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  • : Les libraires se cachent pour mourir
  • : Un libraire se livre (oui bon...). Les doutes, les joies, les peines et les découvertes sans cesse renouvelées dans ce milieu merveilleux. Ou alors c'est simplement le quotidien d'un mec qui lit des Bds et qui est payé pour ça
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30 janvier 2009 5 30 /01 /janvier /2009 02:13

Ce siècle avait 94 ans (enfin techniquement, 93). Angoulême remplaçait Paris,

Déjà le TGV perçait sur le parvis

Etc etc.

 

Bon, y’a encore du boulot avant mon recueil de poèmes, mais j’y travaille.

 

Nous sommes donc en 1994, j’ai 16 ans, l’insouciance de la jeunesse d’un côté et la vie devant moi de l’autre, tout n’est que possibilités, et en ce jour de Janvier moi tout ce que je veux c’est ne pas être en retard, prendre un Tgv direction Angoulême et oublier que j’ai un devoir de physique à rendre pour le lendemain (ça existe encore ça, les cours de physique ?). Je suis accompagné dans cette escapade par mon meilleur ami, celui là même avec qui je me suis escapadé un jour en vélo dans la pluie et le froid (souvenez-vous comme vous avez eu peur avec moi en lisant ce récit), c’est dire si ça forge une amitié tout ça.

 

Quelques sandwichs dans le sac à dos, une bouteille d’eau et des livres à faire dédicacer, c’est bon, tout est prêt, à nous l’aventure, A nous trois Angoulême ! (oui parfaitement, aujourd’hui je fais dans le littéraire cliché, de Hugo à Balzac).

 

Ce qui éblouit à première vue à Angoulême, ce n’est ni la beauté majestueuse des constructions médiévales,  ni les grands escaliers qui s’étendent, mais bien les innombrables merdes de chiens. C’est pas un éblouissement très agréable, mais ça a pour avantage de nous faire regarder là où on met les pieds et d’éviter de trébucher sur les pavés qui mènent aux tentes sous lesquelles officient les auteurs en dédicace. A l’époque je connaissais pas grand-chose à la Bd, je m’y mettais à peine. Je lisais du Loisel, du Fred, du Sorel, j’étais fasciné par Thaneros et abonné à Fluide Glacial. D’ailleurs nous n’étions là que pour une seule (et sublime) personne : Edika. On a bien croisé le frangin Carali sur le stand de Psykopat, qui a refusé de me faire une dédicace sur feuille libre (ce qui est par ailleurs normal et la règle du jeu, mais ça faisait à peine 3 ans que je rasais mon duvet d’adolescent pubère, j’avais encore beaucoup à apprendre), mais c’était pas pareil, et j’attendais le début de la dédicace d’Edika (autant la faire tout de suite, celle là) avec impatience. Surtout que bon, y’a pas grand-chose à faire sur place à part attendre dans les files et éviter les crottes extérieures (notez que depuis, ça a changé, y’a tout plein d’expos et d’animations diverses et variées, et je pense qu’ils ont réglé le problème des déjections canines. Ou alors y’avait déjà tout plein d’expos à l’époque, mais je ne voyais pas plus loin que le bout de mes chaussures, la tête dans le guidon, le stand Fluide Glacial en vue).

 

La journée est passée assez vite finalement (on ne sait pas s’ennuyer quand on est jeune, même à une époque où ni la DS ni les portables n’existaient), nous partons faire la queue, Edika est annoncé, il nous reste deux heures avant de devoir prendre le Tgv du retour, ça devrait suffire, c’est bon, c’est pas non plus Michael Jackson (Michael Jackson était encore assez populaire en 94, c’est là qu’on voit que ça date). Nous attendons, le sourire aux lèvres et la bouteille d’eau presque vide, les chasseurs de dédicaces affluent d’un peu partout, de la droite, de la gauche, et nous on est au milieu, sages, suivant le protocole qui semble pourtant évident (la file indienne a fait ses preuves en de nombreuses occasions). Et alors qu’on y était presque, qu’il ne restait que 4 ou 5 personnes devant nous, qu’on apercevait le crâne d’Edika (un très joli crâne, gravé dans ma mémoire. De toute façon j’ai rien vu d’autre), il y eut comme un appel d’air, un retour de flamme, trop de pression des deux côtés, et nous fûmes éjectés. C’était pas juste. C’était frustrant. C’était Angoulême. Le sourire s’est effacé, la frustration a pris le dessus, je pense que j’ai dit ‘putain !’, j’ai regardé ma montre, il était l’heure de partir, toujours le regard baissé, mais pas pour les mêmes raisons, traumatisé à vie, l’estomac, la bouteille, le sac et les livres vides.

 

C’est triste hein ?

Surtout que bon, suis rentré chez moi à 1h du matin, que je n’ai évidemment pas fait mon devoir de physique, et que c’est pas comme ça que j’allais réussir mon éducation, à perdre mon temps lors de festivals inutiles. Mais bon, ça forge le caractère (et l’aigreur).

 

L’épilogue est cependant heureux. Mon ami, mon poto, mon compagnon d’infortune s’est empressé d’écrire une lettre au sieur Edika, derrière mon dos, lettre que je n’ai jamais lue (allez lire un truc écrit derrière votre dos…). Et si je suis au courant, c’est parce que quelques semaines plus tard, je recevais un colis. Un tube noir, avec mon nom et adresse écrits au tipp ex. A l’intérieur, une feuille Canson format A2 (plus ou moins…disons que c’est du 65cm x 50cm). Sur cette feuille, une dédicace, me représentant moi, tiré par la manche par mon pote, et devant nous Edika à sa table, dédicaçant, entouré de badauds (dont un qui dit le fameux ‘nul ce type’), avec un p’tit mot disant qu’il est désolé pour ce w-e d’angoisse et de terreur. Il a aussi renvoyé les timbres que mon ami avait insérés avec sa lettre, pour une éventuelle dédicace sur feuille libre (c’était utopique mais ça se tentait. Comme quoi l’utopisme, ça a du vrai). Bref, la classe ultime. Je pense que je me suis mis à courir dans tous les sens. En prenant soin d’éviter les crottes de chien.

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Published by Le libraire en question
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commentaires

denis parent 30/03/2009 21:35

Juste pour vous remercier d'avoir cité Thaneros et être heureux de savoir que cette série vous fascinait. J'en suis un des co-auteurs (avec claude carré) et notre ami eric larnoy est mort avant d'avoir fini le 4ème album. Quinze ans après nous allons finir avec un jeune dessinateur... Cordialement. denis parent

T.Leprévost 05/02/2009 16:51

Bonjour, je découvre ce blog et déjà, en ce qui concerne le style, moi je le trouve plutôt original.Je pense donc qu'il s'agit bien de plagiat dans certains commentaires.
J'y ajoute le mien juste pour dire qu'en 1994 et même avant, il y avait déjà plein d'expos et d'autres choses à faire au festival d'Angoulême.Je me souviens, entre autres, d'une superbe scénographie immergeant le visiteur dans l'univers Des Cités Obscures de Schuiten et Peeters au CNBDI ( aujourd'hui CIBDI) que l'équipe de Thévenet, qui repris la direction artistique du festival quelques années après avait qualifié de "pharaonïque".
Je voudrais ajouter que depuis, le problème des crottes de chien a été en grande partie reglée, même durant le reste de l'année, mais qu'il en reste encore ( dans ma rue en tout cas!)
Et enfin, que le genre d'incident qui vous est arrivé dans la file de dédicaces est de moins en moins fréquent, certains éditeurs organisant (en accord avec les auteurs) un tirage au sort avant la séance d'un nombre de dédicaces limité et défini par l'auteur.Ce n'est pas l'idéal mais ainsi, normalement, personne ne se retrouve à faire la queue pour rien.
Enfin, en ce qui concerne la fin heureuse de cette anecdote, mesurez bien votre chance car je ne connais pas beaucoup de dessinateurs qui feraient encore ce geste aujourd'hui, écoeurés qu'ils sont par l'abus de reventes sur internet ou ailleurs de leurs dédicaces.
Voilà quelques précisions en direct d'Angougou 2009. Ne craignez plus de ne pas être à la page!:-))

Ann-Aël 02/02/2009 02:01

bah moi, je me souviens avec émotion de ma (seule et unique) chasse aux dédicaces... C'était le premier festival de bédés de Laval, Mayenne, je sais même pas sûre que ça existe encore... Je devais avoir 15 ans et je bossais sur le stand de vente de la librairie bédé du coin (depuis longtemps disparue)...
Et il y avait plein de super auteurs, et nottament Loisel et Bilal. Bilal a dû rester genre 1 heure, mais j'y étais ! Et au moment de la dédicace (sur Partie de chasse), je dis mon nom et comment ça s'écrit, c'est pas évident pour tout le monde... (à part ma môman) et là, une discussion s'enchaîne avec Bilal et Loisel : "c'est pas breton, ça, comme prénom, ça vient de ton coin, non ? blahblah"...
et hop, du coup, je fais même pas la queue pour le voisin qui me dessine une jolie fée Clochette sur mon tout premier exemplaire de Peter Pan ! C'était bien ! Voilà :D

Maria 31/01/2009 18:05

Jolie anecdote.
Tu dois être en train de travailler à cette heure, j'espère en train de conseiller de bons clients et moi je te laisse un commentaire pour te dire que je viens de finir de lire tes archives.Donc tout ton blog.
Eh ben c'est bien.
Je suis contente.Vivement les prochains articles.
Au revoir et bonne fin de week end !

la fan cachée (toujours en bretagne) 31/01/2009 14:26

Oooh la belle histoire... moi aussi un jour j'irais à Angoulême...mais pas cette année ! sniff