Où avez-vous atterri?

Un libraire se livre (oui bon...). Les doutes, les joies, les peines et les découvertes sans cesse renouvelées dans ce milieu merveilleux.

Ou alors c'est simplement le quotidien d'un mec qui lit des Bds et qui est payé pour ça.

Syndication

  • Flux RSS des articles
Mercredi 2 juillet 2014 3 02 /07 /Juil /2014 22:38

Je vous livre de manière un peu brute et brutale un texte que j’ai écrit pour la revue Tind ! et qui finalement n’y sera pas publié. Un des avantages d’internet étant qu’un texte reste rarement au fond d’un tiroir virtuel, je me propose donc de le publier ici-même, dans la tribune que j’ai créée exprès rien que pour moi.

 

Mais sinon, pour de vrai, outre le fait que je trouve certains collaborateurs et dessinateurs de La Revue Dessinée très beaux (et belles – Marion Montaigne, je t’aime), je vous encourage à vous abonner, histoire de pérenniser cette histoire, cette farandole de joie éditoriale.

Zou.

 

 A l’heure où les prix à la page pour les auteurs Bd semblent baisser inexorablement (ou tout du moins stagner depuis 10 ans) et où le lectorat presse s’effrite, de fort beaux auteurs de qualité se sont lancé dans une folle aventure : créer un mook (oui, c’est moche, ça fait un peu nom d’animal imaginaire pondu par les mêmes qui ont inventé le mot trip-hop). Alors oui, depuis le succès de XXI, ça pullule de partout dans les librairies avec plus ou moins de bonheur, mais on ne peut pas les taxer d’opportunistes. Déjà, parce que le pari est risqué. Se mettre à bien payer ses collaborateurs, on n’a pas idée (autour de 150€ la page, ce qui met le seuil de rentabilité à 12 000 exemplaires), collaborateurs qui plus est pas forcément connus du grand public. Ensuite, parce que oui certes, la Bd (dite) de reportage a le vent en poupe en veux tu en voila, mais plus personne ne s’y retrouve entre le vrai propos de fond réfléchi et le simple récit de vacances à la campagne parce qu’on ne savait pas trop quoi raconter d’autre, et faut dire que tata Gabrielle elle fait toujours marrer tout le monde.

 

Ce qui est sûr c’est que, en tant que libraire, c’est un plaisir d’en mettre des piles sur le comptoir, de les présenter en disant que regardez, c’est Gipi et Mattotti qui ont fait les couvertures, c’est dire si la qualité est au rendez-vous, et puis mais si, ceux qui ont lancé ça c’est Franck Bourgeron, Sylvain Ricard et Kris (entre-autres, mais j’évite le name-dropping devant mes clients), ils savent ce qu’ils font, ils ont pris les choses en main, c’est un boulot de dingue en parallèle de leur activité de créateurs, vraiment faut les soutenir et en plus, accessoirement, j’insiste là-dessus mais c’est du tout bon dans le fond et dans la forme. Alors, je vous en mets combien ? Apparemment, si j’en crois les échos des lecteurs en général et des miens en particulier, tout va bien. Comme quoi il n’y en a pas que pour la course au numérique et que d’autres modèles continuent d’exister.

 

C’est pas non plus la fête du tirage (20 000 ventes pour le numéro 1, 17 000 pour le second et autour de 13 000 pour les 3 et 4), mais le bouche à oreille tourne à plein régime, la presse a bien relayé l’info et les initiateurs du projet tentent l’ubiquité pour être partout en même temps et rappeler que la bande dessinée peut aussi (mais pas que) coller à des sujets généraux d’actualité passionnants.

 

C’est ce qui fait par ailleurs que le projet est stable et non soumis aux aléas de ladite actualité (parce qu’il faut le temps de la dessiner, la revue, mine de rien, et qu’on a vite fait d’arriver après la bataille et de, soudain, juste comme ça, ne plus être à la mode et traiter un marronnier à la mauvaise saison (en journalisme, il n’est pas toujours chic d’être en retard, même quand c’est pour grimper aux arbres)) : tout comme dans XXI, leur modèle à tous – trimestriel, pas de pub, maquette réussie, vendu en librairie car il parait que c’est là que se trouvent une partie des lecteurs – les sujets sont vastes et variés, parfois graves, parfois légers, mais ce qui est sûr c’est qu’ils ne sont jamais traités à la va vite (c’est un des avantages d’être payé correctement).

 

Moi je vote pour.

Par Le libraire en question
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Vendredi 27 juin 2014 5 27 /06 /Juin /2014 23:21

Figurez-vous qu’hier, c’était mon anniversaire.

Eh oui.

37 ans.

Le temps passe hein ?

Je fais partie des gens qui aiment bien leur anniversaire. Déjà parce que je suis né au mois de juin (mes parents ont bien calculé leur coup (si j’ose dire) et ont programmé la délivrance pour le solstice d’été, histoire d’espacer parfaitement sur une année la distribution de cadeaux entre noël et anniversaire. Bien joué), ce qui me permet d’organiser un BBQ. Souvent sous la pluie, certes, mais un hamburger au BBQ sous la pluie sera toujours meilleur que n’importe quelle autre nourriture sous un toit à l’abri. Ensuite, parce que j’aime bien être le centre du monde pendant une journée entière. Tout ça pour une simple histoire de rotation de la Terre. On s’accroche à des trucs un peu concons parfois, pour être heureux, n’empêche.

 

Toujours est-il qu’hier n’a pas dérogé à la règle, on m’a souhaité mon anniversaire tout plein (c’est un des avantages de Facebook, sinon à peu près le seul), on m’a dit que j’étais beau et toujours jeune (oui oh…), on m’a offert un peu des cadeaux et j’ai mangé du melon. Une journée parfaite. Et en me couchant après cette journée chargée en émotions diverses, je me suis rendu compte que dis donc toi, tu serais pas en train de faire ta crise de la trente-septaine là, des fois ?

 

Car si je fais un peu le bilan de ma vie d’en ce moment, outre le fait que je viens assez peu par ici vous raconter la vie de la librairie (la mienne, perso, est tellement plus agréable à retranscrire, vous êtes pas psychothérapie, merci beaucoup, ne bougez pas, si je me pousse on peut tenir à plusieurs sur le divan), je vois bien que je régresse complètement. Mais alors, quelque chose de bien. On ne peut pas franchement dire que j’aie une vie compliquée, pourtant. Je vis seul dans un appartement au calme, plein de lapinous gambadent dans des champs autour de chez moi, je n’ai ni enfants ni femme ni volonté d’en faire ou d’en acquérir, je n’ai pas de dettes, j’ai un équilibre familial quasi indécent par les temps qui courent et un boulot que j’aime. Et en plus, je n’ai pas encore lu tous les livres.

 

Non, franchement, il n’y a aucune raison pour moi de ne pas vivre dans le présent, de ne pas affronter mon quotidien d’un pas vaillant, avançant sereinement vers un avenir verdoyant qui trinquera à ma santé.

Sauf que.

 

Sauf que bah là, plutôt que de piocher dans ma bibliothèque contenant à peu près 300 romans à lire (oui, j’ai tendance à cumuler par peur de manquer un jour), je suis allé piocher le roman qui m’a le plus marqué à la sortie de l’adolescence bourgeonnante : Ca, de Stephen King. J’en suis à la moitié, et j’ai l’impression d’être reparti 20 ans en arrière, de revivre ces mêmes émotions d’un été passé à lire et à trier mes cartes de baseball. D’ailleurs, transition toute trouvée, pas plus tard qu’hier, voilà pas que je commande environ 150 paquets de cartes, des bouts de cartons tout cons tout bêtes qui ne valent rien et pourtant coûtent une fortune (et c’est même pas du Apple, en plus), objets à la gloire d’athlètes payés des sommes honteuses pour tenter de taper avec un morceau de bois dans une balle lancée à 150km/h tout en portant le même uniforme ridicule qu’il y a 120 ans. OUAIS BAH M’EN FICHE.

 

Ce soir, j’ai même téléchargé et regardé un match de basket opposant les Spurs et les Suns de 1993.

Et accessoirement, en ce moment, je ne regarde que des films du XXème siècle.

 

Je m’inquiète.

Comme si ça ne suffisait pas, déjà, que je vende des bandes-dessinées toute la journée, très rarement en costard (ce serait une idée, notez), avec même pas une machine à café près de laquelle parler de la coupe du monde ou de l’amour est dans le pré. Je ne peux même pas être scotché à mon smartphone toute la journée vu qu’on capte que dalle à la librairie. Mes signes extérieurs de richesse sont réduits à néant, bien que je pourrais garer ma Fiat Punto de 2002 devant la librairie, histoire d’en imposer un peu.

 

Il faut que je réfléchisse à tout ça. Mon immaturité est forcément un reflet de mon absence d’ambition dans la vie. C’est pas comme ça qu’on va me canoniser, m’appeler Georges et m’envoyer terrasser le dragon Amazon (ça n’a pas grand rapport avec la choucroute, sinon que c’est d’actualité et qu’après tout, suis ici pour parler du métier). Les vacances tombent à pic.

 

Rendez vous dans quelques semaines.

J’aurai terminé ma crise.

Je porterai une cravate.

Je tâcherai de me reproduire car je suis biologiquement programmé pour, en tant qu’adulte..

Fini la rigolade.

Mais avant ça, je fais à chacun d’entre vous un bisou sur le nez.

 

 

Et un bisou spécial pour mon apprenti à qui je n’ai plus rien à apprendre (en fait si, mais je préfère qu’il parte confiant et gonflé à bloc) et qui va donc suivre sa voie loin de moi. En attendant la prochaine portée d’apprentie, prévue pour début Août.

 

Zou.

Par Le libraire en question
Ecrire un commentaire - Voir les 5 commentaires
Mercredi 4 juin 2014 3 04 /06 /Juin /2014 22:55

J’ai pour habitude dans ces colonnes de parler du métier de libraire dans son ensemble et de ma vie passionnante dans ses détails. Ce sont des sujets qui me vont bien et qui permettent de débattre âprement sur les réseaux sociaux, entre une semaine marquée par des querelles de pourcentages électoraux (la majorité, c’est les autres) et une autre marquée par des gens qui font rien qu’à nous embêter à raconter dès que possible ce qui se passe dans nos séries préférées, juste pour faire leurs crâneurs (en même temps c’est ma faute, je ferais mieux de trainer au bistrot). Mais pour une fois, je vais parler de l’autre côté de mon miroir, de ceux qui me permettent de vendre des livres, ceux sans qui mon métier n’existerait pas, ceux qui suent jour après jour à la lumière vacillante d’une bougie éphémère, qui triment pour nous faire rêver : les éditeurs.

 

Editeurs qui se lancent tête baissée dans la merveilleuse aventure de la distribution, formidable machine mi-mammouth mi-ogre qui les force à participer à une sorte de course vers l’avant au bout de laquelle se cache très probablement un mur non protégé par des boîtes à œufs, mais ça c’est un autre débat.

 

Bref, parlons plutôt des auteurs, qui eux tiennent très fort avec leurs petites mains fragiles des boîtes à œufs pour mieux amortir les coups de butoir assénés par la vie, par le système, par le marché, par le ‘bah oui mais c’est comme ça’.

(oui je sais, ma transition c’est complètement n’importe quoi. Mais oursez avec moi, comme disent les américains)

 

Deux choses leur tombent sur la tête ces derniers jours (en plus de l’arrêt du blog de Larcenet, qui est un coup dur en soi) : la première, c’est une cotisation supplémentaire de 8% auprès d’un organisme (le RAAP) qui sera chargé de leur verser une complémentaire retraite (ou une retraite tout court, je sais plus). Le principe de cette dernière est acceptable, la façon dont c’est géré un peu moins et plutôt douteux (et surtout incroyablement précipité), surtout à une époque de paupérisation des auteurs dans leur ensemble, auteurs qui là maintenant tout de suite n’ont même pas de quoi se payer la paire de pantoufles nécessaire à toute retraite qui se respecte. La seconde, c’est le départ en retraite anticipée de quelques auteurs même pas forcément en fin de parcours (enfin pas tous en tout cas), qui décident donc de tout plaquer, vazy c’est bon y’en a marre, la bd c’est plus ce que c’était, ça eut payé mais là vous vous foutez de nous, les libraires ouvrent même plus les cartons et ne lisent plus nos livres et en plus y’a de plus en plus d’étrangers qui sont ni francos ni belges ainsi que des ptits cons qui font baisser le prix à la page en acceptant tout et n’importe quoi sous prétexte d’avoir toujours rêvé d’être édité et présents chez Virgin. Enfin à la Fnac. Enfin sur Amazon, pardon.

 

C’est dommage d’en arriver là, mais ça montre un vrai ras-le-bol, un vrai de vrai, un qui est inquiétant (en plus c’est vrai que c’était rudement chouette, Garulfo), un qui rappelle que la vie d’artiste n’a jamais été simple et que l’optimisme n’est pas au rendez-vous, un qui fait que soudain, il y a défiance de partout. Les auteurs ne vendent pas car leur éditeur ne les soutient pas assez (financièrement ou marketingement), l’éditeur ne vend pas car sa diffusion n’en met pas assez en place, la diffusion n’en met pas assez en place car les libraires sont frileux et ne prennent que 3 semaines de ventes, les libraires ne prennent que 3 semaines de ventes car les temps sont durs et que les lecteurs se méfient des séries sans suites, les lecteurs se méfient des séries sans suites car l’éditeur ne pouvait pas faire son boulot d’éditeur A CAUSE DE LA DISTRIBUTION (oui pardon je m’énerve alors que j’avais dit que je ne m’étendrais pas sur le sujet). Donc on se renvoie la baballe chaude, c’est la faute à un peu tout le monde, mais le résultat est le même. Il n’y a plus de prépublications en magazine, le prix à la planche n’a pas augmenté en 20 ans (entre 250 et 400€ pour un dessinateur, 80 à 110€ pour un scénariste, et ça ne marche évidemment pas pour du format ‘roman graphique’ à la pagination bien plus élevée (et désolé pour les coloristes, mais je n’ai plus en tête les tarifs en cours)), et ils sont une poignée à toucher des droits d’auteurs (entre 6 et 8%) après remboursement de leur à-valoir (fut un temps où vous étiez payé en ferme et touchiez des droits dès le premier exemplaire vendu). Comme il faut 8 à 10 mois pour faire un album en y travaillant à temps plein, ça donne à un dessinateur de 46CC entre 12 000 et 18 000 € de revenus sur à peu près un an. Sans compter les charges et les pantoufles. Et encore, là je ne parle que des contrats chez "les gros éditeurs", le versement de tels à-valoir tendant à être de moins en moins la règle, pour des raisons malheureusement économiquement inévitables.

 

Qu’ils fassent autre chose, si ça ne rapporte plus assez, la grande main invisible d’Adam Smith va se charger de réguler tout ça, arguerez-vous, Malthus se frotte les mains en se foutant de la gueule d’Epicure et une horde d’enseignants tuerait Proust et Flaubert pour avoir leur manuscrit publié par la ‘Blanche’.

Oui mais c’est comme interdire à un enfant, assis au coin du feu, de goûter enfin son marshmallow finement grillé, fondu pile comme il faut, sous prétexte que la vraie vie c’est pas ça, qu’on rêvera plus tard, une fois à la retraite, quand il ne restera plus guère que les étoiles.

 

 

 

 

Et pour en savoir un peu plus…. http://syndicatbd.blogspot.fr/

Par Le libraire en question
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mardi 13 mai 2014 2 13 /05 /Mai /2014 22:36

Hier, je lisais un article du Parisien. Oui je sais, moi-même je ne pensais pas débuter un jour un billet avec cette phrase, mais ce sont des choses qui arrivent. Je l’ai lu car il s’agissait d’un papier sur des gens chouettes comme tout et qui font un métier formidable : le mien. Et plus spécifiquement des libraires de la librairie Charybde, qu’il faut soutenir si vous êtes du côté de Paris, car ils le valent bien et se démènent comme de beaux diables.

 

Toujours est-il qu’apparait dans cet article la phrase suivante : Ne vendre que des ouvrages qui leur plaisent. Nombre de libraires l'ont fantasmé […]

 

Du coup, je m’interroge, me questionne, joue les mecs intelligents plutôt que de sauter en m’agaçant et me pose la question suivante : ah ?

 

Evidemment, l’idée est séduisante. Passer sa journée à faire passer des envies de lectures en fonction de ses propres goûts à soi, se retrouver dans les yeux de ses semblables, ne plus se sentir seul, savoir qu’il y a, quelque part, pas loin, d’autres lecteurs pas si isolés qui aiment eux aussi mettre du Nutella dans leur choucroute, c’est toujours une source d’enrichissement et d’épanouissement. Mais c’est quoi, au juste, qui détermine mes goûts, et pourquoi diable faudrait-il que la personne qui franchisse ma porte s’y retrouve ? Dans un monde idéal, j’imagine qu’il y aurait autant de libraires que de lecteurs, en admettant qu’on l’on croie aux Doppelgänger. Ce serait beau. Pas très rentable, mais beau néanmoins.

 

Mon problème, fondamentalement, c’est que je ne sais pas où placer le curseur. C’est quoi, des livres que j’aime ? Si je ne devais vendre que ce que j’aime, que ce dont je voudrais dans ma bibliothèque, je vendrais 4 nouveautés par an en bandes dessinées (l’avantage de la bd, c’est que je peux à peu près lire toute la production annuelle, ou tout du moins tous les tomes 1. Comme ça, je rate pas un seul truc que je pourrais potentiellement aimer. C’est pratique). Ça ferait de sacrées piles de 2 500, négociés sur un an, vu qu’il faudrait que j’en vende 10 000 pour être rentable tout seul dans mon coin. Si j’élargis un peu à celles que j’ai trouvées très chouettes, ça en fait une trentaine. Si j’augmente encore le spectre pour inclure ce que je trouve de bonne facture, ça m’en fait 300 parmi lesquelles piocher. Sauf que je les trouve bonnes uniquement à titre professionnel, pas à titre personnel. Personnellement, j’en ai pas grand-chose à cirer, je le crains. Professionnellement en revanche, ce sont ces 300 titres qui m’aident à faire mon boulot et à accompagner et conseiller des gens qui, pour une raison qui m’échappe totalement, n’ont pas été forgés à mon image. Mais curieusement, j’ai l’impression que les clients qui rentrent dans une librairie ont envie qu’on leur parle d’eux. Pas de nous. Le but du jeu c’est qu’ils soient satisfaits de l’offre et des conseils, pas qu’ils rentrent chez eux en se disant que bon, voyons ce qu’il a aimé, l’autre gus, dernièrement, et y’a quoi au fait à la télé ?

 

Ma librairie idéale, ce seraient 50m² dédiés uniquement à Calvin & Hobbes. Voilà une idée innovatrice. Là  y’aurait du partage. De l’égo. Du pat on the head.

 

Tout ceci me fait penser que la semaine dernière, j’ai conseillé à deux de mes bons clients qui m’écoutent aveuglément une bande dessinée pas facile facile, dont je sais qu’elle ne se conseille pas comme ça au tout venant qui ne soit pas moi devant un miroir : Megg, Mogg and Owl, de Simon Hanselmann, chez Misma. Mais j’étais tout enthousiaste, ça faisait longtemps que je n’avais pas rigolé autant, j’ai retiré ma cape de libraire et enfilé mes pantoufles et la leur ai vendue.

Le premier est revenu le lendemain en me disant que lui aussi, ça faisait longtemps qu’il n’avait pas autant ri devant une bd (‘tu vois, je te l’avais dit !’).

Le second est revenu quelques jours plus tard en me disant que ça faisait longtemps qu’il n’avait pas lu une bd de merde pareille, qu’il a même contacté l’éditeur pour en discuter avec lui (cordialement hein, mon client n’est pas un sale con, c’est même tout le contraire de ça) et que bah dis donc, si c’est ça une de tes bds de l’année, c’est pas gagné pour l’année en question ('heu tu vois je...heu..oui bon ramène-la moi hein').

 

Je vais peut-être éviter d’en commander 2 500 tout de suite…

 

 

Par Le libraire en question
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Jeudi 24 avril 2014 4 24 /04 /Avr /2014 21:57

Tout à l’heure, alors que je sirotais une piña colada, les doigts de pieds en éventail face au vent frais de la mer, j’ai eu une révélation. Bon déjà, qu’en guise de cocktail, j’avais un mug rempli de café (mieux vaut pas que je boive de rhum, d’ailleurs, vu que ça fait bientôt 14 années que je n’ai pas avalé une goutte d’alcool. Les conséquences pourraient être désastreuses) et que mes doigts de pieds en éventail face à la mer étaient concrétisés par une paire de chaussures pas bien propre posée sur mon comptoir, avec vaguement des couvertures bleues face à moi. Mais en cette deuxième semaine de vacances, synonyme de disette totale côté clients, je fantasme comme je veux. D’abord.

 

Oui donc.

La révélation.

Attention, je vous préviens, c’est très fin comme analyse et ça relègue Paolo Coelho au rang d’astrologue pour Femme Actuelle.

Oui donc.

J’ai constaté en faisant le point avec moi-même que mes grands bouleversements qui chamboulent une vie ont toujours pris la forme d’une rencontre artistique. Un moment décisif (enfin des moments, plutôt, car j’ai eu plusieurs vies), un petit machin qui n’a l’air de rien, et puf, voilà mon chemin qui prend une toute autre direction. Alors oui, je comprends bien que c’est le principe même de la vie que de prendre des chemins chaque jour (le mien ressemble à une tranchée, tellement je l’ai souvent pris sans jamais en dévier), de faire des choix et de changer de frigo de temps à autres, mais certains événements sont plus déterminants que d’autres, certaines rencontres plus essentielles. Je ne reviendrai pas sur les innombrables femmes qui m’ont ouvert leurs bras (elles ne me laisseraient pas faire de toute façon), ni sur mes amis qui n’ont jamais fermé les leurs, et je vais vraiment me concentrer sur les rencontres artistiques.

C’est mieux.

 

La première, ça a été à 11 ans. Je l’ai déjà dit, c’est l’âge où j’ai passé une année absolument merveilleuse à New York. Merveilleuse en partie car je passais ma vie à la bibliothèque du coin. Une bibliothèque qui donnait envie de piocher absolument partout et de repartir avec des piles de livres. Ça tombe bien, elle le permettait. C’est ainsi que j’ai été confronté à mes premiers Far Side, Garfield, Bloom County et Calvin & Hobbes. J’avais lu des Asterix, Lucky Luke et Gaston, comme tout le monde, mais là c’est moi qui les découvrais, qui me laissais aimanter, à la recherche de la prochaine émotion. J’avais aussi une adoration pour Judy Blume. Je ne sais pas si elle est traduite en français (j’imagine que oui, quand même), mais j’encourage les ados du monde entier à la lire.

 

La seconde, ca a été à 14 ans. J’ai toujours écouté beaucoup de musique, encouragé par mon père qui avait pas des goûts dégueux et le père noël qui a eu la bonne idée de m’offrir très tôt un lecteur-enregistreur de cassettes (ça faisait pas rire, en 1988, hein). Et pour la première fois, j’entendais quelque chose de totalement inédit : du rap américain yes yes y’all fuck the police. NWA et Public Ennemy ont forgé ce qui allait être ma curiosité musicale et mes goûts à venir. Je me suis surtout rendu compte qu’il y avait autre chose que les tubes rabâchés par la radio et par le Top 50 des ptits clous et que ça pouvait valoir le coup de s’échanger des cassettes dans la cour de récré. Peu de temps après, j’ai connu le choc Pixies et Dj Shadow (et Snoop), mais c’est une autre histoire et puis ça va, on va pas non plus faire l’inventaire de tous mes goûts musicaux (je me demande si on peut avoir un choc en entendant du Zouk, par exemple).

 

Ces deux premières rencontres, ce sont mes fondations. Pour que mes biographes s’y retrouvent, qu’ils sachent que les deux qui suivent ont radicalement changé ma vie.

 

Pour la troisième, nous sommes en 1999 (j’ai 22 ans, pour info, je suis encore insouciant, j’ai la vie devant moi et de la neige immaculée pour faire l’ange). Je traine sur internet avec mon modem 56k en faisant attention de pas rester trop longtemps parce que bon, on paie à la minute, à la recherche de musique, à la recherche d’inédits (c’était l’époque où on découvrait sur internet pour l’acheter en vrai après. On était cons, quand même). Et là je tombe sur un album qui s’appelle Bottle of humans, de Sole. Et un autre morceau : It's Them (de Them). Je n’avais jamais entendu quelque chose de pareil. C’était incroyable. Je me suis mis à les écouter en boucle, à les décortiquer, et à savoir tout ce qu’il y avait à savoir sur ce label. Anticon (oui, prononcé en français, ça perd tout de suite de son impact). Cette obsession m’a mené à devenir représentant officiel pour ce label en France (tu parles. En gros, ils m’envoyaient les disques et moi j’en parlais autour de moi, notamment via la création d’un site dédié) et à côtoyer ce milieu. Je suis passé de simple spectateur à acteur sur la scène (c’est une image), et j’ai notamment commencé à faire des chroniques et interviews. Dont celle de Buck 65, venu en France pour la première fois à notre initiative, avec qui ce fut le coup de foudre et qui est aujourd’hui un de mes meilleurs amis. Ça a de l’importance pour ma propre carrière musicale qui a suivi et dont j’ai déjà largement parlé ici même, je vais donc éviter d’en rajouter une couche, mais retenons que tout à commencé par ces quelques mp3, ces morceaux qui mettaient 15 minutes chacun à charger (ça se méritait, de pirater).

 

Parmi les rencontres engendrées par cette troisième rencontre artistique se trouve une superbe porte du côté de Rennes derrière laquelle se trouvaient deux personnes magnifiques. Un monsieur (Dub) et une madame (Véro). Le monsieur sentait certes le sable chaud malouin pas loin (et m’a fait lire du Guinzburg, ce qui n’est pas rien), mais la madame m’a surtout mis Philippe Jaenada dans les mains. Enfin un de ses livres tout du moins (Le chameau sauvage). Ce fut un choc. Je ne savais pas qu’on pouvait écrire comme ça. Je ne savais pas qu’on avait le droit. C’est pour ça que j’ai tout pompé sur lui (son style, tout du moins) 5 ou 6 ans plus tard en tentant vaguement d’écrire quelque chose. Que je lui ai fait lire (comment une personne aussi glorieuse peut-elle être aussi accessible sur internet, ça me dépasse). Et qui m’a mené à le rencontrer.

 

Et qui fait sûrement que je suis libraire aujourd’hui.

 

Et mon but, dans mon métier, finalement, c’est d’apporter des rencontres. Que la vie de chacun soit changée grâce à moi. C’est pas mal, quand même, comme programme.

Par Le libraire en question
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Mercredi 2 avril 2014 3 02 /04 /Avr /2014 23:40

De toute façon, dès l’instant où elle a franchi la porte de la librairie, j’ai su que rien de bon ne pouvait sortir de tout ça.

 

J’ai levé un sourcil de derrière mon comptoir pour mieux la voir. Enfin l’admirer, plutôt. Je la trouvais presque trop belle pour mon boui-boui. Cette espèce d’amas de livres rangé dans un ordre que moi seul comprends (à croire que l’ordre alphabétique n’est plus enseigné à l’école), que l’on nomme souvent de la culture alors que bon, hein, franchement, depuis quand je vends de la culture, moi ? Je ne sais pas pourquoi, mais peu de femmes lisent de la bande dessinée. Peut-être parce que c’est un loisir de feignasses, d’hommes qui veulent un plaisir solitaire en quelques minutes. Un début, une fin et des images pour ne pas avoir à les imaginer dans sa tête après avoir assemblé des mots, tout ça dans un album cartonné tout con qui tient pile poil dans la Billy Ikea du salon. Pas sûr que quiconque sur terre connaisse l’incipit de quelque bd que ce soit, d’ailleurs, ou qu’une bd se retrouve un jour éditée dans la Pléiade. Pas de quoi alimenter les salons littéraires, en tout cas. Oh, on a bien droit à un petit sujet de temps en temps, en janvier, quand ils se réunissent tous dans le froid, là bas en Charente, ou un regard amusé du revers de la main quand une palme d’or est décernée, mais ça s’arrête là.

 

Notez que je m’en fous un peu

Je ne porte pas d’étendard

Je vends des bds par hasard

Et pas juste pour faire rimer

 

Bref, cette gonzesse, là, je la sens pas. De manière générale, j’évite de juger un livre à sa couverture et les femmes à leurs bas (oui, j’ai du temps à perdre, tout seul derrière mon comptoir, vu qu’il parait que c’est la fin du livre, que de toute façon plus personne ne lit, que c’est l’évolution naturelle des choses et que c’est bien normal de pas voir de dinosaures avec des Iphones ou de dodos jouer à la DS. Et comme j’ai du temps à perdre, autant fantasmer. C’est ça ou bosser. Le choix est vite vu). De manière générale, donc. Mais elle a l’allure d’une femme égarée qui ne cherche pas son chemin. C’est très agaçant d’être mâle et de se sentir impuissant, de bien comprendre que derrière ces lunettes de soleil se cachent des sourcils qui n’ont pas besoin d’être épilés par la suprématie de l’homme avec un petit h. Des sourcils un poil méprisants qui savent qu’ils sont pas de la merde. Ces sourcils me mettent directement face à la médiocrité des miens, et c’est jamais vraiment agréable.

 

Fut un temps où moi-même je me soupçonnais d’être le fils du vent et d’une louve (j’ai le poil très soyeux), mais maintenant je jette de temps en temps un regard amusé au monde en en attendant la fin.

 

 

Bon, poursuivons, apparemment c’est pas pour tout de suite.

 

Moi je suis commerçant. De proximité qui plus est. J’arbore donc un sourire sincère pour (presque) chaque client (le factice, en matière de sourire, ne mène jamais bien loin. J’ai vraiment une tête de con, en plus, quand je souris pour de la fausse), accompagné d’un bonjour, priant très fort pour qu’on ne me parle pas de la météo ou du fait que ohlala vous devez vraiment être passionné, vous, pour lire tous ces livres.

 

Elle feint de ne me remarquer qu’à l’instant et se dirige vers moi. La bonne nouvelle, c’est qu’elle est plutôt moche, vue de près. Au temps pour moi. Ça devait être à cause des reflets dégueulasses dus aux ampoules bon marché que j’ai posées un peu partout. Ou alors c’est le colza qui commence à faire effet sur ma vue. Je sais pas. Toujours est-il que ouhla, non, non merci, mais bon, gentleman quand même, je vais pas lui tourner le dos pour autant.

 

Elle inspire profondément, exagérément, comme si elle humait l’air pour la première fois après avoir passé dix années à l’ombre et que des petites marmottes la tenaient par la main pour célébrer le printemps.

Enfin, des petites marmottes qui auraient trempé chacune dans une bouteille de cinq litres de parfum bon marché, parce que bon sang, ça cocotte à mort.

 

- ça sent le livre, ici, dites donc !

 

Je n’ai absolument aucune idée de comment répondre à cette remarque. Enfin poliment, je veux dire. Et pourtant, j’ai l’habitude des lieux communs tours de passe-passe pour me sortir de n’importe quelle situation.

 

- heu…faut dire qu’il y a des livres un peu partout

 

(avec un peu de chance, ça suffira, comme réponse)

 

- Je suis venue vous présenter des flacons de parfums qui imitent les grandes marques tout en étant de qualité

 

Je sens ça, oui, ça sent la marmotte cocottée jusque dans le cœur des livres.

 

- Désolé, ça ne m’intéresse pas.

 

Elle rit. Comme si j’avais fait une blague. Comme cette démarcheuse qui a ri quand je lui ai dit que non, je ne me rase pas, je peux pas vous donner mon avis sur cette mousse à raser.

 

- Mais enfin, avec quoi vous parfumez-vous ?

- Je ne me parfume pas.

 

Ça sonne un peu barbare, dit comme ça, mais c’est vrai. Je sens merveilleusement bon quand même, ça n’empêche pas, mais je n’ai pas une fragrance reconnaissable quand j’effleure de mon odeur les narines des ménagères avec mon caddie rempli de pâtes.

 

Le temps s’est arrêté un temps.

Et elle est allée voir ailleurs de quoi les pâturages sont faits.

J’espère qu’elle en profitera pour se rouler dans l’herbe.

 

 

Moi, en attendant, je vais mettre une marguerite dans mes cheveux. C’est le moment d’être coquet.

Par Le libraire en question
Ecrire un commentaire - Voir les 5 commentaires
Mercredi 26 mars 2014 3 26 /03 /Mars /2014 22:55

Toujours dans un soucis d'échanger au maximum avec mes contemporains, il m'arrive de répondre aux questions qu'on me pose. En attendant que je revienne par ici avec un nouvel article, en voici un du Suricate Masqué qui m'a posé tout plein de questions pertinentes sur la bande dessinée jeunesse

 

Tant que j'y suis, je vous signale que j'ai aussi écrit deux articles pour une toute nouvelle publication que je trouve franchement chouette comme tout : Tind ! Elle est trouvable en librairie, ou commandable sur leur site 

 

Ah, et au fait, pour les retardataires, je rappelle que mes lectures se trouvent par là bas à présent (les lectures 2014 sont sur la dernière page) 

 

Allez, on se fait des bisous en attendant. Après tout, y'a pas de raison.

 

Par Le libraire en question
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Mardi 18 mars 2014 2 18 /03 /Mars /2014 23:43

J’en parle suffisamment depuis des années pour que ce ne soit un mystère pour personne : oui, je tente tant bien que mal de former des futurs libraires.

Modestement.

Avec mes moyens limités.

Mais toujours avec amour et humilité (enfin surtout avec amour).

 

Or, il semblerait que l’apprentissage du métier de libraire (enfin de vendeurs de livres dans un premier temps, mais il faut bien commencer quelque part) n’ait pas le vent en poupe. Les candidats sont de moins en moins nombreux et le niveau pas toujours folichon. Les centres de formation sont même à deux doigts de s’inquiéter et de lancer des avis de recherche pour la rentrée prochaine.

 

Rappelons le principe de l’apprentissage. Deux années de formation, trois semaines sur quatre en moyenne en entreprise à temps plein, un salaire qui varie en fonction de l’âge et de la formation, mais qui grosso modo va de 41% du Smic (590€) à 61% du Smic (870€), et les mêmes avantages que n’importe quel salarié, vacances comprises. Autrement dit : l’apprenti apprend et pendant ce temps il coute pas bien cher. Entre les crédits d’impôts et les primes reversées (et le fait qu’il y a très très peu de charges), un apprenti reviendra à peu près à 5 000 ou 6 000 € tout mouillé à l’entreprise, sans piscine trois boudins. Trois fois moins qu’un Smic à temps plein. En échange, la moindre des choses c’est de s’occuper de lui et de ne pas simplement le mettre dans un coin pour qu’il compte des cartons de réception et aligne parfaitement les livres dans ceux de retours.

 

Certes, au début, un apprenti ça sert à rien. Faut tout lui expliquer, ça fait des erreurs de caisse, ça sait rien faire, ça pose des questions à la con et ça croit avoir bon goût en matière de lecture (haha, j’en ris encore). Mais si on s’investit un minimum et qu’on les choisit correctement, y’a aucune raison que ça ne se passe pas bien très rapidement. Autrement dit, un entretien de 10 minutes ne suffit pas pour déterminer deux années de collaboration à venir. C’est une embauche. Il ne faut pas la prendre à la légère, même si les taches demandées ne volent pas toujours très haut. Justement, aidons-les à dépasser l’échelle sans tomber dans le vide, les ampoules n’en seront que mieux vissées. Et puis bon, n’oublions pas que ce sont des êtres humains, certes, mais qu’ils sont jeunes et malléables et a priori remplis de motivation et d’implication lors de ce qui est la plupart du temps pour eux leur première expérience professionnelle.

 

J’attache énormément d’importance à mon rôle de maître d’apprentissage. Déjà, parce que c’est pas tous les jours qu’on m’appelle maître. Ensuite parce que je sais pas, l’idée de la transmission me plait bien. Et j’en ai plein, moi, des choses à transmettre. Une certaine vision de mon métier (à laquelle on peut ne pas adhérer, je ne détiens pas une forme de vérité absolue. J’ai juste un charme magnétique, j’y peux rien), des valeurs de travail et un ensemble de grand n’importe quoi que mes apprentis découvrent au fur et à mesure en se demandant à moitié ce qu’ils foutent là, et à moitié pourvu que ça ne s’arrête jamais, les marelles, les roues, les paons, y’en aura jamais assez. Et puis surtout, même si j’en parle tout sérieusement parfois, ça reste un boulot sympa comme tout avec ses bons moments et ses salaires si bas qu’on est franchement pas là pour se prendre la tête, donc autant rigoler dans la bonne humeur du travail bien fait (car oui, mon exigence est proportionnelle à mes sarcasmes quand elle n’est pas atteinte. Je préviens).

 

Mais ça reste un boulot. Bien plus qu’une formation à l’école. C’est ce côté schizophrène qui est un peu compliqué à gérer pour nos chères têtes blond-vénitien. Elles sont encore dans le système scolaire (y’a même des devoirs à rendre, devoirs qui prennent au moins, au bas mot, 45 minutes par mois à faire) tout en ayant un pied dans le monde de l’entreprise (et dans mon monde merveilleux à moi). Ça demande donc un minimum de boulot supplémentaire chez soi, histoire d’utiliser pour de bon le tremplin qui leur est fourni. Sauf que tout le monde n’a pas envie de faire des triples sauts périlleux et certains préfèrent rester sur le bord à boire des bières pas toujours fraiches (un salaire d’apprenti ne permet pas l’achat d’une glacière) en se vautrant dans leur ignorance invisible à leurs yeux. C’est pas très grave, ça ne les empêche pas de faire le boulot qu’on leur demande (on leur donne un tremplin, mais n’oublions-pas qu’ils restent en bas de l’échelle), mais bon, c’est pas très enrichissant, ni pour eux, ni pour nous (car oui, ils nous enrichissent. Parfois).

 

Je me suis occupé personnellement de 4 apprentis, ces 5 dernières années. Ça s’est toujours bien passé. J’ai une tendresse infinie pour ces jeunes gens que j’ai formés et essaie de rester en contact avec eux et de me tenir au courant de leurs pérégrinations. Mais cette année, y’a eu une couille dans la page de garde. Une erreur de parcours ou une erreur de casting, je ne sais pas, mais toujours est-il que je n’ai pas su garder l’oisillon dans son nid et qu’il a choisi de prendre la tangente après un quart du parcours, quitte à voler face au vent avec une aile en moins. Je lui souhaite de trouver son courant d’air.

 

Moi en attendant, je vais trouver d’autres candidats pour l’année prochaine.

 

Spread the word. 

Par Le libraire en question
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires
Mercredi 5 mars 2014 3 05 /03 /Mars /2014 22:31

Comme vous le savez, à la LLSCPM Corporation, nous aimons semer les idées reçues loin derrière nous, faisant ainsi avancer la vérité plutôt que d’entendre se répéter les mêmes âneries année après année, se convaincant elles-mêmes qu’en vrai ce sont des licornes (bon, l’image est foireuse puisqu’en vrai je préfère les ânes aux licornes, même quand elles sont toutes fluffy, mais bref, vous voyez l’idée).

 

Je dis nous, car vous pensez bien qu’une entreprise comme celle-ci ne tourne pas avec un seul homme, aussi beau et suave fut-il. J’ai toute une équipe à mon service, qui m’abreuve de données et de statistiques du vrai monde, et nous formons ainsi un mix entre Mythbusters, un think tank et Charlie’s Angels (je suis Charlie, au fait). Et cette équipe (coucou) s’est penchée sur une question très simple : il paraitrait que c’est la fin du monde, que les librairies n’en ont plus pour longtemps (un repré me le disait d’ailleurs encore ce matin, tu parles d’un vote de confiance), que le numérique va mâcher du papier et nous le recracher à la gueule, qu’Amazon est notre nemesis kryptonisé et que de toute façon y’a de moins en moins de gros lecteurs en France parce que de toute façon les gens ils font rien qu’à être devant un écran entre deux épisodes de Joséphine ange gardien , et les gamins ils lisent plus, ils sont trop occupés à s’envoyer des sms (qu’ils ne lisent pas, puisque indéchiffrables).

 

Bien.

Je sais qu’on aime bien avoir peur, que c’est ce qui fait vendre, que le pessimisme est une valeur sûre, mais c’est peut-être pas une raison de dire n’importe quoi sur six colonnes à la une et d’ensuite ricaner sur son fauteuil en admirant la trainée de poudre.

 

Alors ça tombe bien, des études existent sur les pratiques culturelles des français. Chouette. Ce sont des sondages, ils valent ce qu’ils valent, mais au moins ce sont des chiffres qui s’appuient sur le même modèle (bancal) année après année. Retenons deux données, à savoir ceux qui achètent (la lecture, c’est différent et plus flou) de 5 à 12 livres par an et ceux qui en achètent plus de 12. Ce sont eux, les gros acheteurs. Une fois n’est pas coutume, je vais me fendre d’un tableau que l’on m’a remis clefs en main.

 

en % de la population

en 2006

en 2009

en 2010

en 2012

5 à 12 livres/an

15,5%

15,6%

15,2%

17%

> 12 livres/an

10,4%

10,9%

11,3%

12%

total

25,9%

26,5%

26,6%

27%

 

Je le trouve joli, moi, ce tableau, avec ces chiffres qui augmentent. Je pourrais même en faire une courbe si je n’avais pas aussi peur de rougir. +1.5 points d’un côté, +1.6 points de l’autre. En période de crise, c’est pas dégueu, comme constat.

Et les pourcentages, par définition, sont un reflet de valeurs absolues. La valeur absolue, en l’occurrence, se calculant par rapport à la population française. Qui évidemment évolue. Pour une raison qui m’échappe, vous continuez tous de vous reproduire tandis que les vieux continuent de vieillir. La population est ainsi en croissance constante, que même des magazines sont obligés de changer de nom et de nombre de consommateurs.

Allez, soyons foufous l’esquimau, reprenons le tableau et ornons-le.

 

en % de la population

en 2006

en 2009

en 2010

en 2012

plus de 5 livres achetés par an

25,9%

26,5%

26,6%

27%

population (milliers)

63 186

64 305

64 613

65 252

NOMBRE DE GROS ACHETEURS

16 476

17 040

17 187

17 618

 

Etonnant, non ?, comme disait celui qui avait tout compris à tout. 1,2 millions de gros acheteurs en plus, soit 7% de croissance, soit une croissance deux fois plus rapide que celle de la population (c’est bon, vous pouvez retourner vous reproduire, on a encore besoin de lecteurs futurs).

Quand on sait que ce sont ces acheteurs-ci qui représentent 60% des achats, on voit à quel point ils sont primordiaux dans notre économie et pour la santé de nos tables de nouveautés.

 

Donc voilà, plutôt que de crier très fort et d’avancer des contre-vérités dos au loup, il peut être intéressant de se pencher cinq minutes sur les chiffres. Et d’en tirer les conclusions qui s’imposent. Oui, la situation économique des librairies est parfois compliquée, pour tout plein de raisons structurelles et conjoncturelles, mais c’est sûrement pas à cause d’un manque de lecteurs à servir.

 

La vérité est ailleurs.

Par Le libraire en question
Ecrire un commentaire - Voir les 7 commentaires
Mardi 25 février 2014 2 25 /02 /Fév /2014 22:16

Ça va faire 6 ans, bientôt, que vous et moi vivons une folle histoire d’amour placée sous le signe des livres (bon, en vrai, les livres on s’en fout un peu, ce qui compte c’est ma petite personne, et je vous remercie donc de m’aimer. Vraiment). Le spectre de la crise des 7 ans n’est donc pas loin.

Oui, c’est triste, je sais, mais pas insurmontable. En général, un couple se reproduit au bout de 3 ou 4 ans de vie commune justement pour palier les sentiments qui s’évaporent et pour tenter de construire quelque chose d’un peu plus solide avec un machin (enfin un bébé) qui servira de chape de plomb de poutre ancrée. Dans notre cas à vous et moi, ça va être un peu plus compliqué (et puis je peux pas coucher avec tout le monde hein. Je ne suis qu’un homme. Même si bon. C’est vrai que bon. Bref). Mais comme vous m’êtes chers et qu’on a quand même passé de chouettes moments ensemble, j’aimerais que ça dure encore un peu. Juste un peu. Et pour ça, il faut apprendre à se connaitre. C’est bien gentil de s’envoyer des textos sur facebook (enfin j’ai pas tout compris à leur appli à 16 milliards là, mais ça doit être un truc du genre), mais c’est quand la dernière fois qu’on s’est retrouvés en tête à tête devant un banana split, hein ? hein ? C’est bien ce qu’il me semblait.

 

Je vais donc faire une liste de choses essentielles à mon sujet que vous ignorez sûrement. Ça n’a incroyablement rien à voir avec la librairie ou le Salon du livre ou la surproduction ou le livre numérique. Ça n’a même sûrement rien à voir avec Amazon, c’est dire si on est hors sujet. Mais c’est important. Allez, je commence. Donnez-moi la main, c’est parti.

 

- J’ai très peu de bandes dessinées chez moi. Peut-être 300, à tout casser. Que j’ai dû acheter entre 2002 et 2004. J’en récupère quelques unes chaque année, qui me tiennent vraiment à cœur, mais c’est à peu près tout. De toute façon, je lis trop de nouveautés pour avoir le temps de relire mes anciennes. Ça me perdra. Bon en revanche, les romans, c’est une autre histoire…(et les disques aussi).

 

- En parlant de disques, celui que j’ai le plus écouté dans ma vie, ça doit être Doggystyle, de Snoop Doggy Dogg. Un album loin d’être parfait (qui doit être ex aequo avec Only Built 4 Cuban Linx, de Raekwon, qui lui est parfait) mais que je me trimballe toujours dans ma voiture et que j’écoute très régulièrement depuis 1993. Un neuf neuf trois, comme on dit. Je sais pas à quel point j’ai l’air crétin à écouter ça dans ma Punto, d’autant plus que j’ai dû fumer une fois de l’herbe dans ma vie (j’adore l’odeur de l’herbe, par ailleurs, si je n’étais pas aussi ours névrosé, je trouverais un colocataire fumeur invétéré pour imprégner l’appart), mais ça me rend heureux. Biatch.

 

- Je me suis retrouvé, par une sorte de suite de hasards que je vous épargne, à aider un ami à enregistrer un morceau (de musique) dans un pavillon au nord de Paris. Je ne savais pas où je mettais les pieds, il ne m’avait rien dit, et j’ai commencé à avoir des doutes en voyant les disques d’or au mur (oh, y’en avait pas beaucoup non plus hein, c’était pas Julie Pietri). Et pif paf puf, voilà qu’il me présente. Il ne me dit pas juste son prénom. Il ajoute ‘des G Squad’. J’étais pas super au taquet niveau boys band à ce moment-là (ça devait être en 2003 ou 2004, je sais plus), et je me soupçonne de ne toujours pas l’être, mais je savais à cet instant que ça me ferait une anecdote à raconter, un jour. Je la réservais à mes petits enfants, mais ça c’était avant l’invention des blogs.

 

- Le 11 septembre (le fameux) 2001, j’étais aux Etats-Unis. Bon ok, j’étais à plus de 4 000 km de New York (je humais de l’herbe à Seattle chez des amis musiciens, mais chaque anecdote en son temps), mais quand même, le séisme s’est fait sentir très loin, la psychose aussi. Et j’ai pas mal de proches qui se sont inquiétés pour moi. C’est si bon de sentir que quelqu’un, quelque part, s’inquiète pour vous. Surtout quand c’est pas nécessairement justifié.

 

- Etats-Unis toujours, sachez que j’ai passé un an à New York (non, c’est pas ça, l’anecdote. Tout l’espace d’internet ne suffirait pas à raconter toutes mes anecdotes liées à cette année-là). Et que lors de cette année, j’étais dans une école privée, franco-américaine (pour plein de raisons. Mais disons que je me sentais pas exactement à ma place au milieu de tous ces fils et filles de diplomates blindés, même si à 11 ans, tout ça nous passe un peu au dessus. Surtout que je ne suis pas bien grand aujourd’hui, mais alors à l’époque encore moins. Bref, ce n’était pas par snobisme parental, puisque mes parents n’ont jamais roulé ni sur l’or ni sur l’argent, juste de temps à autre sur du bronze, mais par une sorte de suite d’obligations. Bon, je m’égare dans mes justifications, à croire que j’ai peur que vous me preniez pour un social traitre). Bref. Et dans cette école, privée, donc, et qui filait des Oreos et un verre de lait à la récré (je détestais le lait. Sauf celui de l’école. Tout petit déjà, je racontais n’importe quoi pour faire mon intéressant. Mais nous reviendrons à cette histoire de lait), on devait tous porter un uniforme. C’est le seul moment de ma vie où j’ai porté des cravates. J’étais très beau, tout le monde me laissait sa place dans le métro. Depuis, je les fuis, les cravates (et ne porte que des baskets).

 

- Comme j’avais décrété que je n’aimais pas le lait (sauf dans le chocapic ou avec de la grenadine), je mettais de l’eau chaude dans mes Country Store (c’est une sorte de muesli, pour ceux d’entre vous qui l’ignoreraient car ils n’ont pas eu d’enfance). Pour moi, c’est son goût naturel qui me ramène à des matinées à me lever tôt pour regarder Dragon Ball. Aujourd’hui, je continue de mettre de l’eau chaude dans mon Country Store (oui, je suis quelqu’un de très nostalgique), par contre il est hors de question que je me lève les dimanche matins. Alors même qu’il y a surement encore Dragon Ball à la télé (et probablement encore Dorothée ou Corbier).

 

- Je regarde très peu la télé. Enfin si, je suis scotché en permanence devant à regarder des gens dribbler ou lancer une balle ou un ballon et à mater des séries, mais disons que je ne rentabilise pas franchement la redevance que je verse chaque année. Mais il m’arrive, à de très rares occasion, de zapper, histoire de. Et par deux fois je suis tombé totalement par hasard sur la tête d’un de mes clients (qui lit ces lignes, d’ailleurs. Il est partout. Partout !). Une première fois lors d’un jeu télévisé assez éloigné de Questions pour un champion (j’ai arrêté de me foutre de lui quand j’ai appris qu’il avait gagné quelques dizaines de milliers de granolas), et une seconde fois car il faisait la queue pour avoir une signature de Stephen King (bon, là par contre j’ai pas arrêté). Moi je trouve ça assez fou, en fait.

 

- C’est pas aussi fou que la fois où, en 1998, je discutais sur Internet (oui, ça fait longtemps que je traine par ici) et où je suis tombé sur quelqu’un qui connaissait un mec, à l’époque (1994) qu’il avait rencontré à Cleveland (je vous raconterai) et qui habitait lui aussi pas loin de Versailles et qui portait lui aussi le même prénom que moi. Pour un  Américain, je le connaissais forcément, après tout la France est un petit pays de 60 millions d’habitants, on se croise tous en allant chercher la baguette au camembert. Et effectivement, puisque c’était moi. Foufou.

 

- On devient pas libraire sans aimer l’ordre et les collections. C’est scotché à notre ADN. Moi j’ai collectionné tout et n’importe quoi (les paquets de cigarettes quand j’avais 12 ou 13 ans, par exemple), y compris les cailloux. C’est difficile d’être exhaustif, dans une collection de cailloux. Mes parents y ont vite mis un terme. Mais la collection qui a vraiment duré, c’est celle de cartes de baseball (et de basket). J’en ai un paquet (hahaha). Je les ai encore, d’ailleurs. 15 000 cartes qui trainent dans mon placard. Classées parfaitement. Que je vous lèguerai si vous promettez de ne pas vous battre pour la distribution.

 

- J’ai vécu une folle et brève histoire d’amour intense avec une Néo-Zélandaise psychopathe. J’étais à deux doigts de la suivre tout là bas et d’ainsi vous priver de ces mots. Mais ça, c’est une autre histoire.

 

 

Je me rends compte que j’écris tout ça pour qu’on se rapproche, mais que ça risque plutôt de faire l’effet inverse. Tant pis, vous voilà prévenus. Alors, on signe où ?

Par Le libraire en question
Ecrire un commentaire - Voir les 5 commentaires
 
Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés