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  • : Les libraires se cachent pour mourir
  • : Un libraire se livre (oui bon...). Les doutes, les joies, les peines et les découvertes sans cesse renouvelées dans ce milieu merveilleux. Ou alors c'est simplement le quotidien d'un mec qui lit des Bds et qui est payé pour ça
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9 août 2013 5 09 /08 /août /2013 23:41

Ce billet est un suicide éditorial. Nous sommes début août et il n’y a plus personne dans les rues de ma ville et de France (vous êtes tous en train de lire passionnément sur une plage, sans vous rendre compte que vous mettez du sable sur votre glace qui fond tellement vous êtes pris par votre lecture d’été qu’enfin vous pouvez vous pencher sur la question vu que ouf, vous avez un peu de temps alors que le restant de l’année c’est pas possible, y’a télé). Comme le disent les marrons des journaux : la France s’arrête. Même internet cesse de tourner à vive allure. Surtout un vendredi soir.

 

Je vais donc écrire pour personne d’autre que moi.

Ça tombe bien, ceci est un blog, je vais donc faire comme la majorité de mes confrères, la célébrité ça va cinq minutes.

 

Alors sachez que j’ai passé d’excellentes vacances. La question qu’on me pose le plus souvent depuis que je suis rentré c’est évidemment ‘alors les vacances c’est fini, c’était bien, t’es parti où ?’. 3 questions d’un coup, comme un leitmotiv, histoire d’en finir avec cette histoire et de passer à la question suivante : c’est toujours aussi calme à cette période ?

Et donc oui, les vacances sont terminées (j’évite de travailler, par définition, quand je suis en congés, même si parfois on dirait pas trop), oui les vacances c’est toujours bien, et suis parti nulle part, je suis très bien chez moi. C’est à ce moment que je sens une sorte de gêne immense chez mon interlocuteur qui ne sait pas comment gérer cette information là. Certains hésitent même à me prendre dans leurs bras tellement il n’est pas normal de ne pas partir pendant ses vacances. Dans leur tête, je suis un enfant qui n’a pas eu de cadeaux à Noël, dont les parents ont offert un cahier de vacances pour son anniversaire (je suis né fin juin) et dont les amis sont fans de jeux de plateau (c’est moche). Je n’ai pas le cœur de leur expliquer que mais non voyons, c’est pas si terrible, j’étais en permanence dans le jardin de mes parents (ils habitent à quelques kilomètres de chez moi, à moins que ce ne soit l’inverse), dans ma piscine trois boudins, un bob sur la tête, les doigts de pieds en éventail et un bon livre dans les mains, parfois le mettant de côté pour pouvoir faire le crocodile, le soleil tentant de brûler mon corps rafraichi par cette eau transparente bienvenue et se contentant de m’apporter ce teint hâlé qui les fait toutes frémir, parfois malgré elles (il faut dire que je suis libraire et que ça fait donc un peu peur. Parfois. Sisi).

Bref, j’étais bien, Tintin.

J’ai tenté de repousser les limites du temps, en vain, ce dernier me rattrapant toujours, prenant la forme d’un réveil un poil pénible qui s’acharne à sonner alors même que le soleil n’est levé que depuis 3 heures, pour me rappeler que eh oh, debout ducon, t’as une apprentie à former, elle est pleine d’illusions, il s’agirait de lui faire croire que oui, en effet, c’est un métier formidable, on parle toute la journée des livres qu’on a aimés, on échange avec les clients, y’a des pétales de fleurs sur le sol, de la tarte à la rhubarbe tous les jours et on joue avec des billets du Monopoly pour pas que ça fasse trop sale. Elle aura bien le temps dès la rentrée de se rendre compte par elle-même que ah tiens, pas vraiment .

(ça me fait penser qu’il semblerait que nombre de mes futurs confrères aient mal pris ma petite sortie sur le rythme de lecture à avoir pour pouvoir être libraire. Forcément, ils se sont sentis visés, puisque d’après mes chiffres à moi, ils sont pas libraires et ne pourront pas l’être, alors même qu’ils n’aspirent qu’à prêcher la bonne parole, vendre ce qu’ils aiment car eux savent ce qui est bien vu qu’ils sont derrière le comptoir avec leur blouse blanche de libraire et alors même qu’ils aiment le livre, bordel, c’est n’importe quoi ce rythme, de toute façon Les libraires se cachent, c’est plus ce que c’était, avant au moins c’était drôle car il se moquait des autres et on pouvait s’identifier alors que là, bof, franchement, quel con ce mec. Je m’en excuse publiquement. Je ne sais pas trop ce qui m’a pris (le soleil de Février, sûrement), revenez, je vous aime, moi (mais n’empêche que c’est bien, quand même, d’accumuler des lectures (mais vous faites bien ce que vous voulez hein, moi-même je fais croire que je suis cinéphile alors que je parle des 10 mêmes films à tout le monde), et qu’on n’est pas libraire sous prétexte qu’on tutoie ses représ)).

 

En tout cas, je sais pas si c’est parce que je touchais le fond de la piscine en permanence, mais moi je me sens tout requinqué, tout heureux, tout jouasse, tout motivé, tout optimiste pour les années à venir (alors même que je n’ai pas de site marchand ! bon sang ce que je peux être intrépide, parfois). Ce pour tout plein de raisons que je développerai plus tard.

Et qu’on ne vienne pas pleuvoir sur ma parade.

 

Où je serai le seul à défiler de toute façon.

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Published by Le libraire en question
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commentaires

Jutiboli 14/08/2013 14:45


Je viendrai applaudir la parade si mon libraire préféré défile; bon retour !

Le libraire en question 18/08/2013 01:30



merci !



FD-labaroline 12/08/2013 16:08


Non non, il ne faut pas s'excuser, un libraire DOIT lire (comme un bibliothécaire) et un libraire qui ne lit pas, ça se repère vite. J'en ai un vrai p'tit dans mon bourg à fond de vallée et
j'aime aller lui faire les yeux doux en disant "chais pas quoi lire, faite-moi vibrer" et à chaque fois il connait son affaire (et ne me fourgue pas du Musso ou du M. Levy ou de la C. Lakberg en
criant au dernier truc à lire absolument) non il me fait découvrir des continents inconnus de moi et je lui suis reconnaissante, chaque soir dans mon lit de la vibration qu'il me procure par le
livre conseillé. D'ailleurs, un libraire qui ne connait pas intimement ce qu'il vend, je trouverais ça aussi louche que si mon boucher me disait qu'il était végétarien...


Sinon, vous avez passé de bonnes vacances ? Vous ètes parti un peu ? :-)


 

Le libraire en question 18/08/2013 01:31



voilà un commentaire qui fait plaisir à lire, merci !



Jorg McKie 10/08/2013 08:46


La blouse blanche derrière le comptoir, c'est la trop juste métaphore du "sujet supposé savoir", qui reflète bien une des facettes du métier de libraire : supposé savoir (contrairement par
exemple aux algorithmes de calcul utilisés par les sites marchands, qui s'appuient sur les connaissances du lecteur - vous avez consulté ceci = vous aimerez cela - pour faire croire qu'il s'agit
de conseil ; il ne s'agit que de reproduction, pas de découverte). Faire libraire c'est donc, pour partie, construire du savoir que d'autres catégories de lecteurs n'ont pas (et non pas "aimer
lire" ou "aimer transmettre ses lectures", qualités largement partagées et sans intérêt... qui a besoin de savoir qu'on préfère le turbot au poulet de batterie ou que la crème au chocolat quand
c'est bien fait c'est vraiment chouette pour les papilles...). Comment se construit ce "savoir" particulier du libraire ? Par la lecture "professionnelle", bien différente de la lecture
"publique" (allez donc passer une semaine dans la cuisine d'un vrai restaurant qui sert autre chose que des plats surgelés tout faits, vous comprendrez sans doute que regarder Top Chef à la télé
en s'extasiant sur le mode "je suis sûr que moi aussi je pourrai le faire" est d'une absurdité sans nous, et que tout cela n'a pas grand chose à voir avec ce qu'on aime trouver dans son assiette
pour satisfaire l'appétit ou la gourmandise). Alors non, pas d'excuses à produire pour avoir pointé du doigt qu'il faut lire, beaucoup et varié, et qu'il faut accumuler un capital lecture
conséquent au fil du temps (5 livres par semaine, cela n'en fait au bout du compte qua 250 par an, 1000 en 4 ans, 5000 en 20 ans... comment connaître et comprendre quoi que ce soit à la
littérature avec seulement 5000 livres ?). Bon, dans le même temps on peut faire libraire aussi sans jamais rien lire, en se fiant seulement aux listes de meilleures ventes, aux critiques et
chroniques publiées à droite et à gauche par des gens qui n'ont jamais rien d'autre à dire que c'est vachement bien et ça m'a touché, ou pire encore en croyant aux dithyrambes des éditeurs qui
cherchent - certains - à placer leur camelote en faisant passer la pacotille pour de la haute joaillerie. Ca marche aussi. Un temps. Car, comme cette position n'a rien de différent d'avec celle
d'un supermarché, qu'il soit physique, virtuel, ou drive, les lecteurs ne feront que passer. Puis iront ailleurs sans aucune vergogne ni aucun regret dès que l'occasion se présentera. L'enjeu de
la lecture pour un libraire (pour une équipe de libraires, on travaille rarement seul dans ce métier), c'est celui de ce que l'on apportera de différent à sa clientèle. Seul moyen de survivre
demain. Les libraires non-lecteurs mourront en pestant contre cette saleté d'internet (ou de Virgin - ah non, ça c'est fini -, ou de Chapitre - ah non, ça aussi c'est bientôt fini -, ou de
Fnac - ah non, ça c'est en train de se "désengager" du livre, manière polie du capitalisme d'annoncer qu'on va virer du eprsonnel - ; qu'est-ce qui va rester dans cette chaîne du livre en matière
de "vente de grande distribution sans libraires" ? rien au bout du compte). Une seule conclusion s'impose : il y a ceux qui veulent faire libraire, et puis il y a ceux qui veulent faire gardien
de troupeau et manutentionnaire dans le domaine du livre parce qu'ils aiment bien être en contact avec l'objet livre, tellement agréable à manipuler en dépit de son poids et des allergies au
papier qu'il provoque... Des fois ça rend triste.

Le libraire en question 10/08/2013 09:29



oui, en vrai je ne m'excusais pas vraiment, c'était un prétexte pour remettre une couche sur ces jeunes ingrats



L'apprentie masquée 10/08/2013 01:13

L'apprentie est un peu utopiste oui mais a tout de même conscience de la réalité du métier. Même si elle a encore beaucoup a apprendre...