Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Les libraires se cachent pour mourir
  • : Un libraire se livre (oui bon...). Les doutes, les joies, les peines et les découvertes sans cesse renouvelées dans ce milieu merveilleux. Ou alors c'est simplement le quotidien d'un mec qui lit des Bds et qui est payé pour ça
  • Contact

/

Pages

4 juin 2014 3 04 /06 /juin /2014 22:55

J’ai pour habitude dans ces colonnes de parler du métier de libraire dans son ensemble et de ma vie passionnante dans ses détails. Ce sont des sujets qui me vont bien et qui permettent de débattre âprement sur les réseaux sociaux, entre une semaine marquée par des querelles de pourcentages électoraux (la majorité, c’est les autres) et une autre marquée par des gens qui font rien qu’à nous embêter à raconter dès que possible ce qui se passe dans nos séries préférées, juste pour faire leurs crâneurs (en même temps c’est ma faute, je ferais mieux de trainer au bistrot). Mais pour une fois, je vais parler de l’autre côté de mon miroir, de ceux qui me permettent de vendre des livres, ceux sans qui mon métier n’existerait pas, ceux qui suent jour après jour à la lumière vacillante d’une bougie éphémère, qui triment pour nous faire rêver : les éditeurs.

 

Editeurs qui se lancent tête baissée dans la merveilleuse aventure de la distribution, formidable machine mi-mammouth mi-ogre qui les force à participer à une sorte de course vers l’avant au bout de laquelle se cache très probablement un mur non protégé par des boîtes à œufs, mais ça c’est un autre débat.

 

Bref, parlons plutôt des auteurs, qui eux tiennent très fort avec leurs petites mains fragiles des boîtes à œufs pour mieux amortir les coups de butoir assénés par la vie, par le système, par le marché, par le ‘bah oui mais c’est comme ça’.

(oui je sais, ma transition c’est complètement n’importe quoi. Mais oursez avec moi, comme disent les américains)

 

Deux choses leur tombent sur la tête ces derniers jours (en plus de l’arrêt du blog de Larcenet, qui est un coup dur en soi) : la première, c’est une cotisation supplémentaire de 8% auprès d’un organisme (le RAAP) qui sera chargé de leur verser une complémentaire retraite (ou une retraite tout court, je sais plus). Le principe de cette dernière est acceptable, la façon dont c’est géré un peu moins et plutôt douteux (et surtout incroyablement précipité), surtout à une époque de paupérisation des auteurs dans leur ensemble, auteurs qui là maintenant tout de suite n’ont même pas de quoi se payer la paire de pantoufles nécessaire à toute retraite qui se respecte. La seconde, c’est le départ en retraite anticipée de quelques auteurs même pas forcément en fin de parcours (enfin pas tous en tout cas), qui décident donc de tout plaquer, vazy c’est bon y’en a marre, la bd c’est plus ce que c’était, ça eut payé mais là vous vous foutez de nous, les libraires ouvrent même plus les cartons et ne lisent plus nos livres et en plus y’a de plus en plus d’étrangers qui sont ni francos ni belges ainsi que des ptits cons qui font baisser le prix à la page en acceptant tout et n’importe quoi sous prétexte d’avoir toujours rêvé d’être édité et présents chez Virgin. Enfin à la Fnac. Enfin sur Amazon, pardon.

 

C’est dommage d’en arriver là, mais ça montre un vrai ras-le-bol, un vrai de vrai, un qui est inquiétant (en plus c’est vrai que c’était rudement chouette, Garulfo), un qui rappelle que la vie d’artiste n’a jamais été simple et que l’optimisme n’est pas au rendez-vous, un qui fait que soudain, il y a défiance de partout. Les auteurs ne vendent pas car leur éditeur ne les soutient pas assez (financièrement ou marketingement), l’éditeur ne vend pas car sa diffusion n’en met pas assez en place, la diffusion n’en met pas assez en place car les libraires sont frileux et ne prennent que 3 semaines de ventes, les libraires ne prennent que 3 semaines de ventes car les temps sont durs et que les lecteurs se méfient des séries sans suites, les lecteurs se méfient des séries sans suites car l’éditeur ne pouvait pas faire son boulot d’éditeur A CAUSE DE LA DISTRIBUTION (oui pardon je m’énerve alors que j’avais dit que je ne m’étendrais pas sur le sujet). Donc on se renvoie la baballe chaude, c’est la faute à un peu tout le monde, mais le résultat est le même. Il n’y a plus de prépublications en magazine, le prix à la planche n’a pas augmenté en 20 ans (entre 250 et 400€ pour un dessinateur, 80 à 110€ pour un scénariste, et ça ne marche évidemment pas pour du format ‘roman graphique’ à la pagination bien plus élevée (et désolé pour les coloristes, mais je n’ai plus en tête les tarifs en cours)), et ils sont une poignée à toucher des droits d’auteurs (entre 6 et 8%) après remboursement de leur à-valoir (fut un temps où vous étiez payé en ferme et touchiez des droits dès le premier exemplaire vendu). Comme il faut 8 à 10 mois pour faire un album en y travaillant à temps plein, ça donne à un dessinateur de 46CC entre 12 000 et 18 000 € de revenus sur à peu près un an. Sans compter les charges et les pantoufles. Et encore, là je ne parle que des contrats chez "les gros éditeurs", le versement de tels à-valoir tendant à être de moins en moins la règle, pour des raisons malheureusement économiquement inévitables.

 

Qu’ils fassent autre chose, si ça ne rapporte plus assez, la grande main invisible d’Adam Smith va se charger de réguler tout ça, arguerez-vous, Malthus se frotte les mains en se foutant de la gueule d’Epicure et une horde d’enseignants tuerait Proust et Flaubert pour avoir leur manuscrit publié par la ‘Blanche’.

Oui mais c’est comme interdire à un enfant, assis au coin du feu, de goûter enfin son marshmallow finement grillé, fondu pile comme il faut, sous prétexte que la vraie vie c’est pas ça, qu’on rêvera plus tard, une fois à la retraite, quand il ne restera plus guère que les étoiles.

 

 

 

 

Et pour en savoir un peu plus…. http://syndicatbd.blogspot.fr/

Partager cet article

Repost 0
Published by Le libraire en question
commenter cet article

commentaires