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Présentation

  • : Un libraire se livre (oui bon...). Les doutes, les joies, les peines et les découvertes sans cesse renouvelées dans ce milieu merveilleux. Ou alors c'est simplement le quotidien d'un mec qui lit des Bds et qui est payé pour ça
Jeudi 14 janvier 2010 4 14 /01 /Jan /2010 00:24

Allez, les jours rallongent pour de bon, Noël est derrière nous, j’ai viré la déco (généralement, je la laisse jusque Juin, par pure fainéantise, mais cette année j’ai décidé d’être un peu rigoureux et organisé, résolution qui devrait durer une bonne semaine à vue de nez), j’ai fait mes vingt cartons de retours et j’ai acheté une vingtaine de paires de mules et chaussons Marsupilami à proposer aux clients histoire qu’ils arrêtent de dégueulasser ma jolie boutique et qu’ils se sentent bien chez eux mais pas trop (sinon ils ont vite fait de mettre les pieds sur le comptoir, et il faut savoir tracer des limites). Je viens à l’instant d’avoir la vision de tous mes clients avec des chaussons Marsupilami aux pieds déambulant au milieu des nouveautés, et honnêtement ça vaut son pesant de houba houba. Moi évidemment j’ai le droit de cumuler chaussons et oreilles de Bill, mais c’est parce que je suis le grand (sic) chef.

 

Bref, la classe de neige est finie, tout a fondu ou presque, on va pouvoir passer au printemps (je parle de la saison, pas du magasin, plutôt vendre des séries complètes de la collection celtic chez Soleil que de mettre les pieds là bas, c’est dire) et fermer l’atelier fabrication de bonshommes de neige que j’avais installé au fond de la librairie pour m’occuper entre deux cartons. Atelier qui aura eu le mérite de révéler au monde entier ma médiocrité en la matière (je suis pas manuel du tout), moi qui étais pourtant persuadé d’avoir le génie créatif de Calvin. De toute façon, c’est pas plus mal que ce soit la fin des sports d’hiver, car j’ai toujours été nul, et j’aime pas être nul, c’est un coup à me dévaloriser à mes propres yeux, et c’est pas le moment de déprimer, le printemps arrive.

 

Je suis en phase avec la nature, mais sans être pour autant fils de la montagne, où je n’ai pas souvent mis les moon boots.

 

La première fois, j’avais sept ans, je découvrais à peine la cruauté des filles et l’imbécilité des garçons et surtout, surtout, j’avais l’air totalement ridicule dans ma combinaison de ski, et j’ai des photos qui le prouvent, au milieu de mes camarades, compagnons d’infortune de cette classe de neige dans laquelle on m’a collé de force. Alors au début c’est rigolo, on fait le chasse neige, on fait de la luge sur des sacs poubelle, on fait la chasse au dahu, tout ça est bon enfant, finalement c’est pas si impressionnant que ça, la montagne. Jusqu’à ce qu’on m’explique qu’il faut passer une bonne nuit reposante car demain, on passe le flocon, ça plaisante plus, faut être en forme. Je venais de passer mon canard à la piscine, j’étais ceinture blanche deuxième dan au judo, j’étais une machine de guerre sportive, rien ne pouvait m’arrêter, j’avais la compétition dans la peau, j’allais le bouffer le flocon moi et impressionner les gonzesses (j’allais passer encore trois années en école primaire, il n’était pas trop tôt pour s’imposer, c’était là que tout se jouait).

 

Sauf que j’ai un peu ripé. Oh j’étais prêt et motivé, je me voyais déjà arborant fièrement mon premier flocon, en attendant la légion d’honneur, sauf qu’il y a eu un impondérable que je n’ai pu pondérer : ma vessie. Et une vessie enfermée dans une combinaison de ski non adaptée aux envies pressantes, c’est redoutable. Et fort peu pratique dans les conditions de la compétition. Bref, je tortillais à fond les ballons, impossible de me concentrer, j’ai bien foiré mes planter du bâton, pas réussi un seul slalom (je ne me souviens plus exactement ce qu’il fallait faire, je sais qu’un chrono était en place, mais le reste est assez flou. En tout cas, sachant qu’absolument tout le monde sur terre a son flocon, y compris où il n’y a pas de neige,  je serais tenté de dire que c’est pas bien sorcier), et résultat des courses, j’ai pas eu mon flocon. Pour bien nous apprendre que l’important c’est de participer (tu parles), j’ai tout de même eu droit à un petit machin à accrocher à ma veste : un nounours. Mais le nounours, c’est un peu la honte, c’est annoncer au monde entier qu’on a même pas réussi à passer le premier niveau, un peu comme si on vous retirait la ceinture blanche de judo pour mettre des bretelles à la place.

 

Et il est très difficile d’impressionner dans une cour de récré avec des bretelles, croyez-moi.

Par Le libraire en question
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