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  • : Un libraire se livre (oui bon...). Les doutes, les joies, les peines et les découvertes sans cesse renouvelées dans ce milieu merveilleux. Ou alors c'est simplement le quotidien d'un mec qui lit des Bds et qui est payé pour ça
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11 novembre 2012 7 11 /11 /novembre /2012 16:20

J’ai la chance d’avoir, près de chez moi, une librairie généraliste qui fait un boulot normal de librairie généraliste, à savoir ne pas me concurrencer moi, libraire spécialisé, mais en plus tout faire pour que les gens (vous) choisissent de se déplacer physiquement plutôt que de clicker d’une main tout en sirotant une bière de l’autre (qui est tout à fait valable pour jouer au Spider solitaire ou au démineur, activités recommandées sur l’ordinateur, mais pas pour acheter des livres. Bon sang). Et en ces temps où, enfin, le livre revient en pôle position des intentions d’achats en cette période de Noël après une trop longue absence (woohoo, on est sauvés !), c’est l’occasion de se pencher sur une pratique trop souvent boudée par l’ensemble des lecteurs de ce pays (c'est-à-dire pas grand monde, mais vivement la fin de l’année que tout cela change) : les rencontres littéraires.

 

Alors oui, ok, c’est sûr, c’est a priori pas le truc le plus cool de la planète, ça vaut pas un poster Che Guevara dans sa chambre, mais franchement, tentez le coup, vous seriez surpris. Déjà, y’a un paquet de gonzesses, dans ces rencontres, vu que y’a que les femmes qui ont bien compris que la lecture c’était la nourriture de l’âme et autres fadaises typiquement féminines (quoique Paolo Coehlo est bien un mâle, et je le soupçonne d’avoir écrit une connerie dans le genre). Mais au moins elles lisent, elles. Et se déplacent. En troupeau. Et avec le sourire. Moi, ça me permet de faire le beau, de faire le coq, et surtout de faire baisser l’âge moyen. Parce que bon…hein. Bon. En gros, ce n’est pas tant un endroit parfait pour draguer qu’un lieu de détente et de bonne humeur, loin du cliché habituel prout prout parisien d’un parterre de chrysanthèmes face à un arrosoir bouché  qui se contente de l’eau qu’il a en lui plutôt que de la partager.

 

J’en ai fait, des rencontres, et pas des moindres. Ces quinze derniers jours, j’ai rencontré deux de mes auteurs fétiches, dans des genres très différents, et à chaque fois je fus émerveillé d’émerveillement, en mode groupie absolue, à lever la main pour poser des questions et parfois rougir (imperceptiblement, je sais me tenir) mais surtout rester scotché à ma chaise non par ennui, mais par hypnose devant des réponses vivantes, passionnantes, non egocentrées et qui nous permettent de comprendre un peu plus l’envers d’un décor qui nous submerge. Car il est plus souvent question de décortiquer le processus d’écriture que d’analyser les moindres détails du pourquoi que le protagoniste, page 4, il mange du boudin antillais et non du boudin aux pommes. Ça on s’en fout un peu (même si le boudin aux pommes, c’est meilleur). Une rencontre, par définition, c’est un échange. Pas un monologue. Moi les monologues, ça m’endort, même quand c’est moi qui les dit, alors c’est pas ça qui va me motiver à rentrer plus tard chez moi. La motivation vient du fait que l’on a la chance extrême de picker le brain d’auteurs que l’on aime, ou d’en découvrir de nouveaux. C’est niais, mais c’est pas rien. Certains sont même bien plus intéressants en vrai que par écrit, et d’autres sont à la hauteur du haut de la pyramide sur laquelle je les place (Jaenada, Claro, Kris, Blas de Roblès, Craig Johnson pour ne citer qu’eux). C’est très vivant, tout ça, pour peu que ce soit bien animé (oui parce que bon, sinon on a vite fait de se faire chier, ne nous leurrons pas, c’est un peu comme la différence entre un vrai concert et la fête de la musique), et peu scolaire, peu guindé, et peu de porteurs de lunettes carrées. Preuve qu’on est bien (Tintin), c’est que la plupart du temps, les auteurs restent un peu. Pas par obligation, mais parce qu’ils se sentent bien (notamment grâce à l’alcool qui coule à flots), et que rien ne vaut l’accueil chaleureux d’un libraire indépendant aux mains libres, avec tout plein de livres du fonds qui se donnent la page pour faire la ronde.

 

J’espère que je vends bien le truc. C’est important. C’est ce qui différencie le libraire de la bête, ce qui fait qu’un lecteur peut changer d’avis sur la librairie, justement. Là, moi, j’ai encore des papillons dans les yeux et dans le ventre après les rencontres de ces dix derniers jours. Des souvenirs qui vont bien au-delà d’une simple signature dans un livre. Des souvenirs qui sont à la hauteur du cliché que je viens d’énoncer. Et que j’assume.

 

Allez venez, on va compléter la ronde.

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Published by Le libraire en question
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commentaires

K. 12/11/2012 20:04


C'était aussi mon premier réflexe de taper le nom de la librairie + rencontres mais je ne trouve que des sites qui recensent une rencontre à la fois, donc certains articles qui datent de 2010...
J'ai cru comprendre qu'en effet ils proposaient de chouettes animations et du coup je trouve ça dommage de ne pas aller jusqu'au bout de la démarche en le rendant plus visible... Et d'ailleurs,
comment s'abonne-t-on à cette newsletter ? J'aimerais bien moi.

PhA 11/11/2012 17:39


En général je le signale sur mon blog quand ce sont des rencontres auxquelles je peux venir.

K 11/11/2012 16:48


Hmm, tou à fait d'accord... en attendant, impossible de mettre la main sur le programme de rencontres de ladite librairie que tu évoques. Et ça c'est un peu dommage.

Le libraire en question 11/11/2012 16:51



j'ai fait une simple recherche google en associant son nom + rencontre et j'ai trouvé. bon apres, ils sont pas super présents, ni sur les reseaux sociaux, ni sur internet, c'est vrai...les
rencontres sont annoncées sur les sites des editeurs et via leur newsletter principalement



PhA 11/11/2012 16:34


Je ne suis pas d'accord. Mais alors pas du tout : le boudin antillais (que je préfère appeler boudin créole) est bien meilleur que le boudin aux pommes - à la condition toutefois d'avoir été
préparé dans les règles de l'art et de l'artisanat.

Le libraire en question 11/11/2012 16:45



oui, je me doutais bien que le débat viendrait de là. C'est surtout que tu ne sais pas encore à quel point je suis une chèvre culinaire.


Je saurais à peine reconnaitre un cèpe d'une truffe