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  • : Les libraires se cachent pour mourir
  • : Un libraire se livre (oui bon...). Les doutes, les joies, les peines et les découvertes sans cesse renouvelées dans ce milieu merveilleux. Ou alors c'est simplement le quotidien d'un mec qui lit des Bds et qui est payé pour ça
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16 décembre 2013 1 16 /12 /décembre /2013 21:25

J-9

Lundi 16 Décembre

 

Cher journal de Noël,

 

Le lundi, c’est encore pire que le dimanche, par ici. Pas de badauds qui se baladent la poussette à la main, uniquement des gens qui passent par là au hasard ou en se disant que ah oui tiens, peut-être que ce sera ouvert aujourd’hui.

 

Mais bon, ça me va, je sais que ce sera la dernière journée un peu calme avant une tempête de 8 jours non stop, sans apprentis dans mes pattes.

 

Aujourd’hui, histoire de vous rendre compte du quotidien passionnant des libraires, j’ai eu droit aux demandes les plus intéressantes en matière de conseil. Qui sont aussi souvent les plus compliquées. Trouver une Bd pour un homme de 60 ans sans trop d’indices, pour une mamie (« vous avez des Bds avec des mamies dedans ? » (Mamette)), pour des enfants qu’on connait pas et qui lisent du manga (Vinland saga et Space Brothers), pour la fille infirmière (le second tome de Tu Mourras moins bête de Marion Montaigne), pour le fils fan de rock (Le petit livre rock de Bourhis et Le cinquième Beatles), pour le cousin qui part en prépa maths (Le Décalage, de Marc-Antoine Mathieu) etc. On m’a aussi suggéré qu’une Bd marquée politiquement serait la bienvenue.

 

‘oui certes, mais heu…plutôt quel bord ?’ gauche voire très gauche. Fort bien, bougez pas, j’ai tout ce qu’il faut. C’est pas tous les jours qu’on me demande ça, vu que bon, par ici c’est plutôt là où le pouce est à gauche, niveau orientation. Donc zou, va pour Dol (Squarzoni) et pour Riche, pourquoi pas toi (Marion Montaigne).

 

J’ai aussi eu droit à ‘c’est quoi les meilleures ventes, pour offrir à mon père ?’, qui est peut-être la question la plus étrange qu’on puisse me poser et qui montre bien le côté grégaire de mes congénères.

 

Comme je suis tout seul, les clients sont toujours très reconnaissant (et compatissant) quand je leur propose de faire un paquet cadeau. Il serait tentant pour moi de faire le mort, genre oui non désolé j’ai plus de papier et non, le rouleau là bas c’est la nappe de ma belle-mère, rien à voir, mais ma conscience professionnelle prend toujours le dessus.

 

Ça me perdra.

 

Bon allez, fini la récré, les choses sérieuses (re) commencent dès demain.

 

Tickets : 16

CA : 820 €

Livres : 48

 

Paquets : 11

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15 décembre 2013 7 15 /12 /décembre /2013 21:33

Dimanche 15 Décembre

 

Cher journal de Noël,

 

C’est fou, à chaque fois que je vois 15/12 (la date du jour, donc), ça me fait penser à l’Amstrad Pc 1512 que j’avais étant jeune (enfin il me semble qu’on en avait un. Faudrait que je demande confirmation. Tout ça remonte à tellement loin…)

 

Le dimanche, c’est pas exactement mon jour préféré pour travailler. Ne serait-ce que parce que c’est un jour qui a été créé exprès pour trainer toute la journée en peignoir, un livre dans une main et un Dr Pepper dans l’autre, ce qui n’est pas évident à faire quand on est au boulot. En plus, il y a une sorte d’ambiance de fin du monde inexplicable par chez moi, une ambiance de viens chéri, prends la poussette, on va chercher le pain et on en profitera pour faire un tour, des fois qu’il y aurait de la lumière quelque part, j’en peux plus de te regarder jouer à Candy Crush en peignoir toute la journée.

 

Et ils arrivent jusqu’à moi, un peu par hasard, pour m’acheter Les Profs ou Les Simpson (ce qui me va très bien, suis aussi là pour les vendre), tout en se rendant compte que ah chouette, on peut rentrer avec la poussette, Mathis, ne touche à rien et Emma, laisse ton frère tranquille et tiens, mange un gâteau, plutôt (heu…c’est que je viens de passer le balai et heu…bon). Un public très différent de celui d’hier, c’est assez étonnant. Même si certains clients habituels sont venus me rendre visite, histoire de me tenir compagnie et se gausser de me voir si beau en ce comptoir un jour pareil alors même que eux se reposent tranquilles avant de reprendre le travail demain, n’ayant rien de mieux à faire que de passer me voir (c’est là que je me rends compte à quel point je dois leur manquer, le dimanche. Les pauvres. Mais bon, je peux pas vivre avec tout le monde, et je partage pas mon Dr Pepper).

 

Le dimanche sert à décompresser, surtout après une journée comme celle d’hier, et à tout bien ranger. Ça me permet aussi de me poser un peu et regarder les chiffres et de vérifier les bacs (où règne un peu l’anarchie, les clients ayant un peu tendance à vaguement remettre une Bd dans un bac sans trop réfléchir à l’ordre alphabétique) ainsi que le rayon jeunesse (les mômes, question rangement, c’est complètement du grand n’importe quoi).

 

Les piles (et le stock) baissent, de la place se crée, mais la librairie ayant horreur du vide, d’autres livres doivent occuper cet espace.

 

La bonne nouvelle c’est que j’ai vu 50% de gens en plus que l’année dernière. Je prends. Surtout qu’ils étaient quelques uns à venir exprès pour du conseil, sachant que ce serait plus tranquille aujourd’hui. Et pratiquement aucun n’a demandé de paquet cadeau, ce qui est un beau geste émouvant de solidarité.

 

Et sinon faites gaffe, il ne me reste plus que 2 intégrales Calvin & Hobbes…

 

Bon allez, demain je poursuis mon expérience façon Connaissance par les gouffres, avec cette fois un lundi qui promet d’être épique. Je m’attends à voir 17 clients. Ça va être chouette.

 

Tickets : 24

CA : 1 000 €

Livres : 60

 

Paquets : 7

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14 décembre 2013 6 14 /12 /décembre /2013 22:13

Samedi 14 Décembre

 

Cher journal de Noël,

 Bon, c’est à n’y plus rien comprendre. Après deux jours de déceptions intenses (et cruelles), voilà qu’aujourd’hui on a pété tous les scores. Du monde de partout, tout le temps, un tsunami permanent duquel je ressors lessivé, mais avec le sentiment exaltant du devoir accompli.

 Le samedi, on est fixé dès le matin quant à la direction générale que prendra la journée. On sait qu’on verra globalement 1/3 des clients totaux entre 10h et 13h et 2/3 entre 13h et 19h (c’est logique en terme d’heures, c’est sûr, mais n’empêche que). Et aujourd’hui, rien qu’à 13 heures, j’en étais à 45 tickets et une intégrale Calvin & Hobbes vendue.

 C’est donc en toute logique que nous avons terminé à 128 tickets et 3 intégrales Calvin & Hobbes.

 De quoi sauter un peu dans tous les sens en se disant que quand même, on a pas bossé pour rien, que tout le monde est reparti heureux sans avoir trop attendu et avec un paquet cadeau en bonne et due forme (normal, c’est pas moi qui les fais). Pas d’anecdote en particulier qui ressort (et à vrai dire mon cerveau a un peu du mal à fonctionner ce soir, surtout après une raclette bien méritée), si ce n’est que les gens sont ouverts au conseil, plutôt souriants et agréables et heureux comme tout à l’idée d’offrir des livres, des vrais avec du papier et tout et tout.

 Une cliente que je conseille chaque année arrive devant moi au comptoir, je lui demande si elle a trouvé son bonheur, et elle me dit que oui oui. Mais je sais pas, moi je sens quand une femme me ment, c’est un sixième sens, on me la fait pas, allez, dis moi, qu’est ce qui va pas ?

‘je sais pas, suis pas convaincue’. Je le savais. Donc zou, je sors de derrière le comptoir, je lui dis que moi vivant, jamais elle sortira d’ici pas convaincue, qu’on y passera la nuit s’il le faut (on voit que j’exagère un peu…y passer la nuit…soyons sérieux…pas à 36 ans) mais qu’on trouvera LE livre qu’il faut. Donc on y retourne (c’est un peu le problème quand il y a beaucoup de monde, parfois je dois faire des encaissements et ne peux donc pas en permanence m’occuper des clients, qui se retrouvent seuls et désemparés face à toute cette offre qui les écrase), on virevolte, on prend le temps d’essayer et de danser devant tout le monde et on choisit 3 autres livres totalement différents. Et elle repart, heureuse, comblée, se disant que oui, finalement, c’est pas si mal que ça, un libraire.

 Histoire que vous vous rendiez un peu compte de ce que ça fait, 128 tickets : sachant que nous n’avons qu’une caisse et que nous avons ouvert pendant 9 heures non stop, ça fait donc un ticket toutes les 4 minutes 20 secondes. Autrement dit, vu qu’on passe 2 minutes avec chaque client rien que pour l’encaisser et tout mettre dans un petit sac (biodégradable hein, ça va oh), ça fait un espacement moyen de 2 minutes entre chaque personne qui passe à la caisse. C’est pas beaucoup. Et ça suffit pas pour pouvoir souffler un peu et manger un granola dans la réserve.

 La nouvelle du jour, tout de même, pour résumer, c’est que nous avons battu le record absolu de chiffre d’affaire et de fréquentation pour une journée (en 10 ans d’existence). Records en général réservés au dernier samedi avant Noël. Je comprends plus rien à rien. Ce dont je peux être absolument certain, en revanche, c’est que ce sera pas la même demain. Ce qui n’est pas plus mal étant donné que je serai seul, seul pour accueillir, seul pour passer le balai, seul pour conseiller…seul pour faire les paquets cadeau.

 Et je m’en excuse par avance.

 

 

ps : bravo à mes apprentis qui ont assuré. Parce que bon, faut tenir le rythme...et c'est pas fini

 

Tickets : 128

CA : 7 480 (en vrai c'est plus, mais là je compte que les livres)

Livres : 370

Paquets cadeau : alors là, j’en ai aucune idée, pas eu le temps de tous les noter. On va dire que beaucoup.

 

 

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13 décembre 2013 5 13 /12 /décembre /2013 20:10

Vendredi 13 Décembre

 

Cher journal de Noël,

 

Ah tiens, je me rends compte en écrivant la date là haut qu’on était vendredi 13. bien bien bien. C’est là qu’on voit que j’ai pas trop le sens du temps qui passe et du week-end qui arrive.

 

Toujours est il qu’aujourd’hui, c’était pas franchement foufou l’eskimo côté fréquentation. 8 clients en moins que ce que j’espérais, basé sur la fréquentation de l’an passé. Ça parait peu, mais ça fait 20% en moins, et 20%, c’est beaucoup.

 

Une des bonnes nouvelles de la journée, c’est que je l’ai commencée en vendant un Black Hole et un Quimby Mouse (ce dernier, j’en vends 1 par an), et terminée en vendant un Carnets de Cerise et en réservant une intégrale Calvin & Hobbes. J’ai aussi reçu mes jolis autocollants Label LIR à mettre sur la vitrine (et sur ma voiture et sur mon front), avec une lettre accompagnatrice m’expliquant que oui, c’est officiel, je suis un des plus beaux libraires de France (oui oh…). Une cliente est d’ailleurs passée en me demandant si nous acceptions les chèques Lire (oui oui) et que ah tant mieux, ce serait dommage d’aller les dépenser à La Fnac (on est bien d’accord).

 

Le seul moment complètement improbable, c’es quand, histoire de décompresser d’avoir passé 3 jours dans la réserve sans voir la lumière d’un client pour cause de mise en place de la prochaine expo à la librairie, mon apprenti m’a mis au défi de sauter tout haut, là, pour toucher la boule de Noël accrochée au plafond (oui, on accroche des boules de Noël au plafond, c’est très festif par chez nous, on s’y croirait). Bon ok, en vrai c’est moi qui lui ai demandé que hey, dis, tu crois que je peux la toucher, la boule, là haut ? (c’est pas une question que je pose tous les jours, aussi petit sois-je). Et j’ai réussi. Alors que lui, qui est tout plus grand que moi, bah il a pas réussi à la toucher, d’abord (ok, lui il le tentait sans sauter, mais quand même, ça compte). Elle est chouette mon anecdote, non ? Bon, j'imagine que fallait y être...

 

 

Un de mes conseils du jour fut pour une jeune femme que je vois deux fois par an : pour l’anniversaire de monsieur le mari de et pour son Noël à lui. Parait que je me suis encore jamais planté (oui oh…), du coup elle ne me veut que moi (bon d’accord). Je lui trouve deux ou trois petites choses, et arrivée au comptoir, je lui demande où est sa fille, qui en général l’accompagne et que je connais depuis qu’elle est née. A l’école, me répond-elle. Ah oui, ça existe encore ce truc là, c’est vrai qu’on est vendredi (le 13, même, si vous avez bien suivi). Mais vous devez avoir des enfants, vous, non ? me demande-t-elle alors (ouhla, non, surtout pas, moi, les enfants, vous savez…). Vous êtes marié, au moins, j’imagine, un beau jeune homme comme vous ? (oui oh…les couples tout ça, pas trop mon truc, suis un peu ours, besoin de temps pour lire, mais c’est vrai que suis beau, merci de l’avoir noté). Elle m’a conseillé de faire attention, que c’est plus tard, à 70 ans, qu’on regrette d’être seul (oui oh…), que elle aussi avant elle pensait que, mais au final c’est pas si mal, en plus on a le même âge, c’est dire si elle sait de quoi elle parle.

 

J’y penserai.

 

En attendant, j’ai un autocollant à mettre sur ma vitrine et des clients à servir qui se pointent à 19h05 et qui veulent des paquets cadeau. Alors que mes apprentis sont barrés. Finalement, une gonzesse, c’est une idée…

 

 

Yippy yay 

 

Tickets : 42

CA : 1960

Paquets : 7 (ça a, c'était pas violent...)

Livres : 101

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12 décembre 2013 4 12 /12 /décembre /2013 20:28

Jeudi 12 Décembre

 

Cher journal de Noël,

 

La journée du jeudi est traditionnellement considérée comme une journée blanche. Pas parce que le pantalon blanc serait soudain redevenu à la mode (mais on est jamais à l’abri, méfions nous), mais parce qu’elle ne sert à rien, qu’il n’y a pas de clients, autant rester chez soi sous sa couette (la mienne est blanche, ça tombe bien).

 

Sauf pendant la période de Noël.

Sauf que là, bah si.

Allez comprendre.

Mon bel élan a été interrompu et c’est comme si un sanglier avait été mis sur ma route pour m’empêcher d’avancer. Le con. Toujours est-il que je n’ai vu absolument personne, à peine plus qu’une journée normale d’une semaine normale.

Sauf qu’à la différence d’une journée normale d’une semaine normale, là on reçoit pas de colis de nouveautés et les retours sont (en principe *suivez mon regard*) faits. Tout ce qu’il reste à faire, c’est attendre et vendre. Du coup, ben là, on attend.

 

Ceci étant, l’avantage de la période de Noël, c’est que je prends tellement de retard sur les trucs administratifs à la con, que c’est le genre de journée idéale pour moi (même si je mise plutôt sur les dimanches, mais bon, on prend ce qui vient). Je sais que je vous ai promis une tournée backstage à dos de loutre en première loge, mais croyez-moi, il vaut mieux que je vous épargne le côté fastidieux du pointage de factures et de retours ainsi que les relances fournisseurs.

 

Vraiment.

 

Et autant dire aussi que j'ai 0 anecdote sous la main pour accompagner vaguement cette chronique quotidiennement laborieuse.

 

Donc comme vous allez le voir ci-dessous, j’ai un nombre de tickets et un panier moyen bien pourri. Et encore, mon chiffre de la journée a été sauvé (en partie, car normalement il doit pas être en dessous de 1 000€ par jour) par la vente d’une intégrale Gaston Lagaffe à 199€.

 

Mais bon, rien de bien grave, le vrai baromètre sera la journée de demain. Autant vous l’annoncer de suite : en dessous de 50 tickets et 2 000€, je serai fortement déçu. Alors venez me voir, on boira du chocolat chaud en coulisses.

 

Hasta la vista

 

Tickets : 26

CA : 810

Livres : 47

 

Paquets : 18

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11 décembre 2013 3 11 /12 /décembre /2013 23:21

Mercredi 11 Décembre

 

Cher journal de Noël,

 

Aujourd’hui, c’était tout calme. Nous étions, mes apprentis et moi, tranquillement autour d’une oasis, eux à siroter un quelconque cocktail alcoolisé (les jeunes…) en barbotant dans l’eau, moi à mâchouiller mon sachet vide de Mr Freeze (les bleus, les meilleurs) tout en faisant des ricochets, insouciants et heureux, attendant le chaland, se disant que franchement, les bermudas, y’a que ça de vrai et que l’inventeur de la chaussette ne devait pas être totalement humain.

 

Et alors que nous riions d’une de mes remarques astucieuses (je fais beaucoup de remarques astucieuses, au cours de la journée, c’est un peu mon truc), usant nos abdominaux jusqu’à la moelle…PAN !

 

La ruée.

La vague.

La vraie de vraie.

Celle qui engloutit, qui empêche de respirer, celle qui vous fait porter un masque de Nixon faisant du parachute.

Sauf que la vague, là, elle dure un peu plus d’une heure. A sa base, des bibliothèques et comités d’entreprise qui bouclent leur budget (viiiiiiite on doit tout dépenser pour être sûrs d’avoir le même budget l’an prochain, viiiiiiiiiiite), en son centre, des clients qui ont besoin de conseils avisés parce que quand même, la carte de fidélité, c’est pratique, vous avez la liste des achats, et mon mari/amant/frère/cousin/, ma sœur/cousine/maitresse/belle fille sont toujours ravis de vos conseils, je me demande comment vous faites pour être aussi beaux en toute circonstance (oui oh, vous savez, c’est mon métier…) et en son sommet, de l’écume composée de lycéens venant chercher Witch Hunter, Naruto, Ubel Blatt ou Prophecy. Il a fallu jongler, se dépêcher de faire des paquets cadeau (viiiiiiiite, la madame elle va rater son traiiiiiiiiiiiiiiiin, laisse tomber le scotch, ça tiendra avec juste ta salive, hophophophop fooooooooonce), réfléchir vite et bien, passer d’un conseil pour un garçon de 8 ans qui n’aime que le foot à un conseil pour une jeune femme qui est dans le milieu de la mode et qui n’a pas peur de l’érotisme (heu….d’accord, je vais vous trouver ça (mais là tout de suite je me demande tout de même qui diable pourrait avoir peur de l’érotisme)), tout bien observer autour de soi, oui madame, j’arrive, et la famille ça va sinon ?

 

Et puis aussi soudainement que ça avait commencé, ça s’est arrêté. Il n’y avait plus personne autour du point d’eau. Ils ont tous pris leur glacière, leur parasol, leurs ballons de plage et leurs gamins, ils ont vite plié leurs serviette car uh oh, le soleil se couche, il faut filer, Bryan laisse ce lézard tranquille.

 

Sauf que nous, la nuit ne nous fait pas peur et ne nous empêche pas de faire la marelle sur la plage, au clair de lune. D’ailleurs, j’y retourne.

 

Allez, zou patachou

 

Nombre de tickets : 41

CA : 2 700 € (dont 1 000€ de collectivités)

Nombre de livres : 182

 

Paquets cadeau : 29

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10 décembre 2013 2 10 /12 /décembre /2013 21:38

Mardi 10 Décembre,

 

Cher journal de Noël,

 

Cette fois-ci c’est bon, les éditeurs ont compris que ça servait plus à rien de nous envoyer des nouveautés, qu’il n’y avait vraiment plus de place nulle part. C’est toujours ça de pris. Ça veut dire moins de cartons à traiter (il y a toujours les commandes clients qui affluent et très peu de réassort (je décale toutes mes commandes pour la librairie à l’année prochaine, aucune raison de reprendre des livres vu le stock que j’ai)) et plus de temps pour vendre, d’autant plus que à y’est, j’ai récupéré mes deux apprentis chéris, nous sommes donc en équipe complète.

 

Sauf que c’est un peu comme avoir son sapin tout décoré dès le 1er Novembre, c’est joli, ça sent bon, mais l’ambiance est pas encore là et ça sert pas à grand-chose. Du coup, même s’il y a eu du conseil à droite à gauche, il s’est à peu près rien passé. Si ce n’est une mère de famille qui m’a dit qu’elle lisait les Epatantes aventures de Jules de son fils, et ma foi, elle a bien raison, j’ai moi-même les mêmes à la maison (je parle des livres, pas de son fils. Ça j’en ai pas. Mais alors vraiment pas).

 

Comme j’ai rien à raconter, on va faire dans le ludique et le rigolo : je vais vous expliquer deux ou trois chiffres (woohooooo). Tout d’abord, le nombre de tickets. Il s’agit du nombre de ventes que je fais dans une journée donnée. C’est une donnée importante qui permet de mesurer en partie la fréquentation (l’autre donnée étant le nombre de clients uniques, ie combien de personnes différentes je vois sur une période donnée, indépendamment du nombre de fois où elles passent). C’est pile sur la période de Noël où je vois tous ceux qui ne viennent qu’une seule fois dans l’année. Je les aime autant que les autres parce que je suis hypocrite (en vrai je préfère largement mes 150 meilleurs clients, ne serait-ce que parce qu’ils m’écoutent et me réconfortent et comprennent mes désarrois et mes joies, mais officiellement, tout le monde est logé à la même enseigne), mais ça n’enlève rien au fait que même s’ils constituent la moitié de mes clients sur une année, ils arrivent péniblement à  représenter 10% de mon chiffre d’affaires total.

10% dont j’ai grandement besoin par ailleurs (nous y reviendrons à la fin de l’année), ceci expliquant à quel point cette période est importante.

 

Toujours est-il que mon nombre de tickets est relativement faible. Pour la très simple raison que je n’ai absolument aucune clientèle de passage. Pour avoir de la clientèle de passage, c’est toujours mieux d’être dans une grande ville et/ou sur un lieu de passage (ça se tient). C’est super pas mon cas. Je suis d’ailleurs la risée de mes collègues spé Bd en terme de ventes du dernier Asterix ou du Blake et Mortimer (ou de l’intégrale Quai D’orsay). En revanche, les 2 personnes parmi vous qui se sont amusées à calculer mon panier moyen ont constaté que oh lala, il est rudement joli dites donc.

 

Oui, c’est vrai.

 

1.5 x plus élevé que la moyenne des spécialisés Bd, 3 x plus élevé que la moyenne des librairies tout court.

 

Ça veut pas dire que je suis le plus fort (même si un peu, quand même), mais plutôt que j’ai vraiment pas d’achats impulsifs de gens qui passent devant la vitrine et qui se disent que ah oui, ça fait longtemps que j’ai pas regardé de près une guerrière avec des gros seins (je choisis pas toujours mes vitrines…). Pour venir me voir, il faut l’avoir planifié à l’avance et vraiment le vouloir. Heureusement, ils sont quand même nombreux à vraiment le vouloir.

 

‘fin bon, voilà  pour les chiffres.

Allez, encore deux jours plutôt tranquilles avant le début du coup de feu (avec dimanche et lundi pour me reposer en baillant derrière mon comptoir, désespérément seul).

 

T’as l’bonjour d’Albert.

 

Nombre de tickets : 39

CA : 1 995 €

Livres : 165

 

Paquets cadeau : 19

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7 décembre 2013 6 07 /12 /décembre /2013 22:47

Samedi 7 Décembre

 

Cher journal de Noël,

 

Finalement, malgré un jeudi et un vendredi prometteurs, ce fut un samedi somme toute plutôt normal. Si on peut même plus se fier aux tendances, maintenant…(en gros, en général, je vois deux fois plus de monde le samedi que le vendredi et trois fois plus qu’un autre jour de la semaine. J’attendais donc une centaine de clients aujourd’hui pour la première fois de l’année, et j’avais fait exprès de mettre mon pull tout doux pour qu’ils aient tous envie de venir se frotter à moi). Les demandes de conseils continuent d’affluer, mes apprentis sont jaloux parce qu’on me demande moi exclusivement (eh oui, suis le plus fort, c’est pas pour rien qu’on m’appelle MAITRE d’apprentissage), et moi je suis pas plus jaloux que ça de voir mes apprentis faire les paquets cadeau (foncez, faites vous plaiz’). Il y en a même un qui m’a offert des chocolats. Je verrai si je les partage ou non, ce sera la surprise.

 

Un amateur de Bds a choisi de ne pas prendre le nouveau XIII, non pas parce qu’il s’est lassé de la série, mais parce que la couverture déborde un peu sur le dos (enfin sur la tranche, pour les néophytes) et que du coup ça fera moche dans la bibliothèque, cette touche de couleur au milieu du blanc immaculé. Ma foi, c’est une raison comme une autre. Moi-même, l’été, je refuse de me déshabiller devant qui que ce soit tant que j’ai la marque du maillot.

 

On m’a demandé une Bd qui se passe dans la Creuse, et je n’ai pas trouvé (j’ai pas non plus trop eu le temps de chercher, me suis demandé si c’était le cas de La Communauté, mais je ne l’avais plus en stock). J’espère que ce soir c’est Miss Limousin qui va gagner, pour rattraper mon incompétence.

 

J’ai regardé mon apprentie galérer pendant 15 minutes à tenter d’emballer le coffret intégrale Tintin. Je pense qu’elle a utilisé en tout au moins 50 mètres de papier cadeau. Je me suis surtout dit que ça ferait ça en moins à retourner en janvier.

 

J’ai vendu pour 500€ de Bds à une cliente pour le Noël de son mari (et elle prend des chouettes choses, dont l’intégrale de Calvin & Hobbes). Je lui ai proposé d’apporter le carton à sa voiture, parce que bon, gentleman, voyez-vous. Sa voiture était au moins à 5 kilomètres. Bon ok, c’était plutôt 200 mètres, mais avec un carton de 20 kilos sur les bras, ça parait tout de suite très long. Mais ça m’a permis de prendre l’air, de voir une patinoire et des voitures s’arrêter aux passages piétons. Un miracle de Noël.

 

Un jeune garçon a voulu faire son malin en faisant remarquer que hihihi si on enlève le ‘l’ de Bleach, ça fait un gros mot en anglais. Je lui réponds que bah non, ça fait ‘plage’. Il semble un peu interloqué, réfléchit deux minutes, et ajoute que ah oui, mais il faut ajouter un ‘e’. Ah non, rétorquai-je, là c’est une sorte d’arbre (je savais plus lequel. J’ai vérifié depuis, d’ailleurs, merci Internet). Le niveau d’anglais des ptits jeunes (cons) est vraiment pas au point, pas étonnant qu’on soit autant à la traine dans les classements internationaux.

 

Voilà, tout le reste, c’était business as usual.

 

Au revoir.

 

Tickets : 71

CA : 3 400

Nombre de livres : 210

 

Paquets cadeau : 22

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6 décembre 2013 5 06 /12 /décembre /2013 22:05

Vendredi 6 Décembre

 

Cher journal de Noël,

 

 Je sais pas trop ce qui se passe, mais je vois tout plein de monde (deux fois plus que l’an passé à la même période, alors même que, pour ne rien vous cacher, et je préfère qu’on soit honnêtes les uns avec les autres, depuis le début de l’année, c’est pas la méga fête folichonne niveau fréquentation. Ce qui veut donc dire que ceux qui ne viennent qu’une fois par an (à Noël) sont bien là. Bienvenue à eux). Ça fait du bien, ça rassure un peu, sauf que ça permet pas de faire tout le rangement comme il faut. Heureusement, Dieu a créé les heures sup’ afin que le travailleur puisse pleinement s’épanouir dans sa boutique fermée.

 

Parmi ces clients :

 

Une dame qui découvre la librairie pour la première fois, qui a cru comprendre que son fils avait réservé des Bds, et ma foi, pourquoi pas les lui offrir (y’en a une quinzaine de côté). ‘Et vous vendez aussi des livres ? ‘ m’a-t-elle demandé. Ce qui m’a un peu surpris, je dois l’avouer (la phrase qu’on entend la plupart du temps c’est ‘je préfère les vrais livres’). Ne carrément pas donner à la Bd le droit à sa condition de livre, c’est une première. J’espère qu’elles ont rien entendu

 

Un client vient récupérer une figurine Cixi (personnage affriolant présent dans Lanfeust, qui se déshabille de plus en plus à mesure que la série se vend de moins en moins) qu’il a commandée. Je l’ouvre pour vérifier qu’elle n’est pas cassée, ce à quoi il répond que ah, y’a les seins, c’est bon, c’est le principal. Parfois, je hais mon métier, un peu (alors même que j’aime beaucoup les seins, là n’est pas la question).

 

Un autre client est venu, je cite, faire le plein. Il est reparti avec 23 Bds. Parfois, j’adore mon métier, tellement y’a juste à faire des piles et que les gens se servent pour faire de grandes piles de suites entre octobre et décembre. Curieusement, à partir de janvier, ça se gâte et faut lever ses fesses du tabouret de comptoir pour aller pousser les livres au cul (oui, ceci est vaguement une référence à Desproges, je laisse les spécialistes trouver laquelle).

 

La femme d’un client régulier est venue car ledit client lui a fait comprendre que nous saurions quel cadeau parfait il lui fallait. Ça tombe bien, je me souvenais du cadeau parfait qu’il lui fallait (mais quand même, baser son bonheur du jour de Noël uniquement sur ma mémoire, c’est prendre des risques, aussi bonne fut elle).

 

Un type est passé, a demandé si j’avais des Schtroumpfs (oui, quelques uns), a soutenu m’avoir appelé plus tôt alors que super pas (la mémoire, toujours) et est reparti en expliquant que les Bds, c’est lu en une soirée, faut les acheter d’occasion, que le neuf c’est uniquement pour les collectionneurs (bon, en même temps, Peyo est mort, les royalties vont pas lui manquer, va pour l’occasion sur les Schtroumpfs).

 

Et une dame âgée a voulu des bds pour 3 ou 4 trentenaires, car parait-il que les jeunes, de nos jours, ça lit de la Bd. Elle est repartie avec du Lepage, du Lupano ainsi que Le premier homme, de Camus, illustré par Muñoz parce que, vous comprenez, me dit-elle, s’il n’y a qu’un livre à lire dans sa vie, c’est celui-ci. Et elle n’est même pas partie du principe que j’ignorais totalement qui était Camus sous prétexte que je passe ma vie à vendre des Schtroumpfs.

 

Allez, bisous et à demain

 

Nombre de tickets : 52 (l’équivalent d’un samedi un peu moyen)

CA : 2 500 (ibid)

Nombre de livres vendus : 160

Nombre de paquets cadeau : 15

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5 décembre 2013 4 05 /12 /décembre /2013 23:57

Je sais pas trop si ça se voit, de là où vous êtes, mais la saison de Noël a débuté depuis ce week-end. Oh, pour l’instant, ça se contente de vivoter un peu, de demander timidement quelques paquets cadeau (‘vous faites pas les paquets, par hasard ? ‘ demandent-ils, plein d’espoir, osant à peine nous déranger. Alors que j’ai des apprentis exprès qui servent à ça), d’humer l’air et de prendre quelques notes pour plus tard, mais c’est indubitable, il y a un je ne sais quoi dans l’air qui fait que nous autres, commerçant, commençons à nous frotter lentement les mains, et pas uniquement à cause des températures ambiantes.

 

En général, c’est le moment dans l’année où je ne vous donne plus du tout de nouvelles, où nous nous éloignons vous et moi, où je vous laisse à vos luges et à vos rires pendant que moi je pars jouer au père-noël pendant un long tunnel de 20 jours (qui a déjà débuté depuis un mois) qui me prive de la vue du soleil et qui me laisse dans un état d’éreintement intense alors même qu’il faudrait plutôt songer à bien débuter l’année nouvelle pleine de promesses. Mais bon, c’est pour la bonne cause : l’argent.

(oui parce que bon, les étoiles dans les yeux des gens qui ouvrent les cadeaux que j’aurai sélectionnés moi, l’image de joie permanente imprimée ce jour là sur les visages des petits et des grands, la satisfaction des parents de savoir qu’au moins, pendant que les petits lisent, ils font pas chier leur monde, tout ça c’est bien gentil, mais j’ai des échéances qui se profilent, moi, et elles vont pas être coton).

 

Le mois de Décembre, c’est 20% de mon chiffre annuel (alors que Décembre n’est jamais qu’1/12ème de l’année, c’est dire). Autrement dit, si je me plante là, eh bien je plante mon année, ce qui n’est pas la meilleure idée du siècle en terme d’avenir, vu à quel point les banques ne semblent pas ultra motivées à l’idée d’aider les entreprises en difficulté, ces derniers temps. C’est un mois un peu curieux qui culmine avec les 4 à 5 jours qui précèdent Noël, surtout si dans ces 4 à 5 jours on compte un week-end (c’est le cas cette année), moment préféré des Français pour tous s’agglutiner en même temps dans les magasins histoire de se tenir bien chaud et de se rappeler le vrai sens de Noël : trouver un cadeau à la con pour le beau père qui a des Bds dans ses chiottes. Un mois où on ne fait que de la vente, où les affaires courantes sont mises entre parenthèses, où les cartons ne sont plus les bienvenus et où le balai est passé dix fois par jour. Un mois où je me retrouve à bosser les dimanches et lundis alors même que je sais que je verrai pas grand monde et qu’il y a du curling à la télé.

 

Cette année, plutôt que de fuir au fond de ma caverne et prendre un bon bain chaud chaque soir aux pieds d’une Geisha qui me masse les miens, je vais vous amener avec moi pour un voyage fantastique au pays de mon pays. Comme ça, vous vous rendrez compte un peu plus de ce que c’est vraiment, que la période de Noël, pour nous.

 

C’est pas dit que j’aurai des anecdotes à raconter chaque jour (j’exerce un métier qui n’est pas d’une folle originalité et qui peut être rudement redondant, mais ma foi, on s’y fait, et puis quand on s’ennuie vraiment, on peut faire des châteaux forts avec les cartons vides, chose compliquée quand on est expert comptable), mais je donnerai mon chiffre d’affaires, le nombre de clients que j’aurai vus, le nombre de paquets cadeau faits et le nombre de livres vendus. Je vous épargne la baisse quotidienne de mon stock, même si moi j’aurai un œil dessus en permanence.

 

Ça va être super.

Enfin sauf si je m’écroule au beau milieu.

 

(aujourd’hui, j’ai vu plein de clients, des bibliothèques, un comité d’entreprise et une mère de famille qui a offert la série complète des Bone à ses enfants pour Noël, ce qui a suffit à me rendre joyeux pour la journée (enfin jusqu’à ce que je reçoive 15 cartons MDS avec le nouveau Blake et Mortimer dedans).

 

Nombre de tickets : 42 (le jeudi c’est en général deux fois moins)

CA : 2 100 € (c’est ce que je fais un samedi moyen)

Paquets cadeau : 12

 

Nombre de livres : 150

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