Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Les libraires se cachent pour mourir
  • : Un libraire se livre (oui bon...). Les doutes, les joies, les peines et les découvertes sans cesse renouvelées dans ce milieu merveilleux. Ou alors c'est simplement le quotidien d'un mec qui lit des Bds et qui est payé pour ça
  • Contact

/

Pages

21 février 2013 4 21 /02 /février /2013 00:57

Alors je ne sais pas si vous avez suivi un peu cette histoire de verre d’eau qui a débordé dans la cruche de la bande dessinée, mais en tout cas ça a fait du bruit. Un beau gros plouf dans la léthargie ambiante qui pourtant frémissait au fond du puits de l’indifférence totale dans laquelle est plongé l’ensemble que l’on nomme ‘monde de la bd’. Et voilà que la ministre de la culture choisit de faire des ricochets dans le puits. Forcément, ça donne quelques éclats.

On a largement eu le temps de passer à autre chose depuis, vous pensez bien, c’est l’ère d’internet et de twitter et de la nouvelle star, mais n’empêche qu’il est des remous qui laissent des traces et qui forment des châteaux de sable.

 

Et moi, dans tout ça, je suis incapable de prendre position. Je suis comme Desproges s’il avait choisi de vendre des livres plutôt que d’en écrire : un libraire dégagé. Alors oui, je comprends bien la fureur justifiée (ah si, je prends position) des auteurs qui crèvent la dalle alors même que le gros gâteau devant eux ne cesse de grossir, lisent-ils partout dans la presse, mais on leur demande tout de même de se serrer la ceinture, d’accepter des avaloirs plus faibles, de bosser au forfait et d’aller pointer au MacDo s’ils sont pas contents de leur statut d’artiste. Sans artistes, point de création, alors s’agirait de leur donner leur part. Y compris leur part virtuelle car là est l’avenir et s’agirait de se l’assurer.

Oui certes (enfin sauf pour l’autre miroir aux alouettes numérique là).

Mais j’ai du mal à ne pas me mettre de l’autre côté de la barrière, chez ces éditeurs qui apparemment s’en mettent plein les fouilles, ces gredins. Je lis aussi des âneries, comme quoi les libraires se font un max de marge sans prendre de risques (ah, et créer des emplois en ne faisant que 2% de résultat à la fin de l’année dans le meilleur des cas, c’est pas prendre de risques ?), mais passons, c’est la crise, il faut bien montrer du doigt comme on peut et c’est sûr que sans libraires, c’est 35% de marge en plus sur le livre. Autant vendre en direct à sa grand-mère, ça rapporte plus. Ceci étant, sans cynisme aucun, l’autoédition et autodistribution reste une solution. Il faut juste aimer faire le sale boulot mais c’est parfaitement viable. ‘Chacun son boulot’ répondent certains artistes. Fort bien. Mais vous acceptez un système capitalistique, alors je crains qu’il faille jouer avec ses règles. C’est agaçant de se dire que tout ce bordel vient de la surproduction (avérée), que quand même c’était chouette ces dix dernières années, mais je crains que ce ne soit la règle du jeu et qu’il n’y ait peu de place pour une augmentation soudaine de la part de vos revenus dans la grande machinerie en place. Ou alors, faut vous prendre des agents qui négocieront pour vous. Qui réclameront 20% (et 10% de vos avaloirs) et des séances de dédicaces payantes. Ce qui implique de pouvoir les payer. On s’en sort pas.

Donc vous voyez, je suis incapable d’être engagé. C’est un cauchemar pour moi. La seule chose qui m’agace encore plus que le prosélytisme, ce sont ceux qui avancent haut et fort des faits qui n’en sont pas. Ouvrir son grand clavier alors qu’on n’a aucune idée de ce dont on parle, c’est le sport national sur les forums virtuels et autres places publiques (certains sites se reconnaitront). Il faut croire qu’avoir un avis et s’engager est important et qu’il faille foncer. Même si c’est pour dire des énormités.

 

Un libraire dégagé. Même dans mes choix de ventes, je suis dans une sorte de ventre mou consensuel. Alors un consensus que je partage avec joie et amour et sincérité, mais je me rends compte avec horreur qu’on peut me mettre dans un case alors même que je n’aspire qu’à une grande coquille vide qui voguerait sur l’océan déchainé, toujours stable. Je fais croire que je suis élitiste, mais même mon élitisme est partagé par un grand nombre. C’est n’importe quoi. Et ça ne m’intéresse pas du tout de me radicaliser, conscient que je suis que mes goûts ne sont pas nécessairement partagés par mes clients, et ça me va parfaitement. Je n’arrive même pas à lever les yeux au ciel quand je vois les meilleures audiences télé ou les meilleures ventes romans. Chacun vit sa vie, je m’en fous royalement tant qu’on vient pas changer les chaines chez moi ou tourner les pages à ma place. Je regrette le manque de curiosité de mes congénères, c’est sûr, mais tant que moi je trouve ce que j’aime quelque part, eux peuvent bien s’envoyer des choux de Bruxelles toute la journée, je les traiterai pas d’ignorants pour autant (et pourtant…).

 

Au lycée, il y a pfiou, 20 ans, nous avons connu un énorme soulèvement spontané visant à écraser de nos Doc martens (symbole suprême de la rébellion) le fameux Smic jeune de Balladur. J’ai regardé de loin mes camarades crier Balladur Or-Dure et filant vers la capitale d’un pas décidé, n’ayant absolument aucune idée du pourquoi du comment de cette manifestation. Ils savaient juste que la marche à suivre était la révolte. On ne peut pas écouter Rage against the machine toute la journée et ne pas développer une forte conscience de masse écrasée par le pouvoir en place. La manifestation était pleinement justifiée, j’en étais déjà convaincu à l’époque (je pouvais même argumenter pourquoi, car pour une raison qui m’échappe, j’étais passionné d’économie et de politique), mais ça ne m’a pas empêché de prendre mon ballon et d’aller jouer au basket toute la journée, plutôt. Je manifeste à ma façon.

Dans mon coin.

En silence.

Egoïste.

 

« AH DU TEMPS DES ALLEMANDS ON SAIT DANS QUEL COIN T’AURAIS ETE HEIN »

Oh ça va, ta gueule, je vois pas le rapport avec les auteurs Bd.

Partager cet article

Repost 0
Published by Le libraire en question
commenter cet article

commentaires

comics records 21/02/2013 10:44


oui, il est grand temps que ce marché, comme tous les autres soit régulé au profit aussi de ceux sans lesquels il n'existerait pas

comics records 21/02/2013 10:29


Oui et un peu non.


Enfin ce n'est que mon avis de libraire qui tente de s'engager tant au niveau de la sélection que des rapports aux autres (éditeurs, distributeurs, auteurs ...)


Le bordel ambiant n'est finalement que le résultat d'une machine un peu âgée, un peu sénile, un peu branlante, de celles qui sucrent les fraises avec une pince à épiler.


On se gratte, on se tort, on gesticule beaucoup dans ce milieu de la bd pour finalement évoquer un point que tous connaissent déjà : la répartition de la marge.


J'ai vu les magasins U vanter la répartition de profits dans une pub, expliquant que le magasin touche autant que le producteur. Ah ok et dans le livre c'est comment ?


J'en reviens donc à ce que j'ai déjà dit : ni le libraire ni l'auteur ne vivent correctement du marché. D'autres acteurs sont donc mieux nourris dans la filière.


C'est cette répartition qui ne fonctionne pas et génère tous ces maux (et gros mots pour certains plus énervés que les autres).


Tu as raison, c'est une économie de marché. Les plus gros tirent leur épingle du jeu, les autres survivent (tiens, comme cette petite maison d'édition qui faute de moyens ne peut réimprimer un de
ses titres qui cartonne pourtant).


Bref, je suis bien de ton avis sur les libraires, un peu moins sur les éditeurs. Il serait temps que les gros acteurs de ce petit marché apprennent à écouter ceux sans lesquels leur source de
profit n'existe pas.


Sur ce, j'ai des cartons à déballer (les arrivages, c'est comme les impôts, tant que tu en as c'est que ça va)

Le libraire en question 21/02/2013 10:40



hehe j'aime bien ta derniere parenthèse


 


note que je defends pas pour autant tous les editeurs. mais certains font leur boulot correctement tout en cherchant le profit (parmi les gros, s'entend). Enfin ça me choque pas quoi. Et oui,
suis bien d'accord, même si ce ne sont pas leurs salariés, ce serait pas mal qu'ils s'entendent


 


en attendant, le SNAC-BD fait un boulot formidable avec leurs moyens. Souhaitons que ça debouche sur du concret (notamment sur un statut Auteur)



Maud 21/02/2013 10:05


Mhhh, je comprends très bien ta position, c'est la même que la mienne, mais pour d'autres sujets (même si j'ai été manifester contre la loi Balladur avec mes docs vertes, j'avoue).


Par contre, je ne dois pas lire les bonnes revues, car je ne vois pas de quelle polémique tu parles. Et je n'ai rien vu dans Télérama alors que d'habitude ils se font l'écho de ce genre de chose
(et vu qu'ils ont fait une couv' récente avec la BD). Où est-ce que je peux trouver des infos sur quoi? Merci

Le libraire en question 21/02/2013 10:25



ça a été relayé de ci de là (par Telerama notamment, mais sur leur site uniquement je crois), principalemetn sur les reseaux sociaux


 


plus d'infos par là : http://www.isabellebauthian.com/?p=1003 et là : http://www.rue89.com/rue89-culture/2013/02/07/la-bd-pour-les-enfants-et-pas-du-tout-en-crise-selon-aurelie-filipetti