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  • : Les libraires se cachent pour mourir
  • : Un libraire se livre (oui bon...). Les doutes, les joies, les peines et les découvertes sans cesse renouvelées dans ce milieu merveilleux. Ou alors c'est simplement le quotidien d'un mec qui lit des Bds et qui est payé pour ça
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4 mars 2010 4 04 /03 /mars /2010 00:45

Moi mon but dans ma modeste vie qui tourne toute seule au gré du vent de l’avenir, c’est de ne plus travailler et être rentier. Certains ont des rêves de grandeur mégalo, se voient maîtres du monde et se rasent exprès le matin pour ça, d’autres ont des plans de carrière bien définis (et mariée à 30 ans, premier enfant à 32) et une vision à long terme. Moi super pas. Tout ce que je veux c’est partir à la retraite le plus tôt possible, demain serait d’ailleurs une bonne date pour moi, en plus c’est les vacances, personne ne s’en rendrait compte (quoique y’a le dernier Fairy Tail qui est sorti aujourd’hui, il y aurait du cassage de dents sur ma vitrine propre de y’a deux jours (oui, tous les six mois environ je lave ma vitrine. Ou je le fais faire par un stagiaire, histoire qu’il voit ce que c’est vraiment que le monde du travail)).

 

Non, vraiment. J’en connais qui ne peuvent pas rester en place, qui ont un besoin impérieux d’organiser leurs journées, de se sentir utiles et surtout, surtout, d’avoir une activité professionnelle dans laquelle s’épanouir. Remarquez, il est toujours mieux de s’épanouir dans un métier en en ayant le choix que de s’y abrutir en y étant forcé, donc je fais le marmot là, mais je mesure ma chance quand même. Mais attention hein, j’ai travaillé dur pour arriver là où j’en suis aujourd’hui et pour pouvoir vous sortir des théories aussi élaborées que ‘ouais non moi si j’avais le choix, je bosserais pas, trop peu pour moi merci, je préfère me rendre utile à moi-même en glandant toute la journée et en sirotant des diabolos grenadine’. J’ai mon BEPC, j’ai mon Bac (alors même que j’ai raté mon bac blanc, que ceci soit une lueur d’espoir pour tous ceux qui, comme moi, ont bien remarqué que la terminale servait à rien) et j’ai même une maîtrise qui n’a absolument rien à voir avec le métier de libraire, c’est dire si mon projet professionnel est établi depuis belle lurette.

 

Ça explique peut-être aussi qu’à bientôt 33 ans, outre le fait que je me méfie de plus en plus des croix, je n’aie toujours pas d’enfants et que je ne me sois pas marié à 30 ans (enfin pas que je sache). Va falloir que je me penche sur la question n’empêche, mon horloge biologique tourne, et ma mère me rappelle subtilement de temps à autres que oui, elle aimerait bien une petite fille (nous sommes trois frères et mon frère à lui-même deux fils, ça fait beaucoup de paires de mâles et ça manque de paires de princesses). Donc vais voir ce que je peux faire, j’ai quelques coups de fil à passer.

 

Le petit problème qui se pose, c’est que pour être rentier, il faut avoir de l’argent. Et pour avoir de l’argent, mieux vaut ne pas être libraire. Je n’ai plus les chiffres exacts en tête mais dites-vous bien, chers apprentis libraires, que le salaire moyen dans cette profession après 8 ans d’ancienneté (c’est long, huit ans. Par exemple, entre mes huit et seize ans, il s’est passé tout plein de choses palpitantes, de quoi remplir toute une vie, et je suis passé d’un petit con qui n’avait pas peur de jouer à la corde à sauter avec les filles pendant la récré à un petit con à la voix grave et sensuelle qui n’avait pas peur de jouer à la corde à sauter tout seul dans son coin), le salaire moyen, donc, s’élève à 1 200€ (c’est mieux que rien, mais pas de beaucoup). Le mieux c’est d’avoir sa librairie à soi, ce qui permet en général de se sortir un salaire autour des 2 000€/mensuels. En plus évidemment de la valeur de la librairie à la revente.

 

Pour paraphraser une petite phrase qui traine dans le monde du jazz, pour devenir millionnaire dans le monde de la librairie, il suffit de commencer milliardaire.

 

Mais nous sommes riches de culture et des rires des enfants que nous rendons heureux. Nous nous nourrissons du bonheur et de la joie de lire des clients, des petits compliments de rien du tout et de la patience de ceux qui n’ont pas que ça à faire car ils ont une carrière sur le feu.

 

Ça me fait penser que l’autre jour j’étais au restaurant (ne nous emballons pas, je ne sors pas comme ça, c’était à l’heure du déjeuner, celle qui pourrait ne durer que trente minutes si j’étais pas aussi fainéant), et un couple s’installe à côté de moi. Ils commencent à râler un peu car l’être humain aime bien râler un peu pour montrer qu’il va pas se laisser faire, comme quoi le service est lent, que c’est bon ils ont choisi, ils foutent quoi les serveurs, non mais c’est n’importe quoi, ça fait trente minutes qu’on est là (ça en faisait cinq, en vrai), on va pas y passer la nuit, allez viens chérie on s’en va, on va aller se prendre un kebab plutôt, ça ira plus vite, là c’est inadmissible. Et ils se lèvent, royaux, sans même faire grincer leurs chaises. Le patron du restaurant leur demande s’il y a un problème, et l’homme émet cette phrase, superbe :

 

- Oui, on a attendu beaucoup trop longtemps pour notre commande et nous sommes pressés, nous avons un métier, nous, tout le monde n’est pas au chômage.

 

Comme disait Romuald à Koh Lanta : je vous laisse méditer là-dessus.

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Published by Le libraire en question
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commentaires

Laure 06/03/2010 22:37


Ca c'est de la réplique qui tue. D'une intelligence flagrante (!).


Croc Note 06/03/2010 00:24


C'est fou ça... Ces chers "vieux" du métier qui tentent d'anéantir toute ésperance pécuniaire en nous, jeunes et fougeux apprentis libraires ! Mais on a pas peur de manquer la luxure trépidante de
cette noble société, nous on aime les livres d'abord (de quoi l'idéalisme de la jeunesse ?).
Sinon, respect pour la citation.


Le libraire en question 06/03/2010 09:28


quelque chose me dit que tu confonds la luxure avec le luxe

ce qui n'est pas forcement une mauvaise chose en soi, meme si ce serait triste de manquer la luxure de la société


Virginie 05/03/2010 14:55


Warffff... la chute est excellente...
Rien de pire que les personnes comme ça, aucun respect pour les autres, un égocentrisme à faire peur... :(


jibé revalire 05/03/2010 11:26


eh bien, pour avoir ouvert la librairie depuis trois semaines... je vois qu'il nous reste encore 8 ans avant d'imaginer quoi que ce soit, genre gagner sa vie... oui mais avant je la perdais en la
gagnant mieux... alors autant vivre au milieu des livres. des bises à ceux qui veulent!!!


Le libraire en question 05/03/2010 11:56


ouaip, c'est souvent un vrai choix de vie

bon cela dit hein, normalement d'ici 3 ans tu pourras te verser un salaire sans etre dans le rouge. C'est mieux que 8 ans, finalement

courage!


ororuK 05/03/2010 00:53


Concluons-nous-en (?) que tu avais "l'air d'un mec au chomage" à côté d'eux ?

Enfin merci pour cet article, la partie sur le métier de libraire fait plaisir à lire.


Le libraire en question 05/03/2010 09:32


je doute qu'il pensait à moi en disant ca. On va juste en conclure que c'est un sale con, ils sont quelques uns en liberté