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Présentation

  • : Un libraire se livre (oui bon...). Les doutes, les joies, les peines et les découvertes sans cesse renouvelées dans ce milieu merveilleux. Ou alors c'est simplement le quotidien d'un mec qui lit des Bds et qui est payé pour ça
Jeudi 12 janvier 2012 4 12 /01 /Jan /2012 22:04

 

Je sens que vous vous inquiétez un peu, alors je viens donner des nouvelles, malgré les microbes qui commencent tranquillement et inexorablement à se frayer un chemin dans mon jeune corps pourtant si robuste habituellement.  Mais il faut croire que mon corps baisse les bras et laisse passer n’importe quoi (that’s what she said) et que le chocolat n’est pas un médicament imperméable (mon frère m’en a offert du très bon à Noël, de la réserve pour 2 ans que je tente d’écouler en 2 mois. Je vous tiendrai au courant de la performance en cours).

 

Les nouvelles se résument en quelques lettres de quelques langues : rien. Nichts. Nothing. Nada (on a fait le tour des langues que je connais d’un vague baragouinage, mais vous pouvez poursuivre de votre côté la suite logique, ce sera notre test de QI de l’année). Une fois de plus, les soldes font leur apparition ailleurs, emportant tout sur leur passage, y compris des clients éventuels au pouvoir d’achat déjà amoindri par le prix des huitres à Noël et du mousseux du Nouvel An d’Arthur (ils en font quoi, les gens, de leur 13ème mois ? ça existe encore, les 13ème mois ? Pourquoi est-ce que moi, mon 13ème mois, c’est simplement de bosser deux fois plus en Décembre pour le même prix ? C’est l’arnaque, ce métier) . Du coup, je vois personne. Et c’est un doux euphémisme. Ce n’est pas pour autant que je lis des Bds toute la journée ou que je me tourne les pouces pendant ma pause déjeuner, le sourire au lèvres au souvenir de mes instants de gloire du mois de Décembre, mais disons que ce n’est pas ça qui va remplir la boite à anecdotes dont je me sers pour vous amuser autant que possible entre deux sujets sur la crise qui va tous nous emporter, tous nous écraser, tous nous laisser sur le sable pantelants, nous demandant pourquoi on n’a pas apporté de serviettes pour mieux contempler les vagues et essuyer l’écume.

 

Comme en plus la TVA, c’est bon (et les éditeurs ont à peu près tous augmenté leurs prix, on est sauvés, notre stock a même augmenté de valeur vu que les augmentations sont parfois plus importantes que la hausse de la TVA, tout va bien, nous survivrons encore un mois) et que le kindle est maître du monde, ils sont formels (tu parles), ça fait autant de sujets de conversation en moins. Il y a bien l’offre téléphonique de Free et un monsieur tout nu chez la Redoute (ça change des sextoys), mais je vois pas trop le rapport avec mon boulot (même si en cherchant bien, je dois pouvoir y trouver des messieurs tout nus aussi, à commencer par moi quand je m’entraîne à faire Baloo devant ma glace, mais je préfère garder ça pour moi).

 

Ah quoique si, bougez pas, y’a eu un truc, quand même.

 

(enfin avant de me lancer dans une anecdote passionnante, je vais prendre le temps de souhaiter un prompt rétablissement à une collègue à moi, qui se reconnaitra (enfin elle a intérêt), histoire qu'elle sache quej e pense à elle tout là bas derrière mon écran)

 

J’ai, dans un coin de la boutique, des mangas pas chers (1€ chaque), dans lesquels farfouillent les fauchés et curieux. Cette jeune fille de 12 ans environ rentre probablement dans les deux catégories, mais surtout dans la première. C’est tout mignon la manière dont elle compte ses sous pour rassembler son euro et dont elle choisit méticuleusement le manga qui se retrouvera tant bien que mal sur une étagère branlante entre deux figurines pet shops, derniers vestiges de son enfance qui s’échappe (Amélie Nothomb m’a tout appris). Elle est toute timide, marmonne à peine son bonjour et son au revoir obligatoires (on n’est pas des bêtes), me demande toujours ‘c’est combien’ alors que c’est écrit en gros sur la couverture (on sait jamais (ou alors elle sait pas lire, ce qui expliquerait ce choix de lectures)), et repart toujours tout aussi discrètement qu’elle est venue. Sauf qu’en ce début d’année, pour tout plein de raisons qu’il serait trop long et fastidieux de donner, j’ai viré le coin à 1€. Je sais, j’enlève du pouvoir d’achat, je m’en culpa, mais c’est comme ça, je prends des risques en cette année électorale. Toujours est-il qu’elle rentre, est un peu perdue, choisit quand même un manga parmi les neufs, me demande ‘c’est combien’, compte ses sous, se rend compte qu’elle a assez même si elle se retrouve avec sept fois moins de lecture pour le même prix (ou d’images à regarder) et repart comme si de rien était.

 

Elle revient le lendemain pour prendre la suite (c’est une série en 4 tomes), je la vois prendre 3 livres, je me dis que mamie a du passer par là à Noël (les mamies ça sait jamais quoi offrir à des jeunes cons, alors ça donne une enveloppe, et les jeunes cons disent merci mamie et ils foncent s’acheter des cigarettes pour crapoter. Les enveloppes, c’est le mal), et elle revient au comptoir, en m’apportant le tome 3.

 

-  Mais tu veux pas le tome 2 avant ?

- Mmmm, marmonne-t-elle sous ma barbe

 

Bon, elle doit savoir ce qu’elle fait, elle vient peut-être de me dire qu’elle avait trouvé le second ailleurs, ou qu’elle ne l’a pas vu dans les rayons, j’en sais rien, elle parle comme cousin machin dans la famille Adams, et les microbes m’empêchent d’être ultra alerte au sommet de ma forme marathonienne habituelle.

Pour atténuer la note douloureuse, je lui offre un petit cadeau, parce que je suis comme ça, moi, la gentillesse commerçante même, le cœur sur la main, des cadeaux plein la poche (bon, faudrait peut-être que je trouve une autre expression), de quoi toutes les rendre heureuses (oui, vraiment, une autre expression serait de bon aloi), de quoi faire pleuvoir des granolas en retour.

 

Une fois partie, je vérifie tout de même que j’ai le 2 en stock, quitte à le lui commander le cas échéant. Oui, il y est bien. Ainsi que le 4. Sauf qu’ils sont pas sur l’étagère. Sauf que je suis certain de les y avoir vus tout à l’heure en rangeant. Sauf que là j’ai le flash qui me revient et je revois les mangas dans sa main, et sa façon de tourner subtilement le dos, et sa manière de boiter, et son nom sous la tasse.

La petite peste.

Je te foutrais tout ça au couvent, moi.

Mais avant ça, si elle revient, je l’emmène faire un tour en barque…

Par Le libraire en question
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