Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Les libraires se cachent pour mourir
  • : Un libraire se livre (oui bon...). Les doutes, les joies, les peines et les découvertes sans cesse renouvelées dans ce milieu merveilleux. Ou alors c'est simplement le quotidien d'un mec qui lit des Bds et qui est payé pour ça
  • Contact

/

Pages

9 septembre 2013 1 09 /09 /septembre /2013 15:29

Mes amis, je ne puis le nier plus longtemps : vous avez devant vous un homme heureux.

 

Oui je sais, l’automne approche et ça fait un peu bizarre à lire, mais il est des aveux qui doivent exploser à la face de la Terre, et je tenais à les partager avec vous afin d’alléger ma conscience remplie d’allégresse.

 

Avant de vous en donner la raison, je vais faire dans le liminaire. Ça donnera un petit cachet littéraire et dynamique, ça me parait pas mal.

Je suis libraire, je le rappelle, des fois que. Libraire Bd, certes, mais comme me l’a très joliment dit une jeune fille un jour, après un rude instant de réflexion : ‘mais finalement, vendre des Bds, c’est un peu comme être libraire ?’. Et j’exerce un métier dans lequel il est possible de gratter des subventions de ci de là auprès du CNL (surtout si vous vous lancez dans le numérique, ce qui a le don de m’agacer quelque peu), d’appartenir à un réseau (Canal Bd, Sorcières etc.) et donc, de manière plus globale, de remplir plein de dossiers tout le temps afin de tenter tant bien que mal de grappiller quelques euros supplémentaires bienvenus sur le bilan de fin d’année (ils sont bienvenus car sans ça, c’est très compliqué non pas de rassurer les actionnaires, mais juste de rassurer les employés déjà payés au Smic (fin de sortie des violons, n’oublions pas que je suis joyeux et que je joue plutôt de la polka, là tout de suite)).

 

Afin de maintenir un peu de vie dans les librairies, le gouvernement a créé le label LIR (Librairie Indépendante de Référence), histoire de pouvoir l’inclure dans la loi de finances et exonérer les librairies labellisées de la CET(l’ancienne taxe pro, pour ceux qui n’ont pas suivi). Le label, concrétisé par un joli sticker apposé obligatoirement sur la vitrine, est attribué pour une durée de trois ans.

Le dossier à remplir doit mettre en avant tous les événements autour du livre organisés par la librairie dans et hors ses murs, ainsi que sa politique culturelle générale. Les dédicaces comptent, mais ce qui est important c’est de montrer la volonté d’animations (expositions, lectures, rencontres autour d’un thème) et de prêchage de bonne parole devant un parterre médusé (médiathèques, bibliothèques, écoles etc.). Il faut aussi montrer qu’on ne se contente pas de faire des piles de livres tout en priant très fort façon danse de la pluie tout en blâmant Amazon (ou cette même pluie si on a foiré sa prière), mais qu’on communique autour du livre autant que possible. Tout ça pour dire que c’est pas nécessairement évident, surtout quand on est spécialisé, surtout que tout ça, forcément, c’est hors opérations spéciales des éditeurs, opérations sous lesquelles on croule toute l’année alors même que notre trésorerie s’effondre et que notre espace de vente ne s’élargit pas à l’infini (non, vraiment, faut que vous lisiez La maison des feuilles).

 

J’ai pris le temps de le remplir, ce dossier, cette année, me trouvant suffisamment mur (woohooo) et me disant que allez, pourquoi pas, ça fait longtemps qu’on m’a pas filé un badge ou un autocollant tout en me tapotant sur le haut du crâne pour me dire que je fais du bon boulot, allez, tiens, va t’acheter un carambar, et ramène la monnaie et dis bonjour au garde-champêtre quand il te fait traverser la rue.

 

La date limite d’envoi était fin Avril, et depuis, j’attends, mon ouvrage sur les genoux et l’herbe qui verdoie au loin tout en racontant 1001 histoires à qui veut bien les entendre.

 

Le courrier est arrivé vendredi.

Je n’ai pas trop fait attention au tampon du ministère en haut à gauche de l’enveloppe, je l’ai ouverte machinalement, m’attendant à un courrier d’un éditeur qui m’envoie les nouveautés de la semaine alors que bon, je les connais, les nouveautés, je les ai sous les yeux, mais bon hein bon, si ça peut occuper un stagiaire de coller tous ces timbres, pourquoi pas.

L’information est montée petit à petit au cerveau, l’en-tête avait un peu la classe, le papier plus épais que d’habitude, le texte n’est pas écrit en Comics sans ms, pas de doute, c’est du sérieux.

« Blablabla nous sommes heureux de… retenu…LIR »

J’ai souri.

Très niaisement.

Tout en tenant ce bout de papier tout contre mon petit cœur qui lui-même ne comprenait pas pourquoi j’en faisais tout un plat à envoyer des endorphines tout là haut.

Devant des clients qui ont du croire que je venais d’hériter de la cagnotte du Loto de l’euromillions du morpion. Alors que non, c’est juste le ministère qui me disait que allez, ok, vous faites un boulot de libraire, on vous accorde le droit de pas la payer, la CET, et d’avoir d’autres avantages accordés par les distributeurs (Volumen, Hachette etc.).

 

C’est trois fois rien. J’en conviens. Il y a à peu près 500 librairies labellisées (sur 15 000 points de vente livres et 3 000 librairies indépendantes, et très peu de spé Bds (coucou Fred (10-15 si j’ai à peu près bien compté))) et on m’a pas refilé une place au Panthéon (attendons un peu). Mais quand même, j’ai l’impression d’avoir franchi une étape, d’avoir ouvert une porte en grand pour être soufflé par un courant d’air qui va de l’avant.

 

Merci donc aux auteurs qui m’ont accompagné ces dernières années, qui se sont déplacés tout là bas jusque chez moi juste pour qu’on rigole un peu et qu’on fasse des rencontres et des soirées diapo.

 

 

 

Je vais dorénavant pouvoir répondre au téléphone en disant ‘Librairie Label LIR que c’est moi qu’ai rempli le dossier tout seul bonjour’. On continuera de me demander si je vends des Workbooks 4 ème, mais au moins ils sauront qu’ils ont pas appelé n’importe où en se gourant de numéro.

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Le libraire en question
commenter cet article

commentaires

Marc-Edouard 09/09/2013 17:17


Mince alors , çà fait 10 ans que je frèquente un établissement sèrieux et personnes ne me l'avait dit , mais maintenant Le Libraire a un sticker du ministère .... ouf , me voilà en paix désormais
( car je frèquente pas n'importe quel endroit , j'ai un standing à tenir  ) .


A+


 

Vikler 09/09/2013 16:00


Félicitations pour cette bonne note dès la rentrée ;)