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  • : Les libraires se cachent pour mourir
  • : Un libraire se livre (oui bon...). Les doutes, les joies, les peines et les découvertes sans cesse renouvelées dans ce milieu merveilleux. Ou alors c'est simplement le quotidien d'un mec qui lit des Bds et qui est payé pour ça
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11 novembre 2014 2 11 /11 /novembre /2014 22:34

Je tiens à rassurer tout le monde : je vais bien.

Enfin je crois.

Mon ordinateur rame à peu près autant que moi, ce qui me rassure un peu, mais il n’empêche que je cours en permanence après le temps. C’est la période qui veut ça, et si je reçois autant de cartons, c’est que j’en vends tout autant (enfin presque hein, j’ai des retours, je rassure les auteurs). Donc évitons de nous plaindre. Sauf que j’aime bien quand tout est bien rangé. C’est pour ça que j’aime autant le 11 Novembre. C’est du 11/11 bien droit, au garde à vous, tout comme l’érection de 11h11 du même jour qui s’ensuit. Mais comme je me noie sous les cartons, je n’ai que peu de temps pour réfléchir à autre chose. Ça me manque un peu, de ne pas réfléchir. Certes, l’abrutissement au travail est un remède parfait contre la déprime, mais je veux pouvoir prendre le temps d’aimer mon prochain (enfin ma prochaine, surtout), d’aller sentir les pissenlits de la vie, de mettre ma main à plat contre mon front et de regarder l’avenir dans les yeux pour lui dire que ha, même pas peur.

Je n’arrive même plus à lire. C’est bien là le plus grave. Je n’ai lu que quatre romans depuis cet été, ce qui est ouvertement du grand n’importe quoi.  Ce doit aussi être le nombre d’articles que j’ai soumis ici même depuis la rentrée. Le pire c’est que je ne peux même pas vérifier, tellement mon ordinateur a décidé de me pourrir la vie. En revanche, je lis toujours autant de bandes dessinées .

 Pas trop le choix, c’est mon boulot, et j’aime bien avoir l’illusion que je maitrise ce pour quoi je suis payé. Grassement, d’ailleurs, si j’en crois un site internet qui explique que les libraires gagnent en moyenne 2 600€ nets par mois. Je glousse tout aussi grassement.

Petit rappel des faits : le secteur de la librairie est une anomalie économique. C’est Xerfi qui l’explique. S’il y a bien une chose que l’on ne fait pas, c’est s’en mettre plein les fouilles à ne plus savoir qu’en faire (j’ai la flemme de changer la répétition du verbe faire, vous m’en voudrez pas). La rentabilité moyenne se situant autour de 1%, une fois que tout a été payé, ça ne laisse pas beaucoup de marge pour se verser des dividendes en parachutes dorés. Si on est investisseur, autant laisser son argent sur un Livret A, ça rapporte tout autant. Si on veut juste un outil de travail qui rapporte un revenu chaque mois, alors pourquoi pas, mais le revenu se situera autour de 1 500€ nets après une quinzaine d’années d’expérience. Un gérant qui mène bien sa petite barque de 500 000 € de chiffre d’affaires pourra bien se verser 2 000€ si tout va bien et que les banques n’ont pas décidé de le couler en plein été et en pleine tempête. Car même si là tout de suite le tiroir-caisse fait ding ding grâce à la foultitude de grosses sorties à gros tirages (ruez-vous sur le Building Stories de Chris Ware, au fait, c’est la Bd de la décennie du siècle de tous mes temps), il ne faut pas oublier que nous exerçons une activité cyclique. Le dernier trimestre sert à rattraper le retard des trois précédents, avant de recommencer à creuser son petit trou (si j’ose dire) dès les échéances de janvier (parce qu’il faut bien les payer à un moment où un autre, les piles). Tout ceci forme un équilibre périlleux.

Et donc je jongle.

En permanence.

Les échéances, les encours, les taux divers et variés, les remises, tout l’envers du décor qui est très très éloigné des marionnettistes que nous sommes quand nous conseillons des livres (il faudrait que j’écrive un article sur pourquoi je déteste les coups de cœur, d’ailleurs. Rien que le mot coup de cœur me donne des hauts le…j’ose à peine l’écrire de nouveau). Et je jongle aussi avec les dizaines de cartons qu’on me met dans les pattes. Il me faudrait Baloo, dans ces cas-là, pour qu’on range tout ça en dansant, façon remuage de popotin et noix de coco.

Je ne me plains pas hein, j’évolue dans un univers fort agréable, avec des clients adorables et je pense que ma voiture passera le contrôle technique sans problème si elle arrête de couiner dès que je freine (il faut dire qu’elle fait un bruit vraiment bizarre, comme si je lui arrachais les entrailles. Ça me brise le cœur. Un peu). Mais c’est bien aussi d’expliquer que parfois, le mascara coule derrière le strass et les paillettes.

 

Je vais me refaire une beauté, tiens, j’ai du monde qui m’attend dans les semaines qui viennent.

 

 

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Published by Le libraire en question
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Mimine 14/11/2014 17:31


Bonjour, Monsieur le libraire,


C'est dommage, dans le temps le blog était plus souvent commenté... on s'est retiré de l'univers jet-settien des blogs...?


Trève de plaisanterie, on sent que vous remettez du coeur à l'ouvrage, et les réalités que vous rappelez dans cet article sont intéressantes : comment se porte l'industrie du livre en ce moment,
quels sont les vrais chiffres quand on choisit de faire ce métier... et plus j'y pense, plus je me dis qu'il y a des chances que ce genre de commerce fonctionne bien, si on s'y implique, malgré
"the crise"... 


Ca fait plaisir de vous lire,


Bonne suite,


Mimine