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  • : Les libraires se cachent pour mourir
  • : Un libraire se livre (oui bon...). Les doutes, les joies, les peines et les découvertes sans cesse renouvelées dans ce milieu merveilleux. Ou alors c'est simplement le quotidien d'un mec qui lit des Bds et qui est payé pour ça
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11 septembre 2014 4 11 /09 /septembre /2014 22:56

Je vais paraitre un peu arrogant (ça changera), mais je me considère comme un libraire, alors même que je suis spécialisé Bd.

Oui je sais, je lance des pavés, parfois, dans la mare de ma suffisance.

Mais c’est au moment de la rentrée que je me rends compte à quel point mon métier et celui d’un libraire généraliste sont fort opposés en cette période. Ma rentrée à moi, c’est business as usual. Un arrivage constant et appuyé de nouveautés, ni plus ni moins que d’habitude (bon ok, un tout petit peu plus, et principalement sur de grosses nouveautés qui prennent de la place), et qui ira crescendo jusque fin Novembre, moment où je m’arrache quelques cheveux (ils sont trop précieux pour que j’y aille franco) pour décider quelles Bds sacrifier pour faire de la place. Mais je n’ai pas, soudain, 607 nouveautés qui m’envahissent. Je n’ai pas non plus reçu une tonne de Sps que je me sens obligé de lire pendant mes vacances plutôt que de faire la bombe dans ma piscine trois boudins. Au contraire, l’été est la période rêvée pour ne surtout pas lire de bandes dessinées, faire un peu le vide dans sa tête et se préparer à lire du Corbeyran (ça doit être lui, en fait, notre équivalent d’une rentrée littéraire). Bon par contre, ça veut dire que je dois écouter les clients qui rentrent de 3 semaines en famille et qui ont désespérément besoin de se retrouver de nouveau seul au lit avec une Bd (la Bd est un plaisir solitaire) me dire que han, y’a vraiment rien de sorti. Alors même que j’ai passé toute la semaine à mettre en place une cinquantaine de titres. Bande d’ingrats égoïstes.

Je n’ai pas non plus à subir les aléas de l’actualité littéraire (sic) et de ces succès poussés violemment par les médias alors qu’ils ont déjà le vent dans le dos avec une pente descendante à 45°. C’était assez rigolo à observer, d’ailleurs. Moi ça va, personne ne me l’a demandé, ce fameux livre (pour l’instant j’ai pas besoin de le nommer. Mais dans 1 mois, magie de l’attention humaine et des faits divers, nous serons passés à autre chose dans nos verres d’eau respectifs). Personne n’est venu me demander s’il existait adapté en Bd par Jungle, histoire d’éviter à se farcir 300 pages même pas écrites en Comic Sans. Une sorte de dialogue de sourds gigantesque avec de l’agacement de partout.

-Vazy il est tout pourri ce livre, y’en a des tout bien trop cools à côté et à cause de l’autre là, on en parle pas (genre), disent les libraires indépendants qui n’en ont pas eu assez et qui en ont marre de le rappeler à leurs clients qui ont eu le malheur de vouloir franchir le pas d’une librairie.

-Vazy arrêtez de vous plaindre, z’êtes rien que des élitistes relous, ça fait des sous et ça permet de vendre d’autres choses (là, je me marre franchement), disent ceux qui ont acheté le livre sur amazon.

-Tiens, t’as vu Les Gardiens de la Galaxie ? C’est rudement chouette, me disent mes clients, qui n’ont pas acheté un livre sans images depuis le collège et qui s’en foutent bien royalement, de cette polémique.

 

Et surtout, surtout, je n’ai pas à subir cette horde de têtes blondes qui n’ont pas toujours lavé leurs mains après être allés aux toilettes et qui viennent chercher leurs Workbooks et leurs Komm mit nach Deutchland ou leurs Précieuses Ridicules (je ne bosse pas en généraliste, en vrai je ne sais pas vraiment ce qu’ils viennent chercher. Si ça se trouve, ils viennent pour du Deleuze ou du Blanchot et s’indignent du fait qu’un poche classique coûte aussi peu cher alors qu’il renferme autant de richesses au centimètre carré. Mais j’ai tout de même ma petite idée sur la question). Ils entrent en bande armés de leur billet de 5€, jouent des coudes du cartable et repartent comme ils sont venus, se disant que c’est bon, y’aura pas besoin de revenir avant l’année prochaine.

 

Moi je les trouve pénibles, ces mêmes têtes blondes, mais au moins elles viennent me demander le dernier Naruto et le dernier Légendaires (non, il n’existe pas encore le tome 17. Non c’est pas possible que tu l’aies vu à Carrefour, je t’assure).

Et je suis sûr qu’elles se lavent les mains.

 

 

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Published by Le libraire en question
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