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Présentation

  • : Un libraire se livre (oui bon...). Les doutes, les joies, les peines et les découvertes sans cesse renouvelées dans ce milieu merveilleux. Ou alors c'est simplement le quotidien d'un mec qui lit des Bds et qui est payé pour ça
Dimanche 25 octobre 2009 7 25 /10 /Oct /2009 21:42

On dirait pas comme ça, vu que je passe mon temps à raconter les clientes qui me draguent (et qui ont très bon goût, je les en félicite) ou les adolescents qui découvrent la vie, mais mon métier, c’est de vendre des livres. Eh oui. C’est moins impressionnant que médecin du monde ou éleveur de loutres marinières, mais après tout, comme le dit si bien monsieur Drummond : ‘il faut de tout pour faire un monde’ (dont une fille qui pose pour playboy, tourne dans des films érotiques et meurt d’une overdose, un gamin adoptif qui lui aussi s’adonne aux joies des drogues pas toujours douces, et un autre gamin adoptif qui fait un procès à ses vrais parents et qui tape de pauvres femmes sans défense dans le cadre de son boulot).

 

J’ai plusieurs tactiques pour ça, mais il faut quand même que l’acheteur, lecteur, ami y mette du sien. Je fais tout pour le mettre à l’aise, je ne lui saute pas dessus, je le laisse regarder tranquillement les nouveautés, je le laisse patauger dans la boue tiède des sorties moyennes et dans la facilité de ses suites (‘ah tiens le tome 16 de l’Histoire secrète, ça faisait longtemps’), j’ai les yeux qui pétillent d’espoir, je me dis qu’immanquablement chaque client ira voir mes coups de cœur, me les apportera au comptoir, et un dialogue se nouera et je leur expliquerai que oui, parfaitement, il faut lire Immergés et que non, ça ne convient pas à un fan du donjon de Naheulbeuk (rien ne convient à un fan de ce machin, de toute façon (je parle bien de la version Bd, pas de la version audio, cette dernière présentant un semblant d’intérêt, elle)), que oui le Happy Sex de Zep est très drôle et non Titeuf c’est pas vulgaire, contrairement au dernier Asterix.

 

Bon, c’est sûr que je suis plus heureux et enthousiaste lorsque je vends un livre qui me plaît particulièrement, c’est la joie et la fête du partage culturel avant même Noël, mais il faut aussi que je colle à mon public (si je puis dire), enfin à ma clientèle, et que je leur propose des livres qui leur donneront envie de revenir me voir et m’apporter une pomme bien rouge en début de semaine et des chocolats pour le nouvel an. Pour ça, il faut prendre le temps de discuter, de montrer qu’on ne propose pas non plus n’importe quoi, qu’il y a dans ce magasin une charte de qualité, que je ne suis pas là pour vendre une assurance périmée et me barrer avec la caisse. Non, moi je fais dans l’empathie, je me mets dans les mules du lecteur et je partage ses souffrances face à un scénario et des dialogues mal écrits ou une fin complètement nulle. Alors que ce devrait être le son du tiroir caisse qui résonne dans ma tête tous les soirs lorsque ma tête s’affale sur mon oreiller en plumes d’oies choisies main par des producteurs du Nicaragua, c’est plutôt les NOOOOOOON POURQUOIIIIIIII ???? criés par ces lecteurs malheureux qui se demandent encore pourquoi ils m’ont écouté moi en prenant mon coup de cœur plutôt que suivre les conseils de leur voisin qui leur affirmait que Arctica est une bonne Bd (et il en sait quelque chose, leur voisin, c’est un fan de Bds, il les achète toutes à la Fnac et en a plus d’une centaine).

 

Ah tiens, je viens d’écrire tout un paragraphe pour me jeter des pétales de roses fraîches et expliquer que je ne conseille pas n’importe quoi, que j’ai une sensibilité à fleur de peau (fraîche elle aussi) qui ne supporte pas de rendre les gens malheureux en lecture. Alors qu’à la base j’étais parti pour écrire sur le fait que les clients n’achètent plus de tomes un, qu’ils se méfient de ces séries qui ne se terminent jamais, soit parce qu’elles s’allongent dans le temps, laborieusement, soit parce qu’elles sont abandonnées, laborieusement aussi (et honteusement souvent). Et que c’était très frustrant pour moi de ne pouvoir défendre convenablement une nouvelle série qui mériterait d’être un peu mieux mise en avant plutôt que de connaître quinze jours de gloire relative avant d’être reléguée aux cartons froids des retours sous prétexte qu’il faut faire de la place pour le nouveau Blake et Mortimer (alors attention hein, je défends quand même les petits chouettes, mais je crains qu’il manque de place dans ma salle de bal pour que je puisse faire danser aussi la petite jeune toute simple sans prétention qui ne se démarque pas et qui est déjà heureuse d’avoir été invitée et qui n’a simplement pas choisi la bonne robe pour être remarquée sous le stroboscope (ah oui tiens, c’est une idée ça, un stroboscope dans la librairie)).

 

Mais je radote, tout ça j’en ai déjà parlé précédemment, mais une piqûre de rappel pour ceux qui ne me suivent pas depuis le début peut avoir ses avantages.

 

Bon, voilà qu’arrive un client, j’espère qu’il fera vite, ça fait théoriquement dix minutes que j’ai fermé et je commence à avoir faim, c’est pas comme si c’était déjà l’heure d’hiver. Allez, qu’il prenne ses suites, je l’encaisse et hop, à moi on placard rempli de victuailles appétissantes (aussi connues sous le nom de ‘pâtes’).

 

‘Bonjour, vous pensez quoi vous des Aigles de Rome ?

Zut, piégé.

Les pâtes attendront, j’ai la culture à sauver.

 

 

La physique des Catastrophes (Pessl) : oui c’est un très bon roman, la demoiselle maîtrise clairement, mais je ne puis m’empêcher de trouver l’intrigue un peu téléphonée et bancale et penser que les personnages manquent de profondeur. Mais bon hein je chipote, c’était quand même très chouette, très générationnel néanmoins (et j’ai préféré Le maître des illusions dans sensiblement le même genre)

Par Le libraire en question
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