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  • : Les libraires se cachent pour mourir
  • : Un libraire se livre (oui bon...). Les doutes, les joies, les peines et les découvertes sans cesse renouvelées dans ce milieu merveilleux. Ou alors c'est simplement le quotidien d'un mec qui lit des Bds et qui est payé pour ça
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11 janvier 2010 1 11 /01 /janvier /2010 00:37

A la base, j’allais vous faire tout un discours à propos de mes goûts, de l’affirmation de ceux-ci, et qui je suis d’abord pour juger une œuvre, et je peux pas me contenter de vendre une Bd sans ajouter mon grain de sel, comme si mon avis était plus important qu’un autre (il l’est) ? Oui, parfaitement, je revendique le droit de dire ‘c’est de la merde’ et non ‘j’aime pas’, même si ce dernier est forcément sous-entendu, bande de moules (je parle à tous ces censeurs coincés  de forums internet qui comprennent pas qu’on peut rester poli, courtois, et quand même manier la rhétorique avec un ‘d’la merde’ inspiré). Non seulement je m’éloigne, mais en plus je radote, vu que j’ai déjà parlé de ce sujet.

 

Du coup je vais plutôt me concentrer sur la petite vieille qui vient d’entrer dans la boutique. J’ai un peu honte parce que la librairie est franchement dégueulasse. La faute à la neige, qui certes apporte beaucoup d’animation dans la rue car je suis témoin de gamelle sur gamelle malgré les démarches de pingouins des personnes qui ont eu le courage de sortir de chez elles, mais qui aussi, de toute évidence est composée majoritairement d’eau. Et j’ai beau passer la serpillière dix fois par jour, ça ne suffit pas, c’est une vraie pataugeoire là dedans, et en plus ça craque sous le pied. Et quand ça craque sous le pied, vous savez qu’il est temps de laver par terre. Et moi j’aime bien que ma librairie soit propre et bien léchée (c’est une image, j’évite autant que possible de mettre ma langue sur le carrelage, c’est pas trop mon truc). Vous en connaissez beaucoup, vous, des jeunes hommes bien élevés, au sourire enchanteur, aux ongles immaculés et à la mise en plis irréprochable qui recevraient une grand-mère dans une librairie au sol tout crade ? D’où mon embarras. D’ailleurs, ma mise en plis a toujours été hasardeuse voire inexistante, mais ça a toujours été compensé par un sol super propre, pour détourner l’attention.

 

Mais je suis un pro, je peux mettre de côté tout ça, ou est-ce que j’ai foutu mes sachets de thé et mes langues de chat, moi, bonjour, je peux vous renseigner ?

 

Elle m’explique qu’elle n’est pas du coin, que généralement elle achète ses Bds ailleurs (ça commence bien, la garce). Elle aperçoit mon ‘coin Angoulême’ et me dit qu’elle a pris le Sfar pour son fils l’autre jour, sur conseils du libraire (moui), et qu’elle va faire un petit tour dans ma charmante librairie (qui craque et qui a du mal à cacher l’absence de thé pour l’accueillir convenablement, surtout que par ce froid, les personnes âgées sont plus vulnérables, il faut en prendre soin, n’oubliez pas de vous hydrater et d’acheter une clim’). Bon, ça va, elle nous trouve charmants (oui je m’inclue dedans, la librairie, c’est moi, pour paraphraser l’autre roi du soleil), je peux me relaxer et faire couler l’eau chaude saveur lavande, il faut vraiment que je lave par terre (et curieusement j’ai envie de prendre un bain, maintenant).

 

- Vous en pensez quoi, monsieur, du Pinocchio ?

Elle me montre la pile de Pinocchios sorti chez les Rêveurs, celui de Jacovitti. Je mets mon costume de monsieur loyal, et je pars dans une tirade inspirée, l’équilibre parfait entre volonté de vendre et de sincérité, oui, mon discours fut touché du doigt par une certaine divinité, y’a pas à dire, j’ai assuré comme une bête, c’est dans la poche, d’ailleurs elle boit mes paroles et paraît totalement satisfaite.

 

- Parfait, merci monsieur

Dans la poche, que je vous dis.

- J’ai bien fait de l’acheter ailleurs l’autre jour alors, le dessin me plaisait bien.

 

L’année va être longue, je ferais mieux de me le faire couler, ce bain.

 

 

J’ai donc terminé Ada ou l’ardeur, qui est bel et bien un chef d’œuvre absolu.

J’ai enchaîné avec Ikebukuro West Gate Park, qui est sympa comme tout malgré ses quelques défauts. J’en attendais peut-être un peu trop, je sais pas.

 

 

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6 janvier 2010 3 06 /01 /janvier /2010 23:34

Bon.

Alors de quoi je vais parler moi aujourd’hui ?


J’ai le choix entre les soldes (moui), la rentrée (bof), la rentrée des soldes (moui bof), l’inventaire (nan il s’est rien passé, juste des bips), les premières nouveautés depuis trois semaines (woohoo. Lisez Sutures, d’ailleurs, de David Small), Angoulême qui arrive (j’ai même fait un coin spécial dans la librairie, avec des résumés et tout et tout, histoire de compenser le fait que je vais virer la déco de Noël et que tout le monde sera triste car le temps avance inexorablement et qu’on est pas dans la merde, tiens. Pronostic qui vaut ce qu’il vaut : ça devrait se jouer entre Blast, Alpha et Rebetiko, et je mise un manteau en fourrure de loutre sur ce dernier), de mon meilleur client que j’ai pas vu depuis le mois de Mars dernier (et qui est quand même mon meilleur client sur l’année, c’est dire) et qui s’est repointé un anneau sur l’annulaire sur une main et une chinoise dans l’autre, ou encore de mon désir secret de voir réapparaître un jour des Dodos (Dodos Park ça a de la gueule, quand même).

 

Pas franchement de quoi écrire une note. J’ai aussi une trentaine de cartons de retours prêts à être empaquetés et virés de ma surface de vente. Généralement ça me gonfle un peu, de faire des retours, mais là pfiou, c’est la délivrance, je peux de nouveau baisser mon stock, virer ces coffrets et faire de la place pour les nouveautés à venir (Lisez Sutures). Ça va, on va pas passer l’année à célébrer Noël. Chaque jour qui passe nous rapproche de la prochaine date importante sur le calendrier : mon anniversaire. Mais il faut croire que c’est un épiphénomène, vu qu’aucun éditeur ne fait quoique ce soit à cette occasion. Ingrats (ne lisez pas Sutures, finalement, ils ne me méritent pas).

 

Un client se pointe, je sens qu’il va m’apporter joie, félicité et inspiration, et la santé surtout, oui, bonne année oui, meilleurs vœux, merci, vous aussi. Il fait un petit tour (son truc à lui, c’est les Bds pornos. Il va d’abord en feuilleter quelques autres ailleurs, histoire de faire diversion, mais vu qu’en feuilletant, il a les yeux qui se baladent vers les couvertures aguicheuses quelques mètres plus loin, il est pas très crédible), s’arrête un instant, fait mine de réfléchir (pas crédible non plus), revient vers moi, hésite un peu, prend son courage à deux mains (j’aime autant que ce soit son courage) et me demande s’il peut me poser une question. Je comprends toutes ces précautions, faut dire que je suis particulièrement impressionnant du haut de ma prestance et de mon mètre 68.

 

- Heu oui bien sûr, quesquispasse ?

- Je me demandais si ici on pouvait échanger des Bds ?

- Comment ça ?

- J’ai acheté une Bd l’autre jour, et je voulais savoir si je pouvais la remplacer par une autre ?

- Ah heu ça dépend, elle est abîmée, elle est malade, pourquoi vous voulez la remplacer ?

- Heu non juste comme ça, pour faire un échange, je m’en sers plus

 

Oui, il a bien dit ‘je m’en sers plus’. Information dont je me serais passé, vu le genre de Bd dont il s’agit (L’accordeur, si vous voulez tout savoir, c’est le titre de la Bd, et la couverture est un poème à elle toute seule).

 

- Je veux bien faire des échanges quand il s’agit de conseils, ou de doubles, ou d’abîmés, mais sinon nan, pas trop, ou alors je mets la clef sous la porte dans six mois, et ça on veut pas, ça coïnciderait pile avec mon anniversaire et peut-être, si mes prières sont entendues, au retour des dodos, et je voudrais pas rater ça.

- Oui je comprends. C’est vrai. Au revoir.

 

C’est ça qui est bien avec les clients, on peut être sûr qu’ils seront toujours là pour sauver une note de blog qui va nulle part. Ouf.

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6 janvier 2010 3 06 /01 /janvier /2010 00:43

Han, je me rends compte que j’ai oublié de parler de mes lectures de fin décembre. Certes je suis libéré, à cette période, de mes obligations de lectures de Bds nouvelles et éclatantes mais qui ternissent dès les premières pages, mais comme je ne suis pas libéré de mes obligations de bosser plus que d’habitude (oui je sais, vous me plaignez) eh bien mon rythme s’en ressent.

 

Et puis de toute façon, si vous voulez tout savoir, j’avais plutôt envie d’être blotti contre mon Mogu jaune éclatant à jamais, lui et revoir l’intégrale de Six Feet Under. Ça ne m’a pas empêché de lire deux ou trois broutilles :

 

J’ai commencé à parler de La servante écarlate, et donc je confirme : c’est un sacré chef d’œuvre trop chouette, et la fin est absolument remarquable. Après ça y’a eu un entracte, avec La tour de verre, de Silverberg, qui est dans la lignée de sa lignée, à savoir de la Sf bien prenante avec des idées intéressantes, même si là c’est pas très développé et que c’est loin d’être son meilleur.

 

Paddy Clarke ah ah ah (Doyle) : tip top chouette, si ce n’est que c’est globalement traduit avec les pieds et qu’ils ont eu l’intelligence de raconter les dix dernières pages sur la quatrième de couv’. Quatrième de couv’ complètement à côté de la plaque, d’ailleurs, ils devraient virer leur quatrième de couvreur, chez 10-18. Par contre le roman est excellent.

 

Chroniques des années noires (Robinson) : voilà un gros pavé de 1 000 pages ma foi bien prenant et assez impressionnant d’érudition. Je m’attendais pas du tout à ça, donc heureuse surprise, même si pas toujours facile à suivre.

 

Le diable et Daniel Silverman (Roszak) : je connaissais l’auteur de nom et réputation, et il faut croire qu’elle est justifiée. C’est bourré d’humour et de mordant et il sait être grave quand il le faut. Curieusement ça m’a fait penser à du Jaenada par moments, pour ceux que ça pourrait motiver. Bon par contre il faut pas être allergique aux débats sur la religion et l’intégrisme chrétien.

 

Et là j’ai commencé depuis deux jours Ada ou l’ardeur, de Nabokov, que je gardais dans un coin en attendant le bon moment. Et là c’est le super bon moment. Et j’ai décidé de placer la barre très très haut en ce début d’année. Et pour l’instant je suis tout ce qu’il y a de plus soufflé sur place.

 

Bon je reviens demain en principe pour la reprise de nos programmes habituels, je vais tenter de ne pas faire une note sur mon inventaire, vu à quel point il fut passionnant, ce serait dommage de perdre tous mes lecteurs dès le mois de Janvier.

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3 janvier 2010 7 03 /01 /janvier /2010 17:31

Vous serez heureux d’apprendre que tout s’est bien passé. Les tendances et les statistiques étant ce qu’elles sont, neige ou pas, il pouvait difficilement en être autrement, et si en 2009 (et 2010, d’ailleurs, allons de l’avant) on ne croit plus aux maths, alors où va-t-on, je vous le demande ?

 

D’ailleurs en parlant de statistiques, il est assez rassurant de voir chaque année les mêmes cas de figure, ça prouve que le grand ordre cosmique est toujours en place, et ce malgré les signes évidents de l’arrivée prochaine de l’apocalypse. J’ai donc bien sûr eu droit à des demandes de toute dernière minute, de préférences ultra pointues (‘c’est pour un enfant de 8 ans qui rêve de faire des loopings en avion, vous avez des Bds sur ce sujet ?’) ou ultra vagues (‘oui bonjour monsieur, je vous le dis de suite, je déteste la Bd, mais on m’a demandé d’en acheter une, n’importe laquelle, de toute façon, pour ce que ça vaut…’). Il y a aussi eu les impatients de tout bords, vous savez, ces mêmes qui soufflent fort sur le quai de la gare quand on annonce un retard, pour bien montrer que pfff, ils sont pas contents, pfff, comme si ça allait changer quelque chose. Pfff. Mais comme je suis un exemple de diplomatie et que je tente à tout prix de montrer que oui oui, je vous ai vu, j’arrive de suite, y’a pas le feu, je fais aussi vite que je peux, je sais bien que c’est pénible de faire ses courses au dernier moment et de cavaler partout, c’est pas pour rien que moi je n’en fais pas, ça se passe pas trop mal, ces mêmes impatients se souviennent qu’ils peuvent aussi sourire et à y’est, la voilà la joie de Noël, c’était pas si compliqué, si ?

 

Et comme chaque année, vous allez avoir la personne mécontente. A qui, si j’en crois son regard lanceur de couteaux aiguisés, j’ai tout simplement gâché Noël et la vie et qui va me faire une pub d’enfer, ça va pas se passer comme ça, croyez-moi.

 

Alors, pourquoi est-ce que la méchante sorcière de Blanche Neige (je me souviens aussi d’une sorcière dans une émission télé avec Chantal Goya dedans, autant vous dire que j’en fus traumatisé) en veut à la jolie biche majestueusement tachetée que je suis ? Tout simplement parce que sa commande n’est pas arrivée à temps. Vous avez beau ne rien garantir, bien prévenir que normalement ça devrait être bon, qu’ils mettent rarement plus de 5 jours pour me livrer, mais on sait jamais, c’est les fêtes, ils sont débordés de champagne, les Fenwick glissent plus que d’habitude, et puis vous savez ce que c’est que les intérimaires, ça fait un peu n’importe quoi, d’ailleurs regardez mon apprentie là bas, elle à les doigts pris dans le Scotch, je vous le dis moi, la main d’œuvre bon marché c’est plus ce que c’était, eh bien malgré ça ils vous affirment que sisi, vous nous aviez affirmé que ça arriverait à temps, sinon on est pas bête, on serait allé les chercher ailleurs.

 

Mais il faut croire que ça fait du bien de gueuler sur quelqu’un, même une biche de bonne foi, même une biche qui fait l’effort de prendre son petit téléphone et d’appeler le distributeur pour savoir où en est le colis (il est en préparation, vous l’aurez demain ou après demain (bon en l’occurrence ce fut 4 jours après, vu qu’ils ne me livrent pas le samedi)) même une biche qui commence à en avoir un peu ras le bol qu’on lui reproche d’avoir fait partie du commando qui a tué la mère de Bambi et qui va finir par perdre patience. Je suis fin psychologue, je sais bien qu’en vrai cette personne ne fait que transposer sa colère envers elle-même sur le premier commerçant qu’elle croise, elle s’en veut de s’y être pris si tard, elle le sait pourtant que Noël ça arrive vite et que le monde n’est pas à ses pieds.

 

Ou alors c’est juste une vieille bique.

 

Vous l’avez tous entendu, il parait que de plus en plus de gens revendent leurs cadeaux sur Internet (( 36% y seraient prêts) c’est mal)). A la librairie c’est pareil, j’ai de plus en plus de monde qui, décomplexés, viennent soit revendre des Bds dont ils ne veulent pas et qui n’ont pas été achetées chez moi, soit échanger une Bd conseillée par mes soins. Autant dire que dans ces cas là l’accueil n’est pas chaleureux, ils ont droit à tout un interrogatoire pour savoir ce qui, au juste, ne leur a pas plu dans ce livre, c’est quoi le bordel, vous insinuez que je n’ai pas bon goût, que je ne sais pas ce qui est bon pour vous, comment ça vous préférez Le donjon de Naheulbeuk, ça va pas non ? Ceci étant, c’est la règle du jeu, ça fait partie du service, ça me dérange rarement, et j’essaie dans la mesure du possible de ne pas être vexé. Pour l’instant on m’a ramené un Rebetiko et une intégrale Sin City. Je me suis dit, pour cette dernière, que ça lui ferait plaisir, à ce jeune adolescent de 15 ans, de voir des filles toutes nues avec des gros nénés, comme ça, l’air de rien. Mais voilà qu’il me la ramène (la bd, pas la fille toute nue, ça à mon avis c’est pas pour tout de suite, si vous voyez ce que je veux dire), je vois bien qu’il cherche ses mots, qu’il avait préparé tout un discours, que j’allais bien être obligé de la reprendre. Mais mon regard interrogateur l’a un peu refroidit, et il lui a fallu un moment avant de me dire que bon, heu, je, heu, en fait j’ai pas du tout aimé, heu, oui voilà.

 

- Ah bah c’est ballot, et qu’est ce qui ne t’a pas plu ?

- L’histoire

- Oui c’est normal, il n’y en a pas, tout est dans l’ambiance, le graphisme, la construction tout ça. Et la strip teaseuse. Et de toute façon je peux pas te la reprendre, elle est abîmée (non, pas à cause de la strip teaseuse, enfin j’espère pas, y’a plus de catalogues La Redoute pour ces choses là ?), je vais être coincé avec, je peux pas la retourner (c’est le CDI, ils sont chiants avec ça, et en plus c’est de la vente ferme), désolé, faudra que tu vives avec, mais t’inquiète, tu la reliras dans deux ans et on en reparlera.

- Ah. Bon ok.

 

J’ai aussi tous les gens heureux de leurs cadeaux, la majorité généralement silencieuse, qui ont fait une farandole géante tournoyant sur elle-même direction ma librairie, pour me remercier d’être aussi chouette. On a fait une bataille géante (aussi) de cotillons, car c’est ce que font les gens quand ils sont (bourrés) heureux d’être ensemble.

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23 décembre 2009 3 23 /12 /décembre /2009 00:14

Le dernier Samedi avant Noël, c’est un peu le grand jour avec un J majuscule, celui qu’il faut pas louper, celui qu’on prépare depuis six mois avec acharnement et avec les représentants pour que chacun ait sa prime et que la mariée (enfin en l’occurrence le père noël) soit belle et pimpante et qu’elle s’en souvienne pour le restant de ses jours, même si ça signifie devoir danser sur du Mika pour faire plaisir aux demoiselles d’honneur.

 

Toutes les extravagances sont justifiées, y compris les coffrets complètement débiles qu’on tente de nous caser sous prétexte que ça sort pour Décembre, c’est bon, on va les vendre, on est censé faire 40% de chiffre en plus, faut bien des machins à présenter, ce serait dommage de ne vendre que de la nouveauté alors même que tout peut être si facilement recyclé (ça me fait penser à mon repré Media participations qui me dit, le plus sérieusement du monde que au fait, il faudrait que je prenne 2 000 livres pour cette fin d’année, pour rattraper mon retard par rapport à l’année dernière. De toute évidence, nous n’avons pas les mêmes chiffres, et non, je vais pas prendre un module avec 100 exemplaires de chaque Boule et Bill, même si ça signifie avoir assez d’oreilles de Bill pour les distribuer dans la rue et enfin rendre ce mois de Décembre gai comme un cocker sous la neige avec la queue dans la gadoue).

 

L’année dernière, j’avais fait un samedi de folie, comme chaque année. On court dans tous les sens, on jongle avec les coffrets, les intégrales, les différentes idées qui nous viennent à l’esprit tant bien que mal (c’est pas simple de passer d’un conseil pour un garçon de 10 ans qui joue du trombone et n’aime pas le papier à un conseil pour une demoiselle de 40 ans, vieille fille, qui n’aime pas trop lire, et faites attention à ce que dans la bd il n’y ait aucune allusion au sexe, ça risquerait de la heurter), on fait les paquets cadeau, on a à peine le temps de déjeuner mais on s’en fiche, c’est l’effervescence, les boules de Noël accrochées au plafond se transforment en boules à facettes, je suis John Travolta avec un pantalon blanc pate d’eph , je fais le grand écart, je n’ai pas peur du ridicule (mais quand même, ça fait mal, un peu).

 

Cette année, j’avais briefé mon équipe (ma loutre et mon apprentie, donc) pour que tout soit au poil, pour qu’elle reste concentrée à la caisse (mon apprentie, j’entends, ma loutre elle a pas le droit d’y toucher, c’est fourbe une loutre) et qu’elle connaisse parfaitement notre offre de Noël.

- Je veux 0 réassort, compris ?

- Oui m’sieur ! répondent-elles en cœur

- Heu et voilà, fin du briefing, maintenant poussez-vous, faut que je passe le balai

 

Mais voilà, je faisais une bonne année, j’ai voulu défier les Dieux de la librairie, ma croissance les menaçait directement, je me suis vu trop grand trop beau trop soyeux (faut dire que quand je m’imagine dans un costume blanc avec une boule à facettes au dessus de la tête, je ne peux m’empêcher de me trouver irrésistible), je les ai tutoyés et touché du doigt les étoiles, et ça ils aiment pas. Bref, tel Icare, j’étais parti pour me brûler les ailes et faire fondre mon fond de teint et m’exploser comme une crotte de cocker dans l’eau. Sauf que, histoire d’ajouter un poil d’ironie à tout ça, les dieux ont décidé de me balancer de la neige à la figure.

 

Et du verglas.

Tout plein de verglas.

Et rien que des routes impraticables.

Tout plein de routes impraticables.

Moi-même j’avais l’impression d’être Yoshi sur mon kart, dans ma boutique, à déraper dans tous les sens, avec la ligne d’arrivée en ligne de mire, allez, encore un petit effort, je sais que je vais y arriver, je sais que les clients vont venir quand même, ils peuvent pas me faire ça, pas aujourd’hui. Sauf que les dieux ils ont décidé de me balancer une carapace rouge à la face, les Dieux ils aiment pas quand on est devant eux (Browser non plus, d’ailleurs), et du coup ils trichent. Et il est quasi impossible d’éviter une carapace rouge lancée à pleine vitesse. A moins d’avoir une peau de banane qu’on se met au derrière. Et ça, j’avais pas, en ce samedi.

 

Et je me suis ramassé.

Personne n’est venu, ou presque, il reste tout plein de punch et les parents de la mariée se dépêchent d’embarquer les caisses de Champagne, histoire qu’elles soient pas perdues pour tout le monde.

Bon allez, il reste cinq jours avant Noël, j’espère qu’ils seront pas tous allés acheter le dernier Asterix chez Carrefour, en se disant que ça ira aussi bien à une vieille fille vierge qu’à un jeune garçon n’aimant pas le papier, franchement c’est pas compliqué le métier de libraire, pas besoin d’aller au centre ville, bon, ils sont où les chocolats ?

 

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16 décembre 2009 3 16 /12 /décembre /2009 23:16

- Bonjour monsieur, vous auriez Les lapins crétins, sur wii, en occasion ?

- Ah non, je ne fais que de la bande dessinée

- Oh. Et donc vous n’avez pas de jeux videos pour wii ?

 

 

- Bonjour, c’est bien ici le numéro xxx ?

- Ah non, ici c’est le numéro xxo, vous cherchez la boutique qui est à 20m sur votre gauche

- Oh. Et donc c’est pas ici le dépôt des 3 Suisses ?

- Eh non

- Vous êtes sûrs ?

 

-Bonjour, est-ce que chez vous on peut prendre des photos et les faire agrandir et les mettre dans un cadre ?

- Je vous cache pas que j’ai rien compris, là

- Est-ce qu’on peut prendre des photos, vous les donner, et que vous les mettiez dans un cadre ?

-Mais qu’est ce que vous voulez prendre en photo, je comprends pas ?

-Je sais pas, c’était pour Noël

 

 

Voilà, tout ça en quelques heures aujourd’hui. Et je pense qu’on peut raisonnablement en conclure qu’il est temps de prendre des vacances, pour eux comme pour moi, profiter de la neige qui doit tomber cette nuit pour faire un peu de luge et ramasser des marrons glacés.

 

Je vous abandonne donc une quinzaine de jours, le temps de faire cuire ma dinde, d’ouvrir mes cadeaux et de jouer au Jenga en famille. Et aussi de travailler comme un foufou en tournoyant dans la boutique pour satisfaire tout le monde, car comme chaque année, les gens sont mal organisés, ils débarquent au dernier moment, tous ensemble, pour faire le cadeau idéal conseillé par moi (‘s’il vous plaît monsieur le libraire qui se cache derrière les cartons (je vous vois, vous pouvez sortir), sauvez mes fêtes, Noël c’est dans deux jours et j’ai rien à me mettre, mais ça vous n’y pouvez rien, j’ai cru comprendre que vous n’étiez pas un dépôt des 3 Suisses, par contre j’ai rien à mettre sous le sapin, soyez chic, usez de votre magie pour que les yeux de mes enfants et de la famille s’illuminent à la vue de tant de culture étalée et empaquetée avec talent’. 'Bon, d'accord, c'est pour qui c'est pour quoi ils ont quel âge et c'est quoi leur couleur préférée et est-ce qu'ils aiment les kiwis?').

 

Mais nous nous retrouverons.

D’ici là, j’espère que ma luge tiendra le coup, et que vous passerez tous et toutes des vacances de rêve et que quelqu’un, quelque part, vous offrira soit un yoyo, soit un bilboquet. Soit une Bd.

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14 décembre 2009 1 14 /12 /décembre /2009 00:59

Ah oui non mais vous vous rendez pas compte.

 

Les rues sont illuminées, mes voisins utilisent à eux tout seuls les capacités d’une centrale nucléaire pour faire fonctionner leurs 3 000 lampes de couleur disséminées autour de leur pavillon et pour qu’on soit sûrs de bien voir le faux père noël qui escalade leur façade (j’en ai vu des mauvaises idées dans ma vie, mais celle-ci doit être dans le trio de tête), il fait froid, les scouts sont quand même en short et ont affuté leurs ciseaux afin de me faire concurrence côté paquets cadeaux. Concurrence déloyale par ailleurs, moi j’ai jamais marché des heures avec un foulard autour du cou en chantant des chansons à la con, ils sont mieux armés que moi pour affronter les rigueurs nécessaires à la préparation d’un paquet cadeau bien carré pas froissé tout symétrique avec du bolduc dessus. Si on vous offre des Bds dans un papier un peu froissé (je m’énerve régulièrement dessus), complètement de travers avec des extrémités pliées bizarrement et sans bolduc (faut pas trop m’en demander), il y a de fortes chances pour que ça vienne de ma librairie. Félicitations, vous m’avez démasqué. Et si les Bds vous plaisent pas, mettez ça sur le compte des conseils de mon apprentie, ou alors c’est que j’ai pas eu le choix et qu’on m’a donné une liste. Moi je me trompe jamais pour les cadeaux de Noël. Jamais.

 

Mon secret, c’est que j’ai le père-noël dans un coin dans la boutique, qui me tient compagnie et qui joue au bridge (il a toujours une longueur d’avance et a bien compris que le poker ça allait pas durer), assis en tailleur, le dos bien droit pour montrer l’exemple. Et dès que j’ai un doute sur un conseil, je lui jette un coup d’œil furtif, et s’il me répond par un clin d’œil, je sais que j’ai bon, et je peux du coup lever mon pouce pour souligner notre connivence et lui dire merci copain.

 

Oui, je sais, j’arrive à m’inventer des amis imaginaires encore à mon âge, je ferais mieux de sortir un peu plus, rencontrer des vrais gens, qu’est ce qu’on va faire de moi hein, je veux finir comme ma vieille tante Aline, à qui personne n’a jamais crié de revenir ? Mais j’ai le sens du sacrifice, j’ai des gens à rendre heureux moi, je veux des sourires dans chaque chaumière au pied de chaque sapin et dans chaque crèche (surtout les ânes). C’est pas le moment d’aller faire du speed-dating ou de mettre à jour mon profil sur Meetic (c’est devenu ringard au fait Meetic, ou pas encore ?).

 

Je sais pas si ça se voit, mais je travaille beaucoup en ce moment. Pour de vrai. Le surmenage, tout ça. J’ai beau me promener peinard en peignoir chez moi, je reste en mode boulot 24h/24, impossible de penser à autre chose. Ce qui est proprement incroyable quand on connait le pouvoir apaisant du peignoir (franchement je sais pas comment je faisais avant, je restais dans mes habits, c’était déprimant). Et la semaine prochaine, ce sera pire encore. Soyez prêts.

 

 

Bon je lis très peu en ce moment, mais j’ai tout de même réussi à terminer Les lions d’al rassan. Pas mal du tout, même si j’avais un peu de mal à m’y retrouver au milieu de tous ces noms compliqués et que, quand même, on s’ennuie un peu par moments. J’ai enchaîné sur Le chien des Baskervilles, que je n’avais jamais lu, et là j’entame La servante écarlate, de Margaret Atwood qui, je le sens bien après 200 pages, est en passe de me réjouir au plus haut point.

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10 décembre 2009 4 10 /12 /décembre /2009 00:39

-Salut toi, qu’elle me dit

 

Comment ça, salut toi ? Depuis quand on est intimes ? Et pourquoi elle me tapote doucement l’épaule alors que je contemple tranquillement ma vitrine pour vérifier que tout est bien en place (y’a pas à dire, le bolduc, ça le fait) ?

 

De toute évidence j’ai raté un épisode, car là voilà qui se penche sur moi pour, si j’en crois les conventions en place en France, me faire la bise. Sauf que j’ai pas envie, moi, c’est quoi ce bordel, cette invasion de ma bulle privée à moi qui va de là à là (voir fig.1) et qu’on a pas le droit de percer, sauf si on est au moins un minimum amis et qu’on partage autre chose que des rapports libraires/librairée. Ce qui, en l’occurrence, n’est pas le cas, mais alors super pas. Je ne prends pas la peine de vouvoyer certaines personne exprès pour amener un peu de distance dans des rapports qui pourraient s’emballer un peu trop à mon goût (la preuve) pour que tout ça soit balayé d’un coup de ‘salut toi’ accompagné de mes joues souillées au final. Surtout que vu qu’elle fait facilement une tête de plus que moi (oui oh ça va hein, j’ai aussi des clients plus petits que moi, je ris pas à leurs dépends pour autant), la distance s’était installée naturellement, moi ça m’allait très bien, qu’est ce qu’il a fallut qu’elle gâche tout avec ces contacts physiques ?

 

Car moi maintenant je vais être coincé, si la prochaine fois qu’elle passe je ne lui fais pas la bise, elle va mal le prendre (remarquez, c’est une solution à peu de frais, rien de tel qu’un peu d’implicite pour rendre les choses intéressantes), mais j’aimerais aussi qu’on ne prenne pas de mauvaises habitudes. J’avais déjà écrit sur ce sujet, donc je vais tenter de ne pas me répéter, mais en gros j’embrasse très peu de clientes, elles se reconnaitront sur les doigts de ma main, si j’ose dire. Et elles me lisent, d’ailleurs, donc coucou, tout va bien, vous vous avez le droit, nous sommes copains comme tout, venez dans ma bulle, même si oui, je sais, elle pique, mais c’est parce que c’est Noël, j’ai pas trop le temps de tailler tout ça (that’s what she said).

 

Je sais que c’est pas tout à fait comparable, mais si tout le monde faisait la bise à son boucher et à la dame qui coupe le fromage à Carrefour, le monde n’en serait que meilleur, d’accord, y’aurait des arc en ciel dans les arbres et des loutres à chaque pas de porte, mais ce serait un sacré bordel et on se bousculerait derrière le comptoir. Surtout que les clients en veulent plus, toujours plus, alors c’est quoi la prochaine étape ? Une tape sur les fesses ? Même amicale, une tape sur les fesses est on ne peut plus déplacée. Testez autour de vous, vous verrez les réactions (enfin, uniquement sur des personnes que vous connaissez, vous risqueriez quelques petits soucis judiciaires et baffes-dans-la-gueulesques sinon).

 

Bon, voilà, génial, elle m’a traumatisé maintenant, le rapport de force est inversé. Je pourrais faire comme les opossums et tomber sur le carrelage et jouer les morts, en espérant qu’elle hausse les épaules, se dise que oh, tant pis, tourne les talons en pensant que bigre, si seulement elle avait fait ce premier pas avant, mais pas grave, il reste le mécano de chez Speedy, d’ailleurs ça ferme à quelle heure déjà, une bonne vidange serait pas de refus (oui je…pardon).

 

Sauf qu’elle serait capable de se lancer dans un bouche à bouche de réanimation effrénée. Vais plutôt penser à un plan B, moi.

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7 décembre 2009 1 07 /12 /décembre /2009 00:55

De temps en temps je sors de ma tanière afin d’honorer quelques invitations de ci de là, surtout s’il s’agit d’une soirée cocktail organisée par une librairie non concurrente et qui m’est chère, vu que c’est là où j’achète mes romans.

 

Comme elle se trouve pas très loin de la mienne, de librairie, je n’ai pas non plus un détour énorme à effectuer, et je peux donc aller me la raconter un peu au milieu de gens que je connais à peine, discuter, me mélanger, rire et observer tout en tenant un verre de champagne dans la main droite et ma cuisse dans la main gauche (je sais jamais quoi faire de ma main gauche, dans ces cocktails, du coup je la mets dans ma poche, ça me donne de l’assurance). Parfois même je sors mon harmonica d’un geste tranché et maîtrisé, et je commence à jouer une douce mélodie teintée de blues (c’est le plus simple, faut dire). Mes yeux se teintent de bleu façon Terrence Hill, mon charisme se transforme en Springsteen et j’ai la conscience sociale d’un Woody Guthrie. Bref, de quoi se pavaner devant moi.

 

Bon ok, en vrai généralement je reste dans un coin avec un verre de jus d’orange sans parler à personne, ce qui n’est pas plus mal vu que j’ai une haleine de chips ou de cacahuète. Et après tout, je discute déjà toute la journée de sujets qui ne m’intéressent pas toujours, c’est pas pour prolonger l’expérience sur mon temps libre de buveur de jus d’orange.

 

Sauf que parfois, les lecteurs de Bds lisent aussi du roman (ils sont rares, je vous rassure, vous pouvez rester engoncés dans vos clichés), et que parfois (bis) ils se retrouvent à la même soirée cocktail, et qu’en plus ils me reconnaissent (oh mais vous ici, quelle surprise, comme vous êtes élégant avec votre main dans la poche, j’aurais aimé y penser avant vous). Je ne suis tranquille et incognito nulle part, c’est pas facile tous les jours d’être une personnalité locale aimée de tous et de toutes.

 

Surtout que elle, je ne la connais pas très bien. J’ai son prénom sur le bout de la langue, mais c’est à peu près tout (Gloria ? Marilyn ? Medusa ? Jessica ? Agrippine ?), je me souviens seulement qu’elle m’achète de l’Héroïc fantasy et du manga et qu’elle parle beaucoup trop. Lorsque les seules choses dont on se souvient d’une personne sont deux défauts, c’est rarement très bon signe pour la suite de la conversation à venir, car oui, y’a pas à tortiller, je sens que je vais pas y échapper à cette conversation, je sais m’enfuir lors de situations délicates (‘ah, excusez-moi, faut que je m’en aille, j’en peux plus de toute cette mascarade, je vaux mieux que ça’), mais je sais aussi être poli et délicat moi aussi.

 

Et évidemment, que font deux personnes qui ne savent pas quoi se dire et qui ne sont pas suffisamment intimes pour que les silences ne soient pas gênants ? eh bien elles parlent boulot. Et mon boulot à moi, ce sont les livres, et quelque chose me dit qu’elle l’a bien senti et qu’elle a fleuré le filon. Forcément, elle me demande ce que je lis, mais sans me laisser le temps de répondre. Elle préfère enchaîner sur ce qu’elle aime elle (allez, c’est de bonne guerre, qu’elle parle, la petite) et illustrer ses propos avec les livres en question, c’est tellement pratique de les avoir sous la main. Je la laisse discourir, je souris et fais mon homme poli qui sait écouter une femme quand elle parle d’elle et de ses loisirs (c’est primordial de savoir laisser de côté ses instincts, de temps à autres).

 

Soudain je comprends ce qu’elle fait : elle joue la libraire du libraire, elle veut voir ce que ça fait d’être moi, elle s’est mis en tête de me conseiller des livres. Mais pas des vrais livres chouettes qui me plaisent à moi en fonction de mes goûts (de toute façon j’arrive pas à en placer une), non, des vrais livres moches avec des licornes dessus et des princesses qui savent même pas que c’est des princesses mais qui vont le découvrir bien assez tôt car va falloir songer à aller sauver la terre un de ces quatre, parce que c’est pas tout ça mais la menace et la prophétie grondent.

‘Je m’y connais bien, je lis un livre par jour’, m’explique-t-elle, mi-fanfaronne mi-arrogante, afin de me reléguer une bonne fois pour toute au rang de libraire lecteur qui ne saurait pas faire la différence entre un bon livre de fantasy et un mauvais livre de fantasy (non, je ne m’abaisserai pas à faire de référence à la télé des Inconnus, merci bien). Je pense que moi aussi je serais capable de lire un livre de Fantomette par jour, mais bon hein, l’important c’est qu’elle y prenne du plaisir et qu’elle se fasse son petit chemin de lectrice bien à elle. Par contre je ne compte pas la prendre par la main et trotter sur ce même chemin, façon Magicien d’Oz.

 

‘Je garde tout ça en tête, merci. Ma poche est pleine mais mon verre est vide, je reviens’. D’accord, je n’ai pas vraiment dit cette dernière phrase. Principalement parce que ça aurait pu être très mal interprété. Et je me refuse à offusquer des jeunes filles, aussi adultes soient elles, qui rêvent de princesses. J’espère seulement qu’elle ne rêve pas non plus d’être libraire.

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3 décembre 2009 4 03 /12 /décembre /2009 00:10

A y’est, on est au mois de Décembre. Alors certes, il n’aura fallu que onze mois pour y arriver de nouveau, et cet éternel recommencement est un émerveillement annuel, mais ça n’enlève rien au fait que ça commence doucement, que c’est parti pour le marathon, que j’ai bien préparé mes tables et mes pochettes cadeau, ramenez-vous, je suis prêt à déchiffrer vos listes et à tenter de vous conseiller.

 

Le conseil est un thème récurrent dans ces lignes, pour la simple et bonne raison que ça fait pas mal partie de notre quotidien de libraire (enfin du mien tout du moins), et que c’est un peu plus rigolo de parler des conseils plutôt que de parler des coups de cutter dans les cartons et dans les doigts (me suis coupé d’ailleurs tout à l’heure, j’aime pas trop, ça pique et j’ai plus de mercurochrome).

 

Et du coup, le thème de la note du jour c’est : la thématique. Eh oui. Je ne sais plus du tout si j’en ai déjà parlé, et là présentement je suis pas super motivé à l’idée de relire tout mon blog juste pour être sûr qu’on ne me reprochera pas de me répéter et d’être incapable de me renouveler. Je préfère ne jamais me relire, ça vaut mieux. Je préfère laisser passer un peu de temps, tomber sur un de mes textes plus tard et me demander bigre, mais qui est-ce donc qui a écrit ce superbe texte et qui l’a laissé traîner sur mon ordinateur ? (je fais très bien le naïf ingénu). Bon allez, je me relirai peut-être le jour où je devrai choisir mes 100 meilleurs textes en vue d’une publication chez un grand nom de l’édition, mais si j’en crois mon téléphone et ma boîte mail qui ne vibrent pas, c’est pas pour tout de suite (je fais très bien Calimero).

 

Donc qu’entends-je par ‘thématique ‘ ? C’est une excellente question et je fais bien de la poser, ça va nous permettre d’atteindre poussivement le paragraphe suivant.

 

J’ai quelques fois, et surtout à la période de Noël, des demandes de conseils corporatistes ou en rapport avec les prénoms. L’autre jour par exemple quelqu’un me demande ce que j’ai comme Bd sur le vin pour un œnologue. La plus évidente, c’est un manga, et c’est Les gouttes de Dieu, aussi bancal soit-ce, c’est très précis dans le domaine et c’est du manga qui plaît aux non amateurs de mangas, donc chouette, allez, en deux minutes c’est plié cette histoire, un sourire, un encaissement, on appuie sur entrée pour valider tout ça et je peux retourner à mes piles de livres. Sauf que non, ça lui plaisait pas l’idée du manga, à la madame, elle avait peur que ça fasse trop gamin. Du coup elle a pris Happy Sex. Qui fait beaucoup moins gamin. Mais qui n’a rien à voir avec le vin. Les femmes, ça sait jamais ce que ça veut, jusqu’à ce que ça tombe sur des histoires de fesses.

 

On me demande rarement des cadeaux pour un petit Bone, ou un Calvin, ou un Ratafia. C’est dommage, ça me faciliterait la tâche, j’aurais moins d’explications à fournir sur le pourquoi du comment de la qualité de ces Bds. Surtout que, je vous le rappelle, je suis super nul pour raconter les histoires, et j’en suis régulièrement réduit à conclure mon argumentaire par ‘bref, faites moi confiance, c’est super bien’. Sauf qu’ils sont pas tous psychologiquement prêts à mettre leur bonheur et leur éducation entre mes mains, comme ça, aveuglément, même si j’ai l’air d’avoir vécu un paquet de temps au milieu des loutres immaculées et que ça c’est un des signes irréfutables de sagesse universelle.

 

Bref j’en étais où moi ?

 

Ah oui, je discutais avec un collègue libraire l’autre jour (coucou), qui me disait que c’est sûr que c’est rare qu’on nous demande un conseil pour un garçon qui est ninja ou pour une fille avec gros nénés et armure chasseuse de dragons. J’ai trouvé ça plutôt rigolo. Et j’ai décidé d’en écrire une note. Voilà Voilà. Comme quoi les idées les plus courtes sont pas toujours les meilleures, et comme quoi (bis) ne pas se relire a aussi du bon.

 

Allez, j’appuie sur entrée et je valide.

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