Où avez-vous atterri?

Un libraire se livre (oui bon...). Les doutes, les joies, les peines et les découvertes sans cesse renouvelées dans ce milieu merveilleux.

Ou alors c'est simplement le quotidien d'un mec qui lit des Bds et qui est payé pour ça.

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Mercredi 2 avril 2014 3 02 /04 /Avr /2014 23:40

De toute façon, dès l’instant où elle a franchi la porte de la librairie, j’ai su que rien de bon ne pouvait sortir de tout ça.

 

J’ai levé un sourcil de derrière mon comptoir pour mieux la voir. Enfin l’admirer, plutôt. Je la trouvais presque trop belle pour mon boui-boui. Cette espèce d’amas de livres rangé dans un ordre que moi seul comprends (à croire que l’ordre alphabétique n’est plus enseigné à l’école), que l’on nomme souvent de la culture alors que bon, hein, franchement, depuis quand je vends de la culture, moi ? Je ne sais pas pourquoi, mais peu de femmes lisent de la bande dessinée. Peut-être parce que c’est un loisir de feignasses, d’hommes qui veulent un plaisir solitaire en quelques minutes. Un début, une fin et des images pour ne pas avoir à les imaginer dans sa tête après avoir assemblé des mots, tout ça dans un album cartonné tout con qui tient pile poil dans la Billy Ikea du salon. Pas sûr que quiconque sur terre connaisse l’incipit de quelque bd que ce soit, d’ailleurs, ou qu’une bd se retrouve un jour éditée dans la Pléiade. Pas de quoi alimenter les salons littéraires, en tout cas. Oh, on a bien droit à un petit sujet de temps en temps, en janvier, quand ils se réunissent tous dans le froid, là bas en Charente, ou un regard amusé du revers de la main quand une palme d’or est décernée, mais ça s’arrête là.

 

Notez que je m’en fous un peu

Je ne porte pas d’étendard

Je vends des bds par hasard

Et pas juste pour faire rimer

 

Bref, cette gonzesse, là, je la sens pas. De manière générale, j’évite de juger un livre à sa couverture et les femmes à leurs bas (oui, j’ai du temps à perdre, tout seul derrière mon comptoir, vu qu’il parait que c’est la fin du livre, que de toute façon plus personne ne lit, que c’est l’évolution naturelle des choses et que c’est bien normal de pas voir de dinosaures avec des Iphones ou de dodos jouer à la DS. Et comme j’ai du temps à perdre, autant fantasmer. C’est ça ou bosser. Le choix est vite vu). De manière générale, donc. Mais elle a l’allure d’une femme égarée qui ne cherche pas son chemin. C’est très agaçant d’être mâle et de se sentir impuissant, de bien comprendre que derrière ces lunettes de soleil se cachent des sourcils qui n’ont pas besoin d’être épilés par la suprématie de l’homme avec un petit h. Des sourcils un poil méprisants qui savent qu’ils sont pas de la merde. Ces sourcils me mettent directement face à la médiocrité des miens, et c’est jamais vraiment agréable.

 

Fut un temps où moi-même je me soupçonnais d’être le fils du vent et d’une louve (j’ai le poil très soyeux), mais maintenant je jette de temps en temps un regard amusé au monde en en attendant la fin.

 

 

Bon, poursuivons, apparemment c’est pas pour tout de suite.

 

Moi je suis commerçant. De proximité qui plus est. J’arbore donc un sourire sincère pour (presque) chaque client (le factice, en matière de sourire, ne mène jamais bien loin. J’ai vraiment une tête de con, en plus, quand je souris pour de la fausse), accompagné d’un bonjour, priant très fort pour qu’on ne me parle pas de la météo ou du fait que ohlala vous devez vraiment être passionné, vous, pour lire tous ces livres.

 

Elle feint de ne me remarquer qu’à l’instant et se dirige vers moi. La bonne nouvelle, c’est qu’elle est plutôt moche, vue de près. Au temps pour moi. Ça devait être à cause des reflets dégueulasses dus aux ampoules bon marché que j’ai posées un peu partout. Ou alors c’est le colza qui commence à faire effet sur ma vue. Je sais pas. Toujours est-il que ouhla, non, non merci, mais bon, gentleman quand même, je vais pas lui tourner le dos pour autant.

 

Elle inspire profondément, exagérément, comme si elle humait l’air pour la première fois après avoir passé dix années à l’ombre et que des petites marmottes la tenaient par la main pour célébrer le printemps.

Enfin, des petites marmottes qui auraient trempé chacune dans une bouteille de cinq litres de parfum bon marché, parce que bon sang, ça cocotte à mort.

 

- ça sent le livre, ici, dites donc !

 

Je n’ai absolument aucune idée de comment répondre à cette remarque. Enfin poliment, je veux dire. Et pourtant, j’ai l’habitude des lieux communs tours de passe-passe pour me sortir de n’importe quelle situation.

 

- heu…faut dire qu’il y a des livres un peu partout

 

(avec un peu de chance, ça suffira, comme réponse)

 

- Je suis venue vous présenter des flacons de parfums qui imitent les grandes marques tout en étant de qualité

 

Je sens ça, oui, ça sent la marmotte cocottée jusque dans le cœur des livres.

 

- Désolé, ça ne m’intéresse pas.

 

Elle rit. Comme si j’avais fait une blague. Comme cette démarcheuse qui a ri quand je lui ai dit que non, je ne me rase pas, je peux pas vous donner mon avis sur cette mousse à raser.

 

- Mais enfin, avec quoi vous parfumez-vous ?

- Je ne me parfume pas.

 

Ça sonne un peu barbare, dit comme ça, mais c’est vrai. Je sens merveilleusement bon quand même, ça n’empêche pas, mais je n’ai pas une fragrance reconnaissable quand j’effleure de mon odeur les narines des ménagères avec mon caddie rempli de pâtes.

 

Le temps s’est arrêté un temps.

Et elle est allée voir ailleurs de quoi les pâturages sont faits.

J’espère qu’elle en profitera pour se rouler dans l’herbe.

 

 

Moi, en attendant, je vais mettre une marguerite dans mes cheveux. C’est le moment d’être coquet.

Par Le libraire en question
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Mercredi 26 mars 2014 3 26 /03 /Mars /2014 22:55

Toujours dans un soucis d'échanger au maximum avec mes contemporains, il m'arrive de répondre aux questions qu'on me pose. En attendant que je revienne par ici avec un nouvel article, en voici un du Suricate Masqué qui m'a posé tout plein de questions pertinentes sur la bande dessinée jeunesse

 

Tant que j'y suis, je vous signale que j'ai aussi écrit deux articles pour une toute nouvelle publication que je trouve franchement chouette comme tout : Tind ! Elle est trouvable en librairie, ou commandable sur leur site 

 

Ah, et au fait, pour les retardataires, je rappelle que mes lectures se trouvent par là bas à présent (les lectures 2014 sont sur la dernière page) 

 

Allez, on se fait des bisous en attendant. Après tout, y'a pas de raison.

 

Par Le libraire en question
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Mardi 18 mars 2014 2 18 /03 /Mars /2014 23:43

J’en parle suffisamment depuis des années pour que ce ne soit un mystère pour personne : oui, je tente tant bien que mal de former des futurs libraires.

Modestement.

Avec mes moyens limités.

Mais toujours avec amour et humilité (enfin surtout avec amour).

 

Or, il semblerait que l’apprentissage du métier de libraire (enfin de vendeurs de livres dans un premier temps, mais il faut bien commencer quelque part) n’ait pas le vent en poupe. Les candidats sont de moins en moins nombreux et le niveau pas toujours folichon. Les centres de formation sont même à deux doigts de s’inquiéter et de lancer des avis de recherche pour la rentrée prochaine.

 

Rappelons le principe de l’apprentissage. Deux années de formation, trois semaines sur quatre en moyenne en entreprise à temps plein, un salaire qui varie en fonction de l’âge et de la formation, mais qui grosso modo va de 41% du Smic (590€) à 61% du Smic (870€), et les mêmes avantages que n’importe quel salarié, vacances comprises. Autrement dit : l’apprenti apprend et pendant ce temps il coute pas bien cher. Entre les crédits d’impôts et les primes reversées (et le fait qu’il y a très très peu de charges), un apprenti reviendra à peu près à 5 000 ou 6 000 € tout mouillé à l’entreprise, sans piscine trois boudins. Trois fois moins qu’un Smic à temps plein. En échange, la moindre des choses c’est de s’occuper de lui et de ne pas simplement le mettre dans un coin pour qu’il compte des cartons de réception et aligne parfaitement les livres dans ceux de retours.

 

Certes, au début, un apprenti ça sert à rien. Faut tout lui expliquer, ça fait des erreurs de caisse, ça sait rien faire, ça pose des questions à la con et ça croit avoir bon goût en matière de lecture (haha, j’en ris encore). Mais si on s’investit un minimum et qu’on les choisit correctement, y’a aucune raison que ça ne se passe pas bien très rapidement. Autrement dit, un entretien de 10 minutes ne suffit pas pour déterminer deux années de collaboration à venir. C’est une embauche. Il ne faut pas la prendre à la légère, même si les taches demandées ne volent pas toujours très haut. Justement, aidons-les à dépasser l’échelle sans tomber dans le vide, les ampoules n’en seront que mieux vissées. Et puis bon, n’oublions pas que ce sont des êtres humains, certes, mais qu’ils sont jeunes et malléables et a priori remplis de motivation et d’implication lors de ce qui est la plupart du temps pour eux leur première expérience professionnelle.

 

J’attache énormément d’importance à mon rôle de maître d’apprentissage. Déjà, parce que c’est pas tous les jours qu’on m’appelle maître. Ensuite parce que je sais pas, l’idée de la transmission me plait bien. Et j’en ai plein, moi, des choses à transmettre. Une certaine vision de mon métier (à laquelle on peut ne pas adhérer, je ne détiens pas une forme de vérité absolue. J’ai juste un charme magnétique, j’y peux rien), des valeurs de travail et un ensemble de grand n’importe quoi que mes apprentis découvrent au fur et à mesure en se demandant à moitié ce qu’ils foutent là, et à moitié pourvu que ça ne s’arrête jamais, les marelles, les roues, les paons, y’en aura jamais assez. Et puis surtout, même si j’en parle tout sérieusement parfois, ça reste un boulot sympa comme tout avec ses bons moments et ses salaires si bas qu’on est franchement pas là pour se prendre la tête, donc autant rigoler dans la bonne humeur du travail bien fait (car oui, mon exigence est proportionnelle à mes sarcasmes quand elle n’est pas atteinte. Je préviens).

 

Mais ça reste un boulot. Bien plus qu’une formation à l’école. C’est ce côté schizophrène qui est un peu compliqué à gérer pour nos chères têtes blond-vénitien. Elles sont encore dans le système scolaire (y’a même des devoirs à rendre, devoirs qui prennent au moins, au bas mot, 45 minutes par mois à faire) tout en ayant un pied dans le monde de l’entreprise (et dans mon monde merveilleux à moi). Ça demande donc un minimum de boulot supplémentaire chez soi, histoire d’utiliser pour de bon le tremplin qui leur est fourni. Sauf que tout le monde n’a pas envie de faire des triples sauts périlleux et certains préfèrent rester sur le bord à boire des bières pas toujours fraiches (un salaire d’apprenti ne permet pas l’achat d’une glacière) en se vautrant dans leur ignorance invisible à leurs yeux. C’est pas très grave, ça ne les empêche pas de faire le boulot qu’on leur demande (on leur donne un tremplin, mais n’oublions-pas qu’ils restent en bas de l’échelle), mais bon, c’est pas très enrichissant, ni pour eux, ni pour nous (car oui, ils nous enrichissent. Parfois).

 

Je me suis occupé personnellement de 4 apprentis, ces 5 dernières années. Ça s’est toujours bien passé. J’ai une tendresse infinie pour ces jeunes gens que j’ai formés et essaie de rester en contact avec eux et de me tenir au courant de leurs pérégrinations. Mais cette année, y’a eu une couille dans la page de garde. Une erreur de parcours ou une erreur de casting, je ne sais pas, mais toujours est-il que je n’ai pas su garder l’oisillon dans son nid et qu’il a choisi de prendre la tangente après un quart du parcours, quitte à voler face au vent avec une aile en moins. Je lui souhaite de trouver son courant d’air.

 

Moi en attendant, je vais trouver d’autres candidats pour l’année prochaine.

 

Spread the word. 

Par Le libraire en question
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Mercredi 5 mars 2014 3 05 /03 /Mars /2014 22:31

Comme vous le savez, à la LLSCPM Corporation, nous aimons semer les idées reçues loin derrière nous, faisant ainsi avancer la vérité plutôt que d’entendre se répéter les mêmes âneries année après année, se convaincant elles-mêmes qu’en vrai ce sont des licornes (bon, l’image est foireuse puisqu’en vrai je préfère les ânes aux licornes, même quand elles sont toutes fluffy, mais bref, vous voyez l’idée).

 

Je dis nous, car vous pensez bien qu’une entreprise comme celle-ci ne tourne pas avec un seul homme, aussi beau et suave fut-il. J’ai toute une équipe à mon service, qui m’abreuve de données et de statistiques du vrai monde, et nous formons ainsi un mix entre Mythbusters, un think tank et Charlie’s Angels (je suis Charlie, au fait). Et cette équipe (coucou) s’est penchée sur une question très simple : il paraitrait que c’est la fin du monde, que les librairies n’en ont plus pour longtemps (un repré me le disait d’ailleurs encore ce matin, tu parles d’un vote de confiance), que le numérique va mâcher du papier et nous le recracher à la gueule, qu’Amazon est notre nemesis kryptonisé et que de toute façon y’a de moins en moins de gros lecteurs en France parce que de toute façon les gens ils font rien qu’à être devant un écran entre deux épisodes de Joséphine ange gardien , et les gamins ils lisent plus, ils sont trop occupés à s’envoyer des sms (qu’ils ne lisent pas, puisque indéchiffrables).

 

Bien.

Je sais qu’on aime bien avoir peur, que c’est ce qui fait vendre, que le pessimisme est une valeur sûre, mais c’est peut-être pas une raison de dire n’importe quoi sur six colonnes à la une et d’ensuite ricaner sur son fauteuil en admirant la trainée de poudre.

 

Alors ça tombe bien, des études existent sur les pratiques culturelles des français. Chouette. Ce sont des sondages, ils valent ce qu’ils valent, mais au moins ce sont des chiffres qui s’appuient sur le même modèle (bancal) année après année. Retenons deux données, à savoir ceux qui achètent (la lecture, c’est différent et plus flou) de 5 à 12 livres par an et ceux qui en achètent plus de 12. Ce sont eux, les gros acheteurs. Une fois n’est pas coutume, je vais me fendre d’un tableau que l’on m’a remis clefs en main.

 

en % de la population

en 2006

en 2009

en 2010

en 2012

5 à 12 livres/an

15,5%

15,6%

15,2%

17%

> 12 livres/an

10,4%

10,9%

11,3%

12%

total

25,9%

26,5%

26,6%

27%

 

Je le trouve joli, moi, ce tableau, avec ces chiffres qui augmentent. Je pourrais même en faire une courbe si je n’avais pas aussi peur de rougir. +1.5 points d’un côté, +1.6 points de l’autre. En période de crise, c’est pas dégueu, comme constat.

Et les pourcentages, par définition, sont un reflet de valeurs absolues. La valeur absolue, en l’occurrence, se calculant par rapport à la population française. Qui évidemment évolue. Pour une raison qui m’échappe, vous continuez tous de vous reproduire tandis que les vieux continuent de vieillir. La population est ainsi en croissance constante, que même des magazines sont obligés de changer de nom et de nombre de consommateurs.

Allez, soyons foufous l’esquimau, reprenons le tableau et ornons-le.

 

en % de la population

en 2006

en 2009

en 2010

en 2012

plus de 5 livres achetés par an

25,9%

26,5%

26,6%

27%

population (milliers)

63 186

64 305

64 613

65 252

NOMBRE DE GROS ACHETEURS

16 476

17 040

17 187

17 618

 

Etonnant, non ?, comme disait celui qui avait tout compris à tout. 1,2 millions de gros acheteurs en plus, soit 7% de croissance, soit une croissance deux fois plus rapide que celle de la population (c’est bon, vous pouvez retourner vous reproduire, on a encore besoin de lecteurs futurs).

Quand on sait que ce sont ces acheteurs-ci qui représentent 60% des achats, on voit à quel point ils sont primordiaux dans notre économie et pour la santé de nos tables de nouveautés.

 

Donc voilà, plutôt que de crier très fort et d’avancer des contre-vérités dos au loup, il peut être intéressant de se pencher cinq minutes sur les chiffres. Et d’en tirer les conclusions qui s’imposent. Oui, la situation économique des librairies est parfois compliquée, pour tout plein de raisons structurelles et conjoncturelles, mais c’est sûrement pas à cause d’un manque de lecteurs à servir.

 

La vérité est ailleurs.

Par Le libraire en question
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Mardi 25 février 2014 2 25 /02 /Fév /2014 22:16

Ça va faire 6 ans, bientôt, que vous et moi vivons une folle histoire d’amour placée sous le signe des livres (bon, en vrai, les livres on s’en fout un peu, ce qui compte c’est ma petite personne, et je vous remercie donc de m’aimer. Vraiment). Le spectre de la crise des 7 ans n’est donc pas loin.

Oui, c’est triste, je sais, mais pas insurmontable. En général, un couple se reproduit au bout de 3 ou 4 ans de vie commune justement pour palier les sentiments qui s’évaporent et pour tenter de construire quelque chose d’un peu plus solide avec un machin (enfin un bébé) qui servira de chape de plomb de poutre ancrée. Dans notre cas à vous et moi, ça va être un peu plus compliqué (et puis je peux pas coucher avec tout le monde hein. Je ne suis qu’un homme. Même si bon. C’est vrai que bon. Bref). Mais comme vous m’êtes chers et qu’on a quand même passé de chouettes moments ensemble, j’aimerais que ça dure encore un peu. Juste un peu. Et pour ça, il faut apprendre à se connaitre. C’est bien gentil de s’envoyer des textos sur facebook (enfin j’ai pas tout compris à leur appli à 16 milliards là, mais ça doit être un truc du genre), mais c’est quand la dernière fois qu’on s’est retrouvés en tête à tête devant un banana split, hein ? hein ? C’est bien ce qu’il me semblait.

 

Je vais donc faire une liste de choses essentielles à mon sujet que vous ignorez sûrement. Ça n’a incroyablement rien à voir avec la librairie ou le Salon du livre ou la surproduction ou le livre numérique. Ça n’a même sûrement rien à voir avec Amazon, c’est dire si on est hors sujet. Mais c’est important. Allez, je commence. Donnez-moi la main, c’est parti.

 

- J’ai très peu de bandes dessinées chez moi. Peut-être 300, à tout casser. Que j’ai dû acheter entre 2002 et 2004. J’en récupère quelques unes chaque année, qui me tiennent vraiment à cœur, mais c’est à peu près tout. De toute façon, je lis trop de nouveautés pour avoir le temps de relire mes anciennes. Ça me perdra. Bon en revanche, les romans, c’est une autre histoire…(et les disques aussi).

 

- En parlant de disques, celui que j’ai le plus écouté dans ma vie, ça doit être Doggystyle, de Snoop Doggy Dogg. Un album loin d’être parfait (qui doit être ex aequo avec Only Built 4 Cuban Linx, de Raekwon, qui lui est parfait) mais que je me trimballe toujours dans ma voiture et que j’écoute très régulièrement depuis 1993. Un neuf neuf trois, comme on dit. Je sais pas à quel point j’ai l’air crétin à écouter ça dans ma Punto, d’autant plus que j’ai dû fumer une fois de l’herbe dans ma vie (j’adore l’odeur de l’herbe, par ailleurs, si je n’étais pas aussi ours névrosé, je trouverais un colocataire fumeur invétéré pour imprégner l’appart), mais ça me rend heureux. Biatch.

 

- Je me suis retrouvé, par une sorte de suite de hasards que je vous épargne, à aider un ami à enregistrer un morceau (de musique) dans un pavillon au nord de Paris. Je ne savais pas où je mettais les pieds, il ne m’avait rien dit, et j’ai commencé à avoir des doutes en voyant les disques d’or au mur (oh, y’en avait pas beaucoup non plus hein, c’était pas Julie Pietri). Et pif paf puf, voilà qu’il me présente. Il ne me dit pas juste son prénom. Il ajoute ‘des G Squad’. J’étais pas super au taquet niveau boys band à ce moment-là (ça devait être en 2003 ou 2004, je sais plus), et je me soupçonne de ne toujours pas l’être, mais je savais à cet instant que ça me ferait une anecdote à raconter, un jour. Je la réservais à mes petits enfants, mais ça c’était avant l’invention des blogs.

 

- Le 11 septembre (le fameux) 2001, j’étais aux Etats-Unis. Bon ok, j’étais à plus de 4 000 km de New York (je humais de l’herbe à Seattle chez des amis musiciens, mais chaque anecdote en son temps), mais quand même, le séisme s’est fait sentir très loin, la psychose aussi. Et j’ai pas mal de proches qui se sont inquiétés pour moi. C’est si bon de sentir que quelqu’un, quelque part, s’inquiète pour vous. Surtout quand c’est pas nécessairement justifié.

 

- Etats-Unis toujours, sachez que j’ai passé un an à New York (non, c’est pas ça, l’anecdote. Tout l’espace d’internet ne suffirait pas à raconter toutes mes anecdotes liées à cette année-là). Et que lors de cette année, j’étais dans une école privée, franco-américaine (pour plein de raisons. Mais disons que je me sentais pas exactement à ma place au milieu de tous ces fils et filles de diplomates blindés, même si à 11 ans, tout ça nous passe un peu au dessus. Surtout que je ne suis pas bien grand aujourd’hui, mais alors à l’époque encore moins. Bref, ce n’était pas par snobisme parental, puisque mes parents n’ont jamais roulé ni sur l’or ni sur l’argent, juste de temps à autre sur du bronze, mais par une sorte de suite d’obligations. Bon, je m’égare dans mes justifications, à croire que j’ai peur que vous me preniez pour un social traitre). Bref. Et dans cette école, privée, donc, et qui filait des Oreos et un verre de lait à la récré (je détestais le lait. Sauf celui de l’école. Tout petit déjà, je racontais n’importe quoi pour faire mon intéressant. Mais nous reviendrons à cette histoire de lait), on devait tous porter un uniforme. C’est le seul moment de ma vie où j’ai porté des cravates. J’étais très beau, tout le monde me laissait sa place dans le métro. Depuis, je les fuis, les cravates (et ne porte que des baskets).

 

- Comme j’avais décrété que je n’aimais pas le lait (sauf dans le chocapic ou avec de la grenadine), je mettais de l’eau chaude dans mes Country Store (c’est une sorte de muesli, pour ceux d’entre vous qui l’ignoreraient car ils n’ont pas eu d’enfance). Pour moi, c’est son goût naturel qui me ramène à des matinées à me lever tôt pour regarder Dragon Ball. Aujourd’hui, je continue de mettre de l’eau chaude dans mon Country Store (oui, je suis quelqu’un de très nostalgique), par contre il est hors de question que je me lève les dimanche matins. Alors même qu’il y a surement encore Dragon Ball à la télé (et probablement encore Dorothée ou Corbier).

 

- Je regarde très peu la télé. Enfin si, je suis scotché en permanence devant à regarder des gens dribbler ou lancer une balle ou un ballon et à mater des séries, mais disons que je ne rentabilise pas franchement la redevance que je verse chaque année. Mais il m’arrive, à de très rares occasion, de zapper, histoire de. Et par deux fois je suis tombé totalement par hasard sur la tête d’un de mes clients (qui lit ces lignes, d’ailleurs. Il est partout. Partout !). Une première fois lors d’un jeu télévisé assez éloigné de Questions pour un champion (j’ai arrêté de me foutre de lui quand j’ai appris qu’il avait gagné quelques dizaines de milliers de granolas), et une seconde fois car il faisait la queue pour avoir une signature de Stephen King (bon, là par contre j’ai pas arrêté). Moi je trouve ça assez fou, en fait.

 

- C’est pas aussi fou que la fois où, en 1998, je discutais sur Internet (oui, ça fait longtemps que je traine par ici) et où je suis tombé sur quelqu’un qui connaissait un mec, à l’époque (1994) qu’il avait rencontré à Cleveland (je vous raconterai) et qui habitait lui aussi pas loin de Versailles et qui portait lui aussi le même prénom que moi. Pour un  Américain, je le connaissais forcément, après tout la France est un petit pays de 60 millions d’habitants, on se croise tous en allant chercher la baguette au camembert. Et effectivement, puisque c’était moi. Foufou.

 

- On devient pas libraire sans aimer l’ordre et les collections. C’est scotché à notre ADN. Moi j’ai collectionné tout et n’importe quoi (les paquets de cigarettes quand j’avais 12 ou 13 ans, par exemple), y compris les cailloux. C’est difficile d’être exhaustif, dans une collection de cailloux. Mes parents y ont vite mis un terme. Mais la collection qui a vraiment duré, c’est celle de cartes de baseball (et de basket). J’en ai un paquet (hahaha). Je les ai encore, d’ailleurs. 15 000 cartes qui trainent dans mon placard. Classées parfaitement. Que je vous lèguerai si vous promettez de ne pas vous battre pour la distribution.

 

- J’ai vécu une folle et brève histoire d’amour intense avec une Néo-Zélandaise psychopathe. J’étais à deux doigts de la suivre tout là bas et d’ainsi vous priver de ces mots. Mais ça, c’est une autre histoire.

 

 

Je me rends compte que j’écris tout ça pour qu’on se rapproche, mais que ça risque plutôt de faire l’effet inverse. Tant pis, vous voilà prévenus. Alors, on signe où ?

Par Le libraire en question
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Lundi 3 février 2014 1 03 /02 /Fév /2014 14:43

Alors la semaine dernière avait lieu, donc le Festival d’Angoulême (FIBD pour les intimes).

Oui, c’est un sujet assez évident, mais déjà que j’ai du mal à trouver des choses intéressantes à raconter, ces temps-ci, si je prends pas au vol ce qui passe tout droit sous mon nez, on va pas s’en sortir vous et moi.

 

Et hier, après quatre jours intensifs de dédicaces charentaises, de rires, d’alcool et de coucheries (oui, ça couche beaucoup, lors des festivals. J’ai décidé de dénoncer, aujourd’hui. Il faut que l’omerta cesse. Il faut surtout plus d’auteurs femmes, si j’en crois les bruits de couloirs), hier, donc, était annoncé le palmarès lors de la cérémonie de clôture, qui a eu le bon goût d’être présentée sous forme d’hommage à Fred.

 

Contrairement à ce que je laissais entendre la dernière fois, ils n’ont pas trouvé de plan B. Ils sont allés directement au plan C, à savoir Calvin & Hobbes, et ont décerné le Grand Prix à Bill Watterson. Ça se jouait finalement entre Otomo et lui, puisque Alan Moore s’était retiré de la compétition quelque temps avant, expliquant que merci mais non merci, la vie publique, tout ça tout ça, c’est pas pour moi. Ce qui risque de se passer avec Watterson, surtout, c’est qu’il expliquera rien du tout, il va débrancher encore plus son téléphone et ne cherchera pas nécessairement à savoir où ça se trouve, au juste, la Charente, et s’il y fait meilleur en hiver qu’en Ohio (la réponse est oui, carrément). Inutile d’espérer qu’il préside le jury ou qu’il fasse l’affiche l’an prochain, comme c’est généralement le cas. Bon par contre, il a laissé ses planches en gestion quelque part (une université dans l’Ohio justement), donc suffira de demander gentiment et une expo devrait pouvoir se faire. Rien que ça, ça méritera le déplacement.

 

Je suis d’un naturel plutôt timoré et réservé, donc je n’ai pas sauté dans tous les sens (j’ai souri, levant le museau face au vent comme Snoopy, mais ça s’arrête là), mais il est évident que je me réjouis de savoir que tous ces auteurs ont voté pour Bill, que ça va peut-être relancer un peu l’art subtil du comics trip dans nos contrées (on peut rêver. Editeurs, hésitez-pas à présent à vous pencher sur Pogo, Bloom County, The Far Side etc. etc.). Ca va peut-être même motiver Hors Collection à réimprimer l’intégrale de Calvin & Hobbes sortie en fin d’année, plutôt que de nous les laisser n’importe comment dans le désordre, au mauvais format et même pas en couleurs pour les planches du dimanche.

 

Le palmarès en lui-même est plutôt chouette, bien que très convenu pour les prix importants (Come Prima, Mon ami Dahmer, Ma révérence, Mauvais Genre. Rien que des titres qui ont été réimprimés et ont trouvé leur public), avec quelques surprises (Fuzz et Pluck, Cowboy Henk). Mais bon, un prix à Angoulême, ça donne un peu plus de visibilité, certes, mais ça déclenche pas des masses de ventes. On offre pas à Noël le fauve d’or (seul prix « demandé spontanément » par les clients) comme on offre le Goncourt. Enfin si, on offre Quai d’Orsay, mais en ayant absolument aucune idée qu’il a eu le prix du meilleur album quelques mois avant.

 

Enfin voila qui nous aura occupés dans la profession pendant quelques semaines et qui me permettra de légitimer auprès de mes clients le fait que je les bassine avec Calvin & Hobbes dossier après dossier (oui, j’écris des dossiers thématiques dans lesquels la présence de Calvin & Hobbes est obligatoire. D’ailleurs, là j’en termine un, et y’aura l’intégrale dedans) et qui me permettra aussi de faire mon crâneur vu que j’avais plus ou moins annoncé le palmarès.

 

 

Quand je serai grand, je créerai mon propre festival international et je ferai jury à moi tout seul. Je reflèterai mes goûts et les gens snoberont mes choix tout en se ruant sur les auteurs à la mode et sur le énième repreneur de Blake et Mortimer. Finalement, c’est plutôt ça, Angoulême : de la passion, encore de la passion, et Watterson qui gagne à la fin.

Par Le libraire en question
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Mardi 21 janvier 2014 2 21 /01 /Jan /2014 21:23

Je ne sais pas pour vous, mais moi, cette année, elle ne m’inspire absolument pas, pour l’instant (ce qui explique mon mutisme prolongé).

 

Ni les bons résultats de certains éditeurs sur le dernier trimestre (mais bon, un Quête de l’oiseau du temps en même temps qu’un Blake et Mortimer en même temps qu’un Blacksad en même temps qu’un Jul qui s’étale dans les médias, forcément, ça aide un peu), ni le mercato (Ankama chez MDS, 12 Bis chez Glénat, Bourgeon chez Delcourt, Star Wars chez Marvel) ni certains libraires qui se rendent compte que ah tiens, ceux qui avant achetaient chez Virgin se retrouvent à acheter un peu chez eux aussi, non, rien de tout ça ne m’inspire.

 

Il y a bien la tva sur les centres équestres qui passe d’un tva réduite à une tva à 20%, mais je sais pas, j’arrive pas à être solidaire, et pourtant j’aime bien les poneys. Il y a aussi cet auteur (dont je tairai le nom, vais pas lui faire de la pub non plus) qui crie à qui veut bien l’entendre que les ‘petits libraires’ ne servent à rien, qu’il faut laisser faire le marché non entravé, qu’ils empêchent les livres de se vendre (ah ?) parce que, ces cons, ils les lisent (ah oui, là d’accord) et décrètent ce qu’il faut lire ou non. Ça c’était un peu rigolo tellement c’était improbable. JE vous laisse découvrir la réponse de Claro, toujours aussi merveilleux.

 

A la limite, ce qui pourrait titiller le plus, c’est le feuilleton éphémère Angoumoisin annuel. Et même pas pour une question de sélection ou de futur Fauve d’or (si on me demandait mon avis (sait-on jamais), je choisirais…heu…voyons la liste…hmm…Le livre de léviathan, allez. Ou La tendresse des pierres. Ou le Annie Sullivan. Même si y’a des chances que ce soit plutôt Mauvais Genre qui soit primé). Non, ce qui occupe les murs facebook des auteurs, ces deux dernières années, c’est le vote pour le Grand Prix, qui récompense un auteur pour l’ensemble de son œuvre. En général, il est désigné par l’ensemble des anciens Grands Prix, donc autant dire que, de temps à autres, leurs choix autocentrés peuvent paraitre pour le moins curieux et fermés (après, hein, si ça permet de parler plus de Willem, Baru et Blutch, je vote (hahaha) plutôt pour). Mais là, tadah, retournement de situation, ce sont les auteurs (de langue française) qui votent. Et re-tadah, les 1 500 votants n’ont pas soutenu du Sfar, du Van Hamme ou du Hermann mais du Chris Ware, du Clowes, du Taniguchi, et surtout du Otomo (l’auteur de Domu et de Akira), du Alan Moore (l’auteur de…oui bon là y’a pas assez de place sur mon disque dur) et….du Bill Watterson, qui se retrouve même preums. Ça va donc se décider entre ces 3 derniers.

 

Bon, Alan Moore se déplace pas des masses (aux dernière nouvelles il n’avait même pas de passeport, ce qui indiquerait que l’international, Union Européenne ou pas, ne soit pas trop sa tasse de thé bouilli) et Bill Watterson n’existe pas en dehors de l’endroit où il se terre secrètement reclus et refuse catégoriquement tout contact avec la presse. Reste Otomo pour espérer une photo Op avec le fauve l’année prochaine et un peu de retombées presse. Y’a des chances qu’ils tentent de trouver un plan B, d’autant plus qu’une partie des auteurs Grands Prix font un poil la gueule parce que pfff, laisser voter les copains c’est bien, mais on voit ce que ça donne, la démocratie, c’est n’importe quoi, y’a soit des mecs qui ont rien fait depuis plus de 10 ans et qui sont auteurs d’une seule œuvre, ou un gars qui dessine même pas. Pourquoi pas une femme, tant qu’on y est (ou pire, une femme coloriste) ?

 

 

‘fin bon, dans 15 jours tout cela sera oublié et on retournera à notre quotidien (je ne doute pas un instant que le vôtre est rempli de pingouins dansant la carioca sur la musique du Magicien d’Oz. Vous avez de la chance). En attendant l’inspiration.

Par Le libraire en question
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Jeudi 2 janvier 2014 4 02 /01 /Jan /2014 20:20

Nous y voilà.

Nouvelle année, donc fin de période de Noël, à y’est, on peut passer à autre chose, retour à la routine, le quotidien, les piles de retours, les commandes de début d’année et, le plus important, LES STATS A GOGO.

 

Wooohoooo.

 

Je vous ai gavés de chiffres pendant ces quelques semaines intenses, et c’est pas fini (youpi, je sais). Car c’est bien gentil, les chiffres, mais si on ne les explique pas, ça sert à rien. Je vais faire vite, vous en faites pas.

Le plus important, en fait, c’est de comprendre que même si on brasse des milliers d’euros, ce qui reste au final dans la poche, c’est quelques centaines d’euros, au mieux. Et pas pour des raisons de salaires mirobolants des libraires et gérants, loin de là (2 000€  nets pour ceux qui gèrent une librairie en moyenne, 1 300€ pour les libraires qui ont de l’expérience). Plutôt pour des raisons de marges moyennes très faibles sur le livre. Concrètement, une Bd que je vends 15€, je l’achète un peu moins de 10€ (9,45€ pour être précis). Il n’y a donc que 5€ qui vont directement payer les charges fixes (et variables). Donc quand vous me voyez fanfaronner car j’ai fait 10 000€ en deux jours, ça peut sembler beaucoup d’argent, mais en vrai ce qu’il reste après avoir payé les fournisseurs, c’est 3 700€. Ce qui reste beaucoup d’argent. Gagner en deux jours plus de deux fois le salaire médian en France, c’est même indécent en temps de crise. Sauf que ça permet généralement de combler un trou que l’on creuse comme des grands depuis le mois de février (janvier est assez tranquille, et fin janvier et fin février on paie les livres commandés en Novembre et Décembre, et là ça fait mal. De l’intérêt d’avoir négocié de l’échéance pour ces commandes-là qui sont plus importantes que la moyenne, par définition), attendant justement avec impatience que le cycle se cyclise et qu’on arrive enfin au mois d’Octobre, que le banquier nous lâche un peu la grappe et qu’on ne se ronge pas les ongles en permanence avec un œil sur le compte. Le mois de Décembre permet d’équilibrer les comptes, pas de se gargariser à coups de pièces de 2€ dans un bain de billets de 500€.

 

En gros, je surveille de prêt 3 indicateurs qui me permettent de gérer grosso modo le monde qui m’entoure.

 

1/ Le chiffre d’affaires

 

Le fric, quoi. Alors sachez que je suis pile à l’objectif que je m’étais fixé au mois de mars (ah, la magie des chiffres et des tendances). Ce ne sont pas des objectifs le doigt levé au vent, mais qui s’appuient sur ce que j’observe. On n’est jamais à l’abri de bonnes surprises et de reprises soudaines de consommation, mais une courbe est une courbe, il faut s’y fier. C’est très pratique pour, par définition, prévoir un minimum où on sera à un instant T. J’ai tendance à être plutôt réservé et pessimiste, donc je m’enflamme rarement, ce qui fait que les surprises sont plus souvent bonnes que mauvaises. Là, j’ai fait 800€ de plus que l’objectif prévu. Pas dégueu.

 

Je m’étais d’ailleurs fixé un objectif sur les intégrales et les coffrets. J’ai injecté 30% de stock en plus (les Calvin & Hobbes ont joué dans la balance, évidemment) et partais donc du principe qu’il fallait vendre 30% en plus. Logique (j’ai une tendance normale sur le livre neuf à + 1%, pour info, c’était donc par forcément gagné d’avance). Objectif atteint, avec même 10% de plus. Donc chouette. Ce qui veut surtout dire que si l’offre est là, les ventes suivent. L’implantation est primordiale.

 

30% de mon CA a été réalisé les 5 jours avant Noël. 40% sur 8 jours (donc sur 25% du temps, pour ceux qui suivent et se sont pas encore endormis la bave et la dinde aux lèvres). Autrement dit, faut pas se rater à ce moment-là. D’où ma légère angoisse qui, je l’espère, était palpable.

 

2/ La fréquentation

 

Là aussi, c’est au vert. Mon nombre de clients uniques sur 12 mois a enfin de nouveau grimpé après un an de baisse et le nombre de paniers (actes uniques d’achats) est lui aussi en légère hausse. Ça veut donc dire que même si les gens se serrent la ceinture le restant de l’année, ils reviennent en Décembre faire des cadeaux et nous ont en tête pour ça. C’est la preuve que la fidélisation suit son cours. D’ailleurs, 99.7% de mon chiffre est fait sur des gens qui ont une carte de fidélité à la librairie. 94% des gens en avaient une et j’en ai créé autant de nouvelles que l’an passé. C’est primordial, car j’ai besoin d’engranger un certain nombre de nouveaux clients chaque année pour, au  minimum, compenser ceux qui partent. Je ne vous donnerai pas le chiffre exact car il faut bien que je garde un peu de mystère, mais mon taux de remise sur carte de fidélité était aussi très élevé ce mois-ci, confirmant le fait que j’ai très peu de passage et principalement des clients fidèles (et bien élevés).

 

3/ Le stock

 

Je suis obsédé par le stock. Presque plus que par le chiffre d’affaires (presque, hein). La gestion du stock est la différence entre un libraire et un vendeur de livres. Et autant vous dire que personne ne touche à mon stock. Bas les pattes. Là, concrètement, mon stock est pile poil où il doit être (allez, j’ai 800€ de trop, mais ce sera réglé avec la vague de retours qui arrive). J’ai déstocké 20 000€ de livres sur décembre, ce qui me permet de revenir à mon niveau de début octobre. Et ça tombe bien, c’est pile ce que j’avais injecté spécialement pour Noël. Même si on est crédité de tout ce qu’on ne vend pas, le problème c’est que le temps que ce le soit, l’argent est déjà parti dans les poches des distributeurs, nous laissant la charge de la trésorerie pendant 1 mois ou 2 (je sais pas si je suis très clair. Au pire, c’est pas bien grave, retenez juste que ça craint du boudin de trop se planter dans ses achats, surtout si on négocie pas d’échéance supplémentaire).

 

Voilà pour le debrief.

Pour résumer : je suis très content et soulagé. Après 9 mois d’exercice (fiscal hein...pour le reste j'ai la Kinect), je sais où je vais et où je serai au bilan.  Je peux dire à mes apprentis que j’aurai pas besoin de les virer tout de suite pour grappiller quelques euros afin de payer ma Mercedes.

 

 

Et pour ceux qui se demandent ce que c’est qu’une journée normale, sachez que là, aujourd’hui, j’ai vu 16 clients pour un chiffre d’affaires de 420 €. Vivement Décembre prochain.

Par Le libraire en question
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Mardi 24 décembre 2013 2 24 /12 /Déc /2013 23:56

J-1

Mardi 24 Décembre

 

Cher journal de Noël,

 

On va pas se mentir, là je suis en train de puiser au fin fond du tréfonds de ma motivation pour écrire cet article à la force de mes dernières forces.

 

Je vais donc faire bref, d’autant plus que j’ai des paquets à faire (et pas un apprenti sous la main) pour demain matin et une bonne nuit de sommeil réparateur qui m’attend.

 

La journée fut chouette. Une ambiance comme j’aime, des gens comme j’aime, des conseils comme j’aime avec ce qu’on peut qui nous reste sous la main et en plus pile le chiffre d’affaires que je devais atteindre.

 

J’ai même entendu une fille traiter sa mère de garce (affectueusement) et ladite mère traiter sa fille de salope (avec amour), tout ça dans une humeur joyeuse de rires de partout (oui je sais, ça parait improbable, comme ça, il faut juste me croire sur parole. C’était beau), et repartir avec 3 kilos de Vuillemin ainsi que Le petit livre rock (décidément…) sous le bras après s’être éclatées avec Terreur Graphique et Sous l’entonnoir (de Sibylline et Natacha Sicaud) l’année dernière. Des gens bien, vous dis-je.

 

Seuls deux éléments sont venus entacher cette journée parfaite pendant laquelle je tenais debout sans trop savoir comment et où j’étais totalement inexistant (et heureusement, les clients aussi) à partir de 17h30 : tout d’abord, une jeune fille, charmante au demeurant (c’est pas tous les jours que j’en croise des jolies, autant le mentionner) que je vois une fois par an et qui n’a rien trouvé de mieux comme première phrase à me dire que ‘tiens, tu as vieilli’. Ce qui est un fait, mais je doute qu’elle entendait par là que j’avais pris un an comme tout le monde. Et ensuite, je ne sais pas qui est le fautif, mais une de mes saloperies d’apprentis s’est trompée de cinq centimes en saisissant une carte bleue. J’ai donc dû vérifier un par un TOUS les tickets de cb, alors que je ne rêvais que de sauter sur le canapé familial pour manger des Bugles 3D goût nature bien mérités. Et évidemment, il y en avait 70, et c’était un des derniers, sinon c’est moins marrant. Faut que je trouve une punition qui soit à la hauteur. J’ai quelques jours pour y réfléchir.

 

Et demain, chose curieuse et peu vue ce mois-ci, le rideau restera fermé. Et moi ailleurs que derrière un comptoir.

 

Je finis avec une croissance de 1% en fréquentation depuis le début du mois, malgré un samedi en moins. Ce qui est une bonne nouvelle. Je ferai un point avec vous au sujet de tous ces chiffres très bientôt. Promis. Je sais à quel point ça vous tient à cœur.

 

En attendant, des joyeux de partout, merci d’avoir suivi ce feuilleton haletant.

Nous nous reverrons.

 

 

Tickets : 86

CA : 4 043 €

Livres : 198

 

Paquets : aucune idée. Plein, je dirais.

Par Le libraire en question
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Lundi 23 décembre 2013 1 23 /12 /Déc /2013 23:24

J-2

Lundi 23 Décembre

 

Cher journal de Noël,

 

Là, y’a plus à tortiller, on est bien dans la dernière ligne droite. La ligne droite des retardataires, ceux qui font les cadeaux au dernier moment, qui prennent le marathon en route. C’est le moment où chacun prend ce qu’il y a sous la main (c’est une façon de parler), et je peux mettre à peu près n’importe quoi sur les tables, ça partira. C’est assez fascinant. Je n’avais pas vendu un seul recueil Reiser (alors que quand même, Reiser, merde quoi) ou making of de Star Wars je sais plus combien (oui bon, là ok), et puf, aujourd’hui ils sont partis (3 de l’un, 1 de l’autre). Ces deux derniers jours sont connus sous le nom de : jours où on vend tout un tas de trucs qu’au moins on aura pas à les retourner, comme ça.

 

Je les aime bien, ces deux derniers jours.

Enfin surtout l’avant dernier (aujourd’hui, donc), avec des gens à la bourre mais pas non plus archi à la bourre, qui sont donc pas plus pressés que ça et qui prennent le temps de suivre nos conseils. Demain, ce sera pas la même danse, on va passer du tango de ces derniers jours à la danse des canards, ça va être du grand n’importe quoi.

 

C’est aussi le moment où on crée quelques cartes de fidélité. Des gens qui trainent dans le coin à la vague recherche d’une idée cadeau qui ne soit pas du parfum (à force, y’a plus de place dans la salle de bain, et faut en laisser un peu pour les sels) et qui tombent sur nous et qui se disent que ah bah oui, tiens, pourquoi pas, et puis qu’est ce qu’il est beau, le libraire, dites donc.

 

Il y a évidemment des gens qui s’égarent tout seul comme des grands. Comme ce couple avec enfants qui entre en affirmant que ah c’est bon, ici ils vendent des Dvds, regarde ma chérie, y’en a partout, prends celui que tu veux.

Moi je veux bien, sauf qu’il n’y a pas un seul dvd dans la librairie. Enfin si, il y avait bien Ferris Bueller’s Day out dans mon sac dans la réserve, mais je pense pas qu’ils l’aient repéré de tout là bas.

 

La journée s’est terminée avec cette cliente qui venait pour la première fois et qui a commencé par demander conseil en jeunesse. Puis elle s’est laissé guider pour un ado/adulte fan de métal (il a fallu se creuser un peu la tête, pour celui-là). Et après avoir payé se 6 ou 7 Bds, elle me demande si au fait, j’aurais pas une Bd un peu érotique, un peu coquine, en passant ? Il faut dire que ça rapproche, le conseil, au bout d’un moment on se sent bien, on se sent en confiance, on demande des livres avec des nichons dedans.

C’est comme ça qu’on est passé de Mon petit poney (que je vous conseille chaleureusement car très drôle comme tout) à Filles Perdues (dans lequel il y a un cheval, certes, mais c’est pas tout à fait pareil). Le grand écart du conseil en librairie.

Et c’est ça qu’est bien.

 

Allez, zou, préparez les granolas pour demain, ce sera le gouter de Noël. On va bien rigoler.

 

Et après ça, je dors.

Pour toujours.

 

Tickets : 65

CA : 3 400 €

Livres : 231

 

Paquets cadeau : 45

Par Le libraire en question
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