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  • : Les libraires se cachent pour mourir
  • : Un libraire se livre (oui bon...). Les doutes, les joies, les peines et les découvertes sans cesse renouvelées dans ce milieu merveilleux. Ou alors c'est simplement le quotidien d'un mec qui lit des Bds et qui est payé pour ça
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29 décembre 2014 1 29 /12 /décembre /2014 16:36

J’étais un peu fébrile, assis sur une chaise sur le côté de la piste de danse, seul, sans personne ni pour me tenir compagnie ni même pour faire semblant et sans même un verre pour me donner un peu de contenance et garder mes mains occupées. J’en étais réduit à compter mes lacets, et autant dire que je ne pouvais pas faire illusion bien longtemps.

Et finalement, les premières notes d’une musique bien connue à mes oreilles ont commencé à retentir. L’une après l’autre. Irrésistiblement. Lentement. Ma position assise ne m’empêchait pas pour autant de remuer mon popotin, une fesse après l’autre en mesure et en rythme avec la musique, presque malgré moi, jusqu’à ce que mes pieds, n’en pouvant plus, m’exhortent avec insistance à enfin lever mon cul de cette chaise oppressante.

Alors j’ai brisé les chaines. Oui, ces chaines qui pendent à mon cou, comme disait le poète. Et je suis allé danser seul. J’ai pris les piles de livres qui trônaient à mes pieds  et les ai posées pour qu’elles trônent tout court, majestueuses. J’ai virevolté à droite, à gauche, au milieu, avec grâce (parfois sans, mais au moins, personne ne regardait), j’ai tout réorganisé de fond en comble, trouvé une place pour chaque livre élu et d’autres, plus confidentielles, pour ceux qui seraient ressortis plus tard. Si le temps le permet. Quant à ceux qui ne verraient pas l’hiver, je préfère ne pas en parler et respecter leur mémoire. Ils ont fait de leur mieux. Mais ça ne suffit pas toujours.

Epuisé, j’ai admiré mon travail. « S’padégueu » me suis-je entendu dire à voix haute et haletante alors même que, encore une fois, j’étais seul, avec personne pour m’aider à haleter. Au 7ème jour, je ne me suis pas reposé pour autant, il fallait que j’améliore mon entrechat, que je perfectionne ma coupole que je maitrise le tango, surtout. La valse, ce sera pour plus tard, attendons de vraiment nous connaitre.

Et les vagues ont afflué. Successivement, inlassablement, de vrais murs d’eau, mais des murs d’eau polis qui laissent le temps de prendre l’air et sa respiration. J’ai guidé d’un pas alerte et gracieux mes partenaires de danse, le nez en l’air humant le vent de la passion pour une cause commune, les abandonnant au pied du comptoir, tout tourneboulés et chamboulés d’étoiles dans les yeux et de paquets sous les bras après avoir vécu une expérience unique et légère.

A moins qu’ils aient levé les yeux au ciel en se demandant ce que je foutais, là, au juste, alors qu’ils voulaient simplement  le dernier Blake & Mortimer, et qu’au moins, à la Fnac ils en font pas tout un foin à la con.

 

Possible. Il n’empêche que la saison de danse s’est terminée, que la piste (et la corne de mes pieds) est usée à la corde, que les piles ont fondu comme neige au soleil du printemps lointain et que celles mises en quarantaine au début du mois trépignent d’impatience et d’espoir de repêchage. Oubliant la relève, qui arrive dès la semaine prochaine.

 

Il va falloir songer à changer de chaussures et commencer les répétitions.

 

C’est parti, le compte à rebours est rebourré.

La fatigue est défatiguée.

La motivation est au taquet.

Mais là tout de suite, je vais dormir. Je laisserai la musique me réveiller. 

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Published by Le libraire en question
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commentaires

Tinah 19/01/2016 13:53

Merci d'avoir partagé cet article. très intéressante comme lecture!

Mimine 02/01/2015 01:18


Lire ou danser, telle est la question. Si je pouvais danser chaque fois que je vais chez mon libraire, ce serait souvent la fête. Dommage, j'aimerais bien qu'il ressemble à Zorro ou à Superman et
qu'il me joue le coup du tango caliente... elle est où déjà, cette librairie ? 

Cuné 31/12/2014 06:27


Meilleurs voeux pour 2015 ! Que la danse continue :)