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  • : Les libraires se cachent pour mourir
  • : Un libraire se livre (oui bon...). Les doutes, les joies, les peines et les découvertes sans cesse renouvelées dans ce milieu merveilleux. Ou alors c'est simplement le quotidien d'un mec qui lit des Bds et qui est payé pour ça
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28 novembre 2013 4 28 /11 /novembre /2013 19:40

Dans le cadre de mes fonctions de super libraire reconnu et labellisé (je fais même partie des libraires choisis à la main par média participation (ceux qui diffusent dargaud/dupuis/lombard/kana/urban) pour leur qualité globale et leur teint frais. Ils nous ont affublés du sobriquet ridicule mais choupinou de Supers libraires qu’on caresse dans le sens du poil soyeux et à qui on répète sans cesse que sans nous point de salut, que nous sommes la colonne vertébrale de leur empire etc etc. Et à côté de ça ils créent un site internet qui se propose de faire du conseil à notre place. Je trouve ça rigolo. C’est un site qui n’a aucun avenir commercial et qui sert plus de vitrine qu’autre chose, mais je trouve amusant qu’on nous foute une cape sur le dos en espérant qu’on volera face au vent et qu’elle nous cachera les yeux), dans le cadre de mes fonctions, donc, il m’est demandé, de temps à autres, de prêcher la bonne parole et d’étaler mon maigre savoir à la face de gens qui en savent encore moins que moi. C’est vertigineux.

 

Toujours est-il que mon confrère, qui lui est libraire de vrais livres, m’a demandé de co-intervenir devant un parterre de lycéens membres d’un jury littéraire afin d’expliquer ce que c’est, au juste, que la bd de reportage.

Les lycéens m’inspirent rarement (et inversement), mais ma foi, s’ils font partie d’un jury, c’est qu’ils sont un minimum motivés et intéressés, allez, ça peut être sympa, je prépare un truc rapidos hier (le processus est le même que lors de ma présentation spéciale mangas du début d’année : je suis prévenu 1 mois en avance et je prépare tout 24 heures avant, histoire que…heu…que tout soit bien frais dans ma tête, allez, on va dire ça), et zou, on se lance.

 

Je laisse mon collègue mener la danse (il danse bien mieux que moi, il faut dire, et connait la rumba, la salsa et la macarena là où moi j’attends toujours qu’on m’invite pendant le quart d’heure américain ) et leur conter l’histoire passionnante de l’écriture (enfin moi, je trouve ça passionnant, mais de toute évidence les 17 lycéens assis face à nous pensent plutôt aux statuts qu’ils pourraient publier pendant ce temps sur facebook), avant d’intervenir à mon tour sur la partie Bd.

 

J’ai parlé de Maus, de Davodeau, de Kris, de Marion Montaigne (d’ailleurs, c’était assez fascinant sociologiquement que d’observer que tous les garçons étaient d’un côté de la salle et les filles de l’autre. Ça se mélange pas trop, en seconde, faut croire. Ça viendra), de Squarzoni, de Sacco, du Prix France Info, de La Revue dessinée, de Lepage, de Tardi, de From Hell, de Persepolis, de Delisle, de Guibert. J’ai oublié de parler de Tatsumi mais c’est pas grave, suis sûr qu’ils auront plein de questions à poser et qu’on pourra y revenir.

 

‘Est-ce que vous avez des questions ? ‘ demande-t-on alors

Déjà une main qui se lève. Youpi, ils ont ouvert leur esprit, leur curiosité est titillée, c’est parti pour des échanges enrichissants.

‘Pourquoi est-ce que vous avec décidé d’être libraire ?’

Je sais jamais quoi répondre à cette question, vu que je suis libraire complètement par hasard et que j’ai jamais vraiment décidé de devenir libraire. C’est juste arrivé. Pouf. Un jour, j’ai commencé à vendre des livres. Après, j’ai commencé à m’intéresser au métier de près. Maintenant (et seulement maintenant, 7 ans après), je me considère comme à peu près libraire. Mais ça tombe bien, j’ai pas eu à répondre, mon collègue (dont le déhanchement sur une piste de square dance me rendra toujours jaloux) a parfaitement répondu pour nous deux.

‘autre chose ?’

‘oui, livre numérique, vrais livres blablablabla, non ?’

S’en suit un semi-débat sur l’intérêt du livre numérique, dont je vais vous épargner la teneur ici parce que ça me fatigue rien qu’à y repenser.

Et ma foi, c’est à peu près tout.

Bon.

Ils seront curieux une autre fois, c’est pas grave.

 

Chaque élève, pour récompenser ses efforts de juré, s’est vu remettre un chèque lire d’un montant de près de 20€. Ce qui est très généreux de la part du Conseil Régional, merci à lui de permettre l’accès à la culture à des élèves qui en sont de toute évidence complètement démunis, si j’en crois le vide intersidéral dans leur regard quand on leur parle d’événements qui ont plus de 2 jours (j’exagère à peine). Ils se sont donc précipités dans les deux librairies (surtout dans la mienne, d’ailleurs, et toc, la Bd c’est toujours plus cool que la Bitlit). J’avais laissé la pile de tout ce que j’avais présenté sur le comptoir, en me disant qu’ils seraient forcément attirés, que j’avais transmis la flamme de l’information et du reportage, qu’ils auraient soif d’apprendre et de découvertes.

 

Résultat des courses : 3 Naruto, 3 One piece, un Carnets de Cerise, 3 Batman et un Asterix vendus.

 

Oui voilà, ils seront curieux une autre fois. C’est pas grave, mais ça me déprime un peu. ‘fin bon, comme on dit un peu hypocritement dans ces cas-là : au moins ils lisent.

 

 

(renseignements pris, ils sont membres d’un jury, certes, mais c’est un cursus qui leur est plus ou moins imposé, il s’agit pas de volontaires. Je comprends mieux. Je n’ai finalement pas à me remettre en question. Ouf. Je déteste ça)

 

 

Ps : rien à voir, mais comme chaque année à la même époque, la sélection Angoulême a été dévoilée. Comme chaque année, je râle un peu, j’applaudis à peine plus et pointe du doigt des oublis flagrants. Toujours est-il que je rappelle que mes listes sont sur Sens Critique dorénavant, avec notamment ce que moi je retiens moi dans mon coin à titre personnel (et professionnel, en fait, surtout, sinon y’aurait 2 livres). Donc si vous, vous êtes curieux….

 

 

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12 novembre 2013 2 12 /11 /novembre /2013 22:21

Ça y’est.

Elle arrive.

Elle pointe son petit nez mutin.

C’est LA sortie tant attendue de l’année.

Oubliez Asterix, balancez Blacksad, brûlez Blake et Mortimer, piétinez violemment XIII, et préparez une haie d’honneur, des pétales de roses dorées parfumées de mille saveurs olfactives imaginaires et un joli arc-en-ciel pour la sortie de l’intégrale de Calvin & Hobbes.

 

ENFIN !

 

Alors oui certes, elle est disponible depuis longtemps en anglais, mais tout le monde ne peut pas goûter au génie de Bill Watterson dans sa langue originale à lui. C’est dommage, ça permettrait au monde de me ressembler un peu plus mais bon, j’en ai fait mon deuil. Vous allez surtout pouvoir enfin savourer ces 10 années de bonheur intense de création dans leur ordre chronologique, avec format des pages du dimanche respecté.

Et ça, c’est pas rien.

 

Tout ça pour dire que, sous mes airs un peu bourrus de jeune ours fragile et gracile à  la fois, je me retrouve à sauter dans tous les sens, mi-cabri, mi-pingouin sauteur (j’ai un petit côté gorfou), de nouveau revitalisé par une motivation qui m’épate moi-même (parce que bon, je vous cache pas que le mois de novembre, c’est pas mon pote. Il sert absolument à rien, il m’empêche de voir le soleil et de pêcher à la mouche et je dépense plein de sous (bon ok, dans 60 jours mais bon hein bon) pour des commandes de Noël que je ne vendrai qu’à partir de la mi-décembre. Aucun intérêt. Nul. Zero. Si ce n’est (ça c’est pour voir si vous suivez un peu) la sortie de cette petite merveille qui pèse son poids et qui vous en coûtera 150€, certes, mais qu’est ce que c’est que 150€ de bonheur absolu pour toujours ?

 

Et ok, oui, je l’avoue, même si je vous bassine en permanence avec mes ‘oui mais les goûts des libraires, on s’en fout, ce qui compte c’est la clientèle blablabla’ et autres ‘il faut soigner son stock, ne pas se laisser aller à l’affect, les chiffres et rien que les chiffres, ce sont eux qui parlent’, bon, ok, oui, là je me suis fait plaisir. J’ose à peine l’écrire mais oui…j’ai…je…comment dire…j’ai surstocké.

 

Oh ça va hein, ça nous est tous arrivé au moins une fois.

 

J’ai été raisonnable le jour de la commande, mais je sais pas, une petite voix m’a mordillé l’oreille (je parle de la voix de mon amie Marie , libraire elle aussi) et j’ai craqué, rappelé mon commercial et doublé les quantités. Je suis faible. Ça me perdra. Ça m’a déjà perdu.

Mais on ne parle pas de n’importe quoi là, on parle du livre que j’apporterais avec moi sur une île déserte (j’ai aucune confiance en l’encre électronique au milieu du sable. Qu’on me laisse avec une cargaison de livres physiques palpables qui sentent bon le papier chaud). Ce serait un peu crétin dans la mesure où ce serait super lourd et que faudrait peut-être penser à des vivres, plutôt, mais je m’en fous, je préfère vivre en crétin que vivre sans Calvin & Hobbes.

 

Car eux et moi vivons une histoire d’amour à trois depuis 25 ans, une histoire d’amour qui, en toute logique, vire à l’obsession mais qui, curieusement, ne déçoit jamais (aimez les livres, plutôt, je vous le dis, moi, laissez tomber les mecs et les gonzesses (ou alors pour du sexe, un peu, de temps en temps, histoire de se souvenir de ce que c’est, et encore)). C’est tellement sensible, intelligent, drôle, fin, intelligent, sensible, drôle, fin, intelligent et sensible que ça en donne le tournis. Vous me verriez, présentement, vous jureriez que je suis profondément amoureux hystérique à me tatouer le nom de ma bien aimée sur l’aine ou me coudre son foulard sur ma poitrine à l’aide de la dernière machine Singer (autant vivre avec son époque). Alors que je suis tout simplement ivre d’encre et de papier, papier imbibé d’une douce nostalgie salvatrice qui me met les larmes aux yeux.

 

Tentez l’expérience. Commencez à 11 ans comme moi. Ou 12. Ou 13. Ou 25, peu importe. Lisez l’intégrale. Souriez à vous en fendre les lèvres mais quand même pas non plus sinon ça fait mal, surtout l’hiver. Répétez l’opération chaque année pendant toujours.

Vous vous sentez pas mieux, là, franchement ?

On s’en fout pas un peu, là, des Virgin, d’Amazon, de la taxe d’habitation, du chien à sortir, du repas de Noël à se coltiner sa famille éloignée ?

 

150€, c’est beaucoup d’argent, mais c’est finalement que 12.5€ par mois. Deux fois moins cher qu’un abonnement Internet pour du bonheur exponentiel. Un investissement sans faille.

Et les quantités seront limitées.

 

Bon ok, pas dans ma librairie, y’en aura une pile gigantesque, mais ça va hein, je viens pas vous dire comment faire vos courses.

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24 octobre 2013 4 24 /10 /octobre /2013 22:31

Je pensais que la journée serait placée sous le signe d’un petit village prêt à envahir les foyers de millions de gens qui achètent un livre par an (mais au moins, ils en achètent de nouveau un qui est chouette, c’est toujours ça).

J’avais bien reçu la silhouette en carton Asterix, la silhouette Obelix, les sacs en toile, les affiches, le coffret de la monnaie de Paris, l’édition limitée à 35€, les fausses moustaches hideuses (fallait me demander, j’aurais servi de modèle. Bon, ok, du coup tout le monde aurait eu l’air d’un Village People Gaulois. Mais quand même) et, au milieu de tout ça, l’édition normale. J’ai planqué les silhouettes, planqué les affiches, planqué l’édition limitée, réservé le coffret que j’ai pris à l’unité, mis les moustaches dans un tiroir, car après tout, vu que eux (Hachette diffusion) ne font aucun effort pour nous (les libraires indépendants) accorder des conditions commerciales, je vois pas pourquoi moi j’en ferais pour habiller mon magasin.

 

Surtout quand en plus les grandes surfaces alentours ne respectent pas la date de mise en place des albums susmentionnés, les garces.

 

Mais tout ça on s’en fout, ça fait parler Bd, ça fait venir au magasin des clients inhabituels, ça met un peu de bonne humeur nostalgique partout, d’autant plus qu’il est vraiment réussi, cet album et que personnellement il m’a beaucoup fait rire (en plus, il y est question de loutres, la mienne fait des sauts périlleux dans sa baignoire depuis hier).

 

Et ça fait notamment venir cette femme, mi-en-fin-de-jeunesse mi-début-de-la-fin, qui vient acheter le Asterix et qui en profite pour nous demander, à mes apprentis et à moi, si bonjour, est ce que vous recruteriez pas, par hasard, parce que là présentement j’ai un ami qui cherche à se lancer dans le métier de libraire. Je réponds que ah non, pas de recrutement pour l’instant, je le crains. (Les caisses sont vides et je manque de potion magique). Elle décide soudain de ne surtout plus sourire (ou alors une sorte de sourire carnassier qui me glace encore) et demande à mes apprentis comment ils l’ont eu, ce job, eux. Avec l’accent mis sur le ‘eux’.

‘Oh, nous on est que apprentis’, répondent-ils en cœur et penauds.

(Et moi, j’aime pas trop qu’on s’en prenne à mes apprentis. Ils méritent des baffes, certes, mais je suis le seul à savoir manier le fouet (oui, je file des baffes un peu violentes)).

 

C’est là que nous avons basculé dans la quatrième dimension. La voix off est arrivée, tout s’est transformé en noir et blanc, c’est parti pour un épisode de 20 minutes (la musique du générique de X Files, ça marche aussi).

 

‘Le problème avec la France, c’est que vous exploitez les gens et que vous accordez trop d’importance aux diplômes, nous au Canada, on apprend sur le tas’

Bon.

Je respire.

Et j’attaque (alors que généralement, je laisse courir ce genre de discours, j’ai autre chose à faire que d’avoir un échange d’opinion avec des gens qui de toute évidence ont souvent une vision très personnelle de ce qu’est un échange). Et je demande que heu pardon mais en quoi sont-ils exploités, au juste, mes apprentis ?

Bon alors oui, ok, ils ne me coutent que quelques milliers d’euros par an au lieu des 25k€ d’un salarié payé une misère.

Bon alors oui ok je les traite un peu comme des chiens et ils font toutes les basses besognes.

Mais je les aime et les chéris et passe un temps hallucinant (pour de vrai) afin de m’assurer qu’ils sortiront de cet apprentissage avec un semblant de bagage autre que la tête d’ahuris avec laquelle ils se pointent en général aux entretiens. Et s’il y a bien une chose qu’ils ne sont pas, c’est exploités.

- Et au Canada, vous pensez pas que c’est exploiter les gens que de leur donner que deux semaines de congés payés ?

- Non mais vous, en France, vous pensez que cinq semaines c’est normal.

Bah c’est normal vu que c’est la loi. Bon après, je vais pas rentrer dans des considérations sociales et économiques, chacun pense bien ce qu’il veut (même si j’ai raison et eux tort), mais c’est pas une raison pour venir crier des âneries sous mon toit sous prétexte que je donne pas mon boulot à un type que je ne connais pas et qui souhaiterait voir ce que ça fait, d’être libraire.

 

Je suis plutôt du genre pacificateur et médiateur (manipulateur). J’ai donc tenté la main tendue vers le petit pont de bois de l’amitié francophone.

- Non mais nous sommes du même côté, je suis moi-même à moitié Canadien, j’ai attrapé ça par ma mère.

- Ca m’étonnerait, vous êtes pas Canadien, vous

J’aime pas trop qu’on s’en prenne à mes apprentis, mais j’aime encore moins quand on met en doute la véracité de mes racines (en vrai je m’en fous, de mes racines, mais c’est une question de principe).

- Et pourtant…ma mère est née à Toronto

- Et c’est quoi, son nom ?

- Hein ? mais je vais pas vous donner le nom de ma mère

- Je connais tous les noms au Canada, je vais vous dire moi si vous êtes un vrai Canadien. Moi par exemple, je viens du Québec. Je peux même prendre l’accent quand je le veux (et elle me le montre en prenant l’accent québécois pendant cette phrase. Un vrai tour de magie. J’avais Michel Leeb en face de moi).

 

Et elle est partie.

Ce qui tombe bien, vu que j’étais totalement à court d’arguments devant une logique aussi implacable. Quoique parfois, quand j’ai bu un peu trop de coca, j’arrive à prendre l’accent Belge, en n’oubliant pas de rajouter ‘une fois’, ce qui provoque toujours l’hilarité générale autour de moi. Ça fait forcément de moi un vrai Belge.

 

Je vais mener l’enquête, elle avait peut-être raison, après tout.

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7 octobre 2013 1 07 /10 /octobre /2013 12:10

Je vais tenter, en quelques points (ce sera rapide, promis, et de toute façon on a déjà largement fait le tour sur le sujet), d’expliquer en quoi cette fameuse Loi anti-Amazon (haha) ne changera absolument rien et pourquoi moi, à titre personnel, je m’en fiche un peu royalement et n’ai pas fait péter les bouchons de Champomy.

Je précise que je prends mon cas en particulier. Qu’il ne s’applique donc pas à TOUTES les librairies. Histoire qu’on vienne pas me voir derrière mon comptoir pour me dire que hey, même pas vrai, moi j’en connais des qui, d’abord, et puis un jour suis allé en librairie et c’était vraiment des connards (à titre perso, donc, je suis un ange).

 

1 – je ne vois pas bien pourquoi les gens se rueraient sur leur voiture (payée à crédit) pour vite foncer chez leur libraire maintenant qu’ils ne pourront plus avoir frais de port gratuits et 5% cumulés. De toute façon, ils n’ont pas de libraire attitré. Ce ne sont pas des acheteurs en librairie. Tout bêtement.

Notez bien qu’il est interdit de cumuler les deux. Ça ne veut donc pas dire la fin des frais de port gratuits. Et comme plus personne ne fait 5% de remise immédiate hors carte de fidélité, le livre restera dans l’absolu au même prix partout.

 

2 – Si on pouvait arrêter de crier de partout que les gens ne vont plus en librairie, ce serait pas mal aussi. C’est totalement faux. La vente sur internet c’est maintenant 17% de part de marché, mais la vente en librairie indépendante c’est toujours 20%. Ça n’a pas changé depuis un moment (pas depuis que les grandes surface s’y sont mises gaiment). Comme les ventes de livre ont bien augmenté ces 15 dernières années, ça veut tout simplement dire qu’on n’a jamais autant vendu de livres en librairie. Alors oui, ça se tasse un peu dernièrement, mais la tendance est à -8% pour les grandes surfaces contre -3% pour les librairies (et -1% pour le livre en général). Pas encore tout à fait la fin du monde.

 

3 – Apparemment ça nous met sur un pied d’égalité avec Amazon pour la vente en ligne. Oui, certes, un peu. Sauf que moi, ça ne m’intéresse pas de faire de la vente en ligne. Je ne vois pas ça du tout comme un projet d’avenir. Pour que ce soit rentable, il faudrait que je fasse 120 K à 140K de vpc par an (c’est ce que rapporte en moyenne un libraire qui bosse à temps plein en librairie). Ça revient à une trentaine de paniers par jour ouvré (le panier moyen étant de 17€). Avant que je doive traiter une trentaine de commandes par jour sur un site noyé dans la masse, va falloir y aller.

(encore une fois, je prends mon cas à moi, qui n’ai pas de temps supplémentaire à consacrer à ce service. Car il faut que ce soit un service supplémentaire réservé à mes clients (pas clients potentiels hein, mais clients) et non un axe de développement).

 

4 – J’ai choisi d’orienter mon offre en fonction d’une clientèle de lecteurs et de très gros lecteurs. Ce sont eux, mon cœur de cible. Ça veut pas dire qu’ils sont plus meilleurs que les lecteurs de passage hein, c’est juste eux que j’ai choisis. Alors ça tombe bien car ça rend mon boulot plus agréable et que ça me permet de défendre certains éditeurs et de donner un sens à ma pauvre petite vie insignifiante, mais en soit, c’est le même boulot. Et ces lecteurs là, eh bien ils viennent en librairie car ils sont curieux et veulent faire des découvertes. Amazon, ça va quand vous savez ce que vous voulez acheter. Moi, je m’adresse à tous ceux (et ils sont majoritaires), qui rentrent dans la librairie et repartent avec plein d’autres livres non prévus. C’est ça, ma valeur ajoutée. Et c’est une valeur ajoutée que vous trouverez dans aucun algorithme autocentré qui se mord la queue, ni sur aucun blog qui partage ses coups de cœur de lectures.

 

5 – Il y a un tel tissu dense de librairies qui font ce boulot là, justement, que le service est assuré et qu’il n’y a aucune raison que soudain tout le monde fonce sur internet acheter ses livres (comme ce fut le cas aux Etats-Unis, où le tissu de librairies indépendantes est/était ridicule). Ce n’est encore une fois pas le même canal de distribution ni la même population visée. Les librairies qui se contentent de vendre ce qui se vend apparemment (ça tombe bien, y’a Livres Hebdo pour dire quoi mettre en piles) et de lire et conseiller les deux ou trois titres dont tout le monde parle déjà, risquent fort de déchanter rapidement.

 

6- La fidélisation est au cœur de ce que je cherche à faire. Je trouve très curieux qu’on (enfin certains libraires) pointe du doigt le fait qu’elle nous coûterait 5% par an. Déjà parce que c’est totalement faux (ça tourne plutôt en dessous de 2%), et qu’en plus, à partir du moment où on fait le choix d’offrir 5% sur carte de fidélité, eh bien autant y aller à fond, puisque c’est justement la concrétisation de la fidélité. Chaque client qui passe, on lui demande s’il a une carte de fidélité et si non, on lui en crée une. On se dit pas que ah, chic, il n’en a pas, je vais économiser de l’argent. Alors oui, ça me « coûte » quelques milliers d’euros par an. Mais ça m’en rapporte tellement plus…Et je ne vois pas bien où Amazon ferait un boulot de fidélisation.

 

Il y aurait d’autres points à développer, mais ce sont les principaux. Enfin je crois. Il est encore tôt, je me remets doucement de mon mal de dos (suis allé voir un ostéo, c’était formidable, je vous raconterai peut-être), c’est mon jour de repos et en plus il fait beau. Je m’en vais donc lire dans un monde non virtuel.

 

 

Moi : 6 Amazon : 0

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2 octobre 2013 3 02 /10 /octobre /2013 00:44

Ce soir, j’hésite.

Oui, j’écris ces petites chroniques pétillantes le soir, au calme, avec un peu de musique dans les oreilles et un mug de café Blue Jays acheté en 1993 à Cleveland dans la main. C’est un rituel. C’est comme ça. Comme toute personne ordonnée et libraire, j’ai mes petites manies, une place pour chaque chose et chaque chose à sa place, sinon c’est le chaos (notez qu’un bordel organisé peut aussi fonctionner. Autant mes étagères sont organisées, autant le reste de mon appart ressemble pas à grand-chose sinon à une successions de tas difformes).

 

Et donc ce soir j’hésite.

Soit je vous gratifie d’une note spéciale gestion pour expliquer comment on arrive à une remise de plus de 40% (les mythiques) sans trop de problèmes, avec force formules pour le prouver (on va trop rigoler), soit je fais une note spéciale éditeurs avec leurs nouvelles idées en cette fin d’année pour être plus visibles encore (ils vont moins rigoler), soit je fais de nouveau une note qui n’a rien à voir avec la vie de la librairie, histoire de souffler un peu pendant ce long tunnel qui nous mène jusque Noël.

Faisons plouf plouf de pique nique douille qui pisse dans un tonneau.

 

(je sens que vous retenez un peu votre souffle, là, accrochés à vos fauteuils respectifs. Je vous comprends. Moi-même je sens un peu le vent de la folie souffler sur moi)

 

Allez, la roue a tourné et s’est arrêtée sur l’anecdote du jour.

Zou.

C’est parti.

 

Voyons voyons…de quoi parler…hum…j’ai déjà évoqué le distributeur de pains près de chez moi, mais j’ai pas d’anecdotes croustillantes sur ce sujet. Mon débit Internet a doublé ce week-end sans prévenir, mais pareil, on en fait vite le tour. Ce soir, j’ai nourri les chats de mes parents et ramassé des feuilles du jardin en pleine nuit, mais idem, rien n’est arrivé de palpitant.

 

Ah oui je sais.

Hop.

 

Ces derniers mois, j’ai eu quelques soucis de santé. Oh, rien de grave, pas la peine de m’envoyer de cartes (enfin si, vous pouvez, ça fait toujours plaisir) ou de pousser des Oh non c’est pas vrai pas lui !, simple gêne liée à des brûlures d’estomac intempestives qui me gâchaient quelque peu la vie. Et moi, comme toujours quand un truc me gâche la vie, je fais la seule chose sensée qui me vienne à l’esprit : j’attends que ça passe. Ça m’a réussi pendant plus de vingt ans, je vois pas pourquoi ça s’arrêterait aujourd’hui. D’ailleurs, comme je n’ai pas vu de médecin pendant 20 ans (la dernière fois c’était pour un certificat médical, me semble-t-il, j’avais 15 ans) en dehors de la médecine du travail (autant dire donc que je n’ai pas vu de médecin pendant 20 ans), je n’ai pas de médecin référent. Je ne sais même pas à quoi ça sert, un médecin référent. Je ne sais même pas comment ça marche, un médecin. On prend rendez-vous pour le jour même ? On se pointe et on attend en lisant Neuf Mois et Nous Deux en espérant que le Paris Match sera du bon millénaire ? On dit bonjour monsieur, bonjour madame, j’ai mal là et là quand je fais ci et ça merci combien je vous dois ? ça se paie comment, un médecin, on avance l’argent et on est remboursé par la Sécu ? D’ailleurs elle est où, ma carte Vitale et je me souviens pas, faut une photo dessus ? Bref, c’est bien trop compliqué pour moi, autant laisser faire les anti corps, après tout c’est comme ça qu’ils faisaient au Moyen-âge et ça leur allait très bien (oui bon…), j’ai foi en mon corps, il sait ce qui est bon pour lui-même, il est pas complètement con, quand même, la nature est bien faite tout ça tout ça.

 

Sauf que là, moi, concrètement, j’ai mal au bide. Ça me réveille au milieu de la nuit, j’ai l’impression d’avoir un puits d’acide au fond de moi, j’aime pas trop ça, j’aimerais bien que ça revienne comme avant, s’il vous plait, tout ce concept de temps qui passe et de cellules qui se dégradent, ça commence à me gonfler. Enfin attendons de voir quand même si ça passe pas, prenons un peu de Maalox, ça fera bien l’affaire.

 

Sauf que non, pas là.

 

Et moi, même si je vois pas de médecin, ça ne m’empêche pas d’être au bord de l’hypocondrie. Un hypocondriaque qui ne se soigne pas. C’est pas très malin (je ne suis pas très malin, de manière générale). Et donc ça me prend la tête, moi, cette histoire, car là, de toute évidence, mon corps il fait pas son boulot de corps parfait (de l’intérieur) qu’a jamais rien et qu’a pas besoin d’être soigné parce qu’il s’auto régénère. Il est son propre foie, sa propre queue de lézard, il va pas me lâcher comme ça.

 

Je sais pas quoi faire. Je demande autour de moi. On me suggère d’aller voir un médecin (un quoi ?). Bon. S’il le faut. Ils se trouvent où, au juste ?

L’avantage, quand on est commerçant, c’est qu’on croise plein de monde. Et que je peux donc leur demander conseil. Et de me diriger vers un médecin compétent qui ne me dira pas que je suis enceinte ou que je dois manger plus de choux de Bruxelles. Je croise les recommandations et retiens un médecin. Je me vois déjà tout soigné le lendemain, gambadant gaiement et ouvrant des cartons avec juste un doigt (non, je plaisante. C’est impossible. Ce sont évidemment mes apprentis qui ouvrent les cartons) le plus dur après tout c’est de prendre le combiné pour un rendez-vous.

Ah.

Bon, il semblerait que je ne puisse pas avoir rendez-vous avant une bonne semaine. Très bien. Je vais attendre. Mais quand même, ça me parait un peu hasardeux comme système. Je fais comment, si je me suis coupé une moitié de jambe et que j’appelle pour prendre rendez-vous parce que je veux pas déranger les pompiers, hein ?

Il me revient en mémoire un film dans lequel le protagoniste allait demander conseil à sa pharmacienne (à moins qu’il ne s’agisse d’une pub pour le viagra, je ne sais plus, quand ils disent à la fin de demander conseil au médecin ou au pharmacien). Ça tombe bien, y’en a une près de la librairie, bonjour madame la pharmacienne, je sais pas trop comment vous dire ça, mais j’ai de l’acidité dans le ventre et j’aime pas trop ça et j’ai rendez-vous chez le médecin dans une semaine est-ce que vous pouvez me sauver en attendant ?

Elle me vend une solution miracle.

Qui élimine tous les symptômes dès le lendemain.

Je suis sauvé.

Youpi.

Bon, j’ai quand même rendez-vous, autant y aller, ça me fera pas de mal, et puis j’ai tout plein de questions à lui poser, après tout ça fait 20 ans qu’on ne s’est pas vus, ses enfants ont du grandir et les miens naître.

A y’est, ce le jour j du rendez-vous. Je suis à l’heure. Moi.

J’apprends donc que chez un médecin, avoir rendez-vous, c’est comme attendre l’agent France Télécoms. C’est pas tant une heure de rendez-vous qu’une fenêtre plus ou moins ouverte avec plein de monde prêt à sauter et qui se frotte dans la salle d’attente pour mieux se refiler ses microbes (et créer des anti corps. C’est peut-être ça, finalement, la médecine moderne). Il finit par m’ouvrir ses bras et sa porte (dans le désordre), je lui raconte mes problèmes, il me palpe ici, puis là, me demande si ça fait mal quand il appuie (non non), me demande mon âge (de quoi je me mêle) et puis on discute un peu, je sens que quelque chose se passe entre nous, que ces quelques minutes ont suffit pour nous rapprocher, que dorénavant rien ne pouvait nous séparer.

‘Bon par contre, je suis spécialisé en ostéopathie et en médecine du sport, je pourrai plus vous prendre pour des actes de médecine générale hein’.

Ce fut court mais bref.

Il m’a dit que pour lui j’avais pas de problème particulier au ventre, que allez, on va faire une prise de sang, vérifier que tout va bien et zou, adieu, sache que tu fus aimé, d’une certaine manière, même si on ne peut plus se voir.

 

Je repars le cœur léger et soulagé (c’était un peu une aventure, pour moi, de prendre rendez-vous quelque part. J’aime pas trop trop ça. Je préfère qu’on me laisse tranquille, de manière générale, et qu’on m’oblige pas à aller vers des points B qui ne me disent rien qui vaille), je me dis que tout ça n’est bientôt qu’un mauvais souvenir, que haha la vie me sourit de nouveau, je savais bien que mon corps ne pouvait pas me trahir, lui et moi nous connaissons depuis trop longtemps.

 

Mon traitement de la pharmacienne durait 7 jours.

Au 8ème, les symptômes reviennent.

Saloperie de 8ème jour, se dit Dieu, et moi avec.

Sauf que moi, du coup, je ne sais que faire. Je suis un papillon affolé qui s’affole contre une vitre qui est pourtant transparente, c’est quoi ce bordel, la vie doit-elle être toujours aussi compliquée ?

J’attends de voir si ça passe. Ce n’est pas le cas. On m’avait pourtant dit que je n’avais rien. C’est bien la peine d’aller consulter. Et en plus, il m’a interdit de retourner le voir. Tu parles d’un contrat de confiance et d’un service après vente.

Je tente d’autres médecins. En plein mois de Juillet. Qui sont visiblement absents. Ou qui ah non, vous êtes pas un patient habituel, c’est pas possible, désolé, au revoir monsieur. Je décide donc d’aller à l’hôpital, aux urgences, ayant vu sur leur site qu’il existait un service de consultation pour les machins pas vraiment urgents .

Et je suis un machin pas vraiment urgent, j’en ai conscience. Moi je veux gêner personne. Je me mets dans un coin, j’attends qu’on vienne me voir avec un stéthoscope, qu’on me dise que ah, bougez pas, j’ai déjà vu ce cas dans Dr House, il suffit juste de réciter l’alphabet Grec à l’envers et vous serez guéri, voilà monsieur, au revoir, au plaisir, vous avez une carte de fidélité ?

 

Mais en vrai, après avoir attendu 2 heures dans une salle d’attente déserte (le fameux service était suspendu pendant l’été, faute de personnel, ce qui fait que je dois passer par les urgences, finalement), on me demande de me foutre à moitié à poil dans une autre salle, où j’attends un bon quart d’heure, mi stressé et mi terrassé par un mal de crâne sorti de nulle part, qu’un médecin vienne me voir. Il me demande ce que je fais là. Je le lui explique. Il me dit que j’ai rien à faire là, que je dois voir un spécialiste, un gastro-entérologue, qui me fera une fibroscopie, allez, au revoir monsieur. Et il me laisse en plan. A moitié à poil. Avec mon mal de crâne (par contre, suis plus du tout stressé).

On fait pas des examens ? On me dit pas là tout de suite ce que j’ai ? On me laisse sortir dans la lumière aveuglante de mon ignorance ? Et puis c’est quoi, une fibroscopie, d’abord ?

 

(vous sentez, un peu, la tension dramatique dans le récit ?)

Je découvre, donc, petit à petit, ce que c’est, au juste, que le parcours médical. Et je l’aime que moyen. En gros suis une boule de flipper qui roule, comme disait l’autre. Et qui gonfle, surtout.

Mais d’accord. Je suis obéissant. On me dit d’aller voir un spécialiste, je vais aller voir un spécialiste. Je suis invincible. Complètement rôdé. On dirait que je fais ça depuis toujours. Elles sont où, mes pages jaunes ?

 

Le rendez-vous est trois semaines plus tard. Pendant ce temps, je me shoote à l’omeprazole, qui fonctionne parfaitement et me permet de vivre dans un brouillard d’insouciance chargé de pluie à l’horizon (parce que quand même, j’aimerais bien savoir ce que j’ai, ça commence à être pénible, cette histoire, car dès que je tente d’arrêter le traitement, l’acidité revient en force, cette garce). Le rdv dure à peu près 5 minutes. La madame me tâte ici et là (non, j’ai pas mal, non, ici non plus), aucune étincelle entre nous, on sent que le plaisir n’a pas sa place dans cette salle, que c’est strictly business, mais ok, je m’adapte, j’ai eu les ailes trop souvent brûlées de toute façon par le corps médical.

Je remets mon t shirt, je la rejoins devant son bureau et elle m’annonce que bon, va falloir aller voir à l’intérieur ce qu’il s’y passe.

Je. Hein ? Comment ça ? On peut pas l’éviter ? Je promets que je ferai la vaisselle, que je rangerai ma chambre, que je ramasserai les feuilles à l’automne, que je n’achèterai jamais de fromage râpé, mais doit bien y avoir moyen de trouver un autre moyen, non ? on est en 2013 quoi, on est vraiment obligé d’enfoncer des machins dans les corps des gens non consentants ?

- Oui. Allez, on peut se voir à mon hôpital dans 15 jours, ça dure 15 minutes, on fait pas d’anesthésie, vous en aurez pas besoin, allez, d’accord, à dans 15 jours, vous réglez comment ?

 

Ce furent les 15 jours les plus tendus de ma vie. J’y ai pensé jour et nuit. C’était toujours J-14, j-13 etc etc. Je n’arrivais pas à imaginer un monde dans lequel j’arriverais à bout de cette expérience, ça me paraissait inimaginable et inconcevable. Par contre j’imaginais parfaitement un monde dans lequel je faisais demi-tour pour retourner sous ma couette plutôt que de rester à jeun à 13 h loin de chez moi pendant qu’on m’enfonce un tube dans la gorge.

 

Le jour J (puis H-4, H-3 etc etc), je suis étrangement plutôt serein. Je n’ai quasiment pas dormi, évidemment, mais sorti de là, je ne suis pas particulièrement stressé (suis un grand angoissé, de manière générale, donc suis le premier surpris). Je suis même à l’heure. Et le médecin aussi. L’ensemble du personnel médical est plutôt fort sympathique avec moi et me traite globalement comme si j’avais 5 ans. C’est dingue à quel point on est infantilisé. C’est peut-être pour nous tranquilliser, je sais pas, mais j’avais surtout l’impression d’être pris pour un môme apeuré qui a besoin qu’on lui parle comme s’il était dans sa poussette alors même que j’étais un brave soldat prêt à affronter la tourmente qui allait s’abattre sur moi.

On m’anesthésie la gorge (je peux plus reculer, là, je le sens, allez, dans 15 minutes c’est fini, pense à tes enfants (heu lesquels ?), pense à tes clients (oui bon…), pense aux lapinous avec qui tu vas pouvoir faire la course à vélo une fois cette épreuve passée), on me demande de me mettre sur le côté (c’est donc ça qu’éprouve un condamné à mort), de mordre dans ce machin en plastique (heu…), que vous allez sentir quelque chose s’enfoncer, que ça va pas être agréable, que ça dure que deux minutes et que vous allez surtout avoir des nausées (hein, comment ça des nausées ?) et que allez, soyez brave, oui voilà très bien, c’est parti, vous voyez que ça se passe bien (gkjgljfsgj, font mes yeux un peu affolés et mon cerveau qui ne comprend pas bien ce qui se passe et pourquoi y’a un intrus tout là en bas dans le ventre qui ramone), voilà, c’est normal que vous baviez, surtout respirez bien fort (c’est donc ça qu’éprouve une femme qui accouche), voilà, très bien, c’est bientôt terminé (moi à ce moment là je suis comme un chat coincé dans une cave et qui chercherait à sortir de là en grattant le sol), vous réagissez très bien (surtout penser à respirer fort, faire le chien comme elle a dit), encore quelques prélèvements (c’est long, bordel, deux minutes), vous pouvez regarder l’écran si vous êtes curieux d’à quoi ressemble votre estomac (oui non là je me concentre pour respirer et pas crever étouffé par un tuyau qui est en train de me niquer la gorge) et voilààààà c’est fini.

 

Je n’ai jamais savouré un moment aussi intensément de toute mon existence. Ce moment où tout s’arrête enfin. Où je peux respirer. Où y’a rien qui me triture de l’intérieur (c’est donc ça que ressentent les femmes qui….oui bon). Où je suis libre de mes chaines.

 

Vous avez été très courageux, me dit madame le médecin. Hein Brigitte qu’il avait pas besoin d’anesthésie ? (Brigitte, c’est l’anesthésiste, qui m’a regardé depuis son fauteuil pendant tout ce temps).

Elle me donne les résultats, c’est une simple gastrite (c’est un mot en ‘ite’, m’explique-t-elle, toujours avec ce ton qui pourrait faire croire qu’après elle va m’offrir une glace et peut-être que ce soir on ira au Mc DO, comme dans otite, par exemple, et donc rien de grave), reprenez rendez-vous à mon cabinet pour la prescription.

 

Un rendez-vous de plus. Mais là tout de suite j’en ai rien à cirer. Je me sens léger. Léger comme tout. J’ai survécu. J’ai même vaincu. Brillamment. Pas un pète de jeu. Je peux à présent affronter le monde, maintenant que je suis revenu des Enfers, pénard, sans Eurydice pour prendre la place sur le canapé.

 

There’s no place like home.

 

Je suis ma propre Dorothy.

Et je ne veux plus jamais entendre parler de médecins.

 

Même si là, mon dos me fait un mal de chien.

 

Mais ça passera.

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17 septembre 2013 2 17 /09 /septembre /2013 22:49

De temps à autres, le facteur virtuel m’apporte de petites lettres (le facteur réel aussi, d’ailleurs, lettres que je chéris tout au fond de mon cœur), des mots mûrement pensés parfois, dictés par la passion spontanée d’autres fois, et au milieu de tout ça, de temps à autres, du grand ramassis de n’importe quoi. Plus les années passent et plus la passion s’émousse, par définition, et plus ces lettres se font éparses mais quand même, ça arrive.

 

J’en ai reçu une récemment dans laquelle cette lectrice me trouve plutôt rigolo (merci), que même que je dois être vraiment passionné pour faire ce métier (oui oh…), mais que quand même, c’est dommage que je sois aussi snob, de manière générale.

 

Vous pouvez me traiter de tous les noms possibles et imaginables, je ne le prendrai jamais mal (l’avis de mon interlocuteur étant souvent moins important à mes yeux que le mien, je vis ces choses là plutôt bien). En revanche, j’ai du mal avec les procès d’intention (une cliente est venue un jour en me demandant si j’avais des exemplaires des Profs. Il s’avère que j’avais vendu mon dernier peu de temps avant. Elle a rétorqué que ah oui, c’est pas assez intellectuel pour vous, ça, hein ? Avec une sorte de mépris inversé très étrange), et j’ai encore plus de mal avec ce que je vais considérer avec la plus grande objectivité possible en ayant retourné le problème dans tous les sens comme étant une injustice fondamentale.

 

Comme par exemple d’être traité de snob.

Je suis beaucoup de choses peu ragoutantes : élitiste dans mes goûts personnels, oui. Arrogant, parfois peut-être (mais faut dire que je peux l’être, suis rudement chouette). Donneur de leçons, ouais allez, peut-être un peu, mais mes leçons sont toujours argumentées, vous en faites bien ce que vous voulez (là par exemple c’est être un peu connard, un peu condescendant, mais pas snob). Mais pour ce qui est du snobisme, je vais m’en justifier avec ces quelques éléments. Prenons-nous la main et baladons-nous dans le monde merveilleux de ma vie de tous les jours. Après tout, nous sommes une petite famille, autant que vous sachiez quoi m’offrir si je me marie un jour :

 

- Mon plat préféré, ce sont des spaghetti & meatballs avec tout plein de bolognaise. Tu parles d’un plat de haute société qui mépriserait les plus pauvres. Je râpe même moi-même mon gruyère, tellement je trouve incongru d’en acheter du déjà pré-râpé. Je mets de la mayonnaise dans mon taboulé et du ketchup un peu partout. Vous me filez un sandwich au peanut butter & jam pour le gouter et je suis le plus heureux de la terre.

 

- J’ai des peluches dans ma chambre. DES PELUCHES ! Une loutre, un pingouin , un Doraemon, un machin qui ressemble vaguement à un ours avec des poches et qui me fait un peu peur mais que je garde quand même, un âne. Je ne dors pas avec, faut pas non plus déconner, mais elles existent. L’élite du monde entier se retourne dans sa future tombe.

 

- Les deux films que j’ai le plus regardés dans ma vie sont Ace Ventura (le premier) et Les blancs ne savent pas sauter (à égalité avec Toy Story). Pas exactement du Bergman. Quand j’ai besoin d’avoir le moral remonté depuis mes chaussettes, je regarde les films Charlie’s angels et danse en rythme avec Cameron Diaz, tout en préparant Le livre de la jungle pour la séquence d’après et la première moitié de Wall-e.

 

- La toute première cassette que j’aie demandée pour mon anniversaire, c’était l’album de Milli Vanilli (oh ça va, on a tous eu un moment de faiblesse dans notre vie, la mienne a duré 2 ans, de 11 à 13 ans. Après, j’ai découvert NWA et ça allait beaucoup mieux). A 10 ans, on a décidé avec mon grand frère qu’il était temps de se trouver un chanteur préféré. On était dans la cuisine, Je te donne est passée à la radio, je me suis dit que tiens, ce sera Goldman.

 

Et ça va hein, ça aurait pu être pire, mon frère lui a choisi Sardou (et ça c’est vraiment la honte).

 

- J’ai adoré regarder la seconde Star Ac. C’était parfait. Et complètement premier degré. On se faisait même des soirées spéciales entre potes, et si je vous donnais les noms de ces potes là de l’époque, ça briserait quelques mythes dans le milieu musical. J’ai un peu lâché l’affaire, mais je regardais Koh Lanta avidement, en même temps que des millions d’autres Français. Bon, d’accord, lors du premier Loft Story, je me souviens que le lendemain, ma secrétaire (oui, à l’époque j’avais un vrai boulot) me dit que au fait, hier j’ai regardé Loft Story, c’est plutôt bien en fait, et moi j’ai répondu, un peu à l’ouest, que heu oui, c’est un bon film, même si ça a peut-être un peu vieilli. Je ne suis pas toujours en phase avec le peuple. Je me suis même découvert une passion pour Top Chef cette année, le bout de pouce qu’il me manque après avoir voulu jouer les grands avec une mandoline comme à la téloche en atteste. Bon après, faut pas non plus déconner, je vais pas m’impliquer plus que de raison ni haïr les candidats qui ne m’ont rien fait et qui ne me traitent pas de snob, eux.

 

- J’ai lu tout Stephen King (pratiquement) et j’adore lire des biographies de sportifs américains. DES BIOGRAPHIES DE SPORTIFS ! Et elles sont visibles, même pas derrière mes Pléiades. La bd que je vénère le plus au monde est une Bd vendue à des centaines de millions d’exemplaires (ceux qui me connaissent et suivent ce blog savent de quoi je parle). Je lis même de la fantasy. C’est dire. Alors pas de la bit-litt, ni des machins avec des licornes sur fond de soleil couchant au milieu des dauphins, y’a une limite à tout, mais quand même.

 

- Je ne sais pas m’habiller. Je ne porte que des habits que mes amis (ces amours) m’offrent avec bienveillance car ils savent que je ne sais pas m’habiller. Enfin c’est surtout que je m’en fous. Je porte des maillots de foot us et des chemises de baseball, le dimanche je mets un jogging. UN JOGGING, bordel ! D’ailleurs, je ne porte que des baskets. Des belles baskets colorées, notez, mais des baskets quand même.

 

- Si vous voyiez ma voiture…et c’est pas faute d’avoir les moyens de m’acheter un machin avec lequel faire un minimum (mais alors vraiment un minimum) mon crâneur.

 

- Je dors à poil. Toujours. Et ça, c’est pas exactement de la haute société avec pyjama en soie et draps assortis. Ça me fait penser que j’ai longtemps dormi sous une couette Star Trek. Alors même que je ne suis pas sûr d’avoir jamais vu un épisode en entier. Mais elle était jolie comme tout quand même.

 

- Côté musique, j’écoute beaucoup de hip hop. J’étais même spécialisé dedans dans une autre vie. Alors oui, parfois les mecs ils samplent Mozart, mais ça s’arrête là pour la comparaison. Je me mettrais bien à l’opéra, d’ailleurs, mais il faut que je réussisse à supporter de l’allemand beuglé.

 

Y’aurait plein d’autres exemples, mais j’ai suffisamment démystifié mon mythe intouchable comme ça.

 

 

Et puis j’ai des Bds de merde à lire pour satisfaire ma clientèle de veaux.

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9 septembre 2013 1 09 /09 /septembre /2013 15:29

Mes amis, je ne puis le nier plus longtemps : vous avez devant vous un homme heureux.

 

Oui je sais, l’automne approche et ça fait un peu bizarre à lire, mais il est des aveux qui doivent exploser à la face de la Terre, et je tenais à les partager avec vous afin d’alléger ma conscience remplie d’allégresse.

 

Avant de vous en donner la raison, je vais faire dans le liminaire. Ça donnera un petit cachet littéraire et dynamique, ça me parait pas mal.

Je suis libraire, je le rappelle, des fois que. Libraire Bd, certes, mais comme me l’a très joliment dit une jeune fille un jour, après un rude instant de réflexion : ‘mais finalement, vendre des Bds, c’est un peu comme être libraire ?’. Et j’exerce un métier dans lequel il est possible de gratter des subventions de ci de là auprès du CNL (surtout si vous vous lancez dans le numérique, ce qui a le don de m’agacer quelque peu), d’appartenir à un réseau (Canal Bd, Sorcières etc.) et donc, de manière plus globale, de remplir plein de dossiers tout le temps afin de tenter tant bien que mal de grappiller quelques euros supplémentaires bienvenus sur le bilan de fin d’année (ils sont bienvenus car sans ça, c’est très compliqué non pas de rassurer les actionnaires, mais juste de rassurer les employés déjà payés au Smic (fin de sortie des violons, n’oublions pas que je suis joyeux et que je joue plutôt de la polka, là tout de suite)).

 

Afin de maintenir un peu de vie dans les librairies, le gouvernement a créé le label LIR (Librairie Indépendante de Référence), histoire de pouvoir l’inclure dans la loi de finances et exonérer les librairies labellisées de la CET(l’ancienne taxe pro, pour ceux qui n’ont pas suivi). Le label, concrétisé par un joli sticker apposé obligatoirement sur la vitrine, est attribué pour une durée de trois ans.

Le dossier à remplir doit mettre en avant tous les événements autour du livre organisés par la librairie dans et hors ses murs, ainsi que sa politique culturelle générale. Les dédicaces comptent, mais ce qui est important c’est de montrer la volonté d’animations (expositions, lectures, rencontres autour d’un thème) et de prêchage de bonne parole devant un parterre médusé (médiathèques, bibliothèques, écoles etc.). Il faut aussi montrer qu’on ne se contente pas de faire des piles de livres tout en priant très fort façon danse de la pluie tout en blâmant Amazon (ou cette même pluie si on a foiré sa prière), mais qu’on communique autour du livre autant que possible. Tout ça pour dire que c’est pas nécessairement évident, surtout quand on est spécialisé, surtout que tout ça, forcément, c’est hors opérations spéciales des éditeurs, opérations sous lesquelles on croule toute l’année alors même que notre trésorerie s’effondre et que notre espace de vente ne s’élargit pas à l’infini (non, vraiment, faut que vous lisiez La maison des feuilles).

 

J’ai pris le temps de le remplir, ce dossier, cette année, me trouvant suffisamment mur (woohooo) et me disant que allez, pourquoi pas, ça fait longtemps qu’on m’a pas filé un badge ou un autocollant tout en me tapotant sur le haut du crâne pour me dire que je fais du bon boulot, allez, tiens, va t’acheter un carambar, et ramène la monnaie et dis bonjour au garde-champêtre quand il te fait traverser la rue.

 

La date limite d’envoi était fin Avril, et depuis, j’attends, mon ouvrage sur les genoux et l’herbe qui verdoie au loin tout en racontant 1001 histoires à qui veut bien les entendre.

 

Le courrier est arrivé vendredi.

Je n’ai pas trop fait attention au tampon du ministère en haut à gauche de l’enveloppe, je l’ai ouverte machinalement, m’attendant à un courrier d’un éditeur qui m’envoie les nouveautés de la semaine alors que bon, je les connais, les nouveautés, je les ai sous les yeux, mais bon hein bon, si ça peut occuper un stagiaire de coller tous ces timbres, pourquoi pas.

L’information est montée petit à petit au cerveau, l’en-tête avait un peu la classe, le papier plus épais que d’habitude, le texte n’est pas écrit en Comics sans ms, pas de doute, c’est du sérieux.

« Blablabla nous sommes heureux de… retenu…LIR »

J’ai souri.

Très niaisement.

Tout en tenant ce bout de papier tout contre mon petit cœur qui lui-même ne comprenait pas pourquoi j’en faisais tout un plat à envoyer des endorphines tout là haut.

Devant des clients qui ont du croire que je venais d’hériter de la cagnotte du Loto de l’euromillions du morpion. Alors que non, c’est juste le ministère qui me disait que allez, ok, vous faites un boulot de libraire, on vous accorde le droit de pas la payer, la CET, et d’avoir d’autres avantages accordés par les distributeurs (Volumen, Hachette etc.).

 

C’est trois fois rien. J’en conviens. Il y a à peu près 500 librairies labellisées (sur 15 000 points de vente livres et 3 000 librairies indépendantes, et très peu de spé Bds (coucou Fred (10-15 si j’ai à peu près bien compté))) et on m’a pas refilé une place au Panthéon (attendons un peu). Mais quand même, j’ai l’impression d’avoir franchi une étape, d’avoir ouvert une porte en grand pour être soufflé par un courant d’air qui va de l’avant.

 

Merci donc aux auteurs qui m’ont accompagné ces dernières années, qui se sont déplacés tout là bas jusque chez moi juste pour qu’on rigole un peu et qu’on fasse des rencontres et des soirées diapo.

 

 

 

Je vais dorénavant pouvoir répondre au téléphone en disant ‘Librairie Label LIR que c’est moi qu’ai rempli le dossier tout seul bonjour’. On continuera de me demander si je vends des Workbooks 4 ème, mais au moins ils sauront qu’ils ont pas appelé n’importe où en se gourant de numéro.

 

 

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26 août 2013 1 26 /08 /août /2013 00:15

Comme c’est la rentrée (ne vous leurrez pas, les jours sont vraiment de plus en plus courts, les journaux télévisés en mal d’inspiration ne parlent plus de la météo comme sujet principal et ça sent le Tan’s jusque dans le cœur des frites), je vais vous raconter une jolie histoire de rentrée. Ça changera un peu de mes journées passées à former mon apprentie (elle apprend, elle s’adapte, elle avance, tout ira bien) et à ranger ma réserve, cette dernière ressemblant à s’y méprendre à La maison des feuilles qui serait habitée par Sisyphe. C’est épuisant.

 

Cela fait maintenant 7 ans que je fais ce boulot.

Ah, bon sang de bonsoir, que le temps passe vite, qu’ai-je donc fait de mes rêves les plus fous, sont-ils rangés au placard avec mes rollers et mon harmonica ? Ou est-ce qu’ils attendent sagement la crise de la quarantaine avant de s’exprimer pleinement, m’entrainant dans leur sillon de désolation illusoire ? Je vous tiendrai au courant (mes rêves les plus fous incluent toujours une connexion internet), promis.

 

En attendant, ça fait quand même 7 ans que je tente de devenir libraire. Et pendant ce laps de temps, j’ai vu défiler un paquet de clients. Des qui viennent, des qui repartent pour toujours, des qui reviennent, des qui m’appellent par mon prénom tout en me vouvoyant, des qui m’invitent un peu partout dans le monde et en France (je suis éminemment sympathique, il faut dire, et j’apporte toujours des boules (de pétanque) et un Trivial Pursuit. Je suis une barre de fun pur qui se régénère jour après jour. Une mine), des qui arrivent tout rabougris et ressortent grandis, des qui arrivent tout tristes et repartent tout tristes parce que bon, ça va hein, je peux pas régler tous les problèmes du monde.

 

Et il y en a qui arrivent alors qu’ils sont tout jeunes, tout innocents et qu’ils ont soif de lectures sans même le savoir et qui repartent 7 ans plus tard avec une pile de livres et d’autres univers qui s’ouvrent à eux au fur et à mesure de leurs découvertes et de leur ouverture à mon monde (enfin celui de la librairie. Je ne leur souhaite en rien d’être ouvert à mon monde à moi : il est fait de loutres, de granolas , d’heures de lecture sur un canapé, de solitude choisie et d’un occasionnel smoothie à la banane). Parmi cette horde de gamins qui ont la curieuse idée de traverser l’adolescence en continuant d’être curieux et d’ajouter des livres à leur bibliothèque pendant que leurs congénères se retrouvent au centre de la cour à glousser devant la dernière vidéo à la mode et à demander qui a voté pour qui dans Secret Story, se trouve un jeune homme. Dont la particularité est que, même si c’est un client régulier depuis 7 ans, je ne l’ai jamais rencontré.

 

Toutes les transactions se font à travers sa grand-mère. Une dame à la jeunesse encore frappante malgré son statut officiel et qui croit aux pouvoirs des livres et de l’imagination. Elle est venue me voir car bonjour, mon petit fils a bientôt 9 ans et il ne lit pas du tout, il dit qu’il n’aime pas ça, et ses notes à l’école sont plus que moyennes. Je voudrais lui donner le goût à la lecture, ajoute-t-elle, et je me suis dit que la Bd pouvait être un bon moyen.

Je retire ma blouse blanche et j’enfile ma cape de super-libraire (j’apprenais le métier, du coup je portais une blouse contrefaite), je m’extirpe de derrière mon comptoir et je la guide vers le coin jeunesse que j’ai dressé avec un amour immodéré et démesuré pour mon métier. Faites-lui donc lire ça et ça et ça, vous m’en direz des nouvelles. Et s’il accroche (et il accrochera, les livres sont accompagnés d’une garantie à vie), on avisera et on fera une ronde tous les deux autour d’un feu de joie de marshmallows.

 

C’est le moment dans le film où on met une musique un peu enjouée et où on voit des saynètes dans lesquelles madame revient deux fois par an, en riant, où je lève les bras en disant que ah, bonjour madame, qu’est ce qu’il vous faut aujourd’hui et comment va le petit, quel âge il a à présent, un an de plus que l’an passé, c’est ça, où on prend les suites de ses séries assorties d’un ou deux conseils inédits supplémentaires et au revoir madame et au plaisir !

 

Chaque année on tente des choses différentes (niveau conseil, j’entends), chaque année elle me dit que oh la la, il est métamorphosé, il passe ses soirées à lire, il connait les Calvin et Hobbes par cœur (brave petit) et ses notes en français s’envolent, chaque année mes doutes éventuels s’envolent, et pendant un très bref instant je me dis que ah oui tiens, ça pourrait être chouette d’avoir un gamin à moi, un à qui j’enseignerais tout ce que je sais, fille ou garçon peu importe, on rirait tous les jours et philosopherait la nuit, et enfin on s’échangerait nos conseils de lecture (oui mon/ma chérie, j’ai déjà lu tous les Roald Dahl, c’est mon métier de tout savoir sur tout tu sais, allez, va te coucher, demain je te lirai du Bukowski). Et pendant un très long instant, je me dis que heu ouais mais non mais bof mais on verra allez.

 

Je l’ai vue il y a peu (la récurrence du chaque année est assez prévisible), et elle m’a dit que voilà, il est passé en première. Section littéraire. Après avoir été en situation d’échec scolaire. Il songe même à devenir libraire (avoir vaincu le système scolaire pour au final se retrouver vaincu par la vie, c’est un peu dommage, mais bon hein, il fait bien ce qu’il veut, qu’il devienne libraire, va).

- Comme ça, vous aurez l’occasion de vous rencontrer.

 

J’aurais pas pu mieux conclure.

 

 

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12 août 2013 1 12 /08 /août /2013 15:51

Je me suis inscrit depuis peu sur Sens critique. C’est rigolo, c’est amusant et surtout ça permet de faire des listes. Bon, ça permet aussi de mettre des notes à des œuvres, ce que j’ai toujours trouvé particulièrement incongru (même si je comprends que c’est bien plus pratique pour un lecteur de voir d’un seul coup d’œil ce qu’on considère comme au dessus du lot, mais quand même, je m’y refuse catégoriquement. J’ai mes Top annuels pour ça, finalement. Ou alors je mets 10/10 à tout ce que je lis et ça règle le problème).

 

Toujours est-il que je m’éclate comme un ptit pop corn avec ça, et que j’ai donc décidé que dorénavant mes listes de lectures se trouveraient sur ce site. Ça vous permet en plus d’avoir de jolis visuels pour mieux repérer les couvertures après chez votre gentil libraire indépendant.

 

 

Ça se passe donc par là-bas : http://www.senscritique.com/Libraire_Cach%C3%A9/listes/utilisateurs/date

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11 août 2013 7 11 /08 /août /2013 23:12

Stanislas Gros, c'est la preuve qu'un auteur de Bd peut avoir une classe absolue en portant des rayures (ou un maillot de bain (à rayures ou non)) tout en écoutant du Blondie à fond les ballons, et qu'on peut parfaitement faire des adaptations de chefs d'oeuvres littéraires en y apportant sa patte de talent. Talent qui lui permet aussi de se lancer dans ses propres histoires à lui, y'a pas de raison.

Bon par contre, forcément, à force de lever le nez à sa terrasse préférée d'Orléans plutôt que de boire son café en réfléchissant à son Top 10, il est méga à la bourre et se retrouve ici en plein mois d'août. Tant pis, faisons avec.

 

Je lis très peu de bandes dessinées, et de moins en moins. Généralement ce sont les dessins qui m'intéressent en priorité, mais il peut aussi y a voir d'autres raisons, du coup je vais commenter mes choix, j'ai l'impression que certains seraient bizarres sinon.

 

Nausicaa Miyazaki:

Pacifiste, écologiste, féministe et complexe, ce manga a tout pour me plaire, je pense que c'est même la BD que je connais qui se rapproche le plus de ce que j'aimerais faire en BD.

nausicaa07

Le gang des gaffeurs, Franquin :

Je m'étais promis d'éviter les classiques, mais dans cet album il y a le fameux rêve dans lequel Gaston sauve moiselle Jeanne des requins et l'emmène sur une île déserte, et je trouve cette petite histoire, avec sa chute terrible dans l'album suivant, absolument insurpassable. Dans son entretien avec Numa Sadoul, Franquin raconte qu'il avait fait des quantités de dessins autour de ces quelques pages, je voudrais bien voir ça un jour.

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Erotica Vaughn Bodé :

Plus glamour que Crumb, mais aussi torturé, Vaughn Bodé est mort bêtement au début des années 70 en laissant derrière lui quelques volumes de BD assez bizarres pour que je leur pardonne un humour douteux et férocement misogyne. Dans une de ses pages, l'auteur se définit lui-même comme "un jouisseur philosophe, un sorcier moderne, le Bouddha de l'Occident, un poète Tao, un bisexuel et un travesti". Ses dessins ont beaucoup influencé l'univers du graffiti.

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Pixy Max Andersson :

Un univers, une poésie, un humour et un graphisme très noirs. Je m'en fous j'aime bien.

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Elektra, Frank Miller et Bill Sienkiewicz :

Ok, le scénario n'est qu'un long délire parano-facho, dans lequel tout le monde est pourri, sauf l'héroïne, une ninja psychopathe qui ne recule devant aucun massacre collatéral pour sauver le monde de, euh, "la Bête". Bien débile, donc, mais très efficace et les dessins sont cool. Cet album m'intéresse aussi parce que, je ne sais plus où j'ai lu ça, cet album est le résultat d'une interaction entre le scénariste et le dessinateur, l'un réagissant à ce que l'autre lui proposait et réciproquement. J'ai l'impression qu'ils ont fini fâchés à mort, mais je trouve ça bien d'avoir essayé.

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Lait Frappé Geneviève Castrée

Pour moi, pendant longtemps, le seul truc vraiment important dans un dessin de BD, c'était le regard des personnage, et j'aime beaucoup celui des personnages des histoires muettes et un peu mystérieuses de Geneviève Castrée.

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Le Romantisme est Absolu - Goossens

Dans cet album il y a quatre pages où on voit un bourgeois moustachu se mettre à brailler qu'il a faim, jusqu'à ce qu'une femme (sa mère?) vienne le faire manger et et le torcher comme un bébé. Je ne sais même pas si je trouve vraiment ça drôle, je trouve surtout ça complètement hallucinant et ça m'hypnotise à chaque fois que je tombe dessus.

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Chicou Chicou

Je pense que cette BD, improvisée sur le net à je ne sais plus combien de mains est quelque chose d'assez unique, une alchimie entre copains dessinateurs qui réagissent chacun au personnage de l'autre, en tout cas ça m'émerveille vraiment. J'espère toujours un peu que Boulet fera un jour un album avec Ella d'ailleurs.

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Donjon Les Profondeurs Monster Sfar Trondheim Killofer

Ce qui m'attirait au début c'était que Sfar et Trondheim fassent dessiner le même univers par des dessinateurs différents, mais assez vite l'ambition délirante du projet m'a réjoui, je ne peux pas m'empêcher d'y voir quelque chose entre la Comédie Humaine et Cent ans de Solitude, même si ce n'est pas forcément l'intention des auteurs. L'album de Killofer est mon préféré pour ses décors sous-marins et son incroyable galerie de monstres biscornus.

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Les Frustrés

 

Bretécher c'est la coolitude absolue, quand je pense à elle j'ai l'impression de dessiner comme un neuneu, d'écrire comme une patate. 

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Published by Le libraire en question
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