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  • : Les libraires se cachent pour mourir
  • : Un libraire se livre (oui bon...). Les doutes, les joies, les peines et les découvertes sans cesse renouvelées dans ce milieu merveilleux. Ou alors c'est simplement le quotidien d'un mec qui lit des Bds et qui est payé pour ça
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9 août 2013 5 09 /08 /août /2013 23:41

Ce billet est un suicide éditorial. Nous sommes début août et il n’y a plus personne dans les rues de ma ville et de France (vous êtes tous en train de lire passionnément sur une plage, sans vous rendre compte que vous mettez du sable sur votre glace qui fond tellement vous êtes pris par votre lecture d’été qu’enfin vous pouvez vous pencher sur la question vu que ouf, vous avez un peu de temps alors que le restant de l’année c’est pas possible, y’a télé). Comme le disent les marrons des journaux : la France s’arrête. Même internet cesse de tourner à vive allure. Surtout un vendredi soir.

 

Je vais donc écrire pour personne d’autre que moi.

Ça tombe bien, ceci est un blog, je vais donc faire comme la majorité de mes confrères, la célébrité ça va cinq minutes.

 

Alors sachez que j’ai passé d’excellentes vacances. La question qu’on me pose le plus souvent depuis que je suis rentré c’est évidemment ‘alors les vacances c’est fini, c’était bien, t’es parti où ?’. 3 questions d’un coup, comme un leitmotiv, histoire d’en finir avec cette histoire et de passer à la question suivante : c’est toujours aussi calme à cette période ?

Et donc oui, les vacances sont terminées (j’évite de travailler, par définition, quand je suis en congés, même si parfois on dirait pas trop), oui les vacances c’est toujours bien, et suis parti nulle part, je suis très bien chez moi. C’est à ce moment que je sens une sorte de gêne immense chez mon interlocuteur qui ne sait pas comment gérer cette information là. Certains hésitent même à me prendre dans leurs bras tellement il n’est pas normal de ne pas partir pendant ses vacances. Dans leur tête, je suis un enfant qui n’a pas eu de cadeaux à Noël, dont les parents ont offert un cahier de vacances pour son anniversaire (je suis né fin juin) et dont les amis sont fans de jeux de plateau (c’est moche). Je n’ai pas le cœur de leur expliquer que mais non voyons, c’est pas si terrible, j’étais en permanence dans le jardin de mes parents (ils habitent à quelques kilomètres de chez moi, à moins que ce ne soit l’inverse), dans ma piscine trois boudins, un bob sur la tête, les doigts de pieds en éventail et un bon livre dans les mains, parfois le mettant de côté pour pouvoir faire le crocodile, le soleil tentant de brûler mon corps rafraichi par cette eau transparente bienvenue et se contentant de m’apporter ce teint hâlé qui les fait toutes frémir, parfois malgré elles (il faut dire que je suis libraire et que ça fait donc un peu peur. Parfois. Sisi).

Bref, j’étais bien, Tintin.

J’ai tenté de repousser les limites du temps, en vain, ce dernier me rattrapant toujours, prenant la forme d’un réveil un poil pénible qui s’acharne à sonner alors même que le soleil n’est levé que depuis 3 heures, pour me rappeler que eh oh, debout ducon, t’as une apprentie à former, elle est pleine d’illusions, il s’agirait de lui faire croire que oui, en effet, c’est un métier formidable, on parle toute la journée des livres qu’on a aimés, on échange avec les clients, y’a des pétales de fleurs sur le sol, de la tarte à la rhubarbe tous les jours et on joue avec des billets du Monopoly pour pas que ça fasse trop sale. Elle aura bien le temps dès la rentrée de se rendre compte par elle-même que ah tiens, pas vraiment .

(ça me fait penser qu’il semblerait que nombre de mes futurs confrères aient mal pris ma petite sortie sur le rythme de lecture à avoir pour pouvoir être libraire. Forcément, ils se sont sentis visés, puisque d’après mes chiffres à moi, ils sont pas libraires et ne pourront pas l’être, alors même qu’ils n’aspirent qu’à prêcher la bonne parole, vendre ce qu’ils aiment car eux savent ce qui est bien vu qu’ils sont derrière le comptoir avec leur blouse blanche de libraire et alors même qu’ils aiment le livre, bordel, c’est n’importe quoi ce rythme, de toute façon Les libraires se cachent, c’est plus ce que c’était, avant au moins c’était drôle car il se moquait des autres et on pouvait s’identifier alors que là, bof, franchement, quel con ce mec. Je m’en excuse publiquement. Je ne sais pas trop ce qui m’a pris (le soleil de Février, sûrement), revenez, je vous aime, moi (mais n’empêche que c’est bien, quand même, d’accumuler des lectures (mais vous faites bien ce que vous voulez hein, moi-même je fais croire que je suis cinéphile alors que je parle des 10 mêmes films à tout le monde), et qu’on n’est pas libraire sous prétexte qu’on tutoie ses représ)).

 

En tout cas, je sais pas si c’est parce que je touchais le fond de la piscine en permanence, mais moi je me sens tout requinqué, tout heureux, tout jouasse, tout motivé, tout optimiste pour les années à venir (alors même que je n’ai pas de site marchand ! bon sang ce que je peux être intrépide, parfois). Ce pour tout plein de raisons que je développerai plus tard.

Et qu’on ne vienne pas pleuvoir sur ma parade.

 

Où je serai le seul à défiler de toute façon.

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30 juin 2013 7 30 /06 /juin /2013 23:35

Oh bah dites donc, on s’amuse, on papote, on rigole, mais s’agirait aussi de se rendre compte que à y’est, c’est le mois de juillet, la fête est passée (oui, j’ai organisé une grande fête, mais je pouvais pas tous vous inviter, j’espère que vous comprenez), les derniers offices de l’année scolaire sont en route, les jeunes filles habillées en gothiques lolitas vont me demander ma main à la Japan Expo(non merci, mais c’est gentil quand même) et moi, mine de rien, je suis en vacances dans une semaine, pour revenir en forme au mois d’aout afin de former ma nouvelle apprentie (oui, j’ai bientôt une nouvelle apprentie, j’espère qu’elle sera aussi chouette que celle qui part voler de ses propres ailes loin de moi et loin du nid parfois bordé de barbelés que je lui préparais chaque jour avec amour).

 

Vous allez me manquer, mais quelque chose me dit qu’on se retrouvera vite et qu’on s’écrira plein de cartes postales parce que les mails et facebook, ça va cinq minutes.

 

Moi j’ai préparé mes piles de romans, viré toutes mes piles de Bds (vade retro), rempli mes carnets de listes en tous genres et prévu d’avancer sur mes autres projets d’écriture (enfin mon autre projet). Le tout c’est d’y croire.

 

Et quand je reviendrai, je vous ferai la danse du panda.

 

Promis.

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25 juin 2013 2 25 /06 /juin /2013 23:55

Le métier que j’exerce est fait de contact humain. Du contact qui peut être parfois un peu pénible (j’ai beau être d’un naturel poli et parfois ouvert, j’ai beaucoup de mal à faire la conversation. C’est pas mon truc. C’est une des raisons pour lesquelles je ne vais jamais chez le coiffeur (oui bon, j’ai aussi de moins en moins de cheveux, mais ça c’est un détail)), mais que voulez vous, nous sommes commerçants, ça vient avec le territoire. C’est pas une raison pour faire la bise à toutes ses clientes (surtout pas, malheureux), mais doit y avoir moyen de trouver un juste milieu.

 

Toujours est-il que je ne sais pas si c’est parce qu’on vend autre chose que du poisson ou des côtes de porc, mais une certaine relation s’installe. Les clients nous font confiance pour qu’on gâche pas leur soirée (une soirée peut être gâchée très fortement par du cochon pas frais, c’est sûr, mais bon). Et ils nous paient pour ça. Je suis la prostituée des bacs bds, je m’en rends compte à l’instant, ça fait un peu bizarre, j’ai l’impression d’être en plein dans une chanson d’Hubert-Felix Thiefaine, assis sur la paille. On connait leur prénom avec la carte de fidélité, on sait ce qu’ils ont lu, ce qu’ils ont aimé, s’ils se sont reproduits dernièrement (leurs achats diminuent fortement) ou si les éternels célibataires (puceaux) ont trouvé de la gonzesse (ils arrêtent d’acheter de la figurine). Ils nous racontent leurs vacances et le dernier film vu au cinéma (en général ça implique une cape et du latex). Ils nous annoncent la mort dans l’âme que c’est la dernière fois qu’ils passent car ils ont été muté et qu’ils se demandent bien où ils trouveront un libraire aussi chouette que moi (contrairement à l’adage populaire, je suis bel et bien irremplaçable). Et tout comme des ados en colo, on se dit qu’on s’aime, qu’on s’écrira, qu’on est les meilleurs amis du monde du fond de la cabane (mais chut) et qu’aucun marshmallow grillé au monde n’effacera ça, on sait très bien que le temps fera son œuvre et que la vie reprendra ses droits et que soudain la routine, soudain l’espace culturel du coin, soudain les ronces sur mon cœur.

 

Ces rencontres, ces relations quasi au quotidien (j’ai un client (qui est devenu un ami) qui passe tous les jours. Si je ne le vois pas, je m’inquiète. Et il m’est arrivé d’avoir raison de m’inquiéter, donc je continue), elles créent des liens. Ça a beau être un lien qui implique de l’argent en échange d’un service (oui, je me considère comme un marchand de service et non de biens), un lien qui demande parfois à marcher sur des œufs histoire de garder ses distances (on peut sourire, s’intéresser et être poli pour de vrai sans nécessairement avoir envie de coucher là tout de suite sur le comptoir de Maverick, bête de sexe ou je ne réponds plus de mon corps), ça reste des relations humaines avec tout ce que ça implique.

 

Alors oui, ce n’est jamais qu’un boulot.

Avec du contact humain.

Et du tiroir caisse à la fin.

 

La fille d’un de mes (bons et chouettes) clients est néanmoins venue m’annoncer, la voix faible et chevrotante, le décès de ce dernier. Elle voulait qu’on le sache. Et s’excusait de ne pas être venue nous l’annoncer plus tôt mais vous comprenez…Pendant un instant, je suis sorti du cercle du tiroir-caisse pour rentrer dans le cercle de ceux qui comptaient, quelque part. Et j’en ai été profondément ému. Au-delà du deuil et de la perte d’un homme qui avait pour qualité (et non des moindres) d’aimer lire.

 

 

Ce billet lui est dédié

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21 juin 2013 5 21 /06 /juin /2013 17:52

Il est un peu à la bourre, mais il a une bonne excuse (ceci est un appel du pied subtil à tous ceux qui sont à la bourre mais sans bonne excuse), d'autant plus qu'il fait lui aussi partie de ces scénaristes qui savent prendre leur temps et qui préfèrent la qualité à la quantité. Et qui dans le même temps développent un véritable univers original loin des sentiers battus. Les cinq conteurs de bagdad, Derniers jours d'un immortel, Le marquis d'Anaon, Ian, Jolies ténèbres, Sept Psychopathes : tout ça est rigoureusement indispensable dans tout plein de genres différents. Donc allons-y gaiement en gambadant. http://vehlmann.blogspot.fr/

 

J'opte pour l'option photo...
Il y a du Gorey, Bernadou, Gwen de Bonneval et Hugo Piette, Micol et David B, Jens Harder, Tony Millionnaire, Vanoli, Dodier et Makyo, Lehman et Gess, et puis du Franquin/Will/Macherot/Delporte. Que des gens que je porte dans mon petit coeur ému.


10 Bd Haute Def

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14 juin 2013 5 14 /06 /juin /2013 23:31

Alors moi là, tout occupé que j’étais à compter les clients sur les doigts d’une main, j’en ai complètement oublié de parler de mes lectures du mois de Mai (de toute façon ça va aller vite)

 

Sous la peau (Faber) : c’est un roman qui m’a profondément dérangé. Mais dans le bon sens du terme. Une idée incroyable qui fait froid dans le dos, et une succession de scènes improbables qui font réfléchir à un peu tout.

 

Fahrenheit 451 (Bradbury) : comme quoi y’a encore un paquet de classiques que je n’ai pas lus. Celui-ci est largement à la hauteur de mes attentes (je l’ai lu en anglais, j’ai cru comprendre que la vf était un peu vieillotte, donc attention) et plus encore.

 

Comment tout a commencé (Fromm) : l’archétype de la lecture super sympa aux personnages intéressants et sans clichés sur un sujet qui pourrait pourtant y donner lieu. Un regard très fin sur une maladie délicate (une jeune fille bipolaire) avec en plus des bouts de Nolan Ryan dedans. A conseiller à tout le monde (et puis faut soutenir Gallmeister de toute façon).

 

There is no year (Butler) : j’ai un peu hate que ce soit traduit histoire que je puisse un peu le conseiller à absolument tout le monde autour de moi. Ça faisait longtemps que j’avais pas pris une telle claque littéraire. A rapprocher de La maison des feuilles, mais avec plus de fond que de forme. Une sorte de succession d’histoires qui n’ont pas l’air liées et qui forment petit à petit un tableau subjuguant. Certains trouveront que c’est prétentieux et poseur, perso je penche pour une réflexion littéraire poussée. Absolument incroyable.

 

Une dernière chose avant de partir (Tropper) : j’avais déjà pas super aimé Le livre de Joe (trop de clichés) et là ça confirme tout le bof que je pense de Tropper. On dirait un Américain qui cherche à tout prix à faire du Jonathan Coe ou du Nick Hornby, mais avec des gros sabots.

 

 

Intégrale Le fleuve de l’éternité (Farmer) : grande saga SF à l’idée surprenante et passionnante : tout une partie de l’humanité (des milliards et milliards de gens) renait au bord d’un fleuve de plusieurs millions de kilomètres de long, imberbes et avec ses jambes de 20 ans et qui semblent renaitre dès qu’ils se tuent ou s’entre-tuent. On va suivre quelques personnages célèbres (Burton, Mark Twain, London etc.) qui tentent de résoudre cette énigme et sont prêts à tout pour atteindre la source du fleuve. Idéal pour les sceptiques qui pensent que la SF c’est que des vaisseaux et des sabres laser.

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14 juin 2013 5 14 /06 /juin /2013 23:11

Alors là c'est un peu particulier dans la mesure où c'est un Top 10 qui m'a été soumis. Normalement c'est uniquement sur invitation (oui, suis un peu cul pincé parfois), mais quelqu'un qui passe sa journée à parler Bd sur internet (enfin entre-autres) et qui met Calvin&Hobbes tout en haut dans son top ne pouvait qu'avoir mon approbation applaudie des deux mains. http://tempsreel.nouvelobs.com/vu-sur-le-web/ (et @amandecherie pour twitter)

 

Mon top 10 :
1. Calvin & Hobbes de Bill Watterson
Parce que c'est à la fois drôle et profond, tendre et cynique, destiné aux adultes et aux enfants.
2. Rubrique-à-Brac de Gotlib
Parce que Gotlib a fait mon éducation : j'ai relu ça, les Dingodossiers, Gai-Luron et Pervers Pépère (j'en ai appris des belles, tiens) des centaines de fois. 
3. Locas de Jaime Hernandez
Le quotidien de Maggie et Hopey - amour, concerts, punk attitude et orientation professionnelle - entrecoupé d'histoires de super-héros et de catch. On peut pas faire plus cool. 
http://www.bedetheque.com/media/Couvertures/LoveAndRockets1_06122005.jpg
4. Blast de Larcenet
J'ai mon propre dicton : chez Manu Larcenet, tout est bon. Il atteint les sommets de l'humour dans Bill Baroud ou Le Guide de la survie en entreprise et de la tragédie avec Le Combt ordinaire ou Blast, une claque visuelle.
5. Asterios Polyp de David Mazzuchelli
Un chef d'oeuvre, tout simplement.
6. L'Ascension du Haut-Mal de David B.
De la douleur naît l'art : un récit poignant sur l'épilepsie et ses conséquences sur toute une famille. 
7. Filles perdues de Melissa Gebbie & Alan Moore
Un monument, de l'érotisme sans être vulgaire, avec des dizaines de références littéraires.
8. Fun home d'Alison Bechdel
Une quête d'identité également fourrée de références littéraires. +1 pour le Bechdel test. http://bechdeltest.com/
9.  Building Stories de Chris Ware
Inclassable, imbattable : l'immense Chris Ware signe une oeuvre dont il nous faudra des années avant de déceler l'étendue du génie.
10. Trop n'est pas assez d'Ulli Lust
Une bande dessinée autobiographique sur un road-trip de deux adolescentes qui tourne mal.

 

C'est nul les tops 10, on a le temps de ne parler de rien. Je n'ai même pas pu vous raconter mes obsessions pour Junji Ito, Junko Mizuno, Chantal Montellier, Manara ou Brecht Evens. J'aurais aussi aimé parler de "Elmer" de Gerry Alanguilan, "Gen d'Hiroshima" de Nakazawa ou "Francis blaireau farceur" de Claire & Jake. Mais voilà, il aurait fallu un top 100.
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10 juin 2013 1 10 /06 /juin /2013 19:47

Ce qui est merveilleux avec internet, outre une expansion sans précédent de la sexualité et de sa disponibilité sous la main (si je puis dire), c’est qu’on apprend plein de choses. Y compris des choses qui sont totalement fausses, mais exprimées avec un tel aplomb et une telle certitude qu’on finit par les croire. De l’art de faire d’un cas particulier (sa propre expérience dans son coin) une généralité universelle (vous êtes tous des cons). Alors oui non, ça c’est rien de nouveau  hein, je le sais bien, ça fait des années que je fréquente les forums de discussion (et des années que je me jure de ne plus y remettre les pieds), et même sans les fréquenter, c’est un peu comme s’ils venaient à moi grâce aux réseaux sociaux (que je fais exprès de fréquenter parce que je les aime bien et qu’ils me font sourire plus souvent qu’ils ne m’agacent. Contrairement aux forums susmentionnés).

 

J’en ai entendues, des choses, après l’annonce la semaine dernière d’un fond de soutien aux librairies et d’une guerre ouverte contre Amazon parce que les frais de port gratos, c’est trop pas juste et qu’apparemment le futur de la librairie indépendante passe par la vente sur internet. Je sais pas trop de quoi ils ont bien pu parler pendant tout un week-end pour en arriver à cette conclusion, mais j’espère qu’il était question de Pastis et de tournois de pétanque.

 

Résultat, ce que retient le public, c’est que les libraires font rien qu’à se plaindre du grand bully Amazon, qu’ils refusent la modernité (et l’inéluctabilité de leur disparition) et qu’en plus on (l’Etat) va piquer leur argent durement gagné pour le refiler à un commerce qui n’est pas fichu d’avoir un modèle économique viable. Bon, je rappelle que nous sommes 3 000 points de vente livres en France (indés + groupes) et que ces 9M d’euros représentent donc 3 000€ par tête de pipe. Et que c’est pas des espèces sonnantes de trébuchantes hein, mais plutôt un dispositif auquel j’ai pas tout compris mais qui de toute façon ne me concerne pas. Je laisse mes 3 000€ à quelqu’un d’autre (un très gros, vraisemblablement), suis quand même sympa.

Le problème principal c’est surtout que les charges fixes (loyers, transport et personnel principalement) augmentent de 2 à 3 % par an tandis que notre chiffre d’affaires baisse et/ou que notre résultat net en fin d’année reste autour de 1% (0,6 % aux dernières nouvelles, -0.6% pour les librairies qui font moins de 300K€). Fatalement (c’est le mot), ça laisse pas beaucoup de place à l’erreur.

La vente sur internet, Amazon, franchement on s’en fiche. Ce qui importe là tout de suite c’est plutôt une sorte de régulation des baux commerciaux et une aide sur les frais de transport (histoire de gagner 1 à 2 points de résultat).

 

Bon, petit tour d’horizon d’autres choses lues ici ou là :

 

- Aux Etats-Unis, qui sont toujours en avance sur nous de 10 ans, il n’y a plus que 100 librairies indépendantes, et c’est ce qui va arriver en France bientôt.

 

Bien. Alors non, il n’y a pas que 100 librairies indépendantes aux US. En vrai il y en a 1 600. C’est peu rapporté à la population (10 fois moins qu’en France, pour comparer ce qui est comparable), mais la bonne nouvelle c’est que leur chiffre d’affaires est en augmentation et qu’il y a même eu une centaine de créations en plus cette année (la personne a peut être fait l’amalgame, je vais lui donner le bénéfice du doute). En France, les ouvertures/fermetures s’équilibrent, mais vu l’hécatombe de cette année entre Chapitre et Virgin, il y a des chances que l’équilibre soit déséquilibré niveau poids total.

 

D’ailleurs :

- La fermeture de Virgin est une très mauvaise nouvelle pour les librairies indépendantes, ça va entrainer toute la chaine du livre dans une spirale très négative, les gens qui y achetaient vont tous aller sur internet.

 

Eh bien c’est pas du tout ce qui s’est passé avec la fermeture de Borders aux US. La preuve avec mon point précédent. La fermeture de Virgin me conforte surtout dans mes choix (et je compatis avec tous ceux qui vont perdre leur boulot hein, y’a même de très bons libraires dans le tas (je sais plus si je l’ai déjà écrit dans ces pages, mais au cas où, ça fait pas de mal de le répéter), mais youpi quand même).

 

- Les gens désertent les librairies à cause du numérique et aussi parce que les libraires sont pas sympas et sont condescendants.

 

Alors oui, y’a des cons partout, y compris dans le commerce de la culture. C’est moche, c’est dommage, les cons ça gâche toujours la fête, mais c’est pas une raison pour dire n’importe quoi. Moi, si je prends un panel représentatif de gens qui m’entourent au quotidien et que j’ai triés sur le volet, je me rends compte qu’il y a 0 con. Ça doit être une question d’état d’esprit. Toujours est-il que la part des livres vendue en librairie est stable, autour de 25%. Les gens désertent plutôt les grandes surfaces. Sûrement après de mauvaises expériences avec les caddies et les caissiers.

 

- 80% des lecteurs sont des lectrices, alors offrez un livre pour la fête des mères.

 

Ce tweet n’est pas aussi célèbre que celui de Pascal Nègre, mais il émane d’une grande librairie indépendante (dans le top 5). Comme quoi c’est pas la taille qui compte pour dire des bêtises. Alors j’ai pas trouvé de chiffres précis, mais il me semble que ça se situe autour des 55-60%, tous lecteurs confondus. Même parmi les gros lecteurs (qui sont passés de 24% d’une population de lecteurs à 16% en 20 ans, soit dit en passant, ce qui est un peu problématique) c’est loin d’être le cas. Du coup je sais pas trop où ils sont allés chercher ça…

 

- Plus personne n’achète de fonds, les libraires feraient mieux de se concentrer sur la nouveauté. Je ne vais plus chez le libraire du coin car pour lui une nouveauté c’est ce qui est sorti en mars.

 

52% des ventes sont de la nouveauté de moins d’un an. Ça laisse quand même de la place pour du fonds (700 000 titres différents vendus sur une année). Je radote, mais la diversification de la librairie de proximité passe forcément par là. Et par un accompagnement poussé de la part des diffuseurs (c’est en cours).

 

- Le livre est trop cher, de mon temps ça coutait rien du tout, c’était 30 FF le Asterix, il est là le problème. C’est pour ça que plus personne ne lit.

 

Je rappelle tout de même que les livres sont (à peu près) gratuits en bibliothèque. C’est pas pour autant qu’elles sont blindées de gens ayant soif de découvertes et d’échanges. Les budgets d’acquisition sont même en baisse, c’est dire si c’est un enjeu national. Y’a aussi une baisse du nombre d’inscrits (-4% depuis 2005), mais des hausses d’autres données par ailleurs qui rendent le tableau pas si noir que ça. Mais quand même.

 

Alors ok, en Bd les éditeurs se sont pas mal rattrapés ces dernières années. Mais dans l’ensemble, je rappelle que la hausse du prix du livre a été de 2,9% (contre 2% pour l’inflation), mais que ça inclut les 1.5 points de hausse de la tva sur 9 mois. Cependant, en euros constants (donc corrigé des effets de l’inflation), le prix relatif du livre est en baisse depuis 2 000 par rapport aux autres biens (indice 100 en 1998, 124.8 pour la consommation et 117.35 pour le livre)

 

 

Voilà, j’ai rétabli certaines vérités, je me sens beaucoup mieux au fond du prêche de ma paroisse. D’ailleurs, pour ceux que ça intéresse d’en savoir plus (et de connaître certaines de mes sources), il suffit d’aller faire un tour par ici : http://cercledelalibrairie.org/documents.aspx

 

Je n’ai pas pris le temps de parler des idées reçues sur le numérique, principalement parce que j’ai une librairie à faire tourner, mine de rien (car le futur passe par une meilleure maîtrise des achats et des retours, et ça se fait pas tout seul (ça me fait penser que 20% des librairies sont pas informatisées. Les folles)), et aussi pas mal de livres à lire.

Pour mieux les vendre.

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5 juin 2013 3 05 /06 /juin /2013 23:27

Bruno existe, je l'ai rencontré. Et j'en suis revenu changé. Sa rencontre avec Kris l'a surement tourneboulé un peu aussi, avec qui il signe en ce moment même les formidables aventures uchroniques des Brigades du Temps (et Je suis pas petite, c'est rudement chouette aussi). Disons surtout qu'il fait de la bd entre 36 autres projets professionnels, dont celui (qui ne le mènera nulle part, mais ses profs ont déjà dû le lui dire) de faire des petits dessins rigolos pour notre amusement quotidien à tous. http://www.hibbouk.com/

 

Je déteste les listes. C'est un coup à perdre des potes.
Du coup, je mets que des vieux que je ne connais pas personnellement,
comme ça, pas de jaloux. Des albums qui ont déjà un peu jauni mais qui
sentent le tabac, vues les heures passées à tenter de comprendre les
petits secrets de leur existence. 10 noms, c'est peu. Ça ne laisse la
place que pour les titres qui m'accompagnent depuis plus de dix ans.
Désolé pour les potes.

- Palomar, de Gilbert Hernandez

http://idata.over-blog.com/0/40/51/43/palomar.jpg
- Perramus, d'Alberto Breccia et Juan Sasturain
- Les idées noires, de Gaston Lagaffe
- Akira, de Katsuhiro Otomo
- La Ballade de la mer salée, d'Hugo Pratt
- C'était la guerre des tranchées, de Jacques Tardi
- Lucky Lux le Gaulois, de Goscinny, Morris et Uderzo
- Le Général Tête Jaune, de Charlier et Giraud
- Le Garage Hermétique, de Jerry Cornélius
- Tout Reiser.

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5 juin 2013 3 05 /06 /juin /2013 23:17

James, je l'ai connu avec Les mauvaises humeur de James et la tête X. Pour la première fois, on parlait du milieu que je connaissais (et parfois de mon métier) avec un vrai regard différent et drôle et jamais gratuitement méchant, toujours fin. Et c'est pas évident, d'être fin, dans l'humour. Ca s'est vérifié depuis avec tous ses autres ouvrages (Amour, Passion et Cx Diesel avec Fabcaro, par exemple) ainsi que ses dessins plus "presse". Non, vraiment, du James, faut en lire (voilà qui résume bien).

 

Voici donc la liste impossible à faire, pleine de frustrations et d’absences injustes, mais bon c’est comme la vie, injuste et frustrante. On va donc s’en satisfaire. Je livre la liste en bloc, sans hiérarchie entre les titres, parce que c’était déjà assez douloureux comme ça.
 
- Cinémastock de Gotlib et Alexis. Parce que Gotlib et Alexis. La découverte du réel potentiel comique de la bande dessinée avec en prime le meilleur dessinateur de sa génération.
cinemastock01couv.jpg
- Time is Money de Fred et Alexis. Parce que Fred et Alexis. L’histoire “une peau de banane dans le temps” est une pure merveille. J’aurais aussi pu rajouter Al Crane de Lauzier et Alexis (oui, j’avoue je suis alexismaniaque)
timoleon01.jpg
- Kador de Binet. Parce que Binet. C’est vraiment pour ne citer qu’une série de ce grand auteur. J’ai hésité avec L’institution, qui a déjà été cité.
kador01_1619.jpg
- Idées noires de Franquin. Faut-il se justifier ici ?
ideesnoires.jpg
- Les Mauvaises Gens de Davodeau. Parce que ce livre m’a montré de façon magistrale qu’on pouvait raconter le réel, l’intime, le témoignage et l’histoire en bande dessinée.
les-mauvaises-gens.jpg
- L’autoroute du soleil de Baru. Un des rares livres qui m’a réconcilié avec la bande dessinée à une époque où je l’avais délaissée comme lecteur, époque où j’avais également abandonné le dessin, et qui m’y a redonné goût.
baru-lautoroute-du-soleil-1995.jpg
- Monkey Bizness de Elbiablo et Pozla. Depuis quelques années que je pratique ce métier, je suis devenu extrêmement difficile dans mes lectures de BD, je m’y ennuie assez vite, bref je suis devenu un vieux con et ce livre m’a redonné l’impression d’avoir 20 ans avec une jubilation que je n’avais plus éprouvée depuis un moment. Bref, un des livres les plus drôles de cette dernière décennie
monkeybizness.jpg
- De Gaulle à la plage de Ferri. Parce que c’est rare de lire un auteur contemporain qui est déjà un classique. Et parce qu’il n’y a que Ferri pour être drôle comme lui.
DB-de-Gaulle-a-la-plage-de-Jean-Luc-ferri_SS500_.jpg
- Ballade pour un cercueil de Charlier et Giraud. C’est bien pour ne citer qu’un titre de la série. Lecture d’enfance et d’adolescence, découverte d’un dessin parfait que je me suis échiné à recopier pendant mes vertes années pour ensuite avoir la lucidité de ne plus lutter. Si j’ai choisi cet album dans la série, c’est aussi parce qu’à l’époque où il est sorti, c’était une sorte d’ovni dans sa catégorie : pagination plus élevée (une soixantaine de page de mémoire) complétée d’un dossier pseudo-historique.
balladepouruncercueil.jpg
- Tout Torpedo de Bernet et Abuli. Lecture majeure de mon adolescence. Un noir et blanc impeccable, quelques scènes osées (ça compte à l’adolescence), un ton cynique qui m’a sans doute plus influencé que je ne pouvais le penser avant de taper ces mots.
 
torpedo-4.jpg

 

Alors, pour être honnête, il aurait fallu que je glisse entre les lignes de ce top 10, tous les albums de Lucky Luke et d’Astérix scénarisés par Goscinny, les Rubrique-à-brac de Gotlib, et des séries de strips US qui en sont honteusement absentes comme Calvin & Hobbes de Watterson, Shoe de McNelly ou Zits de Scott/Borgman. Et puis... arg, bon j’arrête. (merde je voulais caser Quai d’Orsay de Blain et Lanzac... tant pis, une autre fois)
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5 juin 2013 3 05 /06 /juin /2013 23:06

Sibylline, tout comme Capucine, se fait trop rare. Car dès qu'elle se met à écrire pour d'autres qui dessinent, c'est un peu de la magie. Parfois c'est de la magie cochonne (il en faut, c'est important), parfois de la magie pour tout le monde (l'absolument formidablement remarquable de poésie Le trop grand vide d'Alphonse Tabouret, qui est forcément dans un de mes Top 10 à moi), parfois de la magie auto-biographique (mais de la pas nombriliste). 

 

Choisir dix BD préférées, c’est impossible. Je ne remercie pas la drôle d’idée.

Pourquoi j’ai tué Pierre : Je me souviens du jour où le livre est arrivé au bureau. J’allais l’entamer, au pays de l’accueil. Et Big Boss m’a dit « Tu sais, tu devrais te réserver un moment à part, où tu es tranquille. J’ai suivi son conseil, et j’ai pu sangloter à part, peinard le soir dans mon lit, tranquille. C’est le premier livre qui m’a donné cette envie irrépressible d’écrire aux auteurs pour dire merci et bravo.

http://www.bedetheque.com/media/Couvertures/PourquoiJaiTuePierre_14092006.jpg

Trois ombres : On va dire que j’aime les livres qui secouent, mais bon oui, c’est vrai, j’aime les livres qui secouent. Et celui là, c’était une plongé dans un dessin incroyable, des milliers de questions et du Whoooo tout est beau.

Jacques le Petit Lézard Géant : Rigoler mignon avec les yeux qui pétillent, y’a pas des tas de livres qui ont cet effet là. Quand je lis Jacques, je fronce les sourcils en même temps, j’ai envie d’aller chez mamie, et je passe mon temps à faire « hihihihi ». 
Du coup j’ai appelé mon lézard : Jacques. Oui c’est un hommage.

Rhaa Lovely : Rhaaaaa, premiers émois. Je les chourais dans la bibliothèque quand j’étais petite, j’étais fasciné par le dessin. C’est si beau et si drôle et y’a des gens tout nu. C’est super. (sinon la Rubrique à Brac ou les Dingodossiers, c’est super aussi)

Tous les Donjons : C’est impossible d’en choisir un. Lisez-les tous. (oui je triche pour la liste)

Filles Perdues : Ce livre là, quand j’ai vu les pages pour la première fois, sans lire, sans rien, j’étais mitigée, je trouvais l’idée fantastique, mais, tout de même, mitigée. Et puis j’ai lu, et j’ai plongé, et c’est émouvant de beauté, d’érotisme fort, personne d’autre n’aurait pu le dessiner qu’elle. Y’a un accord merveilleux entre le dessin et les mots.

Sandman : Je les lis et relis depuis tellement de temps. J’ai l’impression de piger quelque chose de nouveaux à chaque fois. Aaaah Neil  

Blast : Parce que le Larcenet, et j’aurais pu mettre le Combat Ordinaire, ou tous les autres, mais quand faut choisir faut choisir.

Le Photographe : Une belle torgnole d’émotion. Voilà.

Un homme est mort : Je l’ai offert des tas de fois. Ce livre réveille un truc en moi, ce fétichisme étrange des objets du passé, des souvenirs, des trésors qu’on voudrait garder toujours. Et y’a cette histoire du pourquoi, les gens racontés, de cette ville abimée. Bref, tout est bien, même si j’ai du mal à expliquer.

Bon flute, j’en suis à dix, Il en reste des tas. Mais je sue du sang d’angoisse, alors je vais arrêter là.

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