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Présentation

  • : Un libraire se livre (oui bon...). Les doutes, les joies, les peines et les découvertes sans cesse renouvelées dans ce milieu merveilleux. Ou alors c'est simplement le quotidien d'un mec qui lit des Bds et qui est payé pour ça
Lundi 23 janvier 2012 1 23 /01 /Jan /2012 13:43

Même si je suis un homme en avance sur son temps, les yeux braqués sur l’avenir et les (courtes, certes) jambes me menant droit vers un destin à n’en point douter brillant (le tout c’est d’y croire), je suis parfaitement en mesure de saisir et comprendre le concept de la nostalgie mélancolique qui peut nous saisir au coin d’un feu alors que notre esprit vagabonde en se demandant ce qu’il a fait pour mériter ça.

Pas plus tard que là tout de suite, je me replongeais 10 ans en arrière (j’aime bien, c’est un compte rond. C’est moins joli et ordonné que 11 ans, mais y’a 11 ans il m’arrivait pas grand-chose : je bossais. Beaucoup. Je passais mes nuits sur internet à discuter avec la Nouvelle Zélande en faisant des plans de lendemains qui chantent encore plus. Bref, la même vie que n’importe quel clampin de 23 ans qui découvre les joies de la vie active après des années de glande à la Fac et des années de glande dans un couple à la con (je dis ça avec recul et sans aigreur hein, suis super pas aigri pour quoi que ce soit, je comprends la nostalgie, mais pas l’aigreur)). Je vous ai déjà fait le coup de ‘y’a 10 ans’ (ah quoique c’était peut-être sur mon site d’avant que j’existe ici, je m’y perds, c’est compliqué internet), donc je vais pas me relancer dans cet exercice un peu facile, mais faisons tout de même un petit topo, ça ne peut pas faire de mal de parler un tantinet de moi, surtout au coin d’un feu.

Ah quoique non, maintenant que j’y pense, en Janvier 2002 j’avais repris un boulot, je n’avais plus de Nouvelle Zélande dans ma vie qui me souriait quand même dans son célibat assumé (un célibat est bien mieux à vivre quand il est assumé. Ou quand on s’en fout complètement. Faudra que je demande à tous mes clients amateurs de figurines comment ils le vivent) et j’attendais tranquillement la prochaine phase de ma déjà longue vie (c’était pour le mois de Septembre : plus de boulot, encore moins d’Océanie et début de ma carrière musicale éclair intimement liée à quatre années à ne pas faire grand-chose à part être une star ou presque).

Voilà, vous savez tout, je nous sens plus proches les uns des autres tout d’un coup, c’est pas désagréable, mais merci de laisser vos chaussures à l’entrée, je viens de cirer mon parquet et ma peau de bête. Et il m’arrive donc de repenser à tout ça (surtout si surgit de nulle part une musique qui m’y fait penser. Je suis très sensible à la musique nostalgique) et me laisser bercer par cette fameuse douce mélancolie qui sert pas à grand-chose et que je secoue d’un remuage de tête énergique en allant me faire un smoothie (c’est mon nouveau truc du moment. Le secret, c’est d’ajouter des flocons d’avoine).

Et visiblement je ne suis pas le seul, car l’autre jour j’accueille une jeune demoiselle lycéenne qui appartient au club Bd et qui venait faire quelques achats pour ce dernier. Bon. Je préfère traiter avec des adultes, ils sont moins pénibles, mais va pour l’adolescence, qui sait, elle est peut-être moins crétine que la horde que j’entends chaque jour devant la librairie faire des concours de rots et se demander combien il y a de ‘n’ à Rihanna. Elle m’apporte sa liste, en m’expliquant que ses instructions sont de la valider auprès de moi (oui, j’ai beaucoup de poids dans la communauté culturelle de ma ville) avant de passer la commande. Soit. Voyons ça.

Ah.
Heu.
C’est normal qu’il y ait La rose écarlate ?
C’est une suggestion d’une personne du club, elle a bien aimé, apparemment. Je lui explique donc, en tentant le plus possible de ne pas passer pour le gros con condescendant de service (j’essaie toujours d’être en phase avec ma propre jeunesse de l’époque de y’a 20 ans), que moi la Rose écarlate je la conseille pour les filles de 8 à 14 ans et que le lycée, à moins que ça ait radicalement changé depuis mon époque et que tout le monde est en avance à présent (ce qui m’étonnerait fortement au vu de ce que j’observe), le lycée donc c’est en moyenne de 15 à 18 ans, non ?
Bon pas grave, poursuivons….
Ah.
Heu.
Vous êtes sûrs de vouloir un album des Schtroumpfs (ils ont choisi Le bébé Schtroumpf en plus, même pas Le Schtroumpfissime ou le Cosmoschtroumpf…ralala) ?
Oui oui, rétorque-t-elle en rougissant un peu, on s’est tapé un délire et on s’est dit que ce serait cool d’en avoir au CDI.
Ah.
J’évite de lui faire tout un discours sur la responsabilité qu’elle a, sur la valeur de l’argent, sur le partage de la culture et son extension et sur le fait que le club Bd est peut-être plutôt l’occasion de découvrir et faire découvrir des livres un peu moins connus que Les Schtroumpfs. Je reste souriant, conciliant, même si j’ai de plus en plus de mal à ne pas tomber dans mon travers habituel d’un cynisme sarcastique facile (en même temps, de manière générale, ils cherchent un peu, quand même).
Je parcours le reste de la liste, qui n’est pas totalement aberrante (simplement parce que y’a beaucoup de suites de choses que j’ai conseillées par le passé. Je suis d’une cohérence extrême dans mes goûts et mes conseils et souvent d’accord avec moi-même), malgré la présence d’un Tokyo Mew Mew (‘non mais c’était pour le délire’).

Je tique néanmoins sur le dernier titre, qui est un tome un poil lambda de la série Star Wars.
‘Non mais celui-là c’était aussi pour le délire et on trouvait dommage de pas avoir de Star Wars dans le club, et surtout un des membres a joué au jeu video et voulait savoir comment était la Bd.

Eh beh.
Je dois tous les rencontrer pour leur présenter la sélection Angoulême ainsi que le palmarès. Je sens que ça va être une rencontre enrichissante. Ils vont m’adorer. Ça va être délire.

Par Le libraire en question
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