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  • : Les libraires se cachent pour mourir
  • : Un libraire se livre (oui bon...). Les doutes, les joies, les peines et les découvertes sans cesse renouvelées dans ce milieu merveilleux. Ou alors c'est simplement le quotidien d'un mec qui lit des Bds et qui est payé pour ça
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10 juin 2013 1 10 /06 /juin /2013 19:47

Ce qui est merveilleux avec internet, outre une expansion sans précédent de la sexualité et de sa disponibilité sous la main (si je puis dire), c’est qu’on apprend plein de choses. Y compris des choses qui sont totalement fausses, mais exprimées avec un tel aplomb et une telle certitude qu’on finit par les croire. De l’art de faire d’un cas particulier (sa propre expérience dans son coin) une généralité universelle (vous êtes tous des cons). Alors oui non, ça c’est rien de nouveau  hein, je le sais bien, ça fait des années que je fréquente les forums de discussion (et des années que je me jure de ne plus y remettre les pieds), et même sans les fréquenter, c’est un peu comme s’ils venaient à moi grâce aux réseaux sociaux (que je fais exprès de fréquenter parce que je les aime bien et qu’ils me font sourire plus souvent qu’ils ne m’agacent. Contrairement aux forums susmentionnés).

 

J’en ai entendues, des choses, après l’annonce la semaine dernière d’un fond de soutien aux librairies et d’une guerre ouverte contre Amazon parce que les frais de port gratos, c’est trop pas juste et qu’apparemment le futur de la librairie indépendante passe par la vente sur internet. Je sais pas trop de quoi ils ont bien pu parler pendant tout un week-end pour en arriver à cette conclusion, mais j’espère qu’il était question de Pastis et de tournois de pétanque.

 

Résultat, ce que retient le public, c’est que les libraires font rien qu’à se plaindre du grand bully Amazon, qu’ils refusent la modernité (et l’inéluctabilité de leur disparition) et qu’en plus on (l’Etat) va piquer leur argent durement gagné pour le refiler à un commerce qui n’est pas fichu d’avoir un modèle économique viable. Bon, je rappelle que nous sommes 3 000 points de vente livres en France (indés + groupes) et que ces 9M d’euros représentent donc 3 000€ par tête de pipe. Et que c’est pas des espèces sonnantes de trébuchantes hein, mais plutôt un dispositif auquel j’ai pas tout compris mais qui de toute façon ne me concerne pas. Je laisse mes 3 000€ à quelqu’un d’autre (un très gros, vraisemblablement), suis quand même sympa.

Le problème principal c’est surtout que les charges fixes (loyers, transport et personnel principalement) augmentent de 2 à 3 % par an tandis que notre chiffre d’affaires baisse et/ou que notre résultat net en fin d’année reste autour de 1% (0,6 % aux dernières nouvelles, -0.6% pour les librairies qui font moins de 300K€). Fatalement (c’est le mot), ça laisse pas beaucoup de place à l’erreur.

La vente sur internet, Amazon, franchement on s’en fiche. Ce qui importe là tout de suite c’est plutôt une sorte de régulation des baux commerciaux et une aide sur les frais de transport (histoire de gagner 1 à 2 points de résultat).

 

Bon, petit tour d’horizon d’autres choses lues ici ou là :

 

- Aux Etats-Unis, qui sont toujours en avance sur nous de 10 ans, il n’y a plus que 100 librairies indépendantes, et c’est ce qui va arriver en France bientôt.

 

Bien. Alors non, il n’y a pas que 100 librairies indépendantes aux US. En vrai il y en a 1 600. C’est peu rapporté à la population (10 fois moins qu’en France, pour comparer ce qui est comparable), mais la bonne nouvelle c’est que leur chiffre d’affaires est en augmentation et qu’il y a même eu une centaine de créations en plus cette année (la personne a peut être fait l’amalgame, je vais lui donner le bénéfice du doute). En France, les ouvertures/fermetures s’équilibrent, mais vu l’hécatombe de cette année entre Chapitre et Virgin, il y a des chances que l’équilibre soit déséquilibré niveau poids total.

 

D’ailleurs :

- La fermeture de Virgin est une très mauvaise nouvelle pour les librairies indépendantes, ça va entrainer toute la chaine du livre dans une spirale très négative, les gens qui y achetaient vont tous aller sur internet.

 

Eh bien c’est pas du tout ce qui s’est passé avec la fermeture de Borders aux US. La preuve avec mon point précédent. La fermeture de Virgin me conforte surtout dans mes choix (et je compatis avec tous ceux qui vont perdre leur boulot hein, y’a même de très bons libraires dans le tas (je sais plus si je l’ai déjà écrit dans ces pages, mais au cas où, ça fait pas de mal de le répéter), mais youpi quand même).

 

- Les gens désertent les librairies à cause du numérique et aussi parce que les libraires sont pas sympas et sont condescendants.

 

Alors oui, y’a des cons partout, y compris dans le commerce de la culture. C’est moche, c’est dommage, les cons ça gâche toujours la fête, mais c’est pas une raison pour dire n’importe quoi. Moi, si je prends un panel représentatif de gens qui m’entourent au quotidien et que j’ai triés sur le volet, je me rends compte qu’il y a 0 con. Ça doit être une question d’état d’esprit. Toujours est-il que la part des livres vendue en librairie est stable, autour de 25%. Les gens désertent plutôt les grandes surfaces. Sûrement après de mauvaises expériences avec les caddies et les caissiers.

 

- 80% des lecteurs sont des lectrices, alors offrez un livre pour la fête des mères.

 

Ce tweet n’est pas aussi célèbre que celui de Pascal Nègre, mais il émane d’une grande librairie indépendante (dans le top 5). Comme quoi c’est pas la taille qui compte pour dire des bêtises. Alors j’ai pas trouvé de chiffres précis, mais il me semble que ça se situe autour des 55-60%, tous lecteurs confondus. Même parmi les gros lecteurs (qui sont passés de 24% d’une population de lecteurs à 16% en 20 ans, soit dit en passant, ce qui est un peu problématique) c’est loin d’être le cas. Du coup je sais pas trop où ils sont allés chercher ça…

 

- Plus personne n’achète de fonds, les libraires feraient mieux de se concentrer sur la nouveauté. Je ne vais plus chez le libraire du coin car pour lui une nouveauté c’est ce qui est sorti en mars.

 

52% des ventes sont de la nouveauté de moins d’un an. Ça laisse quand même de la place pour du fonds (700 000 titres différents vendus sur une année). Je radote, mais la diversification de la librairie de proximité passe forcément par là. Et par un accompagnement poussé de la part des diffuseurs (c’est en cours).

 

- Le livre est trop cher, de mon temps ça coutait rien du tout, c’était 30 FF le Asterix, il est là le problème. C’est pour ça que plus personne ne lit.

 

Je rappelle tout de même que les livres sont (à peu près) gratuits en bibliothèque. C’est pas pour autant qu’elles sont blindées de gens ayant soif de découvertes et d’échanges. Les budgets d’acquisition sont même en baisse, c’est dire si c’est un enjeu national. Y’a aussi une baisse du nombre d’inscrits (-4% depuis 2005), mais des hausses d’autres données par ailleurs qui rendent le tableau pas si noir que ça. Mais quand même.

 

Alors ok, en Bd les éditeurs se sont pas mal rattrapés ces dernières années. Mais dans l’ensemble, je rappelle que la hausse du prix du livre a été de 2,9% (contre 2% pour l’inflation), mais que ça inclut les 1.5 points de hausse de la tva sur 9 mois. Cependant, en euros constants (donc corrigé des effets de l’inflation), le prix relatif du livre est en baisse depuis 2 000 par rapport aux autres biens (indice 100 en 1998, 124.8 pour la consommation et 117.35 pour le livre)

 

 

Voilà, j’ai rétabli certaines vérités, je me sens beaucoup mieux au fond du prêche de ma paroisse. D’ailleurs, pour ceux que ça intéresse d’en savoir plus (et de connaître certaines de mes sources), il suffit d’aller faire un tour par ici : http://cercledelalibrairie.org/documents.aspx

 

Je n’ai pas pris le temps de parler des idées reçues sur le numérique, principalement parce que j’ai une librairie à faire tourner, mine de rien (car le futur passe par une meilleure maîtrise des achats et des retours, et ça se fait pas tout seul (ça me fait penser que 20% des librairies sont pas informatisées. Les folles)), et aussi pas mal de livres à lire.

Pour mieux les vendre.

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Published by Le libraire en question
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commentaires

puchkina 13/06/2013 11:48


Très intéressant tout ça.


Mais tes lectures de mai, tu comptes les mettre quand ?

Le libraire en question 13/06/2013 19:39



ah oui tiens, j'ai complètement oublié


 


eh bien là tout à l'heure, du coup !



Jorg McKie 11/06/2013 10:41


Les idées reçues (par qui ?) tout comme les présupposés (venant d'où ?) font la loi sur internenette-gossip. Pourquoi donc ? Sans doute tout simplement parce que les réseaux de la toile, y
compris dans leurs dimensions pseudo-modernes qu'on qualifie à tort de "sociaux", n'ont pas fonction à créer de l'intelligence. Fausse agora qualifiée de citoyenne, l'expression dans l'espace
virtuel n'est que d'un ordre : l'opinion. Celle-ci ne se construit que du personnel (vu par moi, aimé par moi, compris par moi). L'analyse, elle, est plus rare. Tout comme les faits. Car, comme
le disait je crois Toffler (qu'il faudrait relire sans cesse) : L'analphabète du 21ème siècle ne sera pas celui qui ne peut pas lire et écrire, mais celui qui ne peut pas apprendre, désapprendre
et réapprendre. On ne saurait mieux dire en matière de lutte contre les idées "reçues" ou "préconçues"...