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  • : Les libraires se cachent pour mourir
  • : Un libraire se livre (oui bon...). Les doutes, les joies, les peines et les découvertes sans cesse renouvelées dans ce milieu merveilleux. Ou alors c'est simplement le quotidien d'un mec qui lit des Bds et qui est payé pour ça
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15 juillet 2008 2 15 /07 /juillet /2008 00:48

11h07

Il franchit enfin le pas de la porte.

C’est que je commençais à m’inquiéter, moi. Ma vie est rythmée par certaines occurrences (le soleil qui se lève le matin, par exemple), et si on m’en chamboule une seule, alors je stresse et tout a tendance à potentiellement pouvoir s’effondrer autour de moi. Et ça, on veut pas.

Et tous les mardis, on va dire depuis toujours pour simplifier, ce client entre à précisément 11h00 heure universelle pour faire son petit tour des nouveautés du moment. Il ne paie pas de mine avec son petit chapeau et ses gros sourcils, mais sa régularité a un je ne sais quoi de rassurant. La scène se joue de manière immuable : il dit bonjour d’une petite voix fluette à peine audible, commence par le couloir de droite puis fait le tour dans le sens contraire des aiguilles d’une montre, en s’attardant de préférence sur les couvertures un peu aguicheuses (les éditeurs de Bds ont par ailleurs rapidement compris qu’un décolleté sur la couverture ne pouvait rarement faire de mal si tant est que ce décolleté est associé à une épée magique ou que sais-je). Il est très discret, prend soin des livres, rien à redire. Si ce n’est qu’immanquablement il va repartir, son chapeau sur la tête, direction la sortie sans passer par la case comptoir, où moi je me trouve en faisant semblant d’avoir l’air occupé. Il n’a jamais rien acheté, jamais rien demandé, jamais exprimé le moindre sentiment (sans aller jusqu’à dire « oh la belle paire » mais je sais pas moi, un sourire, quelque chose). Cet homme est un mystère.

Mais au moins il est poli, il dit au revoir, satisfait d’avoir contribué à mettre un peu d’ordre dans le chaos universel. Mais aujourd’hui il était moins une. Je pense qu’il en était conscient, j’ai cru apercevoir des gouttes de sueur qui perlaient sous son chapeau, ce qui était une première.

 J’espère qu’au moins demain le soleil se lèvera à l’heure.

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12 juillet 2008 6 12 /07 /juillet /2008 00:20

Ce qui est bien avec le samedi, c’est que la population du magasin change radicalement. C’est comme si j’avais tout mis dans des petits cartons, puis dans un gros camion et que j’avais déménagé un peu plus loin, dans un pays où il n’y aurait que des adultes adeptes du shopping le week-end, avec gros panier moyen de préférence.

 Ce qui est bien aussi avec le samedi c’est que généralement j’ai tout rangé pendant la semaine, tout est en ordre, les nouveautés sont en place, le réassort est dans les bacs, les mangas sont rangés par ordre alphabétique (tant qu’à faire) ET par numérotation croissante (mon organisation est infaillible. Testez-moi, vous verrez. C’est bien ce qu’il me semblait), les retours sont traités (en théorie), les bordereaux bien rangés dans leur classeur rouge, bref mon boulot de fond est fait (plus tard, j’espère que des élèves étudieront ma prose et qu’ils seront obligés de trouver une explication à cette allitération en « f ». bon courage). Place à la vente et à l’accueil de mes clients adorés.

 Pas de boulets, ou alors si, mais pas mes boulets à moi que j’aime, au fond, sous ma carapace de miel tendre qu’il faut gratter un minimum pour s’en rendre compte. Là ce sont des boulets de passage, qui posent des questions incongrues (« vous vendez des piles pour montres ? »), ou qui veulent faire un cadeau, mais ne savent pas quoi, si ce n’est vaguement une bande dessinée, peut être, mais en ignorant ce qu’aime la personne, leur propre budget à eux ainsi que le style même relativement éloigné de ce qui pourrait leur plaire. Car bon, j’adore conseiller, c’est mon dada (j’y reviendrai), mais c’est comme pour le Da Vinci Code, il faut un minimum d’éléments pour instaurer le suspense afin de savoir si je vais ou non trouver le cadeau idéal qui ravira le chanceux pour toute sa vie (je n’ai jamais lu le Da Vinci Code, mais dans mon cas je soupçonne que la réponse soit « non »).

Bref, j’aime les samedis, car j’ai le temps de discuter avec les clients, de conseiller les nouveautés, parfois même j’offre le café, c’est dire si je suis de bonne humeur. Sauf que là, c’est l’été et je suis entouré de Hollandais en sandales (c’est xénophobe comme remarque, je me rends pas compte ?) qui sont venus s’abriter en attendant la fin de l’orage. Vivement la rentrée

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11 juillet 2008 5 11 /07 /juillet /2008 00:16

C’est pas pour faire mon intéressant, mais libraire c’est quand même pas mal un métier de passionnés. De vils commerçants aigris et qui ont depuis longtemps oublié qu’il fallait lire les livres qu’ils vendent, certes, mais passionnés tout de même (à un moment ou à un autre).

Hum, je ferais mieux de réécrire cette phrase, elle va m’attirer des problèmes avec le reste de la profession.

Bah

J’ai foi en la nature humaine et en le second degré de mes confrères, et pis après tout, « y’a que la vérité qui blesse », ça c’est on ne peut plus vrai. Tenez, l’autre jour Boulet 01 (oui, je leur accorde un numéro, c’est moins cruel que de ne pas préserver leur anonymat) me dit, clairement à la recherche d’un peu de réconfort et de chaleur humaine, que de toute façon je l’aime pas. De toute évidence il ne sait  pas que la psychologie inversée ne marche pas des masses sur moi (j’ai un cœur gros comme ça, certes, mais de pierre), et il faut reconnaître que le silence qui suivit était un petit peu pesant (pour lui. Moi je m’en fichais, j’avais des livres à ranger, ça me donne l’air important et occupé). Tout ça pour dire qu’il a fait un ptit peu la moue. Il s’en est remis mais était clairement blessé. CQFD (car oui en vrai lui je l’aime pas, ce qui n’est pas très grave en soit, j’en aime tout plein d’autres pour contrebalancer). Donc, et la fulgurance de ma démonstration m’épate moi-même, il n’y a aucune raison de mal prendre une boutade aussi grossière à moins d’y voir son reflet, et par conséquent nous rirons tous de cela autour d’un barbecue et marshmallows (suis resté très jeune dans ma tête).

A moins que je ne sois naïf. Tant pis, je prends le risque, j’ai pas peur de dénoncer : oui parfaitement, vous avez des libraires spécialisés qui ne prennent même pas le temps de lire les 3 500 sorties de l’année. Ça doit faire autour d’une quinzaine de sorties par jour ouvré, c’est pourtant pas grand-chose, pour peu qu’on ait pas de vie à coté (c’est surfait, la vie privée)

Evidemment, moi j’y arrive car :

1-     je ne lis pas le tome 3 d’Atalante (parce que j’ai bon goût d’une part, et parce que je sais ce que c’est d’autre part)

2-     suis super fort

Vais plutôt aller méditer là-dessus, moi. Bonne idée.

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10 juillet 2008 4 10 /07 /juillet /2008 01:09

Là c’est les vacances, donc mes boulets ne sont pas là pour me sauter dessus (c’est une image) dès la sortie des cours afin d’avoir leur dose de mangas quotidienne. A moins qu’ils ne viennent pour leur dose de sarcasme que je leur distille planqué derrière mon comptoir, mais ça j’en doute un peu. De toute façon c’est pas comme s’ils comprenaient ce que je leur réponds.

 Il faudra quand même que je fasse une présentation un peu plus détaillée des boulets sus cités, ils le méritent bien.

 Pas plus tard que tout à l’heure, l’un d’entre eux a réussi de s’échapper de ses vacances afin de passer me voir et m’a dit : « non mais de toute façon en ce moment j’ai pas le temps de lire mes Air Gear car j’écris un roman ». Je vais avoir du mal a le retranscrire, mais ma réponse fut un mélange de silence gênant et d’incrédulité à peine maîtrisée. En vrai je cherchais une réponse percutante, de celle dont on est content de ne pas y penser trois heures après (« bon sang voilà ce que j’aurais dû lui répondre, ca lui aurait rabattu le clapet, et ça aurait été beaucoup mieux que de m’effondrer en pleurant »), mais elles étaient tellement évidentes (méchantes) que j’avais conscience pendant ces quelques secondes que je valais mieux. Sachant que je n’ai jamais conscience de ma propre valeur (même si bon…), c’est dire le degré de l’embarras.

 Ce qui m’inquiète surtout c’est de me dire que cette jeune personne pourrait être le prochain Alexandre Jardin, le prochain Guillaume Musso, le prochain Marc Levy. Ca fait suffisamment peur comme ça rien que d’y penser, mais si en plus on ajoute le fait qu’il s’est pointé devant mon comptoir il y a quelques semaines et qu’il a montré le dernier One Piece du doigt en disant, a haute voix : « OMG (prononcer Oh Aime Gé) le dernier One piece (prononcer Ouane Pièce) est sorti », alors je me dis que même la littérature de plage est sur la mauvaise pente.

 En tout cas je les suis de près. Ils ont intérêt à l’avoir, leur brevet, leur bac, leur certif, leur bep. Sans ça, je refuse de leur faire la conversation sur la couleur des chaussures de Naruto (encore lui) sur la couverture du tome 18. Il faut savoir être ferme.

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9 juillet 2008 3 09 /07 /juillet /2008 00:34

Pour savoir si une journée sera bonne, je mise tout sur ce que j’appelle « l’horoscope du rideau ». C’est pas une très jolie formule (j’aurais du mal à la déposer, je pense même qu’ils n’en voudraient pas à la CNIL), mais elle est infaillible.

Si j’arrive le matin et qu’il n’y a personne devant la boutique à l’ouverture, alors ce sera tranquille, je serai décontracté et heureux de vivre, comme un coq en pâte les pieds dans l’eau, l’esprit vif et le conseil avisé.

Si en revanche une horde de jeunes pré pubères squatte dès l’aube devant le rideau fermé, alors je sais que ce sera laborieux, que les jambes seront lourdes et que, pour résumer, faudra pas me faire chier (je prends des raccourcis, mais c’est l’idée). Je n’ai absolument rien contre la jeunesse et les jeunes de ce pays (je les appelle affectueusement « mes boulets »), j’ai bien conscience qu’ils sont notre force et que si tout se passe bien (enfin c’est un point de vue) ils paieront ma retraite bien méritée (nous y reviendrons), mais si ils se placent entre mon café du matin et moi, alors c’est une toute autre histoire.

 

J’ai beau me raisonner et me dire que je ne devrais pas les blâmer eux pour mes penchants addictifs (ce qui est un peu crétin, je devrais surtout me dire que ce sont eux qui me font vivre, mais que voulez-vous, je suis drogué), rien n’y fait, ils m’agacent prodigieusement. Surtout lorsqu’ils me posent à tour de rôle leur question préférée, à savoir :

« Dis, il sort quand le prochain Naruto ? »

Ma réponse à cette question varie, selon mon humeur de « eh bien mon petit, figure toi que tu vas pouvoir être bientôt comblé, il sort dans 15 jours, c’est génial non, ? Préviens ta famille et tes amis» à « t’as déjà lu tous les scans sur internet, qu’est ce que ça peut bien te faire ? » (il est important de les faire culpabiliser de temps en temps, ça forge le caractère. Enfin je crois).

 

Cette capacité à savoir avant même l’ouverture si la journée sera bonne ou non est assez fascinante, parfois même ça fait peur. Heureusement que je ne suis jamais suffisamment bien réveillé pour m’en rendre compte. Le café n’a pas que des aspects positifs.

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