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  • : Les libraires se cachent pour mourir
  • : Un libraire se livre (oui bon...). Les doutes, les joies, les peines et les découvertes sans cesse renouvelées dans ce milieu merveilleux. Ou alors c'est simplement le quotidien d'un mec qui lit des Bds et qui est payé pour ça
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27 février 2013 3 27 /02 /février /2013 00:14

Vendredi 12 Octobre. 16h28

 

- Bonjour c’est la médiathèque du coin de là-bas. Alors voilà, on met en place une animation spéciale manga et on se demandait si on pourrait travailler ensemble, si vous aviez des idées pour animer tout ça ?

- Oh heu là c’est un peu compliqué rapport à Noël tout ça

- Ce serait plutôt pour le mois de Février en fait

- Ouhla oui on a le temps. Eh bien je sais pas, je peux venir parler du manga histoire de le dédramatiser un peu, que vos lecteurs voient que tout n’est pas nécessairement magie et petites culottes et mettre tout ça dans un contexte historique.

- Ce serait très bien, on se rappelle pour les détails

 

(bon, ça se voit pas bien là à l’écrit parce que je suis pas écrivain moi, je vends des livres, mais l’enthousiasme était palpable des deux côtés, c’était indéniable. J’aurais même pu ajouter tout plein de !!! que ça n’aurait pas été usurpé. Oui, c’est un peu l’effet que je fais oui).

C’est le genre d’exercice auquel je suis habitué. Je les affectionne pas non plus plus que ça rapport au fait que j’aime pas sortir de ma zone de confort bien confortable, mais ma foi, une fois de temps en temps, si c’est pour prêcher la bonne parole dans les écoles ou les bibliothèques devant un parterre forcément conquis, pourquoi pas. Et puis là en l’occurrence j’ai le temps de tout préparer, pas de stress, mais avant toute chose j’ai des apprentis à former moi, qu’ils soient capables de faire un max de paquets cadeaux dans deux mois.

 

Vendredi 14 Décembre 10h35

 

- Tout est en place, nous vous proposons la date du 22 Février, c’est un vendredi, on s’est dit que ça vous dérangerait moins qu’un samedi. Qu’est ce qu’on prévoit alors ?

- Pour ?

(en période de Noël, je suis pas nécessairement un foudre de guerre)

- L’intervention à la médiathèque autour du manga. Vous êtes toujours partant ?

- Ah heu oui oui, ça me va, zou, vendredi 22 février, je mets ça dans mon planning.

 

Et puis bon, comme ça, j’ai le temps de bien préparer, ça va, c’est dans deux mois.

 

Mercredi 11 Janvier 14h38

 

- On se demandait combien de personnes maximum devaient participer à la rencontre ?

- Heu je comprends pas trop la question. Il y a un maximum ?

(parce que bon, suis habitué à ce type d’intervention, et c’est pas exactement un amphithéâtre rempli de gens curieux qui prennent des notes)

- Bon alors en fait on a un petit problème, c’est qu’on s’attendait pas à avoir autant d’inscrits et que là y’en a déjà une trentaine

- Ah mais c’est génial. Vous allez voir, je vais partir sur quelque chose d’accessible mais qui en même temps ouvrira pas mal de portes sur plein de sujets.

Qu’on prépare les gros titres et les couronnes de laurier, je vais assurer à fond les ballons, surtout que bon ça va, il me reste 6 semaines pour préparer tout ça.

 

Vendredi 1er Février 11h47

 

- Bonjour, alors on s’est dit qu’on ferait mieux de vous tenir au courant de l’évolution des inscriptions

- Non mais faut juste prévoir une salle assez grande, ça devrait le faire, et puis vous allez avoir des désistements, c’est inévitable lors de ce genre d’événement.

(parfois, pour me donner un peu de contenance, je fais genre je sais de quoi je parle, je l’ai fait des centaines de fois, prévoyez juste des pétunias et des granolas dans ma loge et j’ai combien de noms sur la guest list ?)

- Ah oui non, pour le nombre c’est bon, on l’a limité à une trentaine. C’est surtout que va y avoir principalement des jeunes.

- ah.

- oui

- Mais heu des jeunes de quel âge ?

- Oh à peu près 14 ans.

- Ah oui, c’est jeune

- En moyenne

- Ah

- Oui

- Bon, je vais m’adapter, vous en faites pas.

 

Et puis ça va, il reste 3 semaines, ça devrait suffire pour préparer un truc sur Naruto et One Piece histoire qu’ils se mettent pas à me balancer des bouts de mangas déchirés à la gueule en signe de protestation (vazy monsieur en plus vous êtes même pas déguisé, c’est nul).

 

Pendant ces trois semaines, honnêtement, j’ai fait rien qu’à y penser. C’est pas pour autant que j’y ai travaillé hein, mais au moins j’ai pas oublié, je savais bien qu’il fallait que je prenne un semblant de notes, mais mon cerveau étant ce qu’il est, il est absolument incapable de faire quoi que ce soit à l’avance. Et puis mes stats au Spider Solitaire, elles vont pas se faire toutes seules, chaque chose en son temps.

De toute façon c’est bon, c’est demain et c’est en début d’aprèm, j’aurai bien le temps de concocter un truc le matin.

 

Sauf que moi, le matin, je dors. Surtout quand je prends la matinée exprès pour bosser dessus. Mais mon cerveau à beau en être conscient, c’est pas pour autant qu’il va faire bouger mes membres, ravis qu’ils sont de rester inertes sous la couette en attendant ce bonheur absolu qui consiste à se rendormir (je suis le roi du rendormissement).

Pas grave, je trouverai bien quelque chose à dire pendant 1h30. Vais pas me laisser emmerder par trente petits cons.

 

Vendredi 22 Février, 14h30

 

Coupons court à tout suspens : ils ne furent pas trente. Ils furent moitié moins, et encore, en comptant ceux qui étaient visiblement perdus et ceux plantés là en attendant leur maman partie chercher le dernier Marc Lévy (ceci n’est pas un jugement de valeur désagréable envers les mères de famille qui fréquentent les bibliothèques, mais une simple constatation : leur mère était vraiment allée chercher le Marc Lévy et était fort déçue de se rendre compte que le tout dernier, là, celui dont on entend parler à la télé, eh bien il n’a pas été acquis encore par la bibliothèque et même qu’elle se demande bien pourquoi elle paie une carte à l’année, venez les enfants, restez pas dans le passage).

Je sais d’expérience que ce n’est pas la taille qui compte, mais l’ardeur de la foule, aussi ramassée fut elle.

 

Je ne sais pas en revanche si c’est générationnel ou si de mon temps c’était pareil, mais c’est incroyable à quel point on peut faire la gueule, à 14 ans, en 2013. Comme si soudain les hormones se manifestaient en un point culminant et que les adolescents en voulaient à la terre entière de leur interdire désormais les joies de l’insouciance et de la préadolescence. Mais bon, c’est sans compter avec mon charme et mon sourire et mes blagues second degré qu’ils ne comprennent pas mais qui fonctionnent un peu quand même. Et puis bon, merde quoi, on les a pas forcés à être ici alors s’agirait de s’amuser un peu et de participer, bordel, j’aime pas parler dans le vide.

Non ?

Bon.

Tant pis, je poursuis. A tâtons. En tentant d’être ludique et fun. En tentant un maximum de ne pas trop parler stats et chiffres, promis (on sait ce que c’est qu’un pourcentage, en 2013, en 3ème ?). En disant des mots rigolos, comme phylactère et petite culotte. En me rendant compte que ah oui, vous étiez pas nés en 93, forcément, Akira, ça vous parle moins que Black Butler, oui bon, mais lisez-le quand même, ça résonnera peut-être en vous comme un cri de révolte poussé du fond de votre iphone. J’ai cru déceler des débuts vagues de sourires de ci de là, une lueur de vie derrière les franges, mais à vrai dire, je n’ai absolument aucune idée de s’ils sont fascinés par ce que je raconte ou s’ils s’ennuient au 36ème degré et se demandent s’ils ont reçu un texto pendant ce temps ou si Marie a mis à jour son statut Facebook après son rendez-vous avec Steven au pied de l’arbre à la récré.

On dirait pas comme ça mais j’ai beau être un glandu, je sais quand même un minimum de quoi je parle et j’ai des connaissances glanées à droite à gauche qui font que je suis parfaitement capable d’improviser ce genre d’intervention. Oui je sais, je suis plein de surprises. De digressions en digressions je finis par retomber vaguement sur mes pieds, je leur demande s’ils ont des questions et ces dernières tournent principalement autour de l’animé de One Piece afin de savoir si l’histoire est la même que dans le manga et s’il vaut mieux lire que regarder la télé (et d’ailleurs on sait m’sieur quand c’est qu’il sort, le prochain D-Gray man, et au fait c’est quoi votre métier et j’ai  lu le premier tome de Btooom et je me demandais si vous pouviez me raconter ce qu’il se passe après parce que j’ai pas encore pu les acheter). J’avais aussi prévu de les amadouer avec des cadeaux par milliers et ils se sont donc rués sur le carton rempli de posters, de bentos, de bols naruto pendant que moi je buvais un verre de coca bien mérité.

 

Samedi 23 Février

 

Je reçois un mail de la responsable de la médiathèque qui me remercie de mon intervention, qui sous entend que ça a du être du boulot (oui oh…), que vraiment c’était très bien, que les ados étaient ravis et qu’ils auraient aimé que ça dure une heure de plus et même qu’ils ont demandé à ce que je revienne et à ce qu’un atelier manga soit mis en place.

 

J’y comprends rien, moi, aux ados. Je le saurai pour la prochaine fois. Je serai prêt.

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21 février 2013 4 21 /02 /février /2013 00:57

Alors je ne sais pas si vous avez suivi un peu cette histoire de verre d’eau qui a débordé dans la cruche de la bande dessinée, mais en tout cas ça a fait du bruit. Un beau gros plouf dans la léthargie ambiante qui pourtant frémissait au fond du puits de l’indifférence totale dans laquelle est plongé l’ensemble que l’on nomme ‘monde de la bd’. Et voilà que la ministre de la culture choisit de faire des ricochets dans le puits. Forcément, ça donne quelques éclats.

On a largement eu le temps de passer à autre chose depuis, vous pensez bien, c’est l’ère d’internet et de twitter et de la nouvelle star, mais n’empêche qu’il est des remous qui laissent des traces et qui forment des châteaux de sable.

 

Et moi, dans tout ça, je suis incapable de prendre position. Je suis comme Desproges s’il avait choisi de vendre des livres plutôt que d’en écrire : un libraire dégagé. Alors oui, je comprends bien la fureur justifiée (ah si, je prends position) des auteurs qui crèvent la dalle alors même que le gros gâteau devant eux ne cesse de grossir, lisent-ils partout dans la presse, mais on leur demande tout de même de se serrer la ceinture, d’accepter des avaloirs plus faibles, de bosser au forfait et d’aller pointer au MacDo s’ils sont pas contents de leur statut d’artiste. Sans artistes, point de création, alors s’agirait de leur donner leur part. Y compris leur part virtuelle car là est l’avenir et s’agirait de se l’assurer.

Oui certes (enfin sauf pour l’autre miroir aux alouettes numérique là).

Mais j’ai du mal à ne pas me mettre de l’autre côté de la barrière, chez ces éditeurs qui apparemment s’en mettent plein les fouilles, ces gredins. Je lis aussi des âneries, comme quoi les libraires se font un max de marge sans prendre de risques (ah, et créer des emplois en ne faisant que 2% de résultat à la fin de l’année dans le meilleur des cas, c’est pas prendre de risques ?), mais passons, c’est la crise, il faut bien montrer du doigt comme on peut et c’est sûr que sans libraires, c’est 35% de marge en plus sur le livre. Autant vendre en direct à sa grand-mère, ça rapporte plus. Ceci étant, sans cynisme aucun, l’autoédition et autodistribution reste une solution. Il faut juste aimer faire le sale boulot mais c’est parfaitement viable. ‘Chacun son boulot’ répondent certains artistes. Fort bien. Mais vous acceptez un système capitalistique, alors je crains qu’il faille jouer avec ses règles. C’est agaçant de se dire que tout ce bordel vient de la surproduction (avérée), que quand même c’était chouette ces dix dernières années, mais je crains que ce ne soit la règle du jeu et qu’il n’y ait peu de place pour une augmentation soudaine de la part de vos revenus dans la grande machinerie en place. Ou alors, faut vous prendre des agents qui négocieront pour vous. Qui réclameront 20% (et 10% de vos avaloirs) et des séances de dédicaces payantes. Ce qui implique de pouvoir les payer. On s’en sort pas.

Donc vous voyez, je suis incapable d’être engagé. C’est un cauchemar pour moi. La seule chose qui m’agace encore plus que le prosélytisme, ce sont ceux qui avancent haut et fort des faits qui n’en sont pas. Ouvrir son grand clavier alors qu’on n’a aucune idée de ce dont on parle, c’est le sport national sur les forums virtuels et autres places publiques (certains sites se reconnaitront). Il faut croire qu’avoir un avis et s’engager est important et qu’il faille foncer. Même si c’est pour dire des énormités.

 

Un libraire dégagé. Même dans mes choix de ventes, je suis dans une sorte de ventre mou consensuel. Alors un consensus que je partage avec joie et amour et sincérité, mais je me rends compte avec horreur qu’on peut me mettre dans un case alors même que je n’aspire qu’à une grande coquille vide qui voguerait sur l’océan déchainé, toujours stable. Je fais croire que je suis élitiste, mais même mon élitisme est partagé par un grand nombre. C’est n’importe quoi. Et ça ne m’intéresse pas du tout de me radicaliser, conscient que je suis que mes goûts ne sont pas nécessairement partagés par mes clients, et ça me va parfaitement. Je n’arrive même pas à lever les yeux au ciel quand je vois les meilleures audiences télé ou les meilleures ventes romans. Chacun vit sa vie, je m’en fous royalement tant qu’on vient pas changer les chaines chez moi ou tourner les pages à ma place. Je regrette le manque de curiosité de mes congénères, c’est sûr, mais tant que moi je trouve ce que j’aime quelque part, eux peuvent bien s’envoyer des choux de Bruxelles toute la journée, je les traiterai pas d’ignorants pour autant (et pourtant…).

 

Au lycée, il y a pfiou, 20 ans, nous avons connu un énorme soulèvement spontané visant à écraser de nos Doc martens (symbole suprême de la rébellion) le fameux Smic jeune de Balladur. J’ai regardé de loin mes camarades crier Balladur Or-Dure et filant vers la capitale d’un pas décidé, n’ayant absolument aucune idée du pourquoi du comment de cette manifestation. Ils savaient juste que la marche à suivre était la révolte. On ne peut pas écouter Rage against the machine toute la journée et ne pas développer une forte conscience de masse écrasée par le pouvoir en place. La manifestation était pleinement justifiée, j’en étais déjà convaincu à l’époque (je pouvais même argumenter pourquoi, car pour une raison qui m’échappe, j’étais passionné d’économie et de politique), mais ça ne m’a pas empêché de prendre mon ballon et d’aller jouer au basket toute la journée, plutôt. Je manifeste à ma façon.

Dans mon coin.

En silence.

Egoïste.

 

« AH DU TEMPS DES ALLEMANDS ON SAIT DANS QUEL COIN T’AURAIS ETE HEIN »

Oh ça va, ta gueule, je vois pas le rapport avec les auteurs Bd.

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7 février 2013 4 07 /02 /février /2013 14:35

Parfois, pour une raison qui m'échappe, on me demande mon avis.

Oui.

Bon.

Trêve de fausse modestie. En vrai je sais EXACTEMENT pourquoi on me demande mon avis et j'en suis ravi.

Ce qui est vrai, en revanche, c'est que c'est pas tous les jours qu'on publie mes digressions mégalo sur le thème de mon métier que j'aime sur du beau format papier tout relié que tu peux taper sur ton Ipad avec.

 

Toujours est-il que nous avons discuté avec ferveur autour de sujets qui nous intéressent et nous préoccupent et nous font rêver (ou vivre, c'est selon) avec d'autres camarades libraires (coucou), avec le toujours formidable June aux manettes du maestro qu'il est. C'est le numéro spécial libraires de Jade (#354U), c'est chez 6 Pieds sous terre, c'est disponible chez votre libraire (il peut le commander et l'avoir (très) rapidement s'il est déjà en rupture de stock chez lui, car je vois pas bien pourquoi il n'en aurait pas pris à l 'office), c'est 20 pages d'entretien coupées de Bds drôles autour du métier (80 pages en tout) et en plus c'est tout vert comme la couleur de ma salle de bain.

 

http://www.pastis.org/jade/pinscata1/jade354U-450.png

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5 février 2013 2 05 /02 /février /2013 22:57

Allez, ça faisait longtemps, parlons livres. Car, histoire de changer un peu et pour bien commencer l’année, j’ai lu.

Eh oui.

Reste à savoir quoi.

 

Blood and guts in high school (Acker) : un titre pas gai pour un roman expérimental. Et pas gai. Mais très intéressant dans la forme, même si cette dernière m’a un peu perdu par moment et même s’il faut s’accrocher au postulat incestueux consenti du départ.

 

Verre Cassé (Mabanckou) : là aussi c’est très intéressant dans la forme (et y’a pas du tout d’inceste, pour le coup). C’est très drôle, enlevé, original et bien écrit.

 

La théorie du panda (Garnier) : ouais y’a de bons moments, et il est fort Garnier pour faire des portraits de gens plutôt communs. J’ai par ailleurs trouvé ça bien écrit. Après, bon, ça m’a pas impressionné plus que ça, l’idée globale étant faussement originale.

 

Ce livre va vous sauver la vie (Homes) : ben moi j’ai trouvé ça très bien. C’est agréable à lire, on tourne les pages tout seul (tant qu’à faire) et le personnage principal est intrigant. Pas un grand livre, loin s’en faut, mais parfait pour un moment de détente.

 

Paperboy (Dexter) : bon roman noir dont je serais curieux de voir l’adaptation ciné.

 

American Gods (Gaiman) : alors oui, c’est très bien, mais ma pointe de déception est surement liée au fait qu’on me l’a survendu. Et pourtant j’en ai lu, du Gaiman. Mais là y’a des longueurs, même si la fin est excellente et rattrape tout ça (et faut dire que c’est pas super bien traduit non plus. Pas mal traduit hein, juste pas bien).

 

Scintillation (Burnside) : y’a un style qui me plait, dans ce roman. Et des clichés qui m’agacent un peu (le jeune gars brillant blablabla). Ça doit être ce qu’on appelle un bilan mitigé (mais j’aime quand même beaucoup le début, et beaucoup moins la fin)

 

Géométrie d’un rêve (Haddad) : je l’ai commencé il y a des mois. Je l’ai savouré. Phrase par phrase. J’aurais aimé qu’il continue encore et encore, ce roman, dont chaque chapitre regorge d’idées et de poésie. Non, vraiment, il faut lire du Haddad.

 

Facultatif bar (Bartelt) : il faut lire aussi du Bartelt, mais on va dire qu’il faut plutôt lire Le jardin du bossu, hein.

 

Millenium I (Larsson) : oui, je fais partie de ceux qui ne l’avaient jamais lu. Ni vu la série. Ni vu les films. Et qui va bientôt lire la Bd. Et en fait j’ai trouvé ça très bien. Y’a des sacrées longueurs et on sent que y’a pas eu un énorme travail éditorial dessus, mais ça se lit bien. J’ai enchainé sur le second, tant qu’à faire, et aux ¾ j’en arrive à la même conclusion d’efficacité pas super littéraire mais on s’en fout.

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29 janvier 2013 2 29 /01 /janvier /2013 01:21

Je poursuis ici mes réflexions de l’autre jour, faites pas attention.

 

Ce qui m’effraie le plus, quand j’observe ce qui se passe autour de moi dans ce métier, c’est à quel point tout est focalisé autour de la nouveauté. Oui je sais, j’enfonce de la porte déjà bien ouverte, mais c’est quand même affolant. Ce qui amène tout le monde à dire qu’il y a une surproduction, que ça peut plus durer comme ça (enfin sauf les médias grand public qui ont pas compris grand-chose et qui se contentent de répéter bêtement que tout va bien dans la bande dessinée car regardez, le chiffre d’affaires est en hausse et que c’est pas le cas pour tous les autres pans de l’édition, ça veut bien dire ce que ça veut dire haha la Bd c’est trop bien), qu’on peut pas pousser plus nos murs que ça, 2000 Bds entre septembre et décembre, c’est n’importe quoi.

Certes.

Mais je vois pas bien ce qui nous oblige nous autres libraires à tout exposer de la même manière. Tout avoir, ok, je suis spécialisé et là pour ça, mais tout mettre en avant est une hérésie contre-productive. Il faudrait trois mois pour qu’une Bd moyenne trouve son semblant de public, et son semblant de public chez moi ne pèse pas bien lourd. Alors autant laisser la place à un livre que j’ai vraiment envie de défendre, même si j’ai l’impression de l’avoir déjà bien défendu ces deux derniers mois. Car moi, mes clients se renouvellent tous les trois mois. Il reste donc largement un potentiel à combler. Il va bien falloir apprendre à faire des impasses franches (en fonction de son lectorat ou de celui qu’on cherche à développer, je n’apporte pas de jugement de valeur) et à mettre en avant bien plus longtemps que d’habitude les titres qui en valent la peine.

 

Je comprends bien qu’il semble logique de se dire que y’a des lecteurs là dehors qui ne demandent qu’à sauter sur de la bande dessinée (ou des romans) mais qui en sont empêchés par des prix trop élevés. Les gens vont bien de plus en plus au cinéma, jouent de plus en plus aux jeux videos, tapotent de plus en plus sur internet, pourquoi ne liraient-ils pas plus, suffit de leur apporter la lecture sur un plateau accessible, virtuel ou physique et voilà, tout le monde sera content. Sauf que bah non. Le temps libre n’est pas extensible et la lecture est vampirisée par les activités susmentionnées. Les Français ne lisent pas. C’est malheureux mais c’est comme ça, et il faudrait une refonte complète du système éducatif et parental pour que ça change. Le prix du livre n’a rien à voir là dedans. Le livre est gratuit en bibliothèque ou à l’école, c’est pas pour autant que tout le monde a sa carte et fonce emprunter dix livres par semaine. Tout ça est profondément culturel. J’aurais beau avoir un bac à 3€, les gens ne se rueraient pas dessus pour autant en se disant chouette, enfin de la lecture accessible, merci monsieur le libraire, vous comblez ma frustration. Les offres ponctuelles peuvent être intéressantes et amorcer une série (ou la remettre en avant) mais ne proposent pas un modèle économique viable. C’est pas pour rien que les éditeurs ne le font que sur des séries qui ont déjà fort bien marché et qui cherchent un second souffle, ou sur des séries qui n’ont pas marché du tout et qu’il vaut mieux vendre en packs pour limiter la casse et les frais de stockage. D’ailleurs, avec Cité 14 et son offre à 1€, il n’y avait pas de quoi payer tout le monde. Si mes chiffres sont corrects, ils en vendaient 2 000 alors qu’il en fallait deux fois plus, et ce sur du souple noir et blanc. Et on ne peut pas dire que les libraires n’ont pas joué le jeu, de ce que moi j’ai observé autour de moi.

 

Le mythe du lecteur qui achète son Marc Levy ou son Harry Potter et qui se transforme en gros lecteur amateur de Tom Robbins et de Claro est précisément ça : un mythe. Alors oui, de temps en temps on va l’apercevoir, le Dahu, mais c’est très rare. Là on est dans de l’industriel, de la consommation de masse (Harry Potter doit son succès pré-films à une énorme campagne marketing, rappelons-le), et ce n’est pas du tout le sujet qui nous préoccupe. Aller de l’avant et se dire qu’il faut ces titres car c’est ce que demande le public (et puis quel public, d’ailleurs ? C’est le même problème avec les bibliothèques d’ailleurs, mais c’est un autre débat) constitue une vaste erreur. Il reste de la place, largement de la place, pour l’artisanal. Et c’est à nous de le défendre. On n’ira pas bien loin en râlant en permanence qu’il y a trop de sorties et en subissant le rythme des offices ainsi que le calendrier imposé de facto par les éditeurs. C’est à moi de façonner mon offre, pas à eux. Ne serait-ce que pour ne pas ressembler à n’importe quel autre spé bd à 400 km à la ronde.

 

Et c’est cette offre, justement, qui consolidera le champ des lecteurs, les vrais, ceux qu’il faut s’efforcer à conquérir. Et à maintenir.

 

Enfin voilà ce qui me vient à l’esprit après une journée de discussion (très intéressante) avec Sylvain Runberg, Luc Brunschwig, David Chauvel et Gérard Guéro (moitié de Ange).

 

 

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23 janvier 2013 3 23 /01 /janvier /2013 23:33

Le truc, avec le mois de janvier, c’est qu’il sert pas à grand-chose. On est au milieu de l’hiver, l’euphorie des ventes et des sorties est passée, les passants se cassent la gueule sur les trottoirs et les clients y réfléchissent à deux fois avant de venir dépenser le peu d’argent qu’il leur reste après avoir tout investi dans une tablette pour pouvoir jouer en grand à angry birds (et avoir téléchargé gratuitement tout une bibliothèque d’œuvres tombées dans le domaine public en se disant que bon, allez, ça peut être sympa de lire toute la Comédie humaine et puis après tout on peut en stocker 3 000, autant en profiter).

 

C’est simple, en janvier, on voit personne. Enfin pour être plus précis, on a surtout l’impression de ne voir personne (j’ai sensiblement le même nombre de clients uniques par mois pendant les 5 premiers mois), car tout d’un coup, on a du temps pour bosser et réfléchir et laver le carrelage alors que les quatre derniers mois, bof. On fait un petit bruit étranglé quand on regarde les échéances fournisseurs à venir en janvier et février et puis on se fait à l’idée que bah, commençons à creuser le trou, il se comblera au mois de novembre prochain, Sisyphons en paix en attendant, on ne peut pas lutter contre une activité saisonnière.

 

Toujours est-il que quand je serai Maître du monde (ça ne saurait tarder, notez le futur et non le subjonctif ainsi que la majuscule pour appuyer ma candidature), j’abolirai le mois de janvier en même temps que le mois de novembre. Qui lui pour le coup est archi inutile. Au moins en janvier, le premier jour, à minuit, on fait des batailles de cotillons en se servant de canapés comme de forts, et ça c’est plutôt bien (c’est peut-être la seule chose intéressante dans cet amusement forcé de chenille géante). Douze heures après on s’en veut un peu en se disant que putain, demain faut aller bosser, c’est vraiment pénible ce mois de janvier et au fait, ça se garde combien de temps, des huitres, mais tant pis. En novembre, il se passe rien. On sait qu’on est pas en hiver mais c’est tout comme, noël est encore trop loin pour que les uns râlent de tant de joyeusetés hypocrites et que les autres sortent leurs plus beaux bonnets pour tournoyer sur les pistes de glace de leur bonheur festif. Bon, comme ça, on a une année de dix mois, on écourte l’automne et l’hiver et on passe directement au printemps, c’est pas plus mal, de toute façon j’ai jamais compris cette histoire de parcs d’attractions de ski avec allers-retours du bas vers le haut et des paquets de chips aux prix indécents.

 

J’en profiterai aussi pour virer les matins. Pas trop mon truc, ça, les matins. Déjà, il me faut trois réveils pour me convaincre que là, faut y aller. J’ai horreur d’être en retard, mais je déteste encore plus perdre de précieuses minutes de sommeil. Et il n’y a rien de plus agréable au monde que de se rendormir (enfin si, mais encore une fois, pas le matin). Tentez l’expérience, vous verrez. Et voterez pour moi dans la foulée.

 

Je remplacerai la vidéo de Gangnam style (que je n’ai toujours pas vue, mais j’ai cru comprendre que ça avait pris une certaine envergure internationale) par celle de Baloo dansant avec King Louie et mon hymne national sera une chanson de Nick Cave, car je fais un peu une fixation sur lui en ce moment.

 

Les adresses seront composées des sonnets aléatoires tirés des Cent mille milliards de poèmes de Queneau. Bon ok, ça fera des adresses de 14 lignes, mais c’est peu cher payé pour un peu de poésie dans nos vies (et je m’octroierai le vers ‘on s’excuse il n’y a ni baleines ni phoques’) et puis comme ça on aura de quoi voir venir avant de s’inquiéter d’en arriver à bout. Pas comme avec les numéros de téléphone et la panique générale quand il s’agit d’ajouter un préfixe.

 

Je remplacerai les pigeons par des aras. Déjà parce que c’est plus beau. Ensuite parce qu’il serait temps qu’on remplace les pigeons par n’importe quoi. Et enfin parce qu’un ara qui fonce sur mon pare-brise, j’aurai le temps de le voir et de l’éviter alors qu’un pigeon, je peux empiriquement affirmer que super pas (RIP).

 

J’organiserai des referendums sur un peu tout et n’importe quoi parce que ça a l’air rigolo de demander son avis au peuple pour au final faire quand même ce que j’avais prévu. Et les seuls qui pourront voter seront ceux qui auront lu au moins 30 romans dans l’année (listes à déposer sur mon bureau. J’adore les listes) et qui seront capables de me donner le nom de l’actuelle ministre de la culture. Et s’ils savent faire la différence entre un possessif et un démonstratif et entre un infinitif et un participe passé, c’est pas plus mal.

 

Une fois par an, le jour de mon anniversaire, nous nous retrouverons tous (oui, tous) à un endroit qui reste à déterminer afin de non seulement faire un BBQ géant (je suis né en juin, tout va bien, c’est pas un mois que j’aurai annihilé), mais aussi d’écouter tous ensemble en se tenant la main La mémoire et la mer, de Ferré, histoire de pleurer un peu avant de tous danser sur du Blondie parce que bon, on est pas là pour chialer toute la journée. Et après ça, on regardera tous Donnie Darko, car je suis sûr qu’en y mettant un peu du nôtre et en réfléchissant bien, on finira par le comprendre, ce film (qui est un de mes films préférés hein, ça n’empêche pas). Evidemment, chacun viendra avec un livre, histoire de faire la plus grande pile de livres du monde (j’adore les piles).

 

Donc voilà, tout ça pour dire que les libraires, en janvier, ils ont du mal, un peu. Vivement Angoulême, ça me donnera une autre raison de râler un peu et un autre machin à abolir.

Pour dans pas longtemps.

Promis.

Votez pour moi

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14 janvier 2013 1 14 /01 /janvier /2013 17:32

Magie de l’internet j’ai, depuis quelques mois, des conversations pas loin d’être passionnantes avec des amis libraires (que vous retrouverez dans le prochain numéro de Jade, mais je vous en dirai plus à ce moment là) ainsi que des scénaristes dont j’apprécie particulièrement le travail (je sais être une vraie groupie quand il le faut, ça me permet de garder le teint frais et l’œil pétillant malgré le poids des années et la dure réalité qui pèse sur mes frêles épaules).

Pour résumer : on dirait pas comme ça, mais parfois, dans ce métier, faut pas juste se contenter de faire des piles (nous y reviendrons) tout en priant très fort pour que les clients franchissent la porte et tout en se trouvant des excuses (elles existent, la crise n’est pas une vue de l’esprit, mais il faut faire avec). Il faut aussi réfléchir un peu.

 

Ce que je me propose de faire régulièrement quand je fais la vaisselle ou que je prends un bain ou que le silence dans ma voiture est plus intéressant que l’invité de Pascale Clark. Pour faire suite donc à ces discussions diverses et variées et à ces moments intenses de réflexion avec moi-même, je me propose de vous livrer quelques unes des conclusions auxquelles je suis arrivé et qui concernent mon métier en général et ce que j’en pense moi en particulier. Autrement dit, je ne me pose pas en donneur de leçons, j’explique juste ma façon de voir les choses (on est là pour ça) et comment faire pour avancer le mieux possible tous ensemble dans des chaussons Marsupilami.

 

1-     La différenciation. Voilà la clef. Alors oui ça paraît évident, et ça l’est, mais encore faut il l’adopter pour de vrai. Une politique de l’offre plutôt que de la demande. Ne pas avoir peur de ‘passer à côté d’une vente’, d’autant plus que ça n’a pas de sens. Les Blagues de Toto vendent plus de 100 000 exemplaires. Ça veut dire qu’on va me le demander et qu’il vaut mieux que j’en aie une pile ? Que je mettrais à côté des Simpsons et du dernier Lucky Luke (ah non pardon, celui là ils l’ont pas vendu) pour former un joli labyrinthe qui mènera droit sur le dernier Geluck ? Je caricature, mais c’est un peu l’idée. Ce n’est pas juste une question d’ego et de vendre ce qu’on aime, c’est surtout une question de développer une clientèle de lecteurs, de lecteurs fidèles et non volatiles et donc de trouver une offre qui leur correspondra à eux. Après, si ça colle aussi à ce que j’aime moi, tant mieux (je défends mieux les livres en lesquels je crois en vrai, ça tombe bien), ça rend les journées moins chiantes.

 

2-     Mieux acheter. C’est dingue le fric qu’on dépense en offices (les nouveautés, pour ceux qui ne sont pas du métier et qui auront le courage de lire ce billet), donnant cette fausse impression qu’il n’y a plus que ça qui compte. Les romans sortent bien trop tôt en version poche, les bandes dessinées se retrouvent bien trop vite sous forme d’intégrales, le cycle du livre est désormais ainsi fait : trois semaines d’exposition max, après on passe à autre chose et le fonds ne tourne plus. Une série n’a absolument aucune chance d’exister si le premier tome ne s’est pas vendu un minimum (peu importe son potentiel) et mieux vaut en faire une intégrale pour réduire les frais et sauver ce qui peut l’être. Une nouveauté chasse l’autre, une pile en remplace une autre, de toute façon on continue d’en vendre, des livres, alors finalement, peu importe quoi. S’engager sur cette voie, c’est sous estimer certains facteurs financiers d’importance majeure. Facteurs sous-estimés car finalement on s’en fout, on est crédités à 60 jours, qu’est ce que ça change ? Ca change que le taux de retours est tout pourri, que le taux de rotation est médiocre et que ce sont les libraires qui supportent le poids des achats alors que ça devrait être les diffuseurs si tout était géré correctement. On a la chance de faire partie des exceptions à la LME, profitons-en.

 

3-     Pour poursuivre sur la voie des achats, et sans dévoiler ma propre stratégie à moi qui ne regarde personne, et puis vous allez voir que tout se recoupe : privilégier le fonds. Faire des mises en avant. Et donc passer par des achats groupés. Ça permet de gagner en échéances si votre trésorerie est un peu à la rue (toutes les tréso de tous les libraires quasiment sont dans le rouge, c’est notre activité saisonnière qui veut ça), voire de grappiller quelques points de remise supplémentaires.

 

4-     Savoir déterminer le potentiel d’un titre. Pourquoi retourner un ouvrage sous prétexte qu’il est là depuis un mois ? Si vous êtes une grande surface ou une grande surface spécialisée, je veux bien, c’est mécanique et non affiné, mais le rôle d’une librairie indépendante c’est justement de les pousser, les ouvrages qui ont du potentiel. Après ça ils seront récupérés par les grandes enseignes, et tant mieux pour tout le monde. Et puis là aussi ça permet de gagner en échéances et de techniquement si tout se passe bien vendre suffisamment pour couvrir la facture à venir.

 

5-     Savoir à qui on achète. C’est bien de vendre des livres, c’est encore mieux de privilégier ceux qui nous soutiennent le plus. Alors notre rôle c’est aussi de défendre les plus petits éditeurs, certes, qui participent à notre image de spécialistes et qui font un vrai boulot éditorial pour de vrai. Mais je ne vais pas faire d’effort pour vendre le catalogue d’un « gros » si lui-même ne fait pas d’efforts pour m’accompagner. Il en va de mon intérêt financier et de ma survie. Et je dramatise pas hein. Quelques dixièmes de points de pourcentage suffisent à aider grandement le rendement. De chaque côté d’ailleurs. C’est pas pour rien qu’ils ne lâchent pas de la remise de base aussi facilement.

 

6-     Bien connaitre son stock. Mais genre le connaitre par cœur de chez par cœur. Et le catalogue des éditeurs aussi, tant qu’à faire. Ça aide pour le fonds et les mises en avant. Pour ça, il faut le suivre, son stock, et le pointer régulièrement plutôt que d’attendre l’inventaire tels des pissenlits prêts à éclore. Amis libraires qui me lisez, à combien s’élève votre stock, là maintenant tout de suite, et quel est votre taux de rotation global et votre encours fournisseurs ? Si vous n’avez pas su répondre du tac au tac (zou), alors c’est pas suivi d’assez près.

 

7-     Bien comprendre qu’on est tous dans le même bateau. On veut vendre des livres, plein de livres, que les clients soient heureux et souriants et reviennent le plus possible. On veut que les représentants soient satisfaits de leurs objectifs remplis (enfin ceux qui sont réalisables, faut pas déconner non plus) et qu’ils comprennent bien qu’on est de leur côté. Arrêter un peu de faire perdre du temps à tout le monde en négociant un +2% sur une opé à 150€ en PVP. C’est pas ça, négocier. On veut que les éditeurs rentrent dans leurs frais et se mettent pour de bon à développer leur catalogue (bon, pour ça faudrait remonter 15 ans en arrière, ça me parait un peu trop tard, mais on peut rêver) plutôt que de continuer de jeter des hameçons en espérant qu’il y en ait un qui ne reste pas à la surface comme un gland. Et on veut que les auteurs puissent vivre de nouveau de ce qu’ils produisent, sans cynisme de la part de leurs employeurs qui cherchent à trouver les 10% de rendement pour leurs actionnaires.

 

Voilà pour mon discours un poil démago mais sincère, qui sert d’une part à apporter quelques pistes de réflexion, et d’autre part à faire comprendre ce qu’est, au juste, ce métier. Et qui différenciera justement les futurs vendeurs de livres des futurs libraires.

Le côté un peu glamour de conseils toute la journée et discussions enflammées pour savoir si le dessin de Blacksad est objectivement beau (non mais jvous jure…) découle de tout ça. Il est bien présent hein, et ça rend ce boulot chouette comme tout. Heureusement.

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10 janvier 2013 4 10 /01 /janvier /2013 09:17

Alors si vous êtes comme moi (et nous sommes tous un peu comme moi, finalement), vous faites tout au dernier moment (bon ok, peut-être pas tous). Le matin par exemple je suis incapable de me lever si je sais que potentiellement je peux rester encore ne serait-ce que 5 minutes sous la couette. Mëme avec toute la meilleure volonté du monde. Y'a un blocage, un système de survie de sécurité.

 

Brefum.

 

Tout ça pour vous rappeler qu'à partir de demain, le nom de domaine de ce site change. Ce sera triste, je serai plus référencé nulle part, 4 années de boulot fichues en l'air mais tant pis. En revanche, si  vous voulez continuer de me suivre RSSisquement ou par Netvibes ou que sais-je, va falloir mettre tout ça à jour. Si vous avez eu la gentillesse un peu folle de me mettre dans vos liens aussi.

 

désormais donc : www.leslibrairessecachentpourmourir.over-blog.com

 

en vous remerciant

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8 janvier 2013 2 08 /01 /janvier /2013 00:19

Ouf.

A y’est.

C’est bon.

La tempête est passée.

 

Je suis de nouveau diplômé.

 

Car comme je l’expliquais sur facebook il y a quelques semaines dans un statut limité par l’espace (je sais pas si vous en avez entendu parler, mais c’est un réseau social, le genre qui vous permet de l’être le moins possible. Bref, c’est pile pour moi), la période de Noël peut être comparée à ce qui se passe après le bac pour les esprits brillants de ce siècle dont je fais partie (petit exercice : vous décortiquerez la phrase grammaticalement et déterminerez ce à quoi se rapporte le ‘dont’ (un indice : ce mot est un pronom relatif)).

 

Je m’explique.

Car en 2013, j’ai décidé de mieux m’expliquer, ça sert à rien de rester obscur et en permanence référencé juste pour faire son crâneur (bon ok si, quand même, ça sert un peu, ça sert à ce qu’on me laisse tranquille dans les cocktails malgré l’effervescence autour de moi et la fascination que j’exerce malgré tout et malgré moi). Ça sent la résolution non tenue jusque dans le cœur des frites, ça.

Explications, donc.

 

Fin novembre, pendant les deux dernières semaines pour être précis, c’est comme en prépa (HEC, Lettres, Ingé, vous choisissez, je sais plus trop ce qui existe maintenant). Alors oui, ok, au début c’est la fête, les filles recherchent des plaisirs simples et ça tombe bien, les hommes (sic) sont pas capables de faire plus simple, les nouveautés coulent à flots, on est crevé, les librairies se font la guerre, c’est chacun pour soi, après tout on est l’avenir de la nation, il faut venir en colle le week-end pour perfectionner la boutique, on bosse douze heures par jour, on a l’impression qu’un devoir en chasse un autre et qu’on va jamais tenir, ce sont les montagnes russes hormonales de partout, et bordel pourquoi les éditeurs nous rajoutent des devoirs supplémentaires, ils voient pas qu’on aura jamais le temps de tout faire, ils sont cons ou quoi ?

 

Et puis on trouve tout de même le moyen de les faire, ces devoirs, malgré la pression, malgré le temps non extensible et malgré pas mal de matières dont on se fout royalement parce que là, on commence à le saisir, le système, que c’est tout con en fait.

 

Le mois de décembre arrive, on a passé les examens, on se retrouve donc dans une grande école pendant 3 semaines, ça emmerde un peu papa maman de payer les frais de scolarité mais bon, ils se disent que ça vaudra le coup plus tard quand vous vous occuperez d’eux et que vous leur offrirez des tablettes HD pour Noël. Le BDE est blindé de thunasses (en 2013, je parle djeuns (on dit encore djeuns, en 2013 ?), c’est vraiment la super fête tous les soirs, le week-end d’intégration se fait même sur place, les gonzesses sont encore plus dévergondées (oh ça va, je fantasme si je veux, c’est mon billet), y’a plus vraiment besoin de bosser le soir, suffit juste de se pointer en cours à heures fixes et de se laisser porter par les rails. Ca reste fatigant, de se laisser porter comme ça, car il faut aussi ramer (oui, parfaitement, ramer sur des rails) et ne pas faire n’importe quoi, mais dans l’ensemble, on sent que le plus dur est derrière nous, que bientôt on va pouvoir palper car quand même, on nous promet des salaires de folie pour l’élite de la nation, y’a pas de raison.

 

Après le 25, c’est le dur retour à la réalité. Les cotillons baignent dans le champagne, c’est franchement le bordel, y’a des trous de partout (non, j’ai fini les fantasmes là, je parle de trous dans l’offre), y’a encore l’euphorie du diplômé, le World is ours, il va voir ce qu’il va voir, c’est le premier jour du reste des jours à venir de si tout se passe bien.

 

Janvier arrive et on se rend compte que son boulot il manque de paillettes, que faut aussi passer le balai, parfois, et que ça on nous avait pas prévenus et que là faut tout reprendre à zero et que des tomes 1 peu inspirés ont remplacé les intégrales enrubannées. En plus bon, je sais pas où ils sont allés chercher leurs grilles de salaires, mais c’est n’importe quoi, nous sommes l’élite, bordel, tu ferais mieux de reconnaitre.

 

L’avantage étant bien sûr que ce cycle reprend année après année, invariablement. Et que j’ai passé trois très bonnes semaines dans le doux enfer agréable de la grande école (j'ai bien fait de pas choisir Virgin après ma prépa tiens). Je crois même que je me suis fait des amis.

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30 décembre 2012 7 30 /12 /décembre /2012 21:38

Allez, rien ne vaut un bon vieux rendez-vous annuel afin de se rassurer un peu et de se dire que certaines choses sont immuables (sinon c'est un coup à devenir fou, un peu) : il est temps de faire le bilan (calmement, toujours) des lectures de l'année.

 

La preuve qu'on peut encore faire de très (très) bonnes séries policières bien écrites (et fort bien traduites) et très attachantes.

 

http://www.gallmeister.fr/images/book_v_494.jpg

 

 

La preuve qu'on peut faire d'excellentes sagas sur des thèmes vus et revus. Le tout étant de bien les écrire et de pas prendre les lecteurs par la main et pour des cons.

http://bragelonne-le-blog.fantasyblog.fr/gallery/2/Troie-01.jpg

http://3.bp.blogspot.com/-gkoqxnA36U8/T2svR6Oil0I/AAAAAAAAApo/ltt18cgf554/s1600/kushiel1.jpg

http://www.fant-asie.com/wp-content/uploads/2012/08/Chronique-dun-tueur-de-roi-tome-1-Le-nom-du-vent.jpg

 

La preuve qu'on peut encore faire de la grande aventure de qualité :

 

http://www.atorgael.com/wp-content/gallery/fiche-fantasy/gagner-la-guerre-de-jaworski.jpg

 

La preuve que Robert Merle, c'est quand même pas une buse (oui bon...)

 

http://img.over-blog.com/200x297/4/13/91/64/merle-copy.jpg

 

La preuve que cette rentrée littéraire, du côté français, c'était pas du flan, et qu'il serait temps de vous y mettre si vous les avez pas lus

 

http://cache.20minutes.fr/img/lechoixdeslibraires/2012/09/18/tous-diamants-ciel.jpg

http://www.livraddict.com/covers/84/84024/couv9517851.jpg

http://www.librairie-ptyx.be/wp-content/uploads/2012/09/Lauteur-et-moi.jpg

http://klima47.files.wordpress.com/2012/11/cagnard-jean-lescalier-de-jack.jpg

 

La preuve que faut pas se fier à la traductrice pour juger la qualité d'une oeuvre

 

http://laviedebrioche.com/wp-content/uploads/2011/10/Stoner-de-John-Williams-laviedebrioche.com_.jpg

 

La preuve que parfois, les prix littéraires visent juste

 

http://www.editionsphebus.fr/data/img_couv/9782752906700.jpg

 

La preuve que Tom Robbins n'est pas du tout assez connu dans nos contrées malgré un talent de génie et d'humour baroque de partout

http://www.gallmeister.fr/images/book_v_528.jpg

 

La preuve que c'est pas le sujet qui compte, mais comment on le traite, et que malgré des tas de romans lus sur le sujet, ce roman reste une claque majeure de l'année (amateurs de DeLillo, ruez-vous dessus)

 

http://www.livre-europeen.eu/wp-content/uploads/2010/10/omega_mineur.gif

 

Côté Bd, j'ai déjà donné ma sélection idéale de l'année, je vais à présent l'affiner.

 

Celles qu'il faut retenir côté plutôt grand public de qualité :

 

http://www.unamourdebd.fr/wp-content/gallery/singe-hartlepool/le_singe_de_hartlepool_couverture.jpg

http://bdi.dlpdomain.com/album/9782505013907-couv-I400x523.jpg

http://media.leslibraires.fr/media/attachments/large/4/5/1/001993451.jpg

 

Celles qu'il faut retenir si vous avez les mêmes goûts de sale élitiste que moi :

 

http://www.lassociation.fr/blog/wp-content/uploads/2012/11/BigQuestions_couv.jpg

http://www.caetla.fr/local/cache-vignettes/L300xH392/arton88-448c1.jpg

http://www.maxoe.com/img/uploads/2012/04/saison_brune_couverture-e1334057036563.jpg

 

Celle qu'il faut avoir tout court, parce que bordel, c'est Chris Ware :

 

http://i.telegraph.co.uk/multimedia/archive/02352/w-s_main_2352799b.jpg

Et une mention spéciale pour une chouette Bd jeunesse qui mérite notre attention et qui change de Lou ou de La rose écarlate :

 

http://madmoizelle.com/carnets/bd/files/2012/10/cerise.jpg

 

Voilà en gros ce qui aura fait mon année 2012.

En attendant la suite, donc !

(suite qui se passe sous les cieux d'une autre url, je vous le rappelle (cf post ci-dessous), histoire de mettre à jour vos liens ! )

Des bisous virils et soyeux pour tout le monde quoi qu'il en soit

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