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Présentation

  • : Un libraire se livre (oui bon...). Les doutes, les joies, les peines et les découvertes sans cesse renouvelées dans ce milieu merveilleux. Ou alors c'est simplement le quotidien d'un mec qui lit des Bds et qui est payé pour ça
Mardi 8 novembre 2011 2 08 /11 /Nov /2011 21:20

 

Chouette, un sujet brûlant ! Vous pensez bien que j’allais pas passer à côté et qu’il est bien plus intéressant de parler du suicide d’une partie de la profession  assisté par le gouvernement que des coffrets et intégrales qui prennent de la place dans mes allées.

 

Vous noterez d’ailleurs que j’écris moins sur les anecdotes liées à mes clients, que je grandis, que je mûris, que je deviens plus chiant sur des sujets de fond. C’est que je ne peux pas non plus passer ma vie à jouer les rigolos et noyer ma solitude dans un océan de décolletés servis sur un plateau jour après jour par mes clientes sous le charme. Il faut que je me réveille. Et cette jolie claque en forme d’augmentation de la TVA ne pouvait pas mieux tomber, j’en sens encore la marque sur mon doux visage de bébé. Un bébé avec une barbe et des traits marqués par les années (qui me donnent mon charme si indéfinissable), mais quand même.

 

Alors évidemment, depuis hier, c’est levée de boucliers de partout dans la profession, on crie au scandale, on a déjà la tête sur le billot, ça va pas non, on n’est pas de première nécessité, peut-être, que serait notre vie sans la Princesse de Clèves etc etc. De l’extérieur, je peux comprendre qu’on ait l’air de corporatistes pénibles qui défendons notre bout de gras (enfin je m’inclus dedans, mais j’ai pas râlé, moi, j’ai juste fait des boutades, comme d’hab, je m’implique jamais moi, tout en retenue, je ne fais qu’observer, je suis un âne escargot à la coquille bariolée). Tout une profession qui ne semble pas comprendre que nous sommes en guerre contre l’économie et que les livres aussi doivent être rationnés (ah non, c’est pas un produit de première nécessité, j’oubliais). Alors oui, ça ne fait qu’1,5 point d’augmentation, ça a l’air de pas grand-chose, pas de quoi pleurer, regardez Céline Dion qui vend dix fois moins de disques à cause d’internet, est ce qu’elle chiale, elle, hein, non, elle continue de chanter sans se plaindre. Sauf que pour une partie des librairies indépendantes, il s’agit plutôt du chant du cygne qui se dessine.

 

Petit rappel pour tous ceux qui ont fait des études plus littéraires (tout ça parce qu’ils aimaient Stendhal en 3ème, n’importe quoi) ou qui de manière générale n’en ont jamais rien eu à carrer de l’économie en général et de la TVA en particulier. Cette taxe est donc sur la valeur ajoutée, et le but c’est que ce ne soit pas l’entreprise qui la supporte, mais le consommateur final. C’est un impôt totalement injuste dans la mesure où il ne tient pas compte des différences sociales, mais c’est comme ça. Du coup, quand la TVA augmente, les commerçants (et fabricants) augmentent les prix, tout connement, car y’a pas de raison qu’on touche à notre marge, on s’est battus pour nos 32%, laissez nous tranquilles. Sauf que nous, dans la chaîne du livre, on peut pas, rapport à Jack et le prix unique et les prix imprimés et les grilles de tarifs. Ca veut donc dire qu’il faut prendre sur notre précieuse marge, que ce soient les libraires ou les éditeurs.

 

Oui, je sais, c’est toujours pas une raison pour jouer les pleureuses, on se serre tous la ceinture en attendant que les Bahamas soient disponibles pour tout le monde, mais pour ça il faut 16 milliards, on peut bien contribuer à hauteur de quelques millions. Oui mais non.

 

Prenons une librairie de taille à peu près moyenne et qui ferait 300 000€ de chiffre d’affaires (avec deux employés et un apprenti et des stagiaires tout le temps). Pour simplifier, on va dire qu’elle a une marge moyenne de 33%. C’est pas terrible et ça prouve qu’elle sait pas vraiment négocier et que c’est pas comme ça qu’elle va s’en sortir, mais passons, soyons positifs. Elle fait donc 100 000€ de marge. C’est sur cette marge que s’applique la TVA (la fameuse valeur ajoutée) et non sur l’ensemble du chiffre d’affaires, c’est toujours ça de pris. Comme la plupart des librairies sont en TVA positive, elles s’en font rembourser une partie régulièrement (ça représente quelques milliers d’euros). Mais là, donc ça veut dire qu’elles vont s’en faire rembourser 1 500€ de moins. Sur un taux de rentabilité d’à peu près 2% dans un très bon cas (soit 6 000€), vous voyez que ces 1 500€ ne sont pas si anodins.

 

Et c’est pour ça que nous crions au loup, au secours, sauvez-nous. Que ce soient les libraires ou les éditeurs, d’ailleurs, car c’est pas super facile pour eux non plus.

 

Plus grave, en fait, c’est qu’on a un peu l’impression que l’état fait complètement n’importe quoi, qu’ils font une campagne de préservation des librairies d’un côté tout en enfonçant des couteaux pas très amicaux dans les côtes de ceux qui tentent tant bien que mal de garder la tête hors de l’eau. La loi n’est pas encore passée, des amendements sont possibles, et y’a encore le Sénat, mais au-delà des aboiements parfois un peu maladroits de l’ensemble de la profession, n’oubliez-pas que nous n’avons pas les mêmes rendements que McDonald’s et que oui, 1,5 points, ça compte.

 

Bordel.

Par Le libraire en question
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