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  • : Les libraires se cachent pour mourir
  • : Un libraire se livre (oui bon...). Les doutes, les joies, les peines et les découvertes sans cesse renouvelées dans ce milieu merveilleux. Ou alors c'est simplement le quotidien d'un mec qui lit des Bds et qui est payé pour ça
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15 août 2012 3 15 /08 /août /2012 20:22

L’avantage du mois d’aout, c’est que ça me laisse tout le temps du monde pour former le futur libraire parfait en théorie si tout se passe bien qui m’a été mis dans les pattes volontairement, malgré les protestations véhémentes de son entourage qui ne comprend pas bien comment on peut vouloir se lancer dans cette entreprise alors même que, c’est bien connu, le livre a vécu, la preuve on en produit de moins en moins, et ils sont formels aux infos, les liseuses remplacent le papier, plus personne n’ouvre un magazine, l’Ipad peut être lu sous la couette, c’est la révolution, préparons nos trousseaux de clés, nous allons en avoir besoin pour fermer nos rideaux.

Le fou.

 

Mais il a frappé à la bonne porte, que j’ai ouverte avec mes bras tendus et un muffin aux myrtilles dans chaque main afin de célébrer ensemble un avenir qui ne peut qu’être radieux s’il suit mes préceptes. Préceptes que je vais avoir la bonté de partager avec vous, futurs libraires (ou libraires diplômés mais pas encore très doués d’avoir frappé à une porte peuplée de choux de Bruxelles).

 

1. Ce n’est pas grave de n’avoir aucune culture littéraire/Bd. La culture, ça s’acquiert. Encore faut-il être curieux. Soyez curieux, bordel, et arrêtez de ne lire que de la fantasy bon marché, ça suffit maintenant, vous n’avez plus 15 ans, allez, on se bouge un peu et on picore à droite à gauche dans les rayons (enfin mieux vaut être guidé, quand même hein, n’essayez pas ça tout seul). Il y a du bon dans chaque genre. Enfin il parait.

 

2. Il faut lire. Ça parait un peu concon dit comme ça, mais c’est tellement évident que certains l’oublient. La lecture étant votre outil de travail (sinon vous êtes condamnés à conseiller les mêmes choses que tout le monde, comme une patate chaude qui refroidit très vite et qui manque de personnalité sous son maquillage), il faut se donner le plus de moyens possibles. Un minimum de minimum, c’est 5 romans par semaine. Le rythme normal, c’est de 7 à 9. Pour la Bd, multiplier par cinq. Ça permet ainsi de lire 350 romans par an, ce qui est un début, car oui, il faut bien commencer tôt à remplir sa petite bibliothèque virtuelle dans sa tête afin de rebondir de rebond en rebond et de ne pas faire une recherche Electre en mettant un s à Yourcenar (je n’ai rien contre le manque de culture, je râle juste si on fait rien pour le combler un minimum). Quand vous en aurez lu deux ou trois mille, ça commencera à ressembler à quelque chose.

Moi, comme je suis un chic type chic et que je chouchoute mes loulous (oui, j’appelle mes apprentis ‘mes loulous’), je leur ai fait une liste de 200 Bds à avoir lues avant le mois de Décembre. Ils ont même pas à piocher au hasard. Ma gentillesse me perdra.

 

3. Le boulot de libraire, ce n’est pas de conseiller les livres qu’on a aimés, mais de trouver ce qui va plaire au client qui trépigne un peu là devant vous car il a pas que ça à faire et que ses poireaux sont en train de fondre dans son cabas. Alors oui, certes, la frontière est assez floue, c’est subjectif et tout et tout, mais ça fait partie du travail et de ce je ne sais quoi qui le rend aussi intéressant (et frustrant). Si je ne devais vendre que ce que j’aime vraiment, tout élitiste snob que je suis, je ferais 400€ de chiffre d’affaires par an, ce qui suffit à peine à payer mon café et la paille pour la loutre. D’où la nécessité de beaucoup lire afin de se créer des bases, bases à partir desquelles se caleront les futures lectures. Il faut juste faire attention à ne pas non plus trop lire de bonnes choses d’un coup, sinon le retour à la réalité de la vraie production qui pousse sur nos tables peut être particulièrement rude (je rappelle que 90% de ce qui sort est pas terrible. Mais ça nous en laisse 10%. C’est beaucoup, dans l’absolu. Ça fait 350 nouveautés Bds et 60 romans à la rentrée. Encore faut il les dénicher).

 

4. Il faut être patient et accompagner le client et, surtout, plus que tout, empathique. Ça ne veut pas dire pour autant de se transformer en petite vieille désœuvrée qui veut offrir un Titeuf à son petit enfant (quoique), mais plutôt de comprendre la demande et d’explorer le besoin (en tout bien tout honneur). Ce qui nous mène au prochain point :

 

5. Vous êtes là pour vendre. Plein. Plein plein. Sinon, vous ne serez pas payés et ne pourrez pas partir en vacances ou en lune de miel ou rembourser la voiture ou les beaux parents et ne pourrez pas acheter une maison rue de Courcelle (ou Belleville, je sais plus ce qui est le moins cher au Monopoly). Nous vendons du rêve, de la culture, des étincelles, des marshmallows au miel, certes, mais nous le vendons quand même. Et le but du jeu c’est que la personne qui ne savait pas trop quoi acheter reparte quand même avec quelque chose (et quelque chose en plus) et le sourire et qu’en plus ça la marque à jamais après la lecture (ne soyons pas non plus trop cyniques, y’en a assez dans le monde comme ça).

 

6. Intéressez-vous, si possible, aux chiffres de la librairie. C’est primordial. Des stats, encore des stats, toujours des stats. Qui vous permettront de mieux comprendre les politiques d’achat de la librairie ainsi que ses objectifs et le pourquoi du comment de telle pile à la place d’une autre et pourquoi qu’on met pas du Marc Levy partout vu que c’est ce qui se vend tout seul comme du petit pain au son qui sent bon et qui est vite digéré. Posez des questions. Soyez proactifs et non attentistes. Plutôt que d’apprendre bêtement la formule du taux de rotation, demandez-vous à quoi il sert. Et à quel moment il vaut mieux demander de l’échéance plutôt que de la sur remise. Demandez quelles sont les remises de base, et jetez un œil sur les bons de livraison et les factures. Et si ces termes ne vous disent rien, alors y’a un problème, et demandez à votre maitre d’apprentissage pourquoi il est tout nul.

 

7. Soyez organisés. Ça vaut mieux. Sinon je m’énerve quand je trouve pas un livre parmi mes 8 000 références. Et c’est jamais joli quand je m’énerve, mes oreilles de Bill tournent au rouge.

 

Donc voilà. Ce message très donneur de leçons afin d’éclairer un peu tout le monde sur ce qui se passe en cuisine, là où il faut parfois mettre les mains dans l’eau stagnante et éviter de marcher sur la serpillère. Mais où au final tout sent bon du bouquet garni, même la moindre petite salade de carottes râpées.

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Published by Le libraire en question
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commentaires

Ina Wungerors 11/09/2012 18:20


ZIVA! Fais tourner la liste tavu!


Steuplé.

Edith 03/09/2012 14:27


Tous ces judicieux conseils sont également valables pour les bibliothécaires. Toujours un plaisir de vous lire, cher libraire...

maud 27/08/2012 11:59


Ah oui, Alors que tout le monde sait que c'est de Flaubert, pfff, c't'inculture de nos jours...

maud 25/08/2012 21:13


Ca me fait penser à un stagiaire, (mais je ne suis pas arrivée à savoir s'il était de 3ème, dans ce cas ok, il fait plus vieux ou s'il était de l'IUT, dans ce cas, j'ai eu peur...) sur qui je
suis tombée en biblio l'autre jour, à qui j'ai demandé où se trouvait le Tristes Tropiques qui était censé être en rayon,


- c'est de qui??


qui me fait, le stagiaire...


Je suis snob ou quoi? ça m'a un peu choquée quand même...

Le libraire en question 27/08/2012 11:44



oh comme trou de culture, j'ai vu bien pire, quand meme...


Un adulte libraire m'a sorti l'autre jour que Sambre ressemblait au Rouge et le Noir de Balzac. Donc bon.



stéphanie 24/08/2012 15:15


Bonjour,


 


Je vois que vous préparez pour vos gentils et serviables stagiaires, une petite liste de bd à lire... Serait-il possible de me l'envoyer ??? je pense que ça m'aiderait énormément à tenir mon
rayon et surtout à le faire vivre un peu !!!


Merci beaucoup


 


stéphanie