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  • : Les libraires se cachent pour mourir
  • : Un libraire se livre (oui bon...). Les doutes, les joies, les peines et les découvertes sans cesse renouvelées dans ce milieu merveilleux. Ou alors c'est simplement le quotidien d'un mec qui lit des Bds et qui est payé pour ça
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9 juin 2010 3 09 /06 /juin /2010 23:51

Avec le temps va, tout s’en va, qu’il dit le poète, sauf que parfois le temps il passe, mais les clients ils restent. Alors oui ok il nous dit aussi qu’il faut laisser faire et que c’est très bien, mais ça n’aide pas à l’organisation de ma journée.

 

Ma journée est placée sous le signe du temps et de la gestion de ce dernier. J’ai des horaires d’ouverture à respecter, et je ne supporte pas d’être en retard. Enfin si ça ne tenait qu’à moi, je le vivrais très bien, mais je n’aime pas faire attendre. C’est peut-être parce que j’ai besoin qu’on m’aime (aimez-moi s’il vous plait, c’est un cri du cœur) et que du coup il faut que tout le monde me trouve parfait et à l’heure et n’ait rien à me reprocher. C’est peut-être aussi parce que les gens aiment râler et être pénibles et que j’apprécie pas des masses qu’on me lance des poignards d’yeux furibonds de si bon matin sous prétexte que j’ai deux minutes de retard (mais c’est pas ma faute, un lapin traversait devant ma voiture, j’ai du m’arrêter pour le laisser passer, et j’en ai profité pour observer deux papillons. Enfin pas avec le lapin hein. C’est pas trop mon truc. Mais j’aime bien les papillons. Ça vogue vaguement au gré du vent sans jamais se demander s’ils vont être en retard pour Koh-lanta, c’est une forme de liberté que j’admire).

 

Et donc aujourd’hui je me suis rendu compte à quel point, et attention ce que je vais écrire aura probablement des répercussions philosophiques sans précédent, la notion de conscience de soi en milieu subaquatique à côté c’est de la rigolade, ce texte sera étudié et traduit de partout (oui, parfaitement, de partout), bref je me suis rendu compte à quel point le temps était une notion relative.

 

Renversant non ?

 

Enfin ma version à moi est un poil plus égoïste que celle d’Albert : certains clients n’en n’ont rien à carrer de mon temps à moi, ce qui compte c’est le leur, peu importent les horaires d’ouverture, peu importe que je me retrouve avec dix minutes pour manger. Ca c’est de ma faute, généralement je les mets dehors, mais elle m’a expliqué qu’elle s’était dépêchée de partir déjeuner pour venir me voir et qu’elle a besoin de temps pour flâner au milieu des livres, vous comprenez, les livres ont besoin de temps, mais si vous voulez je m’en vais vous savez, je veux pas vous retenir, j’ai jamais le temps de passer et j’ai tellement besoin d’en adopter et d’en cajoler. La garce. Me prendre par les sentiments comme ça et prendre les livres en otage. C’est dégueulasse. Mais ça marche. La preuve. Plus que dix minutes. C’est un coup à ouvrir en retard.

 

Et ce soir paf, rebelote, je m’apprête à fermer quand un client se pointe, le nez en l’air n’apercevant même pas les papillons qui papillonnent, focalisé sur une seule et unique chose : sa liste.

‘-Bon par contre désolé, mais faut faire vite, suis fermé depuis cinq minutes et ce soir je peux pas rester

- Oui oui pas de problème

 

Tu parles.

Du tenage de jambe de compétition, du ‘tu crois que Les feux d’Askell ça sortira un jour ?’, du ‘ça vaut quoi ça, moi je sais pas, j’achète plus de tomes un, de toute façon y’a jamais de suites, tiens t’as la Fabrique Delcourt ?, je prends plus trop du Delcourt, j’aimais bien avant mais je trouve que ça se dégrade mais par contre j’aime bien La Fabrique, même si c’est moins bien que les Filles de Soleil sauf que Soleil c’est pareil, c’est moins bien qu’avant, d’ailleurs ça sort quand ce tome des Feux d’Askell, car ça c’était de la bonne Bd etc etc’. J’aurais dû éteindre les lumières et le laisser parler dans le noir, mais bon, je peux bien prendre un peu de mon temps à moi pour accompagner celui des clients égoïstes ou égarés ou qui s’imaginent que comme je suis commerçant, horaires ou pas horaires, je dois être bien content d’avoir du monde, que ça fait marcher le tiroir-caisse, qu’en ces temps de crise tout client est bon à prendre et que l’avenir appartient aux libraires qui ne ferment plus.

 

Tout ça pour dire que tout comme le temps, ma patience est de temps à autre relative. 99% du temps (encore lui) ça ne me dérange pas, mais ce soir j’avais tellement l’impression que les gens s’en foutaient, qu’ils ne se posaient pas une seule seconde (encore elle) la question de savoir si peut-être j’avais une quiche sur le feu qui m’attendait amoureusement et qui souhaiterait partager mon temps elle aussi. Il est précieux mon temps. En plus, il a tendance à passer sans rien dire. Mais je vous aime hein, vous mes clients qui préférez venir me voir plutôt que d’aller acheter du pain (la boulangerie ferme plus tard que moi, faut dire), qui à tous les coups me préférez aux remontrances de votre femme (‘t’es encore allé trainer avec l’autre trainée de libraire Bd’). Mais ce serait pas mal de temps à autre que chacun se mette à la place de son voisin. Car comme l’a dit l’autre poète : il faut laisser le temps au temps, et elle m’aurait aimé sûrement.

 

Pour ce qui est de mon temps libre, c’est autre chose, j’ai des Bds à lire. Des Bds avec des princesses, des dragons et des mangeurs de quiches.

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Published by Le libraire en question
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commentaires

Oli 14/06/2010 19:06



Il m'est impossible de réprimer au minimum un fou rire à la lecture de vos articles.


Je peux faire de vous mon guide spirituel ?



Le libraire en question 14/06/2010 19:39



c'est à vos risques et perils



Bérénice 14/06/2010 00:09



Pour le libraire qui aimait les loutres...


http://www.ecrans.fr/Loutre-Monde,10131.html


Je lisais Libé et ça m'a fait penser à votre blog!



Le libraire en question 14/06/2010 10:35



si c'est pas choupinou...et c'est quand meme mieux qu'un chat, moi j'dis



Zaza 10/06/2010 20:42



Alors, le fait d'éteindre la lumière ne marche généralement pas avec les clients à qui tu as déjà annoncé que tu étais fermé depuis 5 min/10 min/30 min, barrez la mention inutile, devant qui tu
appelles ta mère/ta nounou/ton conjoint,voir ci dessus, pour dire "Couche le bébé, je ne vais pas rentrer à l'heure j'ai un client qui n'arrive pas à se décider".Du coup, j'ai éteint en désespoir
de cause, et il est encore resté 20 min. Oui Oui, dans le noir!


Faut croire que j'étais une libraire formidable!



Le libraire en question 10/06/2010 21:35



ah oui c'est pas mal ça



Isabelle Bauthian 10/06/2010 18:47


"un peu plus de gens qui pensent moins a leur gueule et plus a la mienne, c'est ma forme d'egoisme a moi". --> C'est beau, ça, je la ressortirai :)


Le libraire en question 10/06/2010 20:07



ah! j'aime inspirer les gens toujours inspirés. ça me flatte


 


je suis flattouillé



La souris blonde 10/06/2010 15:53



Conscience de soi en milieu subaquatique... Brain in a vat ?



Le libraire en question 10/06/2010 20:08



je sais meme pas où t'es allée pêcher ça


enfin si


en tout cas c'est fascinant