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  • : Les libraires se cachent pour mourir
  • : Un libraire se livre (oui bon...). Les doutes, les joies, les peines et les découvertes sans cesse renouvelées dans ce milieu merveilleux. Ou alors c'est simplement le quotidien d'un mec qui lit des Bds et qui est payé pour ça
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1 septembre 2010 3 01 /09 /septembre /2010 23:17

Aujourd’hui c’était la journée mondiale du décolleté en librairie spécialisée Bd. Je ne vais pas développer sur le sujet parce que j’ai un lectorat principalement féminin et qu’il y a un moment où il faut s’avoir arrêter de passer pour un pervers lubrique. Et puis ça va, c’est pas le printemps, j’ai aucune raison de m’accoupler là tout de suite (a priori). Ceci étant, c’était assez impressionnant, une sorte de conspiration locale (mais j’ai pas regardé, promis, suis un gentleman libraire).

 

C’était aussi la journée mondiale des petits cons qui profitent de leur dernier jour de liberté conditionnelle pour galoper partout en ville tout en écoutant de la musique de qualité douteuse sur leur téléphone au son douteux, m’en faisant profiter au passage, et traînant derrière eux des mères de famille exténuées qui ne comprennent pas trop pourquoi c’est dans ma boutique qu’il faut acheter l’agenda scolaire (parce que j’ai des agendas One Piece, moi, madame), et qui ne comprennent pas non plus pourquoi on n’est pas encore demain (ça par contre, j’ai pas la réponse).

 

D’ailleurs vous noterez que je n’appelle plus mes jeunes clients des ‘boulets’. C’est tout simplement parce que je les ai bien dressés, qu’ils marchent au son de ma musique de qualité au son cristallin, et qu’ils se sont transformés en simples petits cons, mais pas des petits cons désagréables qui prennent de la place et se contentent d’être affalés tout en ricanant en permanence en disant ‘j’avoue’ entre deux ‘lol’ incompréhensibles pour le vieux con que je suis. Il faut juste que je fasse attention de ne pas faire comme tout à l’heure et demander à l’un d’entre eux dans quelle classe il passe et si la terminale c’est pour cette année, surtout si c’est pour qu’il me réponde qu’il est à la fac depuis deux ans. De mon temps à moi, nous étions une génération de gens matures, sûrs d’eux, prêts à conquérir le monde. On n’achetait pas d’agenda One Piece en chemin vers la Sorbonne. Non.Il fallait un organizer, un truc trop compliqué qui servait à rien, et on laissait son Tam Tam dans le cartable pour se payer un bon gros Nokia tout neuf tout lourd trop compliqué qui servait à rien (sinon à m’irriter, j’étais moi-même déjà un vieux con avant même mon âge avancé de là tout de suite). D’ailleurs la conquête du monde c’est pour bientôt, mais j’ai d’abord des Bds à finir (c’est assez rigolo d’ailleurs car un de mes camarades de classe de fac de gens cools est un scénariste assez en vue, comme quoi nous étions particulièrement une promo de glandeurs).

 

Et sinon, super rien à voir, mais j’ai une anecdote.

 

Enfin je vais tout de même commencer par conseiller aux jeunes lycéens qui me lisent par milliers entre deux notes de Laurel qu’il ne faut surtout pas tenter d’écrire comme moi. On commence pas un paragraphe ou une phrase par ‘et’. Et on oublie pas la négation. Et on dit pas ‘super rien’, ça n’a pas de sens, c’est comme dire ‘voire même’ ou princesse Sarah.

 

Brefum.

 

Donc mon anecdote : un client que je vois à peu près tous les six mois, 25 ans environ, pas plus bête qu’un autre se pointe droit devant moi et me demande tout de go ce qu’il y a de bien chez Dargaud, au fait, mine de rien, hein, dis, j’ai repéré quelques séries et je voulais ton avis ?

Je fais donc mon travail consciencieusement, il prend des notes émet des doutes quant à Aldébaran tout en trouvant que Blacksad ça a l’air génial (typique), replie son petit papier, le met dans sa poche et me dit :

- Bon super (notez que lui à le droit de dire super, c’est du langage parlé), en fait j’ai la possibilité d’avoir 40% de remise via une amie du coup je vais commander directement chez eux

- Donc en gros j’ai fait le boulot pour quelqu’un d’autre ?

- Oh t’es pas sympa

(je peux être un peu con parfois, mais c’est uniquement quand on me cherche)

- Bah non. Enfin si. Mais t’aurais juste pu me prévenir au début (une journée de décolletés et d’agendas, ça met sur les nerfs)

- Et puis c’est pas comme si c’était pour aller à la concurrence, Dargaud ils bossent pour toi, je ne fais que sauter une étape.

 

Dernière nouvelle, tiens. Et j’aime pas trop quand on me saute alors que j’ai bien fait mon travail.

 

 

 

Il faut lire Cosmoz (Claro). C’est un roman époustouflant pour de vrai, avec dix idées par page, une narration à tomber et un fond assez impressionnant. Difficile d’avoir envie d’écrire après l’avoir lu, d’ailleurs, tellement on (enfin je) se sent rikikikounet.

 

The curious incident of the dog in the night time (Haddon): clairement dans l’esprit du T s Spivet, avec un côté plus sombre. Beaucoup aimé en tout cas, je ne m’attendais pas du tout à la seconde partie du roman.

 

Le cher disparu (Waugh), Le facteur sonne toujours deux fois (Cain), le cinéphile (Percy), La prisonnière des Sargasses (Rhys) les belles années de mademoiselle Brody (Spark) : j’ai pas grand-chose à dire sur ces romans. J’ai fait toute une pile d’indispensables anglo-saxons que je vais donc lire petit à petit. Tout ça est très chouette pour l’instant, mais ce ne sont pas forcément mes lectures préférées

 

ps: ne cherchez pas un quelconque rapport entre le titre et l'article, il n'existe pas, c'est tout simplement que j'aime beaucoup cette phrase.

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Published by Le libraire en question
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commentaires

Nesca 06/09/2010 00:00



Comment ça "Dargaud bosse pour toi" ??? J'ai du mal apprendre mes cours sur la chaîne du livre car je ne vois pas en quoi un éditeur peut travailler pour un libraire, ou bien j'ai mal compris la
phrase (c'est ce que j'espère). Arf ! Tout ces gens qui recherchent toujours des remises, c'est à dégouter du métier ! Je vais changer de filière tiens !


(une ptite note à part : ça fait deux ans que je lis vos articles et je ne comprends toujours pas pourquoi des clients que vous ne voyez que tous les 6 mois, par exemple, en arrive à vous
tutoyer, c'est un truc qui me dépasse ^^').



Le libraire en question 06/09/2010 00:37



je sais pas, il doit se dire que si l'argent va directement dans les poches de Dargaud, c'est pareil que si moi je vends du Dargaud et que je leur reverse leur part...et tout le monde veut des
remises, le libraire en premier, donc ca me choque pas


 


pour le tutoiement, c'est surement une histoire de génération, j'aime pas trop qu'une personne de 20 a 35 ans me vouvoie alors qu'on a un peu sympathisé et discuté ensemble, parce que sinon je me
sens vieux. Donc une fois qu'il a été établi qu'on se respectait mutuellement, paf, on passe au tutoiement, c'est plus mieux



Antoine 05/09/2010 18:46



Comment peut-on émettre des doutes quant à Aldébaran ??



Le libraire en question 06/09/2010 00:33



au premier abord faut reconnaitre que le dessin est un peu particulier, avec ces visages figés bizarres. ca m'arrive constamment des clients qui sont circonspects



Zaza 03/09/2010 21:27



J'apprécie quand des gens se souviennent du tam-tam et des vieux Nokia trop lourds, même que le mien était super branchouille puisqu'il était bordeau. Je me sens moins vieille, et j'apprécie de
ne pas être à la seule à parler de "petits cons" de 22 ans, merci cher libraire.


Bon, je note quand même que cette histoire commence par des décoltés et finit par un "on me saute", c'est pas le printemps mais y'a un truc louche.



Le libraire en question 04/09/2010 09:21



oui, faut que je songe a me faire soigner



UnNom 03/09/2010 21:19



C'est cool d'apprendre que Dargaud bosse pour toi et pas l'inverse...



Stella J. 02/09/2010 22:35



il s est pas fait chier ton client de 25 ans pas-plus-bete-qu-un-autre. T aurais du lui inventer des titres.