je l’espère, était palpable.

 

2/ La fréquentation

 

Là aussi, c’est au vert. Mon nombre de clients uniques sur 12 mois a enfin de nouveau grimpé après un an de baisse et le nombre de paniers (actes uniques d’achats) est lui aussi en légère hausse. Ça veut donc dire que même si les gens se serrent la ceinture le restant de l’année, ils reviennent en Décembre faire des cadeaux et nous ont en tête pour ça. C’est la preuve que la fidélisation suit son cours. D’ailleurs, 99.7% de mon chiffre est fait sur des gens qui ont une carte de fidélité à la librairie. 94% des gens en avaient une et j’en ai créé autant de nouvelles que l’an passé. C’est primordial, car j’ai besoin d’engranger un certain nombre de nouveaux clients chaque année pour, au  minimum, compenser ceux qui partent. Je ne vous donnerai pas le chiffre exact car il faut bien que je garde un peu de mystère, mais mon taux de remise sur carte de fidélité était aussi très élevé ce mois-ci, confirmant le fait que j’ai très peu de passage et principalement des clients fidèles (et bien élevés).

 

3/ Le stock

 

Je suis obsédé par le stock. Presque plus que par le chiffre d’affaires (presque, hein). La gestion du stock est la différence entre un libraire et un vendeur de livres. Et autant vous dire que personne ne touche à mon stock. Bas les pattes. Là, concrètement, mon stock est pile poil où il doit être (allez, j’ai 800€ de trop, mais ce sera réglé avec la vague de retours qui arrive). J’ai déstocké 20 000€ de livres sur décembre, ce qui me permet de revenir à mon niveau de début octobre. Et ça tombe bien, c’est pile ce que j’avais injecté spécialement pour Noël. Même si on est crédité de tout ce qu’on ne vend pas, le problème c’est que le temps que ce le soit, l’argent est déjà parti dans les poches des distributeurs, nous laissant la charge de la trésorerie pendant 1 mois ou 2 (je sais pas si je suis très clair. Au pire, c’est pas bien grave, retenez juste que ça craint du boudin de trop se planter dans ses achats, surtout si on négocie pas d’échéance supplémentaire).

 

Voilà pour le debrief.

Pour résumer : je suis très content et soulagé. Après 9 mois d’exercice (fiscal hein...pour le reste j'ai la Kinect), je sais où je vais et où je serai au bilan.  Je peux dire à mes apprentis que j’aurai pas besoin de les virer tout de suite pour grappiller quelques euros afin de payer ma Mercedes.

 

 

Et pour ceux qui se demandent ce que c’est qu’une journée normale, sachez que là, aujourd’hui, j’ai vu 16 clients pour un chiffre d’affaires de 420 €. Vivement Décembre prochain.

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Published by Le libraire en question
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commentaires

philig 08/01/2014 14:58


bonne année 2014


vive les libraires de qualité et si en plus ils ont une bonne plume ce n'est que mieux.


je remarque la fatigue a quelques fautes d'orthographe quand même.


sinon pas acheté encore l'intégrale calvin et hobbes et vive les bons conseils


et y'en a un qu'a pas dû être gaté à Noël.

Ploup 08/01/2014 12:33


Bonjour,


Je trouve que le métier de libraire est un métier qui ne devrait pas tarder à mourir. A cause de libraires comme vous et comme ce message, on s'en prend de plus en plus violemment à Amazon qui
est un fournisseur bien plus sympa, neutre et modeste qu'un libraire lambda.


Honnêtement, les histoires de stock et tout c'est du flan. Tout ce que vous voulez, c'est attirer l'attention sur votre petite personne en vous prenant pour le nombril du monde.


Et puis je ne parle pas de la longue liste qui me détester les libraires, ces individus qui s'autoproclament détenteurs du savoir, ou encore qui présentent pour seul argument : "faut sortir de
chez toi plutôt que d'aller sur Amazon". A ces derniers, je répondrais que si je sors de chez moi, je payerai au moins le double d'Amazon pour me retrouver avec un livre contenant un post-it
horrible avec un commentaire du dit libraire "Cet ouvrage est transcendant et époustouflant". Je hais toutes ces pratiques.


Bonne continuation, mais pensez à la reconversion :)


 

Le libraire en question 08/01/2014 19:31



oh merci, mais tant qu'il y aura d'autres lecteurs qui ne font pas des jugements à l'emporte-pièces basés sur du vent, j'ai encore quelques beaux jours (très nombrillistes, ça par contre c'est
vrai, au milieu de ce tissu d'âneries) devant moi.



Christophe 06/01/2014 21:12


Si tu veux des conseils sur quelle Mercedes choisir, n'hésite pas !

Claude Naves 03/01/2014 08:33


Bonne année (à venir et passée manifestement), quelle efficacité !


Tous mes respects pour ce cours de gestion !

Le libraire en question 03/01/2014 09:26



merci !


ça donnera peut etre (sait on jamais, je choisis d'etre naivement optimiste) à certain eleves l'envie de plonger dans les cambouis



'Christa 03/01/2014 05:37


Ah, super, j'attendais la conclusion. Je n'ai aucune intention de devenir libraire (c'était mon rêve quand j'étais petite) ou même commercante, mais il n'empêche que cette saga de décembre était
vraiment intéressante à lire. Bonne année à vous et bonne continuation ;)

Le libraire en question 03/01/2014 09:27



merci, difficile de me faire plus beau compliment !