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  • : Un libraire se livre (oui bon...). Les doutes, les joies, les peines et les découvertes sans cesse renouvelées dans ce milieu merveilleux. Ou alors c'est simplement le quotidien d'un mec qui lit des Bds et qui est payé pour ça
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18 mars 2014 2 18 /03 /mars /2014 23:43

J’en parle suffisamment depuis des années pour que ce ne soit un mystère pour personne : oui, je tente tant bien que mal de former des futurs libraires.

Modestement.

Avec mes moyens limités.

Mais toujours avec amour et humilité (enfin surtout avec amour).

 

Or, il semblerait que l’apprentissage du métier de libraire (enfin de vendeurs de livres dans un premier temps, mais il faut bien commencer quelque part) n’ait pas le vent en poupe. Les candidats sont de moins en moins nombreux et le niveau pas toujours folichon. Les centres de formation sont même à deux doigts de s’inquiéter et de lancer des avis de recherche pour la rentrée prochaine.

 

Rappelons le principe de l’apprentissage. Deux années de formation, trois semaines sur quatre en moyenne en entreprise à temps plein, un salaire qui varie en fonction de l’âge et de la formation, mais qui grosso modo va de 41% du Smic (590€) à 61% du Smic (870€), et les mêmes avantages que n’importe quel salarié, vacances comprises. Autrement dit : l’apprenti apprend et pendant ce temps il coute pas bien cher. Entre les crédits d’impôts et les primes reversées (et le fait qu’il y a très très peu de charges), un apprenti reviendra à peu près à 5 000 ou 6 000 € tout mouillé à l’entreprise, sans piscine trois boudins. Trois fois moins qu’un Smic à temps plein. En échange, la moindre des choses c’est de s’occuper de lui et de ne pas simplement le mettre dans un coin pour qu’il compte des cartons de réception et aligne parfaitement les livres dans ceux de retours.

 

Certes, au début, un apprenti ça sert à rien. Faut tout lui expliquer, ça fait des erreurs de caisse, ça sait rien faire, ça pose des questions à la con et ça croit avoir bon goût en matière de lecture (haha, j’en ris encore). Mais si on s’investit un minimum et qu’on les choisit correctement, y’a aucune raison que ça ne se passe pas bien très rapidement. Autrement dit, un entretien de 10 minutes ne suffit pas pour déterminer deux années de collaboration à venir. C’est une embauche. Il ne faut pas la prendre à la légère, même si les taches demandées ne volent pas toujours très haut. Justement, aidons-les à dépasser l’échelle sans tomber dans le vide, les ampoules n’en seront que mieux vissées. Et puis bon, n’oublions pas que ce sont des êtres humains, certes, mais qu’ils sont jeunes et malléables et a priori remplis de motivation et d’implication lors de ce qui est la plupart du temps pour eux leur première expérience professionnelle.

 

J’attache énormément d’importance à mon rôle de maître d’apprentissage. Déjà, parce que c’est pas tous les jours qu’on m’appelle maître. Ensuite parce que je sais pas, l’idée de la transmission me plait bien. Et j’en ai plein, moi, des choses à transmettre. Une certaine vision de mon métier (à laquelle on peut ne pas adhérer, je ne détiens pas une forme de vérité absolue. J’ai juste un charme magnétique, j’y peux rien), des valeurs de travail et un ensemble de grand n’importe quoi que mes apprentis découvrent au fur et à mesure en se demandant à moitié ce qu’ils foutent là, et à moitié pourvu que ça ne s’arrête jamais, les marelles, les roues, les paons, y’en aura jamais assez. Et puis surtout, même si j’en parle tout sérieusement parfois, ça reste un boulot sympa comme tout avec ses bons moments et ses salaires si bas qu’on est franchement pas là pour se prendre la tête, donc autant rigoler dans la bonne humeur du travail bien fait (car oui, mon exigence est proportionnelle à mes sarcasmes quand elle n’est pas atteinte. Je préviens).

 

Mais ça reste un boulot. Bien plus qu’une formation à l’école. C’est ce côté schizophrène qui est un peu compliqué à gérer pour nos chères têtes blond-vénitien. Elles sont encore dans le système scolaire (y’a même des devoirs à rendre, devoirs qui prennent au moins, au bas mot, 45 minutes par mois à faire) tout en ayant un pied dans le monde de l’entreprise (et dans mon monde merveilleux à moi). Ça demande donc un minimum de boulot supplémentaire chez soi, histoire d’utiliser pour de bon le tremplin qui leur est fourni. Sauf que tout le monde n’a pas envie de faire des triples sauts périlleux et certains préfèrent rester sur le bord à boire des bières pas toujours fraiches (un salaire d’apprenti ne permet pas l’achat d’une glacière) en se vautrant dans leur ignorance invisible à leurs yeux. C’est pas très grave, ça ne les empêche pas de faire le boulot qu’on leur demande (on leur donne un tremplin, mais n’oublions-pas qu’ils restent en bas de l’échelle), mais bon, c’est pas très enrichissant, ni pour eux, ni pour nous (car oui, ils nous enrichissent. Parfois).

 

Je me suis occupé personnellement de 4 apprentis, ces 5 dernières années. Ça s’est toujours bien passé. J’ai une tendresse infinie pour ces jeunes gens que j’ai formés et essaie de rester en contact avec eux et de me tenir au courant de leurs pérégrinations. Mais cette année, y’a eu une couille dans la page de garde. Une erreur de parcours ou une erreur de casting, je ne sais pas, mais toujours est-il que je n’ai pas su garder l’oisillon dans son nid et qu’il a choisi de prendre la tangente après un quart du parcours, quitte à voler face au vent avec une aile en moins. Je lui souhaite de trouver son courant d’air.

 

Moi en attendant, je vais trouver d’autres candidats pour l’année prochaine.

 

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Published by Le libraire en question
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commentaires

Violaine 08/07/2014 22:47


Et oui ! Les nouveaux apprentis ne peuvent pas être aussi merveilleux que moi !! 


Plus sérieusement j'aime la confrontation des goûts livresques,  je ricane toujours autant devant certaines convictions et je me met dans tous mes états devant des fautes de goût
magistrales. 

Matilou 02/04/2014 21:49


Dommage que ma devise soit "ni dieu, ni maître"...

Marc-Edouard 19/03/2014 10:18


Je trouve souvent très sympas tes apprentis ( bon certains plus que d'autres ) et j'adore discuter avec eux de leus goûts en matière de B.D . La plupart ont été des conseillers extras sur
certains titres mais d'autres ( très rares ) quasi invisibles  ( et vu comme je suis bavard ....) .


J'attends le prochain cru avec impatience , tout en regrettant l'absence de certains qui étaient vraiment EXTRAS .


A+ Maître  Libraire !