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  • : Les libraires se cachent pour mourir
  • : Un libraire se livre (oui bon...). Les doutes, les joies, les peines et les découvertes sans cesse renouvelées dans ce milieu merveilleux. Ou alors c'est simplement le quotidien d'un mec qui lit des Bds et qui est payé pour ça
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31 mars 2010 3 31 /03 /mars /2010 21:53

On dirait pas comme ça, mais parfois sous mes airs de jeune chien fou frétillant se cache un cocker triste aux oreilles tombantes. Encore plus d’ailleurs quand, les jours de dédicace, je mets mes oreilles de Bill (le chien, pas le 42ème président à la robe bleue), rien que pour faire mon intéressant et me donner en spectacle.

 

Car il ne faut pas croire, mais ce métier peut rendre mélancolique, à l’extrême limite de la nostalgie par moment. Je hais la nostalgie, ça sert à rien, sinon à raconter des anecdotes rigolotes (car j’ai vécu tout plein d’anecdotes rigolotes) et faire son intéressant et se donner en spectacle sur un blog. En fait, les libraires en général et moi en particulier sommes (sont ? suis ? je sais pas tiens) de faux misanthropes, malgré cette image de vieux grincheux qui nous colle à la peau et à la semelle de nos chaussures qui couinent sur cette saloperie de lino qu’il faudrait vraiment que je change un de ces jours. On peste contre nos clients, on surveille que personne ne mange dans la boutique, que les livres ne sont pas ouverts de manière barbare, que les chiens ne viennent pas uriner autour de ma loutre (c’est mon territoire à moi, bordel), mais dans le fond nous aimons être entourés.

 

D’ailleurs c’est toujours mieux pour les affaires, le contraire étant plutôt mauvais signe. Sauf que parfois, il y a beau y avoir tout plein de gens qui passent dans la boutique, des hommes, des femmes, des jeunes cons, des vieux snobs, des qui sont polis, des qui muent et n’osent pas parler, des qui veulent savoir si je fais des photocopies, eh bien on se sent seul sur son îlot de solitude, c’est dire. Echanges de banalités rapides, parfois sans même un sourire (bon c’est assez rare, le mien est communicatif, et j’en refile tout plein dans une journée, et pas du sourire hypocrite hein, du vrai avec des dents sincère), jamais on ne creuse dans la profondeur, si j’ose m’exprimer ainsi, nous ne sommes qu’un arrêt dans la vie des gens. Oh, un arrêt indispensable, ça j’en ai bien conscience, je suis un psy à moi tout seul, mais qui est ce qui psychanalyse le psy, hein (who watches the Watchmen, d’ailleurs ?) ? Remarquez, c’est peut-être pas plus mal, je suis pas sûr que je voudrais de tout ce monde dans mon salon pendant toute une journée, ça ressemblerait trop à la journée des voisins, et moi je suis pas très doué pour ces actes de socialisation active. Je suis très doué pour me donner en spectacle, faire le foufou l’esquimau avec des chaussures de clown, mais faire passer un bol de chips, ça non.

 

C’est peut-être pour ça, finalement, que je suis libraire. A cause des chips.

 

En tout cas moi aujourd’hui j’étais frappé de spleen. Le seul souci étant que quand je pense au mot ‘spleen’, je ne l’associe pas directement à Baudelaire, ça non, c’est une référence trop intellectuelle pour moi, mais plutôt aux références de Desproges à Pline l’ancien et Pline le jeune. Et du coup je ne reste pas démoralisé très longtemps. C’est un vrai problème, car je suis un artiste (sisi) et l’inspiration ne vient pas quand on est heureux et qu’on a des violettes jusqu’aux chevilles (vous avez jamais couru dans un champ de violettes ? c’est grisant).

 

Dans ces cas là, pour m’emmélancoliser, je me dis que bigre, une fois de plus le muguet n’a pas fleuri dans mon jardin cette année, que je dois être un trop mauvais jardinier, que même la terre trouve que je suis nul, alors même que j’en viens et que j’y retournerai (j’ai de sérieux doutes quant au fait que je sois né poussière, mais bon, je ne suis pas un expert, je préfère pas discuter, je les crois sur parole). Je pense à ma solitude du fond de comptoir à gauche, au fait que si j’étais remplacé on m’oublierait dans la minute (c’est le propre de l’homme), que de toute façon l’ipad aura raison de mon métier (hahaha, pardon) et que bordel, c’est fou ça, ça fait combien de temps qu’on m’a pas offert de brownies ?  A chaque fois que quelqu'un rentre avec un paquet venant tout droit de la boulangerie du coin, eh bien c'est jamais pour moi.

 

Et là je baisse les bras, je soupire, je range quelques bons de livraison, je pointe mes avoirs de retours Hachette, je soupire encore un peu, puis je souris en pensant à ce que ce serait de courir main dans la main avec une jeune femme à couettes dans une prairie, puis j’imagine cette prairie sans une seule clochette de muguet, et c’est reparti pour le pont des soupirs à défaut du pont Mirabeau sous lequel coule la Seine dans laquelle je me jetterais bien, tiens, s’il n’y faisait pas si froid.

 

Et alors je rentre chez moi, toujours en soupirant. Puis je constate que ah tiens, il fait encore jour, et ah tiens, y’a deux lézards qui font la course, peut-être qu’ils me laisseront jouer avec eux (non). Je mets alors mes chaussons Marsupilami, mon pyjama Lucky Luke et mon Dvd des dessins animés de la Panthère Rose, et mon monde s’illumine. Après ça je fais de l’air guitare sur Me first and the gimme gimmes  et de l'air synthé sur Journey tout en sautant dans tous les sens. Mission réussie.

 

Alors la prochaine fois que vous verrez votre libraire, offrez lui du muguet, ou un sourire, ou un bisou sur le nez (ça j’y tiens) et n’oubliez pas que lui aussi fait partie de la vie.

 

 

 

 

 

(Bon par contre, lisez Paul à Quebec, c’est super bien. Déprimant, mais excellent).

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Published by Le libraire en question
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commentaires

Matilou 03/04/2010 09:31



En fait je parlais davantage de ma propre inspiration que de la tienne. Je suis rarement en retard dans mes lectures, c'est dans les commentaires que je le suis. J'aime les soigner: j'écris, je
relis (moi), je corrige. Cela ne veut pas dire que je critique les autres (loin de moi cette idée), je les apprécie aussi. C'est pour cette raison que je me couche tard parfois (souvent): parce
que je lis tout!


Et quand l'inspiration arrive...



Le libraire en question 03/04/2010 09:39



ouhla oui, ca m'apprendra à lire quand je suis fatigué, ton premier paragraphe etait pourtant clair


 


mon egocentrisme n'a pas de limites, je m'en excuse


 


allez, je lève mon jus d'orange en hommage à ton inspiration galopante



Matilou 02/04/2010 23:06


Parfois l'inspiration ne vient pas tout simplement parce qu'on ne lui laisse pas le temps d'arriver. On pense à elle de temps en temps: ça fait...quoi? Un billet du libraire? deux? Plus? qu'on ne
l'a pas laissé s'exprimer. Il faudrait qu'on l'appelle...mais elle n'est pas toujours disponible; et puis il lui arrive d'être capricieuse si bien qu'on peut l'attendre des heures sans la voir
parce qu'elle a décidé qu'aujourd'hui, non, elle ne viendrait pas. D'autres fois, elle surgit à l'improviste, elle bouscule tout sur son passage, elle s'inscruste et ne veut plus nous lâcher. C'est
ainsi qu'on se couche plus tard que prévu; c'est malin! En même temps, ça nous apprendra à suivre les méandres d'une pensée. Nos parents nous préviennent pourtant: ne prenez pas le chemin indiqué
par le loup! Il est séduisant (le chemin, le loup aussi j'imagine) mais vous détourne du lit confortable et du sommeil réparateur (quoique le loup sait comment faire pour nous y ramener). Son
discours est aussi dangereux pour nous qu'un client qui s'attarde pour une loutre. Il menace l'équilibre chronobiologique auquel vous tenez tant parce que sans ça vous allez au-delà de l'imprévu et
que c'est moins facile à gérer même si ça peut avoir du charme. Bref, c'est parfois fatigant l'inspiration; mais c'est tellement amusant (d'autres disent jouissif) qu'on se laisse prendre à son
piège avec délice. (j'aime pas cette mouture pour laisser nos commentaires: je ne vois plus ton texte en arrière-plan, j'ai l'impression de parler dans le vide comme à un répondeur téléphonique:
"salut, vous êtes bien chez le libraire bd! Je suis absent pour le moment mais laissez-moi un message et je vous répondrai dès mon retour".)


Le libraire en question 03/04/2010 00:19



a y'est suis de retour, merci pour ton message


 


mais sinon oui, c'est vrai que je ne suis pas toujours inspiré, ou plutot que mon inspiration ne mène pas forcément quelque part de tres interessant. En tout cas j'essaie dans la mesure du
possible de ne pas me répéter et d'au moins avoir quelque chose à écrire (sinon je me tais, je ne me force jamais)


 


et tu te coucherais moins tard si tu ne prenais pas de retard dans tes lectures, ma chere Matilou. Mais bon, d'un autre coté, si ca te permet de deceler mes fulgurances, ca me va



Clément 02/04/2010 09:13



Avoir de belles dents!



Le libraire en question 02/04/2010 09:18



je pense qu'il voulait plutot dire qu'on sourit avec la bouche, et non avec les dents


 


m'en fiche, je prefere mon expression



Francis 01/04/2010 19:54



Alors pour qui psychanalyse le psychanalyste, il me semble que c'est son psychanalyste et que c'est une étape obligatoire pour être psychanalyste que d'être psychanalysé, sinon ils font
ostéopathes ou homéopathes.


 


Puis sinon, si t'as un truc pour sourire avec les dents, je veux bien que tu le révèles, j'ai jamais réussi.



LN 01/04/2010 19:37


Y'as pas mieux que la Panthère Rose ! On peut toujours compter sur elle !