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  • : Les libraires se cachent pour mourir
  • : Un libraire se livre (oui bon...). Les doutes, les joies, les peines et les découvertes sans cesse renouvelées dans ce milieu merveilleux. Ou alors c'est simplement le quotidien d'un mec qui lit des Bds et qui est payé pour ça
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6 février 2011 7 06 /02 /février /2011 12:27

 

Alors donc c’était le festival d’Angoulême, la semaine dernière. Tous les médias qui parlent Bd une semaine dans l’année, c’est toujours bon à prendre, surtout qu’ils se concentraient sur Baru, Nury ou Vehlmann et sur des initiatives intéressantes (et top coolos) comme Les autres gens, ardemment défendu par Thomas Cadène. Bon après ils y allaient aussi de contre-informations, faisant croire que la Bd est un marché qui se porte super bien, où tout le monde gagne plein d’argent, que de plus en plus de gens en lisent et que chacun a, chez soi, plus ou moins planqués, un pyjama Spirou et des chaussons Marsupilami (les fameux). La réalité est un peu différente, nous subissons une crise de surproduction, et même si du coup il est assez facile de sortir un premier album, eh bien tentez d’en sortir un second, vous allez voir si les portes restent ouvertes…

 

Heureusement que nous sommes toute une légion de libraires formidables à faire notre boulot avec joie, fierté et marges ridicules afin d’inculquer au peuple non encore porteur de pyjamas ce que peut être la Bande-dessinée de qualité, pour peu qu’on veuille bien arrêter une bonne fois pour toutes ces querelles de chapelles ridicules.

 

Prenons Art Spiegelman (c’est une image). A l’annonce de son Grand Prix, toute une horde de grincheux pathétiques jamais contents ont crié au scandale, mais enfin c’est n’importe quoi, il a fait qu’une Bd (ah ?), rien depuis 20 ans (ah ?), en plus il est un peu chauve, et vous allez pas me faire croire qu’on pouvait pas le donner à un Francophone qui dessine tout plein depuis 30 ans et que tout le monde aime et que c’est pas de l’intello prout prout parisien qui va intéresser cent personnes en France et qu’en plus c’est du noir et blanc et que c’est sûr qu’il serait bien incapable de dessiner des bateaux avec des nazis dessus survolés par des avions.

 

L’avantage c’est que d’une part dès la semaine prochaine tout le monde aura déjà oublié sa colère pour passer à une autre tout aussi débile, et d’autre part que moi, dès Janvier prochain, je vais avoir tout plein de clients qui vont me demander encore plus de Maus, encore plus d’A l’ombre des tours mortes et un tout petit peu de Breakdowns. C’est vrai que vendre une Bd majeure (Prix Pulitzer je le rappelle) d’un auteur majeur à des gens curieux, pfiou, que c’est pénible. Cette manie de vouloir tirer la culture un tout petit peu vers le haut, je la comprendrai jamais.

 

Et quand je fais remarquer aux grincheux (j’en ai parmi mes gens, comme disait Desproges) qu’Il était une fois en France a eu le prix de la série, ça ne suffit pas, ce qui importe c’est qu’ils ne connaissent pas les autres primés. Et s’ils ne les connaissent pas, c’est forcément que c’est tout nul tout intello tout pas bien dessiné et qu’Angoulême (où se presse l’élite pour avoir une dédicace de Mourier ou de Tarquin, c’est bien connu) c’est vraiment un festival de prétentiards qui doivent vraiment s’ennuyer chez eux, le soir, dans leur pyjama en soie prétentieuse elle aussi et sans même un Achille Talon dessus.

 

Bon après, c’est bien gentil de vouloir conseiller des Bds de qualité un peu méconnues (car attention hein, y’a plein de Bds de qualité très connues, qui rencontrent leur public, si ce n’était pas le cas je changerais de métier et arrêterais de vendre du Murena), mais c’est plus facile quand elles ne sont pas en rupture de stock au moment où tous les médias en parlent. Je dois faire une présentation motivée et chantée (bon ok, peut être pas chantée) dans un Lycée la semaine prochaine, montrant les divers primés, ce que j’en pense (mon avis est précieux) etc. Sauf que le Fauve d’or est épuisé, le Prix du jury aussi (Prix du jury qui aurait du avoir le Fauve d’or, et Fauve d’or qui aurait du, au mieux, avoir un bon point et les encouragements du jury, mais ma foi tant mieux pour Atrabile) ainsi que le Prix Fnac. Chouette.

 

Pas grave, je leur ferai croire que ce sont d’autres titres qui ont eu les prix (Le trop grand vide d’Alphonse Tabouret, BodyWorld, Château de sable), de toute façon ils ne se rendront pas compte de la supercherie, ce ne sont pas l’élite, ces Lycéens (Dieu nous en préserve), ils n’auront forcément pas suivi le Festival.

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30 janvier 2011 7 30 /01 /janvier /2011 16:56

J’ai commencé l’année par des textes courts (100 ou 200 pages, rarement plus). Donc on dirait comme ça que y’en a plein et que j’ai passé mes journées et nuit à ça, mais en vrai non (enfin juste un petit peu).

 

 

Rosa Candida (Olafsdottir) : moi ça m’a un peu fait penser aux héros de certains romans de Murakami (Haruki), et c’est un compliment. C’est tout chouette tout sourires.

 

La belgariade (Eddings) : j’ai aussi décidé, en ce début d’année, de me lancer dans un grand cycle d’Héroïc Fantasy. Eh oui, j’ai des envies un peu étranges parfois, l’équivalent de vouloir manger des cornichons avec de la mayonnaise (j’aime les deux, y’a pas de raisons). J’ai vraiment beaucoup aimé, c’est très bien écrit et il y a dix idées par page. Bon après, c’est archi classique façon Seigneur des Anneaux, mais ça fonctionne très bien. Et pourtant, on y retrouve tout ce qui peut m’agacer dans ce genre (les noms à la con, les cartes etc.), mais là ça passe. Bon, sur les cinq tomes j’ai surtout aimé les 3 ou 4 premiers, le cinquième est un peu plus pénible tellement il se concentre trop sur l’aspect politique et non sur l’aspect aventure.

 

Effroyables Jardins (Quint) : comme quoi un texte très court peut délivrer de nombreux messages et être archi prenant

 

Sans nouvelles de Gurb (Mendoza) : ça m’a beaucoup fait rire. Ce qui n’est pas rien.

 

Je n’ai pas peur (Ammaniti) : ouais c’est sympa, une tranche de vie avec des gamins et des méchants et une tension croissante

 

Passion Simple (Ernaux) : superbe texte sur une relation adultère et sur les sentiments féminins.

 

Le labyrinthe grec (Montalban) : Je ne connaissais pas Pepe Carvahlo et ma foi, c’est du bon polar littéraire et j’ai bien l’intention d’en lire plus.

 

Le nom sur le bout de la langue (Quignard) : ça commence avec un conte plutôt basique sans grand intérêt, et soudain paf, énorme réflexion sur la langue et la recherche des mots et ce que c’est qu’écrire

 

Sonietchka (Oulitskaïa) : me souviens même pas l’avoir lu celui là. Pas certain que ce soit très bon signe

 

Pereira prétend (Tabucchi) : bon bah encore un chef d’œuvre de Tabucchi, sur ce qu’est le totalitarisme et les différentes façons de le combattre.

 

La ballade du café triste (McCullers) : je ne sais pas comment elle fait Carson pour donner autant vie à ses personnages et croquer à la perfection toutes ces scènes de vie. Et ce pessimisme constant…

 

Oncle Petros et la conjecture de Goldbach (Doxiadis) : donc en fait c’est un type qui passe sa vie à tenter de démontrer un théorème indémontrable. Voilà voilà. Je voulais tenter de me rendre un peu plus intelligent en lisant un roman sur les maths (et j’ai tout compris, youpi), mais ça aurait été mieux si ça n’avait pas été écrit avec un style passe partout pénible.

 

Les yeux secs (Cathrine) : j’en pense pas grand-chose, tiens. Mais c’est bien quand même hein.

 

Les locataires de l’été (Simmons) : j’ai été effaré par la traduction. Mais alors vraiment. Traduire ‘we’re an item’ par ‘nous sommes des objets’ et ‘don’t beat yourself over it’ par ‘te frappe pas pour ça’, ça me dépasse. C’est con parce que sorti de ça, c’est quand même un très bon texte, dans le fond.

 

Un soir au club (Gailly) : beaucoup aimé la langue (that’s what she said).

 

La Ballade de l’impossible (Murakami) : j’aime toujours autant. Il me donne toujours autant envie d’écrire. Sacré Murakami.

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28 janvier 2011 5 28 /01 /janvier /2011 00:08

 

C’était une journée bien étrange que celle d’aujourd’hui. Rien d’extraordinaire, pas de défilés de moutons angoras (ça j’aimerais bien, même si c’est quand même super con, un mouton. Presqu’aussi crétin qu’un poulet, et y’a rien de plus crétin qu’un poulet (sauf peut-être deux poulets, ça fait comme avec les supporters de foot)), pas de piscine olympique construite juste devant la librairie pour faire une démonstration de danse aquatique synchronisée (ça aurait été chouette aussi, et je pense que les nageuses sont moins crétines que les moutons. Enfin j’imagine, vu qu’elles sont sous l’eau et qu’on voit pas de lueur d’intelligence, du coup), non, une journée parsemée de petits éléments hors du temps.

 

D’ailleurs c’est pas plus mal, ça m’aura un peu diverti, en ce moment y’a personne de chez personne, et certes ça m’occupe de faire mes retours Makassar, et je dois reconnaître que ça me rend un peu heureux de virer du Taïfu et du Ange (c’est mesquin, j’en ai conscience, et je m’en excuse auprès des éditeurs concernés, mais on trouve ses petits moments de bonheur où on peut, par les temps qui courent), mais c’est pas ça qui va remplir mon tiroir-caisse qui en a bien besoin compte tenu des échéances de folie furieuse qui arrivent en fin de mois.

 

J’ai donc reçu des coups de fil complètement à côté de la plaque de gens qui doivent s’amuser à faire des numéros au hasard pris dans les pages jaunes en se disant que attends Maurice (c’est sa femme qui parle), on sait jamais, ils font peut-être relai La Redoute à cette adresse là, viens on va leur demander, ça coûte rien d’essayer, y’a la Suzanne qui m’a dit que maintenant on pouvait appeler autant qu’on voulait, que ça coûtait rien rapport à internet que les enfants ont installé. Et donc ils tombent sur moi.

- Non désolé madame, vous êtes dans une librairie de bandes dessinées

- Ah, et vous savez où il est, le point relai ?

- Vous avez pensé à demander à La Redoute ?

- Non mais vous savez comment c’est, ils sont moins serviables que les petits commerçants, alors on s’est dit que…

 

Certes.

 

Dans la foulée, autre coup de fil (et je n’invente rien), autre demande :

- Bonjour, vous auriez des autocollants repositionnables pour mettre derrière les photos pour mettre dans des albums pour pouvoir les enlever et les remettre et les repositionner dans un album ?

J’ai été gentleman, je l’ai laissée terminer sa phrase, je sentais qu’elle venait de loin et qu’elle devait sortir d’une traite sous peine de frustration éternelle

- Non désolé madame, vous êtes dans une librairie de bandes dessinées et je ne fais pas papeterie

- Ah, et vous pouvez m’en commander ?

 

Ma vie est déprimante.

 

Un client est arrivé peu après, ni bonjour et, coupons court à tout suspens de suite, ni au revoir, juste la tête baissée sous sa casquette sale direction les Bds de cul qu’il a feuilletées avidement et trop rapidement pour les avoir appréciées à leur juste valeur, c’est dommage. Ça à duré 30 secondes (un rapide), à peine le temps pour moi d’hausser un sourcil interrogateur.

 

Sa vie doit être déprimante et que moyennement lubrique.

 

Soudain est arrivé le rayon de soleil de pluie d’étoiles de la journée. Je ne connais pas son nom, ne le connaitrai jamais, mais elle avait l’assurance d’un tiercé de pingouins gagnants et la démarche d’un chien de prairie (c’est un compliment).

- Bonjour, nous organisons une journée thématique autour de la vache. Je peux vous laisser des flyers ?

Je suis resté quelque peu interloqué, j’ai vaguement tenté de réprimer un rire salvateur et lui ai demandé :

- Ca doit être chouette quand même de passer la journée à dire cette phrase, non ?

- Oh je sais pas trop, c’est la première fois que je la dis, je commence la tournée là

 

Ah, douceur virginale de l’être encore innocent. Je suis heureux d’y avoir assisté, à cet accouchement magique, c’est pas tous les jours qu’on vous demande de prendre part indirectement à la journée de la vache. Sur le dos du flyer il est stipulé qu’ils font des jeux à base de lait et qu’il faut traire la vache. Tout ceci à l’air très sérieux, et je pense effectivement que ça peut être une super sortie en famille que de trainer au milieu de tous ces regards bovins inexpressifs et pourtant tellement humains. Cela dit c’est vrai qu’on peut se demander ce qu’il cherchait à faire, au juste, le premier homme qui a découvert le lait de vache (je sais plus où j’ai lu cette blague, mais je sais qu’il y en a une de Calvin & Hobbes qui s’en rapproche)…

 

‘Le lait, c’est vachement bon !’. C’est écrit au dos du flyer. Ça m’a achevé. D’ailleurs c’est simple, j’en ai encore le sourire tout frais. Je pense que je vais le garder sur moi pour mes moments de cafard.

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23 janvier 2011 7 23 /01 /janvier /2011 22:12

Vous avez dû le remarquer : je ne parle jamais de ma vie sentimentale. Alors même que je suis certain que ça vous passionne. On touche du doigt ce qui constitue l’essence même de l’ironie de la vie.

 

Mais c’est surtout que vous, lecteurs, êtes ma famille, quelque part, et mon apprenti c’est le petit dernier que nous tentons tant bien que mal d’éduquer et qui ferait bien mieux d’arrêter de nous répondre comme ça s’il veut partir en vacances cet été et draguer sur la plage. D’ailleurs l’autre jour je me suis absenté cinq minutes et l’ai donc laissé tout seul à la boutique. J’avais l’impression d’abandonner mon enfant à la baby-sitter : je lui refilais tout plein de conseils et recommandations, lui demandant s’il avait bien mon numéro de portable et d’être gentil avec les clients, je reviens tout de suite, promis, et ne te sers pas dans le bar, je connais le niveau de la moindre bouteille.

 

Oui bon ok c’est un poil pathétique tout ça.

 

Mon attachée de presse (oui, c’est un métier constitué uniquement de femmes, d’où le féminin d’attachée) m’a expliqué en long et large qu’il valait mieux que ma fanbase (les attachées de presse parlent un peu pompeusement, c’est leur métier de pomper (ah bravo tiens)), que ma fanbase, donc, s’imagine que je suis célibataire et donc disponible à tout fantasme de leur part. Un plan marketing spécial Boys-Band, en somme. Sauf que les Boys-Band c’était il y a 15 ans et que la face du monde a bien changé, depuis, alors j’ai du la virer, j’espère qu’elle me comprend.

 

De toute façon, j’imagine que vous avez toutes (oui, je m’adresse aux femmes) en tête l’image du libraire fan de Bd un brin loser, déconnecté de la réalité, super pas cool, tout moche tout pas beau mais qui peut être attendrissant quand il souri devant son bol de soupe tiède, le soir, après avoir donné à manger à son chat qu’il aura appelé Nävis ou Pelisse ou Valérian, ce qui explique royalement pourquoi il est célibataire, d’ailleurs. Je suis beaucoup de ces choses là (je vous laisse deviner lesquelles), mais il en était autrement de temps de ma prime jeunesse, comma j’aime beaucoup à le rappeler dans ces lignes.

 

C’est qu’il y en a eu des femmes dans ma vie. Celles qui passent, celles qui restent, celles qui restent alors même qu’elles n’ont fait que passer. Un vrai tombeur.

 

Oui bon ok, pas des femmes. Des filles plutôt, le plus gros de mon activité salivaire ayant eu lieu avant le lycée, avant que tout ne devienne trop compliqué.

 

Oui bon ok y’en a pas eu tant que ça. Il faut dire que j’étais handicapé par ma taille, et que c’est jamais facile d’embrasser une fille de votre âge quand vous lui arrivez au niveau de la poitrine. Ce qui n’a aucun intérêt dans la mesure où cette dernière n’est pas formée, mais c’est un autre problème. En plus, ma toute première expérience d’échange de salive confus et qui impliquait de choisir dans quel sens tourner la langue a eu lieu…j’ose à peine l’avouer…

 

Allez, je peux le faire.

Après tout, on fait tous des erreurs.

Vous saurez mettre de côté toute moquerie et venir me consoler avec toute la bienveillance que je mérite. Si si.

 

Alors donc mon premier baiser a eu lieu sur fond de Felix Gray et Didier Barbelivien. Oui, parfaitement, A toutes les filles que j’ai aimées avant est à jamais associé à ce souvenir primordial dans la vie d’un être humain un tant soit peu sensible. Et il faut croire que ça a marqué au fer rouge mon subconscient affolé qui ne pouvait pas trop la ramener car bon, quand même, c’était pas désagréable comme sensation, c’est bon, on gèrera ça plus tard, focalise-toi plutôt sur le sens des aiguilles d’une montre, il est où le nord déjà ?

 

Mais j’exige qu’on me rende ces trois minutes de ma vie.

Je sais que je peux faire mieux.

Merci.

 

Et j’ai réussi à écrire tout un article sur ma vie sentimentale sans rien en dévoiler. Je ferais un super bon Boys-Band.

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18 janvier 2011 2 18 /01 /janvier /2011 23:26

- Bonjour, je vous ramène cette Bd que j’ai achetée parce que j’aime bien la collection, mais ça ne m’a pas du tout plu.

 

Ca ne m’arrive pas très souvent, mais c’est pas non plus rarissime, je suis habitué, allez, c’est pas grave, ça arrive, je vais pas le prendre personnellement, elle ne vient pas de dire que mon enfant est moche (mes enfants seront beaux comme de la pluie en été), et en plus c’était pas un conseil, ouf, l’ego est sauf.

 

On aurait pu en rester là, mais elle a choisi d’en rajouter une couche. Pourtant elle a l’air toute gentille avec son petit chapeau, son manteau long (je le sais, en plus, qu’il faut se méfier des manteaux longs) et sa coupe à la Mireille Mathieu (je le sais, en plus…). Il faut croire qu’elle cachait bien son jeu, ou qu’elle a pris mon sourire poli pour un sourire de connivence (super pas, madame, j’ai seulement été bien éduqué avec le soupçon d’hypocrisie nécessaire à la vie en société), car elle s’est empressée de rajouter :

 

- J’ai trouvé ça nullissime, vulgaire, incroyablement mauvais.

 

Moi je ne demande qu’à être d’accord avec mes clients, et d’ailleurs elle vient succinctement mais brillamment de décrire une bonne partie de la production Bd, sauf que là, non, elle parle des Gens Honnêtes (Durieux/Gibrat, chez Aire Libre), et ce n’est pas une Bd mémorable (bien que de qualité) mais c’est sûrement pas nul et vulgaire. Il faut croire que certains lecteurs se trouvent heurtés à la moindre occasion, surtout quand on s’éloigne des standards instaurés par les émissions de Jacques Martin du dimanche (je dis ça parce que jamais Mireille Mathieu n’aurait été invitée au Petit Rapporteur).

 

Dans ces cas là, plusieurs solutions : soit je m’impose un peu, je m’oppose, je discute, je dis que rho vous exagérez quand même Mireille, c’est pas si mal que ça, vous trouvez que c’est vulgaire parce que vous avez un balai et un parapluie dans votre séant et que vous ne savez pas voir la beauté dans un pissenlit.

 

Soit je m’écrase car de toute façon ça ne sert à rien, tant pis si je vends mon âme de cœur de rocker libraire, je tente de ne pas juger, je réponds une phrase banale de type ‘ah ?’ ou, si je suis inspiré, ‘oh c’est dommage’.

 

Là, j’ai opté pour un mix des deux, j’ai dit que c’était dommage mais qu’elle avait tort et que, grand prince que j’étais, je consentais à l’échanger contre autre chose.

 

- Je peux vous conseiller une Bd qui devrait plus vous convenir, si vous voulez ? J’ai justement fait un coin spécial conseils de l’année, avec des coups de cœur dans plein de genres différents, de l’amour, de l’humour, de la guerre et des endives. De quoi satisfaire les plus insatisfaits, les déçus de la Bd, les frustrés du phylactère.

- Non merci, je préfère choisir moi-même, j’ai trop souvent été déçue.

 

Ça me rappelle l’ensemble de ma vie sexuelle, ça, c’est malin.

Et comme je le répétais alors : ouais bah tant pis pour elle.

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13 janvier 2011 4 13 /01 /janvier /2011 00:16

Cette année, dans un souci d’optimiser mes nombreux atouts et de vaguement tenter de libérer du temps grâce à mon apprenti que j’ai réussi à dresser pour faire tout ce que moi bah-ça-me-dit-trop-rien-merci-et-ferme-bien-le-carton, cette année, donc, je fais les choses bien.

 

Eh oui.

Je sais, ça impressionne toujours un peu au début, ce genre d’assertions.

 

La semaine dernière, tout seul dans mes cartons à ne faire que piles sur piles sur balayage sur serpillière sur bonne année et la santé surtout, je me sentais incroyablement peu stimulé intellectuellement. Ce qui est dommage compte tenu d’à quel point le monde pourrait facilement bénéficier de ma sagesse pour peu que je m’y mette un poil.

 

Oh certes, je passe beaucoup de temps planté devant mon ordinateur à remplir tout plein de tableaux Excel avec des chiffres et des pourcentages et des jolies courbes et des camemberts sublimes qui m’indiquent la marche à suivre pour l’année, mais bon, ça m’occupe une journée par mois, je me sens intelligent à peine douze heures sur 360, mon ego va pas aller bien loin comme ça. D’ailleurs, jeunes futurs libraires, n’allez pas croire que vous pourrez vous en sortir sans ces tableaux. Oui, je sais, c’est malheureux, la vie n’est pas faite que de lectures au coin du feu qui crépite au son de Mozart jouant du Chopin, il faut parfois retrousser ses manches à calcul. Ce qui est assez étonnant c’est qu’en ce qui me concerne, je ne supporte pas les maths (enfin j’ai été longtemps persuadé de ne pas être fait pour elles, alors qu’au final c’est juste que j’étais une sale feignasse et que ça m’arrangeait bien d’imaginer que c’est de l’ordre de l’inné, on y peut rien, c’est comme d’être attiré par les seins en forme de pommes, on peut pas lutter, et tant pis si on a pas la moyenne au bac), et malgré ça je suis amoureux fou transi de stats. Mais des stats accessibles hein. Depuis tout à l’heure je fais rien qu’à faire croire que je suis intelligent, mais c’est limité, n’allez pas croire, j’ai l’intelligence de ma lucidité (Lucidité n’étant pas le nom de mon âne, merci).

 

C’est pratique, les stats, ça permet de pas trop se planter dans ses commandes d’office (tous les libraires vous diront qu’ils font ça à l’instinct. Alors c’est bien l’instinct, il en faut, mais quand c’est avéré par des chiffres c’est encore mieux. Et tellement plus fiable. Par contre ça impressionne moins les gonzesses impressionnables, c’est vrai, allez, va pour l’instinct), de connaître sa clientèle, de savoir la cibler, de savoir ce qui marche et pourquoi, d’établir ses différentes rotations (lentes, rapides, très rapides) et surtout de déterminer si on va droit dans un mur de marshmallows tagada ou dans un mur en briques de chardons ardents. Donc soignez bien vos catégories, c’est important, presqu’autant que de donner à manger aux petits canards tout mignons pour qu’ils deviennent de beaux cygnes crâneurs.

 

Tout ça pour dire que je m’impose de prendre le temps d’écrire des dossiers, préparer des expos, ne pas tout faire au dernier moment (d’ailleurs ce serait bien que mon dossier Angoulême soit terminé pour hier, mais ça va, j’ai encore le temps), être encore plus organisé (je le suis déjà pas mal, cela dit, j’ai été bien élevé à ce niveau) et apporter joie et amour à mes proches. Et la santé, surtout.

 

Je pense que d’un coup d’un seul j’ai perdu la moitié de mes lecteurs et que la vocation de libraire s’est échappée des cœurs en friches d’une partie d’entre vous. Mais tant pis pour vous, c’est ce qui me rend heureux moi, d’abord. La vie de libraire ce n’est pas que des enfants avec des granolas et des éditeurs qui vous envoient du Champagne alors que vous ne buvez pas d’alcool (quelques clients m’ont offert du chocolat. Noir. Bénis soient-ils). C’est aussi, parfois, des piles de livres machinales et un vide intellectuel profond. Mais on s’y fait.

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7 janvier 2011 5 07 /01 /janvier /2011 01:00

Je n’ai jamais vraiment été convaincu par la notion de vocation. Vouloir être libraire, ce n’est pas une question de vocation. Moi, tout petit déjà j’avais pas forcément en tête de faire des piles de livres, d’ouvrir des cartons au cutter et de décider arbitrairement ce qui liront les gens assis sur les toilettes. Il faut par contre certaines prédispositions : être ordonné, méthodique, aimer les rangements et classements divers et variés (les libraires qui vous disent qu’ils sont bordeliques mentent. Ce sont de faux bordeliques. Moi aussi j’ai des chaussettes qui trainent par terre dans la chambre à coucher et j’ai pas fait la vaisselle, ça fait pas de moi un bordelique) et aussi être un peu collectionneur. Par là je n’entends pas qu’il faille à tout prix rechercher l’édition originale avec une page imprimée à l’envers et ne surtout pas lire un livre si ce n’est pas la première édition. Non, il faut être un accumulateur. Ce qui explique ma propension à faire des listes tout le temps, pour mieux accumuler.

 

J’ai eu diverses phases plus ou moins ridicules, mais mes deux collections principales ont été une de paquets de cigarettes (alors même que je n’ai jamais fumé) et, un peu plus tard, je me suis lancé dans les cartes de baseball et de basket, ce qui m’a pas mal occupé. Les gonzesses sont arrivées pour me sauver de ma détresse geekesque et me détruire intérieurement, jusqu’à ce que je me jette corps et âme dans la musique pendant quelques années, mais c’est une autre histoire.

 

Je ne croix pas aux vocations, mais par contre je crois aux instants décisifs. C’est mon côté Cartier-Bresson. Je vais sans plus tarder vous raconter le mien, vous allez voir, c’est une belle histoire, j’espère même en avoir les larmes aux yeux dans quelques paragraphes.

 

Zou.

 

Il fut un temps où j’étais encore plus jeune, encore plus beau, encore plus alerte et soyeux et où j’avais un vrai métier, avec un vrai revenu qui me permettait d’assouvir ma folle passion pour la bande dessinée auprès de mon libraire à moi qui ma foi m’était plutôt sympathique malgré ses défauts de mec un peu pénible parfois. Puis soudain j’ai troqué ce métier pour un faux métier de troubadour ménestrel plutôt coolos avec plein d’avantages, mais pas celui de rapporter de quoi poursuivre ma voracité de lectures dévorante. Et donc une année, je me souviens que c’était en Décembre parce qu’il faisait froid et que c’était Noël, je mets sur ma liste de cadeaux potentiels ‘des Bds s’il vous plaît monsieur le gros barbu’. C’est la liste qui fait exception, mais je hais les listes de Noël, du coup j’ai pas fait d’énumération précise, juste ‘des Bds, vas-y débrouille toi avec ça mon ptit père, montre moi que t’es omniscient’. J’ai des goûts que l’on pourrait pompeusement qualifier d’exigeants (en gros, je suis chiant), mais j’expliquais au plus beau Père Noël du monde (ma mère) que oh, t’inquiète, tu vas voir monsieur le libraire là bas, il connaît mes goûts, il saura te guider, n’aies de craintes, tout va bien se passer, t’as juste à dépenser des sous pour moi et je ferai de même si j’arrive à en trouver d’ici là.

 

Mon état de sevrage m’était insupportable, j’en étais réduit à relire mes vieux Picsou Magazine, je rêvais de toucher du doigt les quelques nouveautés qui valaient vraiment le coup et les accueillir parmi moi, les aimer, les choyer, les prêter même parfois (je suis dans une relation libre avec mes livres). Je me frottais donc les babines d’avance, enfin la délivrance, avec le plaisir qu’est dans l’attente et tout et tout allez quel jour on est c’est pas Noël encore bordel ?

 

Et soudain, sans crier gare (bon ok si un peu) c’est le jour j, je dévale les escaliers en pyjama Lucky Luke et chaussons Garfield, je dis bonjour à mon chien, puis à mes parents, puis je mets le 33T de Los Pitufos (chaque chose en ordre et en son temps) tout en jetant un coup d’œil furtif sous le sapin pour vérifier que j’ai bien été sage cette année et que je vais pas me retrouver avec deux slips et du chocolat bon marché.

 

Il est là le divin paquet. C’est parallélépipédique, c’est rigide, ça a visiblement été emballé par un apprenti, pas de doutes, ce sont des Bds.

 

Joie.

 

Woopty Doo.

 

Anda.

 

Je déchire le paquet qui, clin d’œil amusant, comprend deux Bds Paquet. C’est pas le nombre qui compte, c’est l’intention, et deux livres ça me va très bien, ça me suffit à être heureux, venez tous m’offrir deux livres, vous verrez ce que c’est que le bonheur dans les yeux d’un bienheureux. Bon par contre je les sens pas moi ces machins, j’en ai pas entendu parler, t’es sûre, oh belle Père Noël que tu t’es adressée au bon libraire, celui qui me connaît, qui a du s’exclamer que oh ! c’est pour le futur libraire qui se cache pour mourir ? mais entrez madame, vous voulez du champagne et des macarons et un tapis rouge à installer chez vous ?

 

- Oui oui

- Ah

 

Ma première impression fut confirmée par la lecture des ouvrages susmentionnés. C’était plus que moyen, dirons nous pour euphémiser gaiment. En fait je le soupçonne de ne les avoir pas lues, il a du voir ça qui trainait sur une pile quelque part, le genre pas simple à vendre parce que c’est pas terrible, tout simplement, mais ça ressemble un peu vaguement à du roman graphique, allez, c’est son truc, ça va bien lui plaire, de toute façon les lecteurs ils sont pas très exigeants, tant que ça se lit ils sont contents, allez, prenez ces deux là madame, ce sera très bien, et puis ça me fera toujours ça en moins à retourner d’autant plus que je vois vraiment pas à qui je vais les caser.

 

Je ne souhaite à personne de connaître un jour ce sentiment de trahison ultime. Il avait ma confiance dans les mains et il l’a écrasée et jetée contre un mur de verre pilé. Et en plus, comme je ne revends jamais mes cadeaux, j’ai deux bouses (en plus) dans ma bibliothèque, et ça fait pas très sérieux quand même quand je ramène des gonzesses exigeantes chez moi.

 

Voilà pourquoi quand je fais du conseil, je le fais à fond, à la limite de l’obsessionnel, je veux que l’enfant/l’ado/le ptit con qu’aime rien/l’adulte blasé/la grand-mère gateau aient chacun des plissures de plaisir au coin des yeux en découvrant ce qu’ils pensent que le Père Noël a délicatement choisi rien que pour eux avec les quelques indices laissés par la lettre qui lui était adressée (‘Salut, j’veux une Bd, j’ai 23 ans et j’aime pas trop lire. Merci. Ps : j’ai aimé Le seigneur des anneaux’) .

 

Voilà, vous savez tout de mon instant décisif qui a forgé un peu plus mes névroses de libraire. Je vais à présent me retirer et sécher mes larmes. Qui m’aime me suive.

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4 janvier 2011 2 04 /01 /janvier /2011 23:41

 

N’y allons pas par quatre chemins : je suis émotionnellement à fleur de peau et en plein bébé blues de Noël. Je n’ai jamais été enceinte, du moins pas que je sache (et il paraît que je le saurais), mais je sais ce que c’est que de post partumer, sauf que la délivrance dans mon cas c’est tout plein de conseils, tout plein de paquets cadeau, une librairie pleine à craquer d’intégrales qui se sont fait belles et rien que des têtes que je vois jamais qui viennent me féliciter et me rassurer quant à mes problèmes de rétention d’eau.

 

La semaine après Noël frétille toujours encore un peu de la queue fatiguée, avec ses quelques retours de cadeauxquivontpasparcequ’onl’avaitdejamaisparcontre

j’aipasdeticketdecaissej’esperequec’estpasunproblème qui me donnent un petit air de service d’accueil de supermarché derrière mon comptoir, ainsi qu’avec toute cette jeunesse aux yeux qui brillent à l’idée de s’acheter tout plein de mangas avec les sous de mamie qui a bien fait cette année de ne pas tricoter de pull (ce que je trouve triste, personnellement, il n’y a rien de pire que de recevoir de l’argent à Noël. C’est super dur à revendre sur Priceminister, de l’argent (oui bon c’est le début de l’année, faut être indulgent)).

 

Par contre, après l’inventaire, c'est-à-dire aujourd’hui, la librairie est certes un terrain de jeu prêt à accueillir autant de cartons qu’il le faudra pour faire baisser mon stock à un niveau convenable (soit d’à  peu près 15%. Je suis très tatillon quand il s’agit de mon stock. Sachez jeunes apprentis qui me lisez que le stock c’est ce qu’il y a de plus important, à égalité avec le pull de mamie. Il faut le modeler, le manier, l’aimer, parfois le rassurer et souvent lui dire que bon, ça va maintenant mais tu m’étouffes, zou dégage et en fait non je veux pas forcément qu’on reste amis), mais c’est surtout un champ de bataille. Des piles n’importe où, des Bds en facing pas à leur place (mon apprenti a une vision très personnelle du ‘je remets tout bien là où il faut pendant l’inventaire et non n’importe comment vu que de toute façon une bonne partie va virer parce que c’est pas toi, c’est moi’), un sol tout crado et cette déco de Noël que je vais jamais avoir le temps de retirer avant la fin de l’année, autant la laisser là tiens.

 

Heureusement que les premières nouveautés de l’année ainsi que le rapport annuel de Gilles Ratier sont là pour nous rappeler que ouf, tout va bien, le temps suit son cours, mon blues n’est que passager, bientôt tout sera de nouveau en place, les jours rallongent enfin, le printemps est au coin de la rue du bout du couloir ensoleillé, Asterios Polyp aura le Fauve d’or, ma propre sélection d’Angoulême sera un sans faute et j’ai presqu’envie de faire des entrechats sur du Mf Doom sans mettre des miettes d’Oreos partout. Ouf.  

 

C’est bien aussi, finalement, la routine, mais c’est encore mieux quand j’ai quelqu’un pour enlever les mauvaises herbes pendant que moi je plante les crocus. Ce qui n’est pas le cas cette semaine. Il est mal foutu leur calendrier, à l’INFL. J’espère qu’au moins cette semaine ils apprendront tout sur les taux de rotations et sur comment aimer d’amour son stock. Ce sera toujours ça de gagné.

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31 décembre 2010 5 31 /12 /décembre /2010 01:16

Allez, c’est parti pour les dernières lectures de l’année. Traditionnellement, mon rythme baisse un poil pendant cette période plutôt chargée pour nous autres pauvres commerçants, mais cette année j’ai pris sur moi et ai réussi à garder le cap. Je suis fier de moi. Je me décernerai une médaille, pour la peine.

 

J’ai terminé mon 160eme roman de l’année hier soir, c’est beau comme un chiffre rond, et dépassé les 60 000 pages lues (oui, je compte le nombre de pages). Un jour j’arrêterai de tout comptabiliser, promis, mais en attendant voici la fameuse liste :

 

 

A room with a view (Foster) : je m’en souviens déjà plus, tiens

 

Rolling Thunder (Shepard) : ouais c’est bien si on s’intéresse à Dylan. Ça tombe bien c’est mon cas.

 

SCUM Manifesto (Solanas) : je l’ai lu par curiosité intellectuelle, et ma foi ça n’a aucune espèce d’intérêt sinon d’être un texte très court.

 

La chorale des maîtres bouchers (Erdrich) : de la saga familiale comme je les aime, fort bien écrite. Je me pencherai de plus près sur les autres romans de cet auteur.

 

Pas à pas jusqu’au dernier (Des Forets) : écriture assez fascinante quand même. Bon après, c’est une réflexion sur l’approche de la mort, donc pas le truc le plus gai de la planète, mais ça fait cogiter.

 

The remains of the day (Ishiguro) : j’aime toujours autant sa capacité à créer des personnages très différents d’un roman à l’autre. Ca m’a moins remué que Never let me go, mais j’ai retrouvé sa finesse avec plaisir.

 

Ptah Hotep (Duits) : excellent roman semi-fantasy sur fond d’Egypte ancienne.

 

La femme qui se cognait dans les portes (Doyle) : c’est quand même balaise comme exercice de style pour un auteur masculin de faire parler une femme avec autant de véracité. Le genre de roman qu’on lit d’une traite et qui laisse des traces.

 

Slapstick (Vonnegut) : Plus je lis du Vonnegut, plus je me dis que bon sang, entre ici Kurt dans mon panthéon personnel

 

L’œuvre au noir (Yourcenar) : ça c’est du style qu’il est dense. Mais ça me va, même si on sent que Marguerite elle est pas là pour rigoler.

 

Le livre de Joe (Tropper) : en fait je l’ai lu assez rapidement, sans déplaisir, comme on regarde une comédie sentimentale avec Zach Braff sans trop savoir pourquoi. Ceci étant, c’est quand même pas terrible du tout, une sorte d’accumulation de personnage clichés assez impressionnante et des situations très visuelles qu’on voit venir à des kilomètres. Ouais non, c’est nase.

 

Dead Eye Dick (Vonnegut) : je vous ai dit que j’adorais Kurt ?

 

Les chutes (Oates) : le début est absolument époustouflant. Je suis un peu moins enthousiaste de la suite de tournure d’événement du roman, mais c’est quand même excellent. Curieusement, c’est mon premier Oates, et ça m’a vraiment donné envie d’en lire d’autres.

 

Vendetta (Ellory) : autant j’avais pas été convaincu par Seul le silence, autant là ouais, c’est chouettos de bout en bout. Bon je trouve qu’il continue de faire dans la surenchère, ce qui gâche un peu (quelle idée d’inclure Hoffa et Kennedy ?), et qu’il a du se refaire la trilogie du Parrain suivie de Casino avant de l’écrire, mais ce sont 750 pages qui s’avalent facilement et qui raviront les amateurs de polars (c’est fou, je commence à écrire comme Le Parisien)

 

Bartleby & Co (Vila Matas) : moi j’aime bien ces romans qui parlent de littérature (Vila Matas se penche sur ces écrivains qui ont renoncé à l’écriture, qui ‘préfèrent ne pas’). Mais c’est sûr que ça va pas intéresser tout le monde…ce qui est dommage.

 

Et mon premier roman de l’année sera le fameux Rosa Candida. Très prometteur.

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28 décembre 2010 2 28 /12 /décembre /2010 00:09

Ouf, a y’est, le TGV de Noël est passé entre les gouttes des flocons, comme toujours tout s’est décidé pendant les trois derniers jours, comme toujours ce sont les plus pénibles qui arrivent à la fin, qui vous demandent conseil tout en cherchant la Bd à cinq pattes (un one-shot à moins de 10€ sur le thème des Dinosaures dont le héros s’appellerait Matéo s’il vous plait monsieur le libraire, et que ça saute, j’ai des cookies sur le feu).

 

La particularité de cette période, c’est que je ne vois que des gens de passage, ceux qui, déçus par les vitrines des grands magasins parisiens, viennent une fois par an voir mes décos et s’assurer que je sens toujours aussi bon ( la réponse étant invariablement oui, même si cette année j’ai une bonne dizaine de clients qui m’ont fait remarquer que j’avais l’air fatigué et que mes cheveux, vraiment, ça ressemble à rien. C’est évidemment le signe que je dois dormir pendant plusieurs jours d’affilé et aussi me couper les cheveux (et non me les faire couper, car j’ai horreur des coiffeurs. Un peu moins des coiffeuses et de leur capacité à vous masser le cuir chevelu entre leurs seins sans que quiconque hausse un sourcil (entre autres) mais quand même).

 

Je ne vais pas me plaindre de faire 40% de chiffre en plus, de faire du conseil toute la journée, de rendre les gens heureux, d’initier mon apprenti aux joies du paquet cadeau non stop (‘oui je veux bien un paquet cadeau, et si c’est pas trop demander, j’en veux bien un pour chaque Naruto, c’est quand même plus sympa d’avoir dix petits paquets sous le sapin qu’un seul gros’) et d’expliquer que non, désolé, je n’ai plus de Bds ‘Les fonctionnaires’, mais allez plutôt voir chez Carrefour ils devraient en avoir.

 

‘C’est pas assez intello pour vous, c’est ça ?’ me répond cette wannabe cliente, visiblement sur la défensive et clairement pas au faite de mon incroyable ouverture d’esprit

 

‘Heu non, c’est juste que je trouve ça nul’ répondis-je conscient que de toute façon hein, bon, je serai ouvert d’esprit l’année prochaine, plutôt.

 

Mais bon, j’ai décidé cette année de ne pas raconter d’anecdote spéciale Noël, principalement pour éviter de me moquer gratuitement et sournoisement de gens qui font déjà l’effort de venir jusqu’à moi afin d’offrir un cadeau qui de toute façon sera revendu sur Ebay le lendemain de Noël, le temps de digérer la dinde. A ceux là je dis à l’année prochaine, j’espère que le sapin appréciera le fait que j’ai tenté de ne pas mettre n’importe quelle camelote à ses pieds.

 

Et j’espère que vous-mêmes avez été gâtés en livres, n’hésitez pas à m’en susurrer les titres à l’oreille, je suis toujours curieux de savoir si la culture a finalement une chance de s’en sortir, en 2011.

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