Où avez-vous atterri?

Un libraire se livre (oui bon...). Les doutes, les joies, les peines et les découvertes sans cesse renouvelées dans ce milieu merveilleux.

Ou alors c'est simplement le quotidien d'un mec qui lit des Bds et qui est payé pour ça.

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Mercredi 7 mars 2012 3 07 /03 /Mars /2012 22:16

...c'est désormais par ici (parlez-en à vos voisins (et voisines))

Par Le libraire en question
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Mercredi 25 janvier 2012 3 25 /01 /Jan /2012 19:57

Les amis, les amours, il faut qu’on parle.

Oh je sais, c’est rarement bon signe quand on annonce ça de but en blanc. Ça ne l’est pas, d’ailleurs. C’est la gorge nouée et les entrailles serrées que je vous annonce que je m’en vais.

Je ne sais pas où, je ne sais pas combien de temps, mais notre aventure (pour l’instant) s’arrête ici, là, maintenant, en ces lieux généralement portés sur la gaudriole où résonneront encore pendant longtemps j’espère les rires de mes clients cachés derrière mes apprentis apeurés.

Il me faut pour l’instant me concentrer sur d’autres projets, d’autres herbes vertes, dans lesquelles j’espère nous gambaderons vous et moi main dans la main et doigts de pieds embrassant les coquelicots en fleur.

Ceci n’est pas un adieu (blablabla cliché bidule blablabla) mais un au revoir (re-cliché blablabla). Je vais à présent passer parmi vous et déposer un léger baiser sur votre nez.

Avec tout plein de tendresse fébrile dedans.

 

J'en profite pour remercier une nouvelle fois Miss Gally de m'avoir ouvert les portes du monde merveilleux des blogs Bd, Laurence pour m'avoir ouvert les portes du monde merveilleux de la presse écrite, les dessinateurs qui ont pris sur leur temps de talent disponible pour habiller ce site, et vous tous qui êtes là depuis le début ou depuis la fin, qui avez suivi et donné des conseils de lectures et qui m'avez donné la motivation de continuer jusque là. 3 ans 1/2 et 450 articles publiés, c'est quand même déjà pas mal.


Allez, je prends ma loutre sous le bras, je me retourne une dernière fois, j’éteins la lumière…
Rideau
(métallique)

Par Le libraire en question
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Lundi 23 janvier 2012 1 23 /01 /Jan /2012 13:43

Même si je suis un homme en avance sur son temps, les yeux braqués sur l’avenir et les (courtes, certes) jambes me menant droit vers un destin à n’en point douter brillant (le tout c’est d’y croire), je suis parfaitement en mesure de saisir et comprendre le concept de la nostalgie mélancolique qui peut nous saisir au coin d’un feu alors que notre esprit vagabonde en se demandant ce qu’il a fait pour mériter ça.

Pas plus tard que là tout de suite, je me replongeais 10 ans en arrière (j’aime bien, c’est un compte rond. C’est moins joli et ordonné que 11 ans, mais y’a 11 ans il m’arrivait pas grand-chose : je bossais. Beaucoup. Je passais mes nuits sur internet à discuter avec la Nouvelle Zélande en faisant des plans de lendemains qui chantent encore plus. Bref, la même vie que n’importe quel clampin de 23 ans qui découvre les joies de la vie active après des années de glande à la Fac et des années de glande dans un couple à la con (je dis ça avec recul et sans aigreur hein, suis super pas aigri pour quoi que ce soit, je comprends la nostalgie, mais pas l’aigreur)). Je vous ai déjà fait le coup de ‘y’a 10 ans’ (ah quoique c’était peut-être sur mon site d’avant que j’existe ici, je m’y perds, c’est compliqué internet), donc je vais pas me relancer dans cet exercice un peu facile, mais faisons tout de même un petit topo, ça ne peut pas faire de mal de parler un tantinet de moi, surtout au coin d’un feu.

Ah quoique non, maintenant que j’y pense, en Janvier 2002 j’avais repris un boulot, je n’avais plus de Nouvelle Zélande dans ma vie qui me souriait quand même dans son célibat assumé (un célibat est bien mieux à vivre quand il est assumé. Ou quand on s’en fout complètement. Faudra que je demande à tous mes clients amateurs de figurines comment ils le vivent) et j’attendais tranquillement la prochaine phase de ma déjà longue vie (c’était pour le mois de Septembre : plus de boulot, encore moins d’Océanie et début de ma carrière musicale éclair intimement liée à quatre années à ne pas faire grand-chose à part être une star ou presque).

Voilà, vous savez tout, je nous sens plus proches les uns des autres tout d’un coup, c’est pas désagréable, mais merci de laisser vos chaussures à l’entrée, je viens de cirer mon parquet et ma peau de bête. Et il m’arrive donc de repenser à tout ça (surtout si surgit de nulle part une musique qui m’y fait penser. Je suis très sensible à la musique nostalgique) et me laisser bercer par cette fameuse douce mélancolie qui sert pas à grand-chose et que je secoue d’un remuage de tête énergique en allant me faire un smoothie (c’est mon nouveau truc du moment. Le secret, c’est d’ajouter des flocons d’avoine).

Et visiblement je ne suis pas le seul, car l’autre jour j’accueille une jeune demoiselle lycéenne qui appartient au club Bd et qui venait faire quelques achats pour ce dernier. Bon. Je préfère traiter avec des adultes, ils sont moins pénibles, mais va pour l’adolescence, qui sait, elle est peut-être moins crétine que la horde que j’entends chaque jour devant la librairie faire des concours de rots et se demander combien il y a de ‘n’ à Rihanna. Elle m’apporte sa liste, en m’expliquant que ses instructions sont de la valider auprès de moi (oui, j’ai beaucoup de poids dans la communauté culturelle de ma ville) avant de passer la commande. Soit. Voyons ça.

Ah.
Heu.
C’est normal qu’il y ait La rose écarlate ?
C’est une suggestion d’une personne du club, elle a bien aimé, apparemment. Je lui explique donc, en tentant le plus possible de ne pas passer pour le gros con condescendant de service (j’essaie toujours d’être en phase avec ma propre jeunesse de l’époque de y’a 20 ans), que moi la Rose écarlate je la conseille pour les filles de 8 à 14 ans et que le lycée, à moins que ça ait radicalement changé depuis mon époque et que tout le monde est en avance à présent (ce qui m’étonnerait fortement au vu de ce que j’observe), le lycée donc c’est en moyenne de 15 à 18 ans, non ?
Bon pas grave, poursuivons….
Ah.
Heu.
Vous êtes sûrs de vouloir un album des Schtroumpfs (ils ont choisi Le bébé Schtroumpf en plus, même pas Le Schtroumpfissime ou le Cosmoschtroumpf…ralala) ?
Oui oui, rétorque-t-elle en rougissant un peu, on s’est tapé un délire et on s’est dit que ce serait cool d’en avoir au CDI.
Ah.
J’évite de lui faire tout un discours sur la responsabilité qu’elle a, sur la valeur de l’argent, sur le partage de la culture et son extension et sur le fait que le club Bd est peut-être plutôt l’occasion de découvrir et faire découvrir des livres un peu moins connus que Les Schtroumpfs. Je reste souriant, conciliant, même si j’ai de plus en plus de mal à ne pas tomber dans mon travers habituel d’un cynisme sarcastique facile (en même temps, de manière générale, ils cherchent un peu, quand même).
Je parcours le reste de la liste, qui n’est pas totalement aberrante (simplement parce que y’a beaucoup de suites de choses que j’ai conseillées par le passé. Je suis d’une cohérence extrême dans mes goûts et mes conseils et souvent d’accord avec moi-même), malgré la présence d’un Tokyo Mew Mew (‘non mais c’était pour le délire’).

Je tique néanmoins sur le dernier titre, qui est un tome un poil lambda de la série Star Wars.
‘Non mais celui-là c’était aussi pour le délire et on trouvait dommage de pas avoir de Star Wars dans le club, et surtout un des membres a joué au jeu video et voulait savoir comment était la Bd.

Eh beh.
Je dois tous les rencontrer pour leur présenter la sélection Angoulême ainsi que le palmarès. Je sens que ça va être une rencontre enrichissante. Ils vont m’adorer. Ça va être délire.

Par Le libraire en question
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Jeudi 12 janvier 2012 4 12 /01 /Jan /2012 22:04

 

Je sens que vous vous inquiétez un peu, alors je viens donner des nouvelles, malgré les microbes qui commencent tranquillement et inexorablement à se frayer un chemin dans mon jeune corps pourtant si robuste habituellement.  Mais il faut croire que mon corps baisse les bras et laisse passer n’importe quoi (that’s what she said) et que le chocolat n’est pas un médicament imperméable (mon frère m’en a offert du très bon à Noël, de la réserve pour 2 ans que je tente d’écouler en 2 mois. Je vous tiendrai au courant de la performance en cours).

 

Les nouvelles se résument en quelques lettres de quelques langues : rien. Nichts. Nothing. Nada (on a fait le tour des langues que je connais d’un vague baragouinage, mais vous pouvez poursuivre de votre côté la suite logique, ce sera notre test de QI de l’année). Une fois de plus, les soldes font leur apparition ailleurs, emportant tout sur leur passage, y compris des clients éventuels au pouvoir d’achat déjà amoindri par le prix des huitres à Noël et du mousseux du Nouvel An d’Arthur (ils en font quoi, les gens, de leur 13ème mois ? ça existe encore, les 13ème mois ? Pourquoi est-ce que moi, mon 13ème mois, c’est simplement de bosser deux fois plus en Décembre pour le même prix ? C’est l’arnaque, ce métier) . Du coup, je vois personne. Et c’est un doux euphémisme. Ce n’est pas pour autant que je lis des Bds toute la journée ou que je me tourne les pouces pendant ma pause déjeuner, le sourire au lèvres au souvenir de mes instants de gloire du mois de Décembre, mais disons que ce n’est pas ça qui va remplir la boite à anecdotes dont je me sers pour vous amuser autant que possible entre deux sujets sur la crise qui va tous nous emporter, tous nous écraser, tous nous laisser sur le sable pantelants, nous demandant pourquoi on n’a pas apporté de serviettes pour mieux contempler les vagues et essuyer l’écume.

 

Comme en plus la TVA, c’est bon (et les éditeurs ont à peu près tous augmenté leurs prix, on est sauvés, notre stock a même augmenté de valeur vu que les augmentations sont parfois plus importantes que la hausse de la TVA, tout va bien, nous survivrons encore un mois) et que le kindle est maître du monde, ils sont formels (tu parles), ça fait autant de sujets de conversation en moins. Il y a bien l’offre téléphonique de Free et un monsieur tout nu chez la Redoute (ça change des sextoys), mais je vois pas trop le rapport avec mon boulot (même si en cherchant bien, je dois pouvoir y trouver des messieurs tout nus aussi, à commencer par moi quand je m’entraîne à faire Baloo devant ma glace, mais je préfère garder ça pour moi).

 

Ah quoique si, bougez pas, y’a eu un truc, quand même.

 

(enfin avant de me lancer dans une anecdote passionnante, je vais prendre le temps de souhaiter un prompt rétablissement à une collègue à moi, qui se reconnaitra (enfin elle a intérêt), histoire qu'elle sache quej e pense à elle tout là bas derrière mon écran)

 

J’ai, dans un coin de la boutique, des mangas pas chers (1€ chaque), dans lesquels farfouillent les fauchés et curieux. Cette jeune fille de 12 ans environ rentre probablement dans les deux catégories, mais surtout dans la première. C’est tout mignon la manière dont elle compte ses sous pour rassembler son euro et dont elle choisit méticuleusement le manga qui se retrouvera tant bien que mal sur une étagère branlante entre deux figurines pet shops, derniers vestiges de son enfance qui s’échappe (Amélie Nothomb m’a tout appris). Elle est toute timide, marmonne à peine son bonjour et son au revoir obligatoires (on n’est pas des bêtes), me demande toujours ‘c’est combien’ alors que c’est écrit en gros sur la couverture (on sait jamais (ou alors elle sait pas lire, ce qui expliquerait ce choix de lectures)), et repart toujours tout aussi discrètement qu’elle est venue. Sauf qu’en ce début d’année, pour tout plein de raisons qu’il serait trop long et fastidieux de donner, j’ai viré le coin à 1€. Je sais, j’enlève du pouvoir d’achat, je m’en culpa, mais c’est comme ça, je prends des risques en cette année électorale. Toujours est-il qu’elle rentre, est un peu perdue, choisit quand même un manga parmi les neufs, me demande ‘c’est combien’, compte ses sous, se rend compte qu’elle a assez même si elle se retrouve avec sept fois moins de lecture pour le même prix (ou d’images à regarder) et repart comme si de rien était.

 

Elle revient le lendemain pour prendre la suite (c’est une série en 4 tomes), je la vois prendre 3 livres, je me dis que mamie a du passer par là à Noël (les mamies ça sait jamais quoi offrir à des jeunes cons, alors ça donne une enveloppe, et les jeunes cons disent merci mamie et ils foncent s’acheter des cigarettes pour crapoter. Les enveloppes, c’est le mal), et elle revient au comptoir, en m’apportant le tome 3.

 

-  Mais tu veux pas le tome 2 avant ?

- Mmmm, marmonne-t-elle sous ma barbe

 

Bon, elle doit savoir ce qu’elle fait, elle vient peut-être de me dire qu’elle avait trouvé le second ailleurs, ou qu’elle ne l’a pas vu dans les rayons, j’en sais rien, elle parle comme cousin machin dans la famille Adams, et les microbes m’empêchent d’être ultra alerte au sommet de ma forme marathonienne habituelle.

Pour atténuer la note douloureuse, je lui offre un petit cadeau, parce que je suis comme ça, moi, la gentillesse commerçante même, le cœur sur la main, des cadeaux plein la poche (bon, faudrait peut-être que je trouve une autre expression), de quoi toutes les rendre heureuses (oui, vraiment, une autre expression serait de bon aloi), de quoi faire pleuvoir des granolas en retour.

 

Une fois partie, je vérifie tout de même que j’ai le 2 en stock, quitte à le lui commander le cas échéant. Oui, il y est bien. Ainsi que le 4. Sauf qu’ils sont pas sur l’étagère. Sauf que je suis certain de les y avoir vus tout à l’heure en rangeant. Sauf que là j’ai le flash qui me revient et je revois les mangas dans sa main, et sa façon de tourner subtilement le dos, et sa manière de boiter, et son nom sous la tasse.

La petite peste.

Je te foutrais tout ça au couvent, moi.

Mais avant ça, si elle revient, je l’emmène faire un tour en barque…

Par Le libraire en question
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Mercredi 4 janvier 2012 3 04 /01 /Jan /2012 21:24

Typiquement, pour nous autres libraires professionnels de profession de la vie du sacerdoce, le mois de Janvier est synonyme de retours. En début de mois et d’année, on s’affole dans tous les sens en se disant que ouhla, c’est quoi tout ce stock, comment ça les clients de passage m’ont pas tout acheté mon surplus à Noël, c’était bien la peine que je passe une commande spéciale dès le mois d’Octobre (le libraire n’est pas toujours très malin, surtout s’il se retrouve à les payer de toute façon fin Février), vite vite vite, virons toutes ces piles, ça urge, il nous faut du fric. Bon, sauf que techniquement, qu’on fasse les retours en début ou en milieu de mois, ça revient au même, les livres seront crédités sur la même période (fin Mars, donc. Un libraire fait ce qu’il peut), ne nous affolons pas, y’a pas le feu au lac. Si ce n’est, en même temps, qu’on a globalement que ça à faire de nos journées.

 

Donc autant faire des cartons.

Ou plutôt, autant demander à ses apprentis de le faire, c’est beaucoup moins lourd de soulever un doigt pour montrer les cartons vides et les piles de livres que de les faire soi même, ces cartons (j’ai un doigt très souple, depuis le temps. J’ai décidé que 2012 serait une année de fantasmes pour vous. De rien).

Le seul truc un peu con, c’est que c’est pile le moment où on n’en a pas en rabe, des cartons vides. C’est pas facile tous les jours la vie de libraire, vous vous rendez pas compte, rien que des bâtons dans nos roues que l’on doit huiler nous-mêmes (du fantasme à gogo, vous dis-je). Pas de cartons, la tva qui augmente, des prix psychologiques à  .99cts, encore une Bd sur La guerre des boutons, Clair de Lune qui se permet de changer de diffusion (entre autres. Ça valse de partout en ce moment)…pas simple du tout, tout ça.

 

Ce sont aussi les retours non pas des clients (les deux premiers mois de l’année sont typiquement morts, il faut le temps de se remettre de la dinde et de la belle-mère), mais des livres achetés en double. C’est déjà pas très amusant de quitter la frénésie de Décembre pour la morosité de Janvier, mais alors si en plus mes seules ventes sont techniquement des échanges, ça n’arrange pas les choses. Mais ça fait partie du service. Et mon sourire aussi (enfin mon sourire fait partie de la vie avec moi. Je vous la conseille). Sincère presque toujours. Enfin sauf pour ceux qui disent et écrivent Noyeux Joël et Beaux nénés tout en glissant un ‘et….à l’année prochaine hein !’ en cette fin décembre, se croyant spirituels. Ceux là méritent de crouler sous un torrent de bouses d’ânes sortis de la crèche. ‘Fin bon, tout ça j’en ai parlé la dernière fois. 2012 sera l’année du renouveau, histoire que j’arrête un peu de radoter dans ma barbe de trois jours.

 

Ouais ouais, c’est ça, bonne année oui, merci, vous aussi, répété-je sans fin depuis 2 jours. Je n’initie jamais un ‘bonne année’, j’attends qu’il vienne à moi si vraiment il le faut. Un bonne année peut être fourbe, d’ailleurs. Vous pensez avoir échappé à la convention, le client à un pied dehors, et PAN !, c’est demi tour, il a oublié quelque chose d’important (ses clefs, un parchemin, son sac avec ses poireaux ?) : au fait, bonne année, et la santé hein ! Oui oui, c’est ça, merci, vous aussi (notez que je préfère qu’on me souhaite tout plein de vœux de réussite (d’autant plus que ça dépend d’eux, donc en gros ils se souhaitent à eux-mêmes de dépenser plein d’argent chez moi) plutôt que de crouler sous de la bouse, aussi ânesque fut-elle, dans une indifférence à peine feinte, sans contact visuel. Allez fêtez la bonne année à Amazon, tiens, bonne chance).

 

Et c’est, enfin le retour non pas du boom bap, mais de moi-même, fringant et pétillant comme au premier jour (mais moins gluant), prêt à prendre cette année à bras le corps raccourci, à m’offrir quotidiennement des lectures marquantes et à tenter coûte que coûte de me convaincre qu’il reste des anecdotes de ci de là à narrer. On est jamais à l’abri.

Par Le libraire en question
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Mercredi 28 décembre 2011 3 28 /12 /Déc /2011 00:25

Tous les commerçants vous le diront, l’année 2011 fut toute pourrie toute nulle avec des bouts de crise dedans et de la baisse de consommation en veux tu en voilà malgré des produits soldés en permanence (je me demande si une partie du problème vient pas un peu de là, d’ailleurs, hein) et malgré des lendemains qui ne peuvent que chanter, la preuve, il n’a pas neigé en Décembre (les gens ont du coup été obligés de parler d’autre chose, notamment du manque de neige. C’est malin, un humain qui cherche un sujet bateau), c’est un signe de clémence, les affaires peuvent reprendre.

 

Le secteur de la librairie n’est pas épargné, même si les ventes de livres restent stables par rapport à l’an passé (en gros, les acheteurs de livres se tournent de plus en plus vers internet et de moins en moins vers les librairies physiques qui sentent bon le papier sec bien stocké en bon état dans des endroits chaleureux où il suffit de parfois se mettre sur la pointe des pieds pour attraper un livre plutôt que de demander à Bernard d’aller chercher le Fenwick). Mais bon, ça on en a déjà parlé en large de travers dans tous les sens de mes démonstrations brillantes et pourtant mesurées.

 

Le commerçant aime se plaindre, c’est comme ça. D’ailleurs, l’un d’entre eux se plaignait d’avoir trop de monde qui soudain voulait ses chocolats (les salauds) et que bon sang comment diable allait-il gérer cette affluence soudaine, non vraiment c’est n’importe quoi, les gens sont pas organisés. Des vrais problèmes, en somme. Si chacun venait récupérer sa petite boîte de manière un peu ordonnée, chacun son tour, à heure prédéfinie, et ce dès le 10 Septembre (le temps de s’occuper de la rentrée, quand même), ce serait bien moins le bordel et monsieur le chocolatier pourrait gérer son stock et son personnel sans craindre le rude fardeau du travail supplémentaire de dernière minute de la panique.

 

Et présentement, je n’ai aucune idée d’où je veux en venir.

Ah si.

J’ai vendu plein de livres, ces trois dernières semaines. Alors certes, cette semaine c’est celle des retours clients, ceux qui ont mal compris la liste (‘c’était pas les livres qu’il voulait, mais ceux qu’il avait déjà’), ceux qui ont refilé la liste en double ou en triple pour vraiment être sûrs de l’avoir, le One Piece t 59 (on vous ramène le vôtre, c’est plus pratique qu’au supermarché), et ceux qui sont pas contents de mes conseils pourtant avisés (‘j’ai pas aimé les trois premières pages, vous avez pas Les Profs, plutôt’ (et j’aimerais que ce soit une caricature faite pour faire sourire, mais non, c’est vraiment arrivé tout à l’heure, et j’ai toujours pas récupéré ma foi en l’être humain. Ça risque de prendre un bon moment)). Ca permet de revenir un peu sur terre, d’oublier l’euphorie du conseil à gogo, celle qui vous met sur un petit nuage et vous empêche de redescendre faire le reste de votre boulot qui pendant ce temps s’accumule et qu’il va bien falloir rattraper entre deux bouchées de dinde aux marrons.

 

Mes apprentis ont assuré comme des petits chefs (ils sont très observateurs, et je suis super à observer, faut dire) et ont touché du bout des doigts l’infini de la gratitude des acheteurs qui ne viennent qu’une fois dans l’année et qui sont contents de passer le moins de temps possible au milieu de ces livres qui sont même pas des vrais sérieux sur la vie du Général de Gaulle.

 

Le traditionnel blues de fin de noël approche sournoisement, mais j’ai une arme imparable pour contrecarrer ses plans maléfiques : il suffit que je regarde mes meilleures ventes du mois de Décembre.

 

Tu mourras moins bête

Les Ignorants

Portugal/Habibi/Notre mère la guerre/Il était une fois en France

(bon doit aussi y avoir Quai d'Orsay, mais c'est pas vraiment du conseil, France Inter fait le boulot pour nous)

 

De quoi faire des heureux en cette fin d’année qui ne devrait donc pas non plus manquer de chocolats (c’est moins cher qu’une tablette tactile). Enfin sauf ceux qui voulaient juste un peu d’humour corporatiste à mettre dans les chiottes (‘c’est pourtant évident quand je demande une Bd sympa, merde quoi, c’est si compliqué que ça de demander un truc sur les pompiers ou les blondes ?’. Là je reconnais m’être peut-être planté. Tant mieux.

Par Le libraire en question
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Dimanche 18 décembre 2011 7 18 /12 /Déc /2011 22:10

Je me rends compte avec effarement que je n’ai pas fait ma liste de lecture de Novembre. Comme là je suis plutôt parti pour faire une synthèse de l’année pour simplifier la vie de ceux qui voudraient plonger dans mes goûts divers et variés (si j’ose dire), je vais en faire la liste sans commentaires, partez simplement du principe que tous ces romans sont très bons.

 

No country for old men (Mc Carthy), Le roi des Aulnes (Tournier), The terrible privacy…(Coe), La part des chiens (Malte), Skoda (Sillig), Shibumi (Trevanian), Martin Eden (London), Ripley Bogle (Wilson), Solal (Cohen), The Dark horse (craig Johnson)

 

Tradition annuelle oblige, voilà ce que je retiens vraiment des 150 romans à peu près lus en une année pleine, sereine et passionnante parfois (mais surtout pleine). 21 titres absolument indispensables chacun à leur façon, dans des genres très différents, certains plus exigeants que d’autres, mais la plupart franchement tout ce qu’il y a de plus accessible (la preuve, j’y ai pris énormément de plaisir, et je suis pas toujours la personne la plus intelligente dans la pièce, même quand je suis seul).

 

Pas à pas jusqu’au dernier (Des Forêts)

Slapstick (Vonnegut)

L’œuvre au noir (Yourcenar)

Pereira prétend (Tabucchi)

La ballade de l’impossible (Murakami)

Les fleurs bleues (Queneau)

Le temps où nous chantions (Powers)

A quatre mains (Taïbo II)

Always coming home (Le Guin)

Rêves de gloire (Wagner)

Outremonde (Delillo)

La vie mode d’emploi (Perec)

Les heures (Cunningham)

La femme et l’ours (Jaenada)

Bouvard et Pécuchet (Flaubert)

Eux (Oates)

Le jeu des perles de verre (Hesse)

Un parfum de jitterbug (Robbins)

Don Quichotte (Cervantes)

Shibumi (Trevanian)

Martin Eden (London)

Par Le libraire en question
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Mardi 13 décembre 2011 2 13 /12 /Déc /2011 00:22

Il y a (il parait d’ailleurs que c’est très mal de commencer une rédaction (une rédac’) par ‘il y a’. Tant pis, je prends le risque) des rumeurs qui circulent, perfides comme le sont toutes les rumeurs alors même qu’elles viennent de bouches innocentes, rumeurs selon lesquelles moi, en ce moment, j’ai pas l’air super heureux et que ce serait évident en me lisant.

 

Que nenni, voudrais-je répondre ici-même, si je m’autorise à utiliser cette tribune pour rétablir la vérité (je vais me gêner). Je vais d’ailleurs le prouver en plusieurs points, le nombre desquels reste à définir, et je n’ai aucune intention de reprendre ce paragraphe une fois que j’en aurai fini avec vous, alors donc laissons-le en l’état, chaussons nos savates rouges et partons vers l’inconnue tels des clones de Dorothy se tenant par la main dans le tourbillon du bonheur de ma vie (le rôle du chien sera joué par ma loutre).

 

1 – ne faisons pas semblant de ne pas être au courant : on va m’offrir tout plein de cadeaux dans une dizaine de jours pour aucune autre raison que le fait que j’ai été très sage toute l’année et qu’un type s’est sacrifié pour racheter mes fautes et donner par la même l’occasion aux païens du monde entier de devenir un poil croyant pendant quelques heures tout en dansant sur Los Pitufos y la feliz navidad. Avant que la réalité ne reprenne le dessus et qu’ebay remplisse son office.

 

2 – Une lectrice (coucou) m’a offert des granolas pour me remonter le moral parce que, apparemment, ça a pas trop l’air d’aller. Le chocolat étant en effet la solution à tous mes problèmes, et même si bah non, tout va bien, mais je tenterai de l’expliciter, promis, eh bien ils sont les bienvenus (suis content d’avoir utilisé les granolas comme gimmick et non des fraises tagada. Je supporte pas l’odeur des fraises tagada. Ce doit être une sorte de réminiscence de surboum et de quart d’heure américain. Vais mener l’enquête).

 

3 – La veille, une cliente m’a offert des Schoko-Bons pour me remercier d’être moi (bon et pour les fêtes de fin d’année aussi). C’est le nom le plus débile de la terre (je suis d’ailleurs en train de le répéter à voix haute alors même que j’écris ces lignes et vous invite à faire de même), mais ça reste totalement savoureux.

 

4 – Une lectrice d’ici-même et qui a réussi à me débusquer (je suis très débuscable) est venue pointer le bout de son nez (coucou). Elle m’a dit qu’elle s’attendait à ce que je sois tout moche tout laid tout rabougri mais qu’au final j’étais pas trop mal (j’euphémise exprès, pour pas trop rougir). Bon après, quand j’y réfléchis, je trouve un peu dommage qu’on me visualise comme un être moche et rabougri mais bon, j’ai qu’à pas me planquer derrière des livres et cacher à la terre entière ma rayonnante phosphorescence (ou un truc du genre).

 

5- J’ai reçu à la librairie un des plus chouettes scénaristes du moment (et de loin) pour une dédicace/conférence de toute splendeur sous le regard totalement ébahi d’une foule conquise et hypnotisée (ça se voyait au sourire des participants). Bon, en vrai je m’attendais à ce qu’il y ait dix fois plus de monde, une banderole, éventuellement une statue érigée en l’honneur de l’invité (Kris, pour le nommer (coucou)), mais qu’au moins ça chuchoterait d’impatience dans les rangs parqués devant la porte en attendant de franchir le tapis rouge. Mais noooooooooooooooooon, seule une poignée s’est déplacée, preuve qu’il n’est jamais facile de faire se déplacer les gens à autre chose qu’une séance de dédicace dessinée (je dis ça sans juger qui que ce soit hein, je ne fais que constater et trouver ça un poil dommage que le métier de scénariste n’affole pas plus les foules). D’ailleurs c’est simple, un dessinateur, aussi médiocre soit-il (et je dis ça avec toute la sympathie que j’ai pour la médiocrité, la cultivant moi-même) aura toujours du monde devant sa table prêts à demander l’héroïne en tenue sexy, même si l’héroïne est un homme (ils trouvent toujours une case quelque part avec un personnage féminin). Allez Kris, raconte-nous une histoire sexy.

 

6 – J’ai reçu (bis) à la librairie (je reçois rarement chez moi. C’est trop petit. Et je déteste faire la vaisselle) une des plus chouettes et plus drôles scénaristes et dessinatrices du moment, et on a bien ri. Y’avait du monde, plein, et c’était chouette comme tout. Elle devrait se reconnaître vu qu’elle était là, et si vous, cher lecteur, étiez dans une librairie samedi où vous avez bien ri, eh bien derrière le comptoir c’était moi. Coucou.

 

7 – Un père de famille est venu me voir dimanche (je vous déconseille de travailler le dimanche, c’est surfait) avec la liste faite au père-noël par son petit garçon de 12 ans (qui à mon avis a du chercher sur wikipedia et doit bien savoir qu’il n’existe pas mais allez, j’ai joué le jeu). Et voilà que bonjour (oui bonjour monsieur), alors mon fils voudrait les tomes 2 à 6 des épatantes aventures de Jules (là je reconnais que dimanche ou pas, il avait toute mon attention), je sais pas si vous connaissez ? Ainsi que Le journal d’un ingénu.

 

Mon monde s’est définitivement illuminé d’un feu d’artifice sans fraises tagada, d’une fenêtre ouverte directement en mon petit cœur qui bat et qui semblait s’ouvrir sur un ciel sans nuages et sans fin.

 

Alors si avec tout ça je suis pas heureux….

Par Le libraire en question
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Dimanche 4 décembre 2011 7 04 /12 /Déc /2011 18:39

Si j’en crois l’état de mes tables et le mélange d’exaspération et d’excitation de mes clients  de passage : Noël approche. Pour eux, pour moi, mais aussi pour vous. Tout comme l’an passé, je me propose de vous faire une petite sélection de chouettes choses à offrir ou vous faire offrir, avec pour seule condition d’aller les acheter en librairie. Enfin si y’en a une pas loin, ce qui sera de moins en moins le cas.

Ce sont rien que des (vrais) livres de qualité plutôt faciles d’accès, loin de tout élitisme malvenu (j’attends Angoulême pour ça) et qui devraient plaire, selon le genre, aux amateurs autour de vous.

 

Pour les plus jeunes :


Pistouvi  (Dargaud – Merwann/Gatignol): cette bd fait la part belle à l’imagination dans un univers complètement à part aux codes narratifs particuliers. A réserver à un lectorat rêveur qui n’a pas peur d’expériences nouvelles, façon Miyazaki .


Anuki (la gouttière – Maupomé/Sénégas) : sans texte, idéal à lire tout seul comme un grand dès 4 ans


Les épatantes aventures de Jules t 6 (Dargaud – Bravo) : je vais pas en rajouter une couche, mais quand même


Celle que… (Dargaud – Vanyda) : suite et fin de l’excellente série de Vanyda, qui prouve qu’on peut parler de l’adolescence de manière simple sans tomber dans les clichés de langage. Un coffret existe pour les trois tomes.

 

Histoire de rigoler un peu après avoir mangé trop de dinde :


Tu mourras moins bête…(Ankama – Montaigne) : l’adaptation papier hilarante du blog hilarant et passionnant de Marion Montaigne


Valérian vu par Larcenet : l’armure du Jakolass (Dargaud – Larcenet) : une aventure rocambolesque de Valérian, par un Larcenet très en forme. A conseiller y compris si on n’a aucune idée de ce qu’est donc un Valérian et Laureline

 

Les gros pavés qui impressionnent toujours sous le sapin :


Habibi (Casterman – Thompson) : moins niais que Blankets et réussite totale, un conte initiatique hors du temps.


Les ignorants (Futuropolis – Davodeau) : une fois de plus, Davodeau montre tout son talent éclatant et nous offre une histoire humaine passionnante aux guest stars prestigieuses (même si moi je n’y suis pas). Une Bd à offrir à tous ceux qui pensent ne pas aimer la Bd.


Portugal (Dupuis – Pedrosa) : tout comme les deux précédents du dessus, celui-ci fait l’unanimité côté libraires et critiques. Et je suis bien d’accord. Comme quoi on peut prendre des thèmes archi rebattus et en faire une œuvre originale et sincère. Pour tous ceux qui ont aimé Le combat ordinaire, par exemple.


L’ascension du haut mal (L’association – David B.) : intégrale des 6 tomes de ce chef d’œuvre absolu, probablement ce qui s’est fait de mieux en autobiographie dessinée avec talent incroyable.


Lupus (Atrabile – Peeters) : intégrale des 4 tomes de ce chef d’œuvre absolu de la SF qui n’en est pas vraiment (c’est surtout un road movie incroyable). Bel objet accessible qui plus est.

 

Des histoires complètes qui prennent moins de place mais qui sont tout aussi bonnes :


3 secondes (Delcourt – Mathieu) : encore un concept brillamment mis en forme par Marc-Antoine Mathieu (hâtez-vous monsieur Delcourt, de réimprimer Le processus) . C’est d’ailleurs bien plus qu’un concept.


Atar Güll (Dargaud – Nury/Brüno) : la vengeance d’un esclave, roman d’Eugène Sue adapté par le scénariste d’Il était une fois en France (entre autres) et par le grand, très grand Brüno aux dessins.


Sous l’entonnoir (Delcourt – Sibylline/Sicaud) : une plongée dans l’univers d’un hôpital psychiatrique, sans nombrilisme et sans pathos, avec rien que des observations justes et délicates (oui, parfaitement, délicates).


Abélard (Dargaud – Hautière/Dillies) : une fable en deux tomes aux personnages terriblement attachants. Un fort joli coffret existe.


Pour les amateurs d’action et polars :


Metropolitan (Dargaud – Bonneau/Bonneau) : privilégiez, si vous arrivez à le trouver, le coffret regroupant les 3 tomes. Une série originale au graphisme étonnant qui mérite toute votre attention.


Alter Ego (Dupuis – Lapière au scénario et tout plein de dessinateurs) : 6 tomes, 6 personnages, 1 tome par personnage, chaque tome peut être lu dans le désordre (enfin dans l’ordre des pages quand même). La preuve qu’on peut faire de la très bonne Bd d’action sans copier Largo Winch.


Pluto (Kana – Urasawa) : encore un petit bijou signé Urasawa (l’auteur de Monster et 20th century boys). Coffret disponible réunissant les 8 tomes.

 

Des débuts de séries sur lesquels il faut se ruer, histoire de les relire dès que la suite sortira :


Notre mère la guerre (Futuropolis – Kris/Maël) : bon je triche un peu, le troisième tome vient de sortir, mais il n’empêche que c’est à offrir à tous ceux qui aiment les récits historiques bien écrits avec de l’intelligence dedans. Ajoutez Un sac de Billes et Svoboda du même Kris, tant que vous y êtes, d'ailleurs, tant qu'à faire.


Aâma (Gallimard – Peeters) : Peeters se lance dans un récit de Science Fiction qui promet. Un premier tome riche et dense à ne pas louper.


Urban (Futuropolis – Brunschwig/Ricci) : là aussi c’est de la SF, là aussi ça promet.


Voyage en satanie (Dargaud – Vehlmann/Kerascoët) : Fabien Vehlmann brouille les pistes et nous entraîne petit à petit dans son univers qui surprend toujours autant. Une excellente idée de départ, c’est le moins qu’on puisse dire.

 

Petit Bonus nostalgique :


La quête de l’oiseau du temps (Dargaud – Le Tendre/Loisel) : réimpression de l’intégrale du premier cycle, avec des nouvelles couleurs pour les deux premiers tomes. Encore plus indémodable, du coup.

 

Cette liste n’est évidemment pas exhaustive, mais néanmoins plutôt représentative de la production du moment. C’est rien que des livres largement distribués que vous ne devriez avoir aucun mal à trouver ou commander. Au pire de pire, si vous ne me faites pas confiance, demandez conseil à votre libraire !

Par Le libraire en question
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Mercredi 30 novembre 2011 3 30 /11 /Nov /2011 00:13

Tentons brièvement de nous extirper de ces considérations économiques barbantes (mais ô combien passionnantes si vous vous trouvez dans mes chaussures, qui s’avèrent être de magnifiques baskets (il ne me viendrait pas à l’idée de porter autre chose. Les vraies chaussures c’est pas pour moi. Tout comme les vrais livres, d’où les Bds) jaunes et vertes), et plongeons plutôt dans des considérations d’ordre sociologique.

 

Ça me fait penser qu’au Lycée (j’ai fait un cursus qui se voulait Economique et social, on va dire ça), le cours d’économie ennuyait tout le monde (sauf moi qui me trouvais, fasciné, au fond de la classe, à prendre quelques notes en utilisant des abréviations qui, sans trop savoir pourquoi, me donnaient l’impression d’être rudement malin et avec une longueur d’avance sur tout le monde), alors même que les cours de sociologie fascinaient (sauf moi, mais il faut dire que je n’aime pas trop les gens, alors l’idée de les étudier par groupes, non merci).

 

Donc oui, étudions l’humain de près. Mais sortons un peu des stats, des chiffres, de la hausse des prix, des marges, des taux de rendement et des charbons dans les souliers, et ouvrons plutôt la porte aux anecdotes merveilleuses. Même si celle qui va suivre, pour être tout à fait honnête, possède autant de merveilles que mes dents d’or massif (j’ai 2 plombages approximatifs, dont un qui s’est fait la malle). Mais allez, je raconte quand même.

 

Vous le savez sûrement, j’ai beau ne pas (trop) aimer les gens, je n’en suis pas moins souriant et sociable et adorable et tout plein de qualités de proximité qui m’aident dans mon travail de tous les jours du quotidien qui consiste à m’intéresser à ce qu’on me dit. Et c’est pas toujours très facile.

Ma cible du jour est une femme d’un certain âge âgé, qui vient humblement et un peu paumée me voir afin de me demander assistance.

- Bonjour, je voudrais la nouvelle bande dessinée s’il vous plait.

Ah. C’est pas mal ça. Il va me falloir un peu plus d’indices. Je sais que je suis fort à ce petit jeu, mais quand même.

- C’est pour mon petit fils de 13 ans, ajoute-t-elle comme si ça suffisait, comme si chaque année il y avait le Goncourt de la Bd pour petits fils de 13 ans qu’il fallait absolument offrir au pied du sapin (autant l’offrir au pied du sapin, d’ailleurs, le Goncourt, vu que y’a que lui qui le lira dans le foyer).

Je lui explique le pourquoi du comment du monde merveilleux de la bande dessinée, ses milliers de sorties par an, son foisonnement, son comme si que vous me demandiez le nouveau roman sorti, ses particularités, et ses épatantes aventures de Jules (y’a pas de raisons, visiblement la Bd c’est générationnel, et la génération qui passe par moi (si j’ose dire) repartira avec du Emile Bravo et des sourires sous le bras). Je lui demande donc si son petit fils aime lire (s’ils aiment lire, je pars sur Jules. S’ils n’aiment pas lire, c’est Jules aussi. Je fais ma propre enquête sociologique) et là, je m’attends à ce qu’elle me réponde fièrement que oui, il est preums de sa classe, que si ça ne tenait qu’à lui il empêcherait la hausse de la tva sur le livre et obligerait les adolescents boutonneux à passer 3h par jour à la bibliothèque plutôt que devant internet à regarder des cochonneries (ou des clips aux voix vocodées, ce qui revient au même), mais que voulez-vous, il n’a que 13 ans, on peut pas faire bouger la société à 13 ans, on ne peut que s’y conformer et rester dans son coin en attendant que ça passe, en espérant que ça fera pas trop mal, notamment d’un point de vue purement sébumistique. Mais alors non, du tout. Elle préfère se lancer dans l’anecdote incroyablement hors sujet du jeune garçon qui est parti en voyage linguistique en Grande-Bretagne l’an passé.

- Ah ?

- Oui, et voyez-vous, c’était une famille avec juste une mamie qui ne les accueillait que pour l’argent

- Ah

- Oui, c’est honteux. Alors ils faisaient des activités la journée, vous comprenez bien, mais le soir, ils rentraient, ils étaient trois Français, dont un un peu plus âgé

- Oh

- Oui, ils rentraient et s’ennuyaient, chacun dans leur chambre, même si mon petit fils partageait la sienne.

- uh huh (je précise que mes borborygmes monosyllabiques peu inspirées sont éructés avec le sourire et un intérêt feint, certes, mais qui me parait très convaincant depuis mes baskets vertes et jaunes)

- Et un soir, c’est pour ça que je vous raconte cette histoire, un soir donc, il s’est un peu laissé entrainer par le plus âgé. Il est un peu naïf vous voyez, il a bon fond, il se rend pas compte, il est jeune, un peu dans son monde (encore un qui va se retrouve à lire du Werber), alors quand l’autre lui a demandé de tenir la corde pour qu’il descende du premier étage en rappel, il s’est pas posé de questions.

- Eh beh

- Mais ce n’est pas tout, vous pensez bien qu’ils se sont fait prendre, la mamie les attendait en bas !

Je ne sais pas si le langage écrit rend vraiment justice à la passion qu’elle a mise dans son histoire, mais allez, poursuivons, imaginez une personne âgée toute contente de raconter son anecdote à un parfait (mais charmant) inconnu et qui se laisse pleinement habiter par la situation, comme si elle avait été sur place, comme si la corde ça avait été elle, comme si elle avait voulu crier que non, ne le fais pas mon petit, ne vois tu pas qu’on t’embobine, reste pur, résiste, lâche moi la corde, je suis le symbole de la pression sociale, ça commence par une corde et ça finit par le chanvre, laisse moi te sauver.

- Et alors elle a appelé le moniteur, ça a été tout un pataquès.

- Mazette.

 

Voilà voilà.

Elle est partie en me remerciant de mon accueil (oui oh), en promettant qu’elle reviendrait mais qu’il fallait d’abord qu’elle se renseigne, pour savoir laquelle c’est, au juste, que cette dernière Bd.

J’espère qu’elle me tiendra au courant.

 

C’était bien, hein ?

J’ai une autre anecdote qui implique des jeunes apprenties en fleur et un monsieur qui fait un peu peur et qui leur dit, pour résumer, qu’elles ne connaissent ni Star Wars ni Le livre de la jungle (faudra vraiment que je vous montre comment je danse comme Baloo. Faudrait vraiment qu’on danse tous ensemble comme Baloo), mais qu’elles doivent bien connaître des stars du X. Mais je préfère ne pas trop la raconter. Elle me met mal à l’aise. Brrrr

Par Le libraire en question
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