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  • : Les libraires se cachent pour mourir
  • : Un libraire se livre (oui bon...). Les doutes, les joies, les peines et les découvertes sans cesse renouvelées dans ce milieu merveilleux. Ou alors c'est simplement le quotidien d'un mec qui lit des Bds et qui est payé pour ça
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2 mai 2011 1 02 /05 /mai /2011 22:29

Les clients c’est comme les femmes, ça ne s’aborde pas n’importe comment. A plus forte raison quand les clients sont des femmes, d’ailleurs, même si j’essaie de traiter tout le monde sur le même piédestal de ma reconnaissance, mais il ne faut pas se faire d’illusions, il y a du favoritisme y compris chez les cœurs purs comme moi.  

 

C’est difficile à enseigner, d’ailleurs, comme technique. Il faut le sentir. Tout bêtement. Certains aiment qu’on les laisse venir, qu’on les laisse un peu tranquilles avant de leur demander si bonjour, on se serait pas rencontrés quelque part ? D’autres ont besoin d’assistance directement sans passer par la case allées, ce sont généralement eux qui abordent, bonjour je ne le fais jamais d’habitude mais mon horoscope ce matin a clairement affirmé que je ferais une rencontre intéressante et pourriez-vous m’indiquer où se trouvent les Blacksad ? Vous avez aussi ceux qu’il ne faut pas trop brusquer, qui n’aiment pas avoir l’impression qu’on les force et qu’on est là uniquement pour leur refourguer le dernier machin en pile au milieu du magasin (c’est con, d’ailleurs, car si c’est en pile généralement c’est que je trouve ça plutôt chouette. D’ailleurs en ce moment c’est Blast. Que je trouve plutôt chouette. Ma démonstration m’époustoufle autant qu’elle m’impressionne). Il faut alors prendre le temps de discuter un peu, bonjour vous allez où, vos parents vont bien, c’est quoi d’ailleurs cette bouteille de lait, au juste, mais oui bien sûr que je veux bien vous donner mon numéro. La subtilité à l’état pur.

 

Car les clients n’aiment ni se sentir agressés, ni se sentir délaissés. Ils sont comme vous (et moi parfois les soirs de premier quartier de lune), ils ont besoin qu’on les comprenne, qu’on les aime, mais pas comme on aime un pigeon au nutella et aux petits pois. Non, comme on aime un pigeon un peu blessé qui sait plus où se trouve son nid (ça vit dans un nid, un pigeon ? J’en doute un peu. Il faut un minimum d’intelligence pratique pour construire un nid. Les quelques pigeons que j’ai croisés dans ma vie avaient tout sauf une quelconque lueur où que ce soit dans leur œil vitreux post-Tchernobyl) et qui n’en peut plus de passer ses nuits à vainement tenter de trouver où est cette fichue mousse sur les arbres dont son grand-père parlait pour indiquer le nord. Ou était-ce le Sud ? C’est vraiment crétin un pigeon. Il faut quand même que je songe à trouver des analogies moins insultantes pour mes clients, surtout quand ça part d’une bonne intention et que ma véritable nature se révèle au final.

 

La phrase d’approche est capitale, elle aussi. On ne peut pas se contenter de siffler, ni de dire bonjour monsieur hey vous êtes charmant j’avoue ni une quelconque autre technique d’âne balourd de dragueur de seconde zone à la noix (Capucine, c’est pour toi). De la subtilité avons-nous dit. Et un peu de bon sens commerçant aussi, tant qu’à faire. Le très classique mais non moins efficace ‘bonjour je peux vous renseigner ?’ me va très bien. Evitez tout de même de cracher par terre juste après, ça fait mauvais genre. Ou juste avant, d’ailleurs, des fois qu’il serait utile de le préciser. Si le client est en train de feuilleter un livre, j’évite d’arriver par derrière et lui dire que alors, belle bête hein ? Ca fait un peu trop vendeur de bagnoles. Confirmer discrètement et rapidement qu’il s’agit d’une bonne Bd, là d’accord, surtout si les signaux indiquent qu’on peut poursuivre la conversation autour d’un verre.

 

C’est primordial, les signaux. Ne jamais se planter dans les signaux. C’est comme confondre un clin d’œil avec ce qui était en fait une poussière gênante, c’est un coup à se prendre des coups. Le plus compliqué c’est de réussir à déceler un potentiel d’une part, et le transformer d’autre part. Car vous en avez qui ne paient pas de mine, qui ont l’air de regarder les papillons sur les murs plutôt que les livres, mais c’est uniquement parce qu’ils ont besoin qu’on les prenne par la main pour danser un tango sur fond de Bach (que j’écoute en ce moment sur les conseils d’une personne qui développe mon potentiel alors même qu’il n’y a rien de sexuel entre nous, c’est dire si c’est désintéressé). Et sans trop savoir pourquoi, la connexion se fait, ils n’étaient pas là par hasard, leur horoscope avait raison une fois de plus.

 

Mais comme en amour (enfin ce qu’il en reste), rien de tout ça ne s’enseigne, comme je l’ai dit. Il faut observer. S’intéresser. Aller de l’avant. Ne pas avoir peur de traverser la voie ferrée de temps à autres plutôt que de rester constamment sur le quai en attendant que les trains passent avec leur lot de passagers monolithes. Et je dis ça avec d’autant plus d’assurance que je sais que j’en ai laissé filer. Par peur de n’avoir su dire non, reste, je te veux comme client de partage de coups de cœurs car visiblement nous avons les sourcils qui vont dans le même sens et que nous remarquons les mêmes papillons sur le mur, dansons, ne monte pas dans le train, les trains ça ne mène jamais nulle part, c’est une connerie cette histoire de ce qui est important c’est le voyage, pas la destination, moi je veux être une destination.

 

Et comme en amour, on a rarement une deuxième chance.

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Published by Le libraire en question
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commentaires

pseudo nouveau chouette! 10/05/2011 19:40



Il y a toujours une deuxième chance... et les pigeons sont bien plus fufutes qu'on ne croit... "ne pas se fier à la coupe de cheveux" -comme dirait l'autre- en amour comme en pigeon car derrière
la banalité apparente on peut etre vraiment surpris... si si :)



Matilou 05/05/2011 11:13



Il ne reste plus qu'à offrir le bouquet de fleurs à chaque cliente et à citer Verlaine:


"Voici des fleurs, des fruits, des feuilles et des branches


Et voici mon coeur qui ne bat que pour vous.


Ne les déchirez pas avec vos deux mains blanches


Et qu'à vos yeux si beaux, l'humble présent soit doux."


Ridicule peut-être, craquant sûrement...



Le libraire en question 06/05/2011 00:52



Je viens justement de récuperer un recueil de Verlaine, suis pile là où je dois etre dans le grand ordre naturel des choses, merci!


 


(j'essaie de temps en temps d'éviter les ridicule, mais il faut savoir choisir ses batailles)



Sheer 03/05/2011 12:46



Arrêt de la tâche en cours + "Bonjour" + Sourire


Ca me semble assez universel mais je dois pas m'y connaître assez en têtologie



Le libraire en question 03/05/2011 21:33



oh oui mais bon ca chaque client quel qu'il soit y a droit. Il en faut un peu plus pour accoster quand meme



Gulby 03/05/2011 10:25



Donc la souris s'appelle Capucine ? Vous la connaissez ? Vous êtes une de ses rares bonnes expériences de drague ?... :D


 


En tout cas, vous êtes très bien comme vous êtes, changez rien, hein, allez, zou, un sourire, la barbe fraîche et taillée, le sweat choisi avec soin !!! o/ (Comment ça, y'a comme un air de folie
douce furieuse qui plane au-dessus de ce blog ?...)



Typy 03/05/2011 09:56



Roh, les pigeons traversent la route, prennent le métro, et savent reconnaître plusieurs dizaines de visages humains. Que voulez-vous de plus ? ^^



Le libraire en question 03/05/2011 21:33



hmmm


pas les pigeons que j'ai croisés en tout cas. ceux là je ne crois pas du tout en la solidité non gazeuse de leur cerveau