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  • : Les libraires se cachent pour mourir
  • : Un libraire se livre (oui bon...). Les doutes, les joies, les peines et les découvertes sans cesse renouvelées dans ce milieu merveilleux. Ou alors c'est simplement le quotidien d'un mec qui lit des Bds et qui est payé pour ça
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14 janvier 2013 1 14 /01 /janvier /2013 17:32

Magie de l’internet j’ai, depuis quelques mois, des conversations pas loin d’être passionnantes avec des amis libraires (que vous retrouverez dans le prochain numéro de Jade, mais je vous en dirai plus à ce moment là) ainsi que des scénaristes dont j’apprécie particulièrement le travail (je sais être une vraie groupie quand il le faut, ça me permet de garder le teint frais et l’œil pétillant malgré le poids des années et la dure réalité qui pèse sur mes frêles épaules).

Pour résumer : on dirait pas comme ça, mais parfois, dans ce métier, faut pas juste se contenter de faire des piles (nous y reviendrons) tout en priant très fort pour que les clients franchissent la porte et tout en se trouvant des excuses (elles existent, la crise n’est pas une vue de l’esprit, mais il faut faire avec). Il faut aussi réfléchir un peu.

 

Ce que je me propose de faire régulièrement quand je fais la vaisselle ou que je prends un bain ou que le silence dans ma voiture est plus intéressant que l’invité de Pascale Clark. Pour faire suite donc à ces discussions diverses et variées et à ces moments intenses de réflexion avec moi-même, je me propose de vous livrer quelques unes des conclusions auxquelles je suis arrivé et qui concernent mon métier en général et ce que j’en pense moi en particulier. Autrement dit, je ne me pose pas en donneur de leçons, j’explique juste ma façon de voir les choses (on est là pour ça) et comment faire pour avancer le mieux possible tous ensemble dans des chaussons Marsupilami.

 

1-     La différenciation. Voilà la clef. Alors oui ça paraît évident, et ça l’est, mais encore faut il l’adopter pour de vrai. Une politique de l’offre plutôt que de la demande. Ne pas avoir peur de ‘passer à côté d’une vente’, d’autant plus que ça n’a pas de sens. Les Blagues de Toto vendent plus de 100 000 exemplaires. Ça veut dire qu’on va me le demander et qu’il vaut mieux que j’en aie une pile ? Que je mettrais à côté des Simpsons et du dernier Lucky Luke (ah non pardon, celui là ils l’ont pas vendu) pour former un joli labyrinthe qui mènera droit sur le dernier Geluck ? Je caricature, mais c’est un peu l’idée. Ce n’est pas juste une question d’ego et de vendre ce qu’on aime, c’est surtout une question de développer une clientèle de lecteurs, de lecteurs fidèles et non volatiles et donc de trouver une offre qui leur correspondra à eux. Après, si ça colle aussi à ce que j’aime moi, tant mieux (je défends mieux les livres en lesquels je crois en vrai, ça tombe bien), ça rend les journées moins chiantes.

 

2-     Mieux acheter. C’est dingue le fric qu’on dépense en offices (les nouveautés, pour ceux qui ne sont pas du métier et qui auront le courage de lire ce billet), donnant cette fausse impression qu’il n’y a plus que ça qui compte. Les romans sortent bien trop tôt en version poche, les bandes dessinées se retrouvent bien trop vite sous forme d’intégrales, le cycle du livre est désormais ainsi fait : trois semaines d’exposition max, après on passe à autre chose et le fonds ne tourne plus. Une série n’a absolument aucune chance d’exister si le premier tome ne s’est pas vendu un minimum (peu importe son potentiel) et mieux vaut en faire une intégrale pour réduire les frais et sauver ce qui peut l’être. Une nouveauté chasse l’autre, une pile en remplace une autre, de toute façon on continue d’en vendre, des livres, alors finalement, peu importe quoi. S’engager sur cette voie, c’est sous estimer certains facteurs financiers d’importance majeure. Facteurs sous-estimés car finalement on s’en fout, on est crédités à 60 jours, qu’est ce que ça change ? Ca change que le taux de retours est tout pourri, que le taux de rotation est médiocre et que ce sont les libraires qui supportent le poids des achats alors que ça devrait être les diffuseurs si tout était géré correctement. On a la chance de faire partie des exceptions à la LME, profitons-en.

 

3-     Pour poursuivre sur la voie des achats, et sans dévoiler ma propre stratégie à moi qui ne regarde personne, et puis vous allez voir que tout se recoupe : privilégier le fonds. Faire des mises en avant. Et donc passer par des achats groupés. Ça permet de gagner en échéances si votre trésorerie est un peu à la rue (toutes les tréso de tous les libraires quasiment sont dans le rouge, c’est notre activité saisonnière qui veut ça), voire de grappiller quelques points de remise supplémentaires.

 

4-     Savoir déterminer le potentiel d’un titre. Pourquoi retourner un ouvrage sous prétexte qu’il est là depuis un mois ? Si vous êtes une grande surface ou une grande surface spécialisée, je veux bien, c’est mécanique et non affiné, mais le rôle d’une librairie indépendante c’est justement de les pousser, les ouvrages qui ont du potentiel. Après ça ils seront récupérés par les grandes enseignes, et tant mieux pour tout le monde. Et puis là aussi ça permet de gagner en échéances et de techniquement si tout se passe bien vendre suffisamment pour couvrir la facture à venir.

 

5-     Savoir à qui on achète. C’est bien de vendre des livres, c’est encore mieux de privilégier ceux qui nous soutiennent le plus. Alors notre rôle c’est aussi de défendre les plus petits éditeurs, certes, qui participent à notre image de spécialistes et qui font un vrai boulot éditorial pour de vrai. Mais je ne vais pas faire d’effort pour vendre le catalogue d’un « gros » si lui-même ne fait pas d’efforts pour m’accompagner. Il en va de mon intérêt financier et de ma survie. Et je dramatise pas hein. Quelques dixièmes de points de pourcentage suffisent à aider grandement le rendement. De chaque côté d’ailleurs. C’est pas pour rien qu’ils ne lâchent pas de la remise de base aussi facilement.

 

6-     Bien connaitre son stock. Mais genre le connaitre par cœur de chez par cœur. Et le catalogue des éditeurs aussi, tant qu’à faire. Ça aide pour le fonds et les mises en avant. Pour ça, il faut le suivre, son stock, et le pointer régulièrement plutôt que d’attendre l’inventaire tels des pissenlits prêts à éclore. Amis libraires qui me lisez, à combien s’élève votre stock, là maintenant tout de suite, et quel est votre taux de rotation global et votre encours fournisseurs ? Si vous n’avez pas su répondre du tac au tac (zou), alors c’est pas suivi d’assez près.

 

7-     Bien comprendre qu’on est tous dans le même bateau. On veut vendre des livres, plein de livres, que les clients soient heureux et souriants et reviennent le plus possible. On veut que les représentants soient satisfaits de leurs objectifs remplis (enfin ceux qui sont réalisables, faut pas déconner non plus) et qu’ils comprennent bien qu’on est de leur côté. Arrêter un peu de faire perdre du temps à tout le monde en négociant un +2% sur une opé à 150€ en PVP. C’est pas ça, négocier. On veut que les éditeurs rentrent dans leurs frais et se mettent pour de bon à développer leur catalogue (bon, pour ça faudrait remonter 15 ans en arrière, ça me parait un peu trop tard, mais on peut rêver) plutôt que de continuer de jeter des hameçons en espérant qu’il y en ait un qui ne reste pas à la surface comme un gland. Et on veut que les auteurs puissent vivre de nouveau de ce qu’ils produisent, sans cynisme de la part de leurs employeurs qui cherchent à trouver les 10% de rendement pour leurs actionnaires.

 

Voilà pour mon discours un poil démago mais sincère, qui sert d’une part à apporter quelques pistes de réflexion, et d’autre part à faire comprendre ce qu’est, au juste, ce métier. Et qui différenciera justement les futurs vendeurs de livres des futurs libraires.

Le côté un peu glamour de conseils toute la journée et discussions enflammées pour savoir si le dessin de Blacksad est objectivement beau (non mais jvous jure…) découle de tout ça. Il est bien présent hein, et ça rend ce boulot chouette comme tout. Heureusement.

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Published by Le libraire en question
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commentaires

Béné 14/01/2013 21:52


Ah, d'accord. Pour être honnête,  je savais pas que ça s' appelait comme ça.  Et à mon avis, je suis pas la seule. En tout cas, post très intéressant

Béné 14/01/2013 21:39


Booonnnsssooiirrr,


C'est quoi la LME?


 

Le libraire en question 14/01/2013 21:43



'soiiiiiiir,


 


ah oui. Loi de Modernisation Economique, qui date de y'a genre 4 ans, et qui impose aux clients de payer leurs factures à 30 jours fin de mois.


En librairie, c'est 60 jours