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Présentation

  • : Un libraire se livre (oui bon...). Les doutes, les joies, les peines et les découvertes sans cesse renouvelées dans ce milieu merveilleux. Ou alors c'est simplement le quotidien d'un mec qui lit des Bds et qui est payé pour ça
Mercredi 4 janvier 2012 3 04 /01 /Jan /2012 21:24

Typiquement, pour nous autres libraires professionnels de profession de la vie du sacerdoce, le mois de Janvier est synonyme de retours. En début de mois et d’année, on s’affole dans tous les sens en se disant que ouhla, c’est quoi tout ce stock, comment ça les clients de passage m’ont pas tout acheté mon surplus à Noël, c’était bien la peine que je passe une commande spéciale dès le mois d’Octobre (le libraire n’est pas toujours très malin, surtout s’il se retrouve à les payer de toute façon fin Février), vite vite vite, virons toutes ces piles, ça urge, il nous faut du fric. Bon, sauf que techniquement, qu’on fasse les retours en début ou en milieu de mois, ça revient au même, les livres seront crédités sur la même période (fin Mars, donc. Un libraire fait ce qu’il peut), ne nous affolons pas, y’a pas le feu au lac. Si ce n’est, en même temps, qu’on a globalement que ça à faire de nos journées.

 

Donc autant faire des cartons.

Ou plutôt, autant demander à ses apprentis de le faire, c’est beaucoup moins lourd de soulever un doigt pour montrer les cartons vides et les piles de livres que de les faire soi même, ces cartons (j’ai un doigt très souple, depuis le temps. J’ai décidé que 2012 serait une année de fantasmes pour vous. De rien).

Le seul truc un peu con, c’est que c’est pile le moment où on n’en a pas en rabe, des cartons vides. C’est pas facile tous les jours la vie de libraire, vous vous rendez pas compte, rien que des bâtons dans nos roues que l’on doit huiler nous-mêmes (du fantasme à gogo, vous dis-je). Pas de cartons, la tva qui augmente, des prix psychologiques à  .99cts, encore une Bd sur La guerre des boutons, Clair de Lune qui se permet de changer de diffusion (entre autres. Ça valse de partout en ce moment)…pas simple du tout, tout ça.

 

Ce sont aussi les retours non pas des clients (les deux premiers mois de l’année sont typiquement morts, il faut le temps de se remettre de la dinde et de la belle-mère), mais des livres achetés en double. C’est déjà pas très amusant de quitter la frénésie de Décembre pour la morosité de Janvier, mais alors si en plus mes seules ventes sont techniquement des échanges, ça n’arrange pas les choses. Mais ça fait partie du service. Et mon sourire aussi (enfin mon sourire fait partie de la vie avec moi. Je vous la conseille). Sincère presque toujours. Enfin sauf pour ceux qui disent et écrivent Noyeux Joël et Beaux nénés tout en glissant un ‘et….à l’année prochaine hein !’ en cette fin décembre, se croyant spirituels. Ceux là méritent de crouler sous un torrent de bouses d’ânes sortis de la crèche. ‘Fin bon, tout ça j’en ai parlé la dernière fois. 2012 sera l’année du renouveau, histoire que j’arrête un peu de radoter dans ma barbe de trois jours.

 

Ouais ouais, c’est ça, bonne année oui, merci, vous aussi, répété-je sans fin depuis 2 jours. Je n’initie jamais un ‘bonne année’, j’attends qu’il vienne à moi si vraiment il le faut. Un bonne année peut être fourbe, d’ailleurs. Vous pensez avoir échappé à la convention, le client à un pied dehors, et PAN !, c’est demi tour, il a oublié quelque chose d’important (ses clefs, un parchemin, son sac avec ses poireaux ?) : au fait, bonne année, et la santé hein ! Oui oui, c’est ça, merci, vous aussi (notez que je préfère qu’on me souhaite tout plein de vœux de réussite (d’autant plus que ça dépend d’eux, donc en gros ils se souhaitent à eux-mêmes de dépenser plein d’argent chez moi) plutôt que de crouler sous de la bouse, aussi ânesque fut-elle, dans une indifférence à peine feinte, sans contact visuel. Allez fêtez la bonne année à Amazon, tiens, bonne chance).

 

Et c’est, enfin le retour non pas du boom bap, mais de moi-même, fringant et pétillant comme au premier jour (mais moins gluant), prêt à prendre cette année à bras le corps raccourci, à m’offrir quotidiennement des lectures marquantes et à tenter coûte que coûte de me convaincre qu’il reste des anecdotes de ci de là à narrer. On est jamais à l’abri.

Par Le libraire en question
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