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Présentation

  • : Un libraire se livre (oui bon...). Les doutes, les joies, les peines et les découvertes sans cesse renouvelées dans ce milieu merveilleux. Ou alors c'est simplement le quotidien d'un mec qui lit des Bds et qui est payé pour ça
Mercredi 2 novembre 2011 3 02 /11 /Nov /2011 23:33

 

Si vous voulez tout savoir, et je sais que c’est le cas, sinon nous n’en serions  pas là, eh bien figurez vous que le 11 Septembre 2001, j’étais aux Etats-Unis.

 

Je laisse une petite pause d’un paragraphe pour que vous ayez le temps de faire un Oh ! ou un Ah ! avec des grands yeux effrayés qui se demandent si je m’en suis sorti et si j’ai décidé d’être libraire pour sauver le monde et apporter une vraie contribution à la vie suite à ce traumatisme.

 

Voilà.

Bon ceci étant, j’étais à 4 000 km de là, du côté de la pluie grunge de Seattle, donc autant dire que j’ai été plus atteint par la psychose ambiante que par la poussière. Mais quand même, j’ai compris ce que pouvait être l’inquiétude des proches un peu paranos qui se demandent s’ils vont pas (les terroristes hein, mes proches m’aiment, en principe, ils me veulent pas du mal. En principe) s’attaquer au musée du rock ou à Boeing ou au Space Needle et ainsi me faucher dans ma prime jeunesse d’homme glandeur, certes, mais à l’avenir radieux (s’ils savaient alors…).

 

Je suis donc là, aujourd’hui, en ce début Novembre un peu morne post-chrysanthèmes pour crier haut et fort que ne vous en faites pas, je vais bien. Car comme en attestent pas mal d’articles en ce moment (dont celui-ci)  et la une du télérama de la semaine : c’est la fin des haricots bien verts bien croquants agréables à écosser pour les libraires indépendant. A y’est. On s’est bien gavés sur le dos de la culture et de Jack, il est temps de plier les gaules, fini de rigoler, place au futur, place à internet, place au kindle, on est rien que des gens à moustache et haut de forme d’une autre époque qui prenons de la place inutile et qui empêchons les banques de se développer ailleurs que sur les coins de rue.

 

Je ne vais pas revenir sur certaines âneries lues ici ou là (bon allez si, un peu quand même : non, c’est pas parce que votre libraire en bas de la rue est pas sympa que c’est le cas de nous tous et que c’est pour ça qu’on ferme tous les uns après les autres jusqu’à extinction façon dodos cendrés. Non, ce n’est pas non plus parce que votre libraire n’a pas tout Balzac que tous les lecteurs préfèrent commander sur Amazon (je rappelle que vous pouvez commander aussi chez un libraire sans frais de port, soi dit en passant. Et on vole bien moins souvent un colis Hachette de 20 kgs qu’un colis Amazon). Et non, la dématérialisation du livre c’est pas la même chose que celle du disque. Ce qui ne veut pas dire qu’il ne faut pas être sensible et réactif au changement (avec un grand C de l’histoire), mais comparons des granny et des golden et non des pommes et des oranges). Même si la profession a du mal, ça c’est un fait, ça veut pas dire que nous sommes tous amenés à disparaître. La preuve, j’existe toujours. Et pour longtemps, si j’en crois mes tendances. Il y a trop de sorties, mais il faut croire que ma gestion du stock est plutôt bonne (merci de l’avoir remarqué) ainsi que mon animation du fonds qui rend les éditeurs tellement heureux et joyeux et satisfaits et loin du pilon. Les clients viennent moins souvent, c’est vrai, la crise est pas virtuelle, mais ils viennent quand même, et tant qu’on fait un boulot de commerce de proximité et qu’on adapte bien son choix à la clientèle et à l’effet qu’on veut produire (c'est-à-dire autre chose que des piles du double G (Gallimard Goncourt) ou du double album Tintin), alors y’a pas de raison que sa clientèle du coup un peu moins de passage et un peu plus fidèle aille acheter ailleurs.

 

Alors oui, y’aura de la casse, c’est inévitable, c’est économique, mais pour l’instant j’ai pas besoin de béquilles ni de broches et faudra venir me déloger à coups de pioches bien concrètes avant que je laisse ma place peinarde derrière mon comptoir en marbre poli par des années de clients satisfaits (je vous laisse visualiser ce que vous voulez, allez, c’est mon cadeau du jour).

 

Et puis bon, en Bd on est un peu plus à l’abri, passer son doigt tout autour d’un kindle pour vérifier qu’il n’est pas abimé, c’est quand même pas tout à fait le même plaisir.

 

 

De toute façon, à vrai dire, je ne comprends même pas que ce sujet soit le centre d’attention culturel du moment alors même que dans moins de dix jours nous serons le 11/11/11 à 11 :11 et que personne n’en parle. S’agirait de revoir ses priorités.

Par Le libraire en question
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